‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 231 sur 339 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

père de Carrières , la Bible de Vence , et d'autres modernes*, n'offrent que des variantes peu importantes de la conception dont on fait honneur à Bossuet, mais qui lui était antérieure.

Selon Bossuet, le Cantique est composé de sept chants séparés correspondant aux sept jours de fête par lesquels les Hébreux célébraient leurs noces ; et il serait l'épithalame chanté par Salomon à l'occasion de son mariage avec la fille du Pharaon. Nous n'avons là ni scènes ni actes dramatiques, par conséquent point de théâtre ; mais sept odes , déclamées ou chantées à chacun des sept jours de la fête matrimoniale. « Que vois-je, dit Bossuet, dans le langage des époux? On y parle à différentes reprises de soir et de matin. Là, Salomon conjure les filles de Jérusalem de ne point éveiller à l'aurore celle que l'hyménée vient de lui donner pour compagne. Ici, la nouvelle reine presse le jeune prince auquel elle a juré sa foi de rentrer avant que les ombres ne s'inclinent et ne voilent les dernières clartés du ciel. Ailleurs, elle s'en va dans la nuit, cherchant à travers la cité le pur objet que son cœur aime, tandis qu'à d'autres moments, c'est-à-dire quand le soleil brille, ou elle l'appelle du fond des bois et des

* Parmi ces derniers, citons M&rPlantier [Étude sur les poètes bibliques) ; deux auteurs espagnols, Phil. Scio {laBïblia en espagnol), et Tones Amat, évêque d'Astorges {la Biblia traducida). Un auteur catholique italien a vu dans le Cantique un petit drame divisé en cinq actes, et chacun des actes en diverses scènes, avec monologues de l'époux et de l'épouse, leurs entretiens mutuels, des chœurs de jeunes gens, de jeunes filles, etc. Cet auteur admet que Salomon, à l'occasion de son mariage, prophétise ici allégoriquement, sous les mystères de ses noces, l'union de Jésus -Christ et de l'Église. (Cassazza, Cantici canticorum illustratio, cité par Grandvaux, le Cantique des cantiques).

antres sauvages, ou elle l'invite à visiter avec elle ses bosquets et ses parterres. Que signifient les fréquentes alternatives de veille et de repos , de lumière et de ténèbres? Une plus vaste mesure de temps n'a- 1- elle pas été nécessaire au développement des différentes opérations que le poète y attache? Oui, sans doute, conclut Bossuet, et j'aime à voir, dans la succession des passages qui nous en parlent, de successives allusions à diverses journées. Veut-on maintenant savoir, poursuit toujours l'évêque de Meaux, à quel nombre j'élève cette série de jours? A sept. Et pourquoi? C'est que les fêtes nuptiales occupaient ordinairement, chez les Juifs, la longueur d'une semaine entière ; que vraisemblablement le fils de David s'est fait un bonheur autant qu'une loi de se conformer à cet usage , consacré même par les plus vertueux de ses ancêtres; enfin qu'à chaque division de cet espace hebdomadaire il n'a pas manqué de faire répondre une page dans les chants de son amour. Sans doute , les sept jours que duraient les noces chez les Hébreux ne sont pas tous clairement désignés ; mais , en en marquant quelques-uns , Salomon nous invite à chercher les autres, que l'on trouve aisément si l'on apporte un peu d'attention. Le Cantique des cantiques est un épithalame régulier. »

Nous ne voulons pas assurément diminuer le mérite d'une hypothèse qui depuis deux siècles a réuni tant d'adhésions et de suffrages ^ Mais, depuis le temps où Bossuet écrivait, les romans se sont tellement multipliés, que les esprits sérieux se sont dé-

* Voir la réfutation du système de Bossuet dans le P. Gietmann, Cursus Script, sacrœ, Comm. in Gant., p. 370.

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