CHAPITRE
Il apparaît manifestement que le livre des Proverbes a été mis sous sa forme actuelle plus ou moins longtemps après la mort de Salomon , et qu'on y a assez notablement ajouté au temps d'Ezéchias. On y a placé alors des écrits qui ne faisaient pas partie du recueil antérieur. On a pu y insérer des appendices et des sentences colligées par les sages*.
L'autorité de nos livres saints , leur véracité , leur authenticité au sens que nous venons de dire, sont garanties par la tradition , par l'inspiration de tous les livres canoniques de l'Ancien Testament et par Tautorité de l'Eglise, qui, indépendamment de l'infaillibilité que Dieu lui a donnée, résume dans ses enseignements tant de travaux, tant de recherches, soit de la part des Juifs , soit de la part des docteurs chrétiens. En faut -il davantage pour qu'on puisse appeler authentiques des livres écrits surtout pour l'instruction et l'édification des croyants?
Sans doute une critique outrée met plus de ri-
retranchements. Anastase de Nicée dit que, sous le règne d'Ezéchias, on s'appliqua à faire le triage des ouvrages de Salomon et à séparer ce qui était plus utile et plus édifiant de ce qui était moins utile. Ce sentiment n'est pas fort éloigné de celui des rabbins qui attribuent à Ézéchias le recueil des trois livres que nous avons de Salomon, après qu'il eût supprimé un grand nombre d'ouvrages de ce prince. » * D'après le sentiment d'un grand nombre d'auteurs catholiques , on est allé plus loin, et cette fois on a nommé les sages qui, s'inspirant de l'esprit de Salomon, ont parlé et écrit comme lui et ont mérité que leur œuvre fût mêlée à la sienne : Aghur et Lemuel. Ce qui n'empêche pas, selon les catholiques dont nous citons le sentiment, que le livre des Proverbes ne soit authentique dans toutes ses parties, parce qu'il émane, non toujours de la plume, mais toujours de l'esprit de Salomon. Pourquoi voudrait -on imposer une opinion contraire, lorsque de nombreux indices persuadent à tant d'hommes sincères un fait qu'il est d'ailleurs difficile aux apologistes de contredire : à savoir, des traces, dans un même livre, de révisionnistes, copistes, annotateurs ou collecteurs séparés par le temps?
gueur aux conditions de l'authenticité des livres de l'Ancien Testament, Dieu aurait-il dû pour cela faire un miracle. Mais afin de satisfaire nos goûts d'archéologues, pouvons -nous imposer à la Providence qui nous a conservé la Bible ce qui n'est pas réellement utile pour nous instruire et nous rendre meilleurs ?
La tradition déclare que le livre des Proverbes, dans son ensemble, est l'œuvre de Salomon. Cette tradition, sans s'imposer à notre foi, doit être suivie ; mais il ne faut pas y voir autre chose que ce que la synagogue et l'Eglise elle-même y ont vu. Les exagérations du xvif et du xviif siècle, sur lesquelles le jansénisme a déteint , les définitions d'authenticité et d'intégrité d'après les Bergier, les la Luzerne, etc., ne peuvent être des règles de foi *.
On ne peut douter que les Proverbes ne soient d'origine salomonienne, et, d'une manière générale , de Salomon lui-même. Mais, comme le dit fort bien l'ancien professeur catholique de Tubingue, M. Welte, « il serait téméraire d'affirmer que tout le contenu du livre , avec ses appendices , appartient , dans sa forme actuelle, au seul Salomon. Ce livre n'a pu devenir ce qu'il est aujourd'hui qu'après le roi Ezéchias, au témoignage du livre lui-même ^. Que d'autres Sages y aient inséré des proverbes, c'est ce que les titres qui interrompent la suite du texte semblent établir ^ »
* Nous trouvons fausse l'opinion de ceux qui veulent que le livre des Proverbes soit « une œuvre impersonnelle ». Le souffle salomonien qui s'y révèle et que la tradition y a vu ne paraît pas permettre une telle largeur d'expression.
2 Prov. XXV, 1.
^ Toujours est-il, à notre avis, que les 3000 Proverbes de Salomon