CHAPITRE II
Le besoin d'un recueil officiel n'a dû se faire bien sentir qu'après la mort du grand roi. On aurait publié d'abord ce qu'il avait dicté ou écrit. Autour de ce noyau et successivement, se sont ajoutés d'autres proverbes salomoniens, depuis Salomon jusqu'au temps d'Ezéchias et peut-être au delà : et le tout a formé le recueil que nous trouvons dans la Bible.
Ces conjectures s'appuient en grande partie sur les titres mêmes des parties distinctes du livre mentionnant divers collecteurs. Le dernier éditeur nous semble avoir mis à la suite les recueils, suivant le temps de leur formation. Le premier fascicule aurait été celui que Salomon publia probablement lui-même d'abord \* et ceux de la fin, Lemuel et la Femme forte , auraient été insérés par le dernier éditeur, comme conclusion du livre, parce qu'ils semblent correspondre aux derniers temps de la vie de Salomon.
Les objections opposées à l'authenticité des Proverbes sont futiles.
Qu'on ne dise pas , par exemple , que des exhortations à la chasteté sont malséantes sur les lèvres
forment le fond du livre. Il était difficile que le souvenir de ces Proverbes se perdît. Ils avaient eu cours en Israël , et sans doute aussi dans tous les pays qui l'avoisinaient au moment même où Salomon les écrivait ou les prononçait ; recueillis de diverses manières , ils ont circulé sous son nom.
* Ainsi pensent Eichhorn, de Wette, Bertheau, Ewald, etc. Les critiques modernes, M. Reuss à leur tête , reportent au contraire les premiers chapitres du livre à une époque très postérieure et les regardent comme un « produit récent de la pensée philosophique des Juifs ». Ces auteurs se basent sur le caractère du style. Cependant ils admettent que Job est bien antérieur à la captivité. Or l'allure des neuf premiers chapitres des Proverbes est absolument identique à celle de Job (Cf. Job, xxviii).
de Salomon. Salomon a écrit ou prononcé ses Proverbes avant sa chute *.
Nous ne parlons point des araméismes relevés dans les Proverbes et opposés à l'authenticité de ce livre. Nous avons traité ce sujet en parlant du Kohéleth , et nous ne voulons pas y revenir. Quant aux différences de style que l'on a remarquées entre les diverses parties des Proverbes , elles peuvent s'expliquer par différentes considérations. Telle partie du livre avait pu , à l'origine , être un recueil destiné au peuple; telle autre partie aux lettrés. Aux phases diverses de la vie de Salomon et à ses préoccupations variées, à des goûts littéraires qui pouvaient avoir leur temps et leur nuance, aux buts différents qu'il poursuivait , pouvaient correspondre plusieurs manières d'écrire et d'exposer sa pensée. Les poètes, suivant les circonstances, préfèrent tantôt une métrique, tantôt une autre. Dans le cours de sa vie et selon ce qu'il écrit, un même auteur est plus ou moins descriptif et change ses couleurs. Il a pu arriver pour Salomon ce qui est arrivé aux peintres; leur manière et surtout leur coloris ont souvent varié après un voyage et suivant les conditions changeantes de leur vie. Cette simple considération réduit à rien, quant à l'authenticité, les critiques souvent microscopiques de Delitzsch.
Ce que l'on dit de la présence, dans les livres sapientiaux , des théories et des idées mazdéennes , est purement subjectif et supposé. Il est avoué de tout le monde aujourd'hui que les Hébreux connais-
* Les exhortations des Proverbes à la pureté des mœurs sont surtout dirigées contre la fréquentation des courtisanes et l'adultère, fautes que l'Écriture ne reproche pas à Salomon.