CHAPITRE IX
et la persécution. A peine le Sauveur est né, que les peines commencent pour Marie. Elle fuit devant Hérode , brûlée par le soleil de l'Egypte , tout attristée par la vue de l'ingratitude des hommes. A son tour, quand il est grandi, le Sauveur se dérobe à ses embrassements : dès l'âge de douze ans il délaisse sa mère pour l'œuvre de son Père céleste.
C'est vraiment comme un bouquet de myrrhe que son divin Fils repose dans ses bras au jour de la présentation au temple , et surtout à la descente de la croix sur le Calvaire. C'est bien alors qu'elle disait, languissante, ces paroles que l'Eglise lui met dans la bouche au temps de la Passion : « Fortifiezmoi avec des fleurs, je me meurs d'amour. »
(( Il y avait , dit Bossuet , une liaison tout à fait singulière entre Jésus et Marie : Dilectus meus mihi, et ego illi : « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui. » Ils sont l'un à l'autre d'une façon incommunicable ; il est à elle comme Sauveur, cela est commun, mais il est à elle comme Fils ; à elle, comme il est au Père céleste : c'est un mystère incommunicable. Dilectus meus mihi : il est Fils unique ; et ego illi : il n'a que moi sur la terre ; il n'a point de père. Cet amour étant donc si fort, et faisant une liaison si intime entre ces deux cœurs , Marie devait mourir quand elle vit expirer son Fils; elle devait mourir autant de fois qu'elle vivait de moments; car elle le voyait toujours mourant , toujours expirant, toujours lui disant le dernier adieii, toujours dans les mystères de sa mort et de sa sépulture. « Son bien-aimé était ainsi pour elle comme un bouquet de myrrhe : » Fasciculus myrrhse, dilectus meus mihi. Elle ne vivait que d'une vie de douleur, elle ne vivait que pour souffrir : Fulcite me flori-
bus, stipate me malis, quia amore lancfueo : a Soutenez-moi avec des fleurs, fortifiez -moi avec des fruits. » Son amour, languissant et défaillant toujours par la douleur, cherchait du soutien. Quel soutien? des fleurs et des fruits. Mais c'étaient des fleurs du Calvaire, mais c'étaient des fruits de la croix. Les fleurs du Calvaire sont des épines; les fruits de la croix, ce sont des peines. C'est le soutien que cherche l'amour languissant de Marie : Fulcite me ftoribus , stipate me malis. L'amour d'un Jésus crucifié la fait vivre de cette vie; toujours elle voyait Jésus -Christ dans les agonies de sa croix, toujours elle avait non tant les oreilles que le fond de l'âme percé de ce dernier cri de son bien -aimé expirante »
Mais aussi de quelles tendresses ce cher Fils ne la récompensa-t-il pas durant sa vie ! Un docteur de l'Eglise, saint Liguori, nous a représenté Jésus enfant entre les bras de sa mère. Ecoutons-le :
« Les cieux ont suspendu leur douce harmonie, lorsque Marie a chanté pour endormir l'enfant Jésus. De sa voix divine la Vierge disait : Mon fils, mon cher trésor, tu dors, et moi je me meurs d'amour pour ta beauté. Dans ton sommeil, ô mon bienaimé ! tu ne regardes pas ta mère ; mais Tair que tu respires est du feu pour moi. Tes yeux fermés me pénètrent de leurs traits : que sera-ce quand tu les ouvriras? Tes joues de roses ravissent mon cœur; ô Dieu, mon âme se meurt pour toi. Tes lèvres charmantes attirent mon baiser ; pardonne , ô chéri ! je n'en puis plus! Elle se tait, et, prenant l'enfant sur son sein, elle dépose un baiser sur son divin
* Bossuet, 7/e Sermon sur V Assomption ^ ler point.