‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 136 sur 339 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pour ainsi dire, sa mission. Gomment ses faiblesses multipliées n'ont- elles pas détourné l'opinion de croire à cette mission, si elle n'avait été l'objet d'une inébranlable conviction? Malgré les infidélités du fils de David , nul peuple autant qu'Israël n'a aspiré avec une foi plus persévérante aux destinées figurées par la première partie du règne de Salomon. Les signes messianiques de la protection de Dieu et de ses admirables desseins sur Israël étaient tels, que, d'après les saints Pères , les victoires de David et les grandes choses qu'il avait opérées firent croire à son peuple, et un peu au roi lui-même, que le moment du règne du Messie était arrivé et que ce règne se réaliserait sous Salomon ou bientôt après lui. Les Israélites étaient tellement frappés des figures, des types messianiques placés sous leurs yeux, que si Dieu n'avait eu soin de les avertir de leur erreur par les leçons sévères du désenchantement, ils auraient cru à l'avènement immédiat du règne de Dieu ^ .

<( On crut généralement, dit saint Ambroise, que ce monarque était le Messie ; il fallut les égarements de ses dernières années pour ouvrir les yeux à beaucoup, et en cela ses fautes eurent l'avantage de démontrer qu'on ne pouvait croire d'une autre nature que les autres hommes celui qui avait péché comme les autres hommes. Sa chute fut un enseignement : elle prouva que Salomon était un homme ^. » — « Bien plus, dit le même Père^, malgré les der-

1 Prophéties des deux premiers livres des Rois, xxxv.

* Ambros. (I ApoL David, c. viii.) At vero, dit ailleurs le même Père, Salomonem fortasse ideo errasse tant graviter, ne errarent homines, et ad ipsum crederetur manasse promissum , divinarum série cognovimus lectionum {Exposit. in Luc. m, 9).

3 II Apol. c. VI et VII. Saint Augustin a parlé comme saint Am-

nières années de Salomon , si misérables qu'elles aient été , on a cru vulgairement chez les Juifs qu'il était le Christs » Son règne n'était qu'une figure et une prophétie du règne messianique, mais si vive, si éclatante, qu'on fut près de confondre la figure et son objet. Les fautes disparaissaient dans la gloire ^ C'est un fait certain et qu'il faut retenir : ce fut seulement dans ses dernières années que Salomon subit l'ascendant des femmes idolâtres qui l'entraînèrent dans les temples des faux dieux : Cumque

broise : « Telle fut la sagesse de Salomon, que les promesses parurent accomplies; mais Salomon tomba, et il en fallut revenir à espérer le Christ. » {Enarrat. II inpsalm. Lxxxviii, n. 6.)

^ Saint Justin , saint Ambroise , saint Augustin et d'autres Pères se sont attachés à réfuter cette erreur persévérante chez les Juifs.

^ M. Renan fait de Salomon un saint, un héros, presque un martyr, qui a joué un rôle ingrat {Hist. d'Israël, t. II, p. 175). A la vérité, pour arriver à son but, ce critique, ici comme partout, sort de l'histoire et s'affranchit de la gêne des documents. Il ne craint pas de les dénaturer, de les falsifier. Selon lui , Salomon a été « conspué , vilipendé » , par les prophètes ; « les iahvéistes de l'ancienne école surtout lui furent particulièrement hostiles (p. 106). » Les modes nouvelles qu'il implantait excitèrent chez les prophètes une vive antipathie. « Les progrès dans l'ordre profane leur pai'aissaient de profonds abaissements dans l'ordre moral. Salomon n'avait aucun égard pour ces fanatiques et les tenait soigneusement éloignés de sa cour (p. 125). » — « Ils voyaient d'un mauvais œil le temple; » aussi , quand Salomon fut mort , « les anathèmes des prophètes et les dénigrements des tribus du Nord entachèrent sa mémoire; son harem surtout fut l'objet d'amères railleries (p. 172). » — « Ce ne sera qu'au bout de deux ou trois cents ans (p. 174), quand Israël aura terminé ou à peu près le cycle de sa période religieuse, quand le parti épicurien et jouisseur, qui a toujours existé en ce peuple à côté du parti exalté pour la justice et le bonheur de l'humanité, retrouvera la parole, que Salomon sera vengé des injures vomies contre lui par les prophètes et les piétistes (p. 181). » On le voit, l'esprit contredisant de M. Renan justifie ce que la Bible accuse, comme il abaisse tout ce qu'elle loue. C'est là le but systématiquement arrêté de son Histoire du peuple d'Israël, son grand intérêt et l'un de ses principaux attraits pour nos contemporains sceptiques.

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