CHAPITRE II
jam esset senex , depravatum est cor ejus per mulieresy ut sequeretur deos aliénas^. Ce fut alors seulement que le cœur de Salomon cessa d^être uni à Jéhovah : Nec erat cor ejus perfectum coram Domino, Il faut, à notre avis, admettre que Salomon mourut, comme le supposent les chronologistes les plus autorisés, à l'âge de 60 ou 64 ans. Il avait fini son œuvre de prophète la 34° année de son règne , vers l'âge de 54 ans. Non seulement ses grandes entreprises étaient alors achevées , mais ses écrits étaient composés : le Kohéleth , les Proverbes et le Cantique des cantiques avaient déjà vu le jour.
Cette opinion, défendue par Bellarmin^ et par saint Augustin ^, nous paraît plus probable, et c'est celle que nous acceptons.
Saint Jérôme, il est vrai, a été impressionné par l'opinion des Juifs, qui à son époque encore affirmaient que Salomon , dans les dernières années de sa vie, est revenu franchement à Dieu, et que c'est alors qu'il a écrit le Kohéleth K Mais certains textes du Kohéleth ^ indiquent que la sagesse de Dieu ne l'avait encore jamais abandonné. Au milieu de l'énumération de ses constructions et de ses richesses , Salomon ne parle point des palais somptueux, des jardins de délices qu'il construisit pour ses femmes. S'il n'y fait aucune allusion, c'est que ses gynécées immenses n'étaient pas construits.
On dira que Salomon non plus n'a pas parlé, dans le Kohéleth, des immenses constructions du
1 m Reg. XI , 4.
^ De verbo Dei, 1. I, c. v.
^ D'après Bellarmin, loc. cit.
^ In Ecoles, c. i\ In Ezech. c. XLiii.
^ Eccle. II, 9; caeter. V. Bellarmin, loc. cit.
temple. Nous le savons, et nous trouvons ce trait très digne d'être observé. Salomon voulait établir la vanité des choses purement humaines. Celui qui a dit que tout est vanité, excepté la volonté d'observer les commandements de Dieu, pouvait-il penser, pouvait -il dire que la construction du temple prophétique était aussi une vanité? Mais il n'eût pas manqué, dans les conditions où les Juifs placent Salomon écrivant le Kohéleth, il n'eût pas manqué, ce roi désillusionné, d'exprimer les regrets et les vanités de ses constructions coupables.
Toutefois nous ne voulons point nier que Salomon se soit converti. Loin de là, nous nous affligerions et nous serions surpris qu'il en fût autrement. Sa grande sagesse ne mourut jamais dans toutes ses racines; elle dut se réveiller à mesure que les illusions tombaient et que les glaces de l'âge refroidissaient les passions. Dieu d'ailleurs pouvait -il repousser pour toujours celui qui l'avait tant glorifié et tant aimé? Nous admettons volontiers, avec Josèphe et les Pères que nous avons cités, que Salomon s'est converti.
En tout cas, les sentiments du Kohéleth nous paraissent si élevés, empreints de tant de foi en Dieu et en sa justice , que ce livre mérite d'avoir été écrit alors que les passions n'avaient point amolli cette âme, ni obscurci cette grande et vaste intelligence.