CHAPITRE III
l'histoire raconte de l'activité, de l'ordre, de la sagesse de David sous tous ces rapports, si, d'une part , l'Egypte et la Phénicie , deux pays de civilisation ancienne et bien antérieure, n'avaient été dans son voisinage ; si , d'autre part , Dieu , à qui il demandait ses inspirations, ne l'avait surnaturellement aidé à faire si heureusement aboutir tant de grandes choses entreprises en même temps. Qu'il nous suffise d'indiquer ce que nous avons largement exposé dans notre volume sur David.
Nous ne voulons point non plus revenir sur ce qu'il a été comme poète. Une sensibilité exquise, un coloris d'une admirable fraîcheur, du mouvement , du drame , on trouve tout cela dans les psaumes. David mit tout entier au service de Dieu le génie qu'il avait reçu de Dieu. Il s'abandonna aux inspirations célestes, et c'est de la lyre de David, frémissante , pour ainsi dire , sous les doigts de Dieu, que s'envolèrent pour remplir le monde ces hymnes inspirés qu'on appelle les Psaumes.
Enfin David se montre avec tous les charmes et toutes les ressources d'une constante piété. Enfant et berger, il chanta Dieu avec ses compagnons. Son amour des choses saintes le conduisit, dès ses jeunes années, dans les asiles fervents qu'on a appelés les écoles des prophètes. Ce fut là qu'il se confirma dans ces habitudes de recueillement et de prière que ne détruisirent jamais les rudes mœurs du soldat, la vie commune de la tente, l'humeur grossière de ses compagnons d'armes, les émouvantes distractions des attaques,' des retraites, des campements, et même les horreurs sanglantes de combats incessamment renouvelés : tant de motifs allégués par le soldat pour excuser sa vie trop profane ! La piété de
David montra ce qu'il y a de mal fondé dans le préjugé partagé par de nombreux historiens, qui déclarent incompatible l'exercice de la piété avec les devoirs d'un homme de guerre et d'un roi. La piété de David fut l'honneur de son règne.
Nous ne parlons point ici de la gloire que l'organisation d'un culte pompeux fît rejaillir sur David. David n'était pas prêtre; mais, par la place élevée que lui donnaient dans les fêtes religieuses son rang de roi et sa dévotion tendre envers Dieu , il était loin d'être étranger à tout ce qui intéressait le corps sacerdotal. Il en était aimé. Il écoutait les prophètes avec une pieuse déférence. S'il dut résister à des prêtres tels qu'Abiathar, dont les allures politiques pouvaient troubler son royaume , il sut vénérer et honorer des prophètes comme Nathan, et même accepter les conseils de sagesse qui lui étaient donnés pour l'administration de l'Etat. Ce que David fut dans sa vie, la sainte Ecriture nous le dit et le résume dans un mot touchant, il fut : serviteur de Dieu, Celui qui mena de front tant d'affaires à la fois, le soldat heureux, le roi glorieux, le poète par excellence et l'ami des arts , celui qui , sans être prêtre , se mit un jour à la tête des prêtres ; celui qui, sans prendre le titre officiel de prophète, le fut néanmoins plus que tous les autres, celui-là n'ambitionnait qu'un seul titre : celui de « serviteur de Dieu » * .
La vie de David et ses œuvres offrent une idée de la véritable grandeur d'une nation. Une union sympathique règne entre tous les membres et toutes les forces : sacerdoce, prophètes, armée, peuple,
* II Reg. VII. Ps. cxv.