‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 162 sur 339 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

l'ecclésia^ste

En quoi consiste l'unité de l'Ecclésiaste. — Le livre n'offre pas trace de dialogues et d'interlocuteurs. — Caractère didactique de l'Ecclésiaste.

Le Kohéleth est un livre dans la composition duquel l'art n'a eu aucune part. L'auteur s'absorbe entièrement dans de graves pensées. Il interroge la nature, il suit la marche des choses du monde, et, plein de son sujet, sans souci de personne, poussé par le besoin de son âme , il en épanche la tristesse en profondes et mélancoliques réflexions. L'amertume qui est au fond de chaque pensée constitue, pour ainsi parler, l'unité de l'Ecclésiaste. L'allure du livre n'est donc ni régulière ni méthodique : il suffît à Salomon, pour l'unité du plan conçu par lui, que l'examen des choses ramène à la thèse principale, comme à un refrain : Tout ici -bas est vanité et affliction d'esprit.

D'ailleurs, la distribution logique et l'arrangement des parties sont des qualités étrangères, en général, aux écrivains de l'Orient. Qu'on ne s'étonne pas de trouver çà et là, dans l'Ecclésiaste, des pensées disparates ou n'ayant qu'un rapport très éloigné avec ce qui les précède. Le lecteur tombe sur

telle maxime, tel conseil qui semblent ne devoir qu'au hasard la place où on les trouve. Il n'y a rien là d'étonnant pour celui qui a fréquenté tant soit peu la littérature orientale.

Mais ce qui pourrait surprendre un lecteur étranger au génie du Kohéleth, c'est la vigueur du coloris, c'est l'hyperbole poussée à ses limites, ce sont les ironies qu'on rencontre dans un livre saintement humoristique.

Certaines pensées exprimées de la sorte ont paru outrées à des commentateurs, à ce point qu'ils les ont regardées comme des objections faites par quelque interlocuteur. C'est une erreur : une seule voix se fait entendre d'un bout à l'autre de l'Ecclésiaste, et cette voix obéit «à une même inspiration. On a pris pour l'objection d'un interlocuteur une pensée hyperbolique ; et quand le ton , d'abord véhément et passionné, s'adoucit et passe à un mode plus calme, on a vu là une réponse. En réalité, le sage s'est senti soulagé après avoir exhalé ses plaintes. Il n'y a pas là d'interlocuteurs : il y a alternance de tons doux et de tons forts. Ainsi Salomon trace avec calme des règles de vie, qui doivent aider à jouir en paix des bonheurs et des satisfactions qui allègent le poids de l'existence. Mais, revenant bientôt à sa thèse principale , il montre en termes véhéments que les rayons de soleil, les bonheurs qui visitent la vie, ne sont rien ou très peu de chose, qu'ils sont rares, qu'ils passent vite, et qu'il ne faut point y attacher son âme.

Cependant , ne l'oublions point , Salomon ne se propose pas de développer une thèse mélancolique, comme Young dans ses Nuits , d'attendrir le lecteur par la peinture de la fragilité des choses d'ici -bas.

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