CHAPITRE IV
goûtés des combinaisons systématiques. De quelque vraisemblance qu'elles s'enveloppent, on a toujours peur d'y découvrir une fable. Il convient aujourd'hui de se rappeler que les saints Pères répugnaient à voir dans le. Cantique un chant s'appliquant, à quelque titre que ce soit, à un amour profane; et nous croyons qu'on ne découvrira rien dans le poème qui peigne quelque souvenir , quelque scène du mariage charnel de Salomon, ou même y fasse allusion.
Théodoret , et tous les Pères avec lui , voient dans le Cantique une pastorale sacrée, une fiction transparente représentant l'union du Christ avec l'Eglise. Pour eux, le mariage de Salomon n'est pas un substratum sur lequel s'appuie l'allégorie; ce n'est pas le fait historique auquel s'applique, en correspondance, le sens spirituel. Il en est du Cantique comme des paraboles de l'Evangile : le sens littéral n'a jamais été historique. Suivant Théodoret, c'est une opinion fausse et pernicieuse de voir dans le Cantique Salomon et la fille du Pharaon, ou Abisag la Sulamite ^ « Lors de la restauration des saintes Ecritures et de ce livre en particulier, continue Théodoret, Esdras se serait bien gardé de restaurer ce livre qui était perdu, et les saints Pères, dans la suite, de le mettre au même rang que les autres, s'il eût chanté des amours profanes. Sans doute il est question dans le Cantique de parfums , de baisers , de beauté, etc. ; mais ce sont là des figures en usage fréquent dans la Bible. Il faut assurément, avec les Pères, reconnaître dans le Cantique une épouse parlant à son époux ; ce qu'est cette épouse, l'Apôtre
' Les textes de saint Augustin ( -Serm. XLVI, c. xv, 35, etGen. ad litt. I, n. 2) et d'Origène {In Cantic. ii, 13 et 14), que l'on a objectés , ne prouvent qu'en faveur de l'interprétation allégorique.
nous l'enseigne : a Je vous ai fiancée à un seul homme, Jésus -Christ, comme une vierge chaste; » c'est l'Eglise formée de la réunion des fidèles, parlant au Christ son époux, que saint Jean appelle de ce nom', nom que le Christ lui-même se donnée Quant aux jeunes filles qui apparaissent dans le Cantique, ce sont les âmes pieuses, ce sont les anges qui apparaissent dans l'Evangile depuis le Gloria in excelsis jusqaRU Viri Galilœi. »
Bellarmin démontre que la plupart des traits du Cantique ne sauraient convenir à l'épouse d'un roi pas plus qu'à une paysanne en chair et en os. Il ajoute : « C'est sans doute par l'effet d^une grande bonté de Dieu pour le genre humain que, pour montrer son ardent amour pour les âmes dans le mystère de l'Incarnation, il a voulu que l'Ecriture comparât l'Eglise à une épouse qu'il se serait unie et que cette union ait eu son épithalame. Mais, ne l'oublions pas, ce n'est point pour que l'on vît dans l'épouse, figure de l'Eglise, soit la fille du Pharaon, soit une autre femme ^. »
Nos conclusions du chapitre précédent ont été qu'il ne faut point considérer le Cantique des cantiques comme un drame proprement dit, encore moins comme une pièce représentée dans les noces chez les Hébreux. Les conclusions du présent chapitre, conformes à l'opinion de tant de docteurs que nous avons cités , sont qu'après tous les romans édités de nos jours sur le Cantique , les catholiques ne doivent pas s'exposer à en créer de nouveaux, favorables sans doute au sens allégorique dont Jésus-
* Joan. III, 29.
« Matth. IX, 15.
^ De Verbo Dei, 1. 1, c. v.