CHAPITRE IX
force consiste en leur douceur... O mon Epoux, ce n'est pas merveille si les jeunes âmes vous chérissent! »
L'Epouse, continue Bossuet, est ainsi conduite à vivre dans l'intimité de son divin Epoux. Transportée par une si grande marque d'amitié , elle tombe malade d'amour et demande qu'on la soutienne. Ecoutons une âme qui sait, pour les avoir expérimentées , les douceurs de ces défaillances , expliquer ce passage.
Après avoir vu dans le baiser que demande l'Epouse la paix de l'âme, sainte Thérèse en arrive à ces paroles : « Soutenez-moi avec des fleurs, car je meurs d'amour !» — « Quoi ! très pure Epouse , s'écrie la sainte, les douceurs et les consolations dont vous jouissez vous font mourir et vous réduisent en cet état que vous demandez des fleurs pour vous soutenir ! Car ne vous imaginez pas qu'il y ait de l'exagération quand j'ai dit que l'amour est quelquefois si violent et domine de telle sorte sur les forces de la nature , que l'âme tombe alors dans la défaillance et paraît prête à quitter le corps. Je vous affirme qu'il n'y a rien de plus véritable. Mais alors quelles fleurs désirez-vous? Des fleurs sont- elles donc propres à vous retirer de cette extrémité*? C'est pour modérer cette excessive joie que l'âme prie qu'on la soutienne avec des fleurs; et celles qui naissent sur la terre n'ont rien de comparable à l'odeur et à la beauté de ces admirables fleurs, qui ne sont autres que les désirs qu'a l'âme de faire de grandes actions pour le service de Dieu et l'avantage du prochain, son amour étant si
^ Dans le cas de pâmoison, les anciens remplaçaient par le parfum acre de certaines fleurs les sels modernes»
désintéressé et sa charité si ardente, qu'elle ne craint point, pour de tels sujets, d'être privée du merveilleux plaisir dont elle jouit. En demandant ensuite des fruits dont la nourriture la fortifie , elle demande des travaux et des persécutions. Car il est certain qu'une âme que le Seigneur a élevée à cet état , les désire et en tire de grands avantages, parce qu'elle trouve son plaisir à imiter la vie si excessivement pénible de Jésus sur la terre. »
V. — Application du Cantique à l'amour du Christ pour sa Mère.
Quelque purs et ardents soient les soupirs, quelque tendres soient les dévouements des âmes saintes pour leur divin Epoux, ils ne sont rien comparés à ceux de la bienheureuse Vierge Marie pour son divin Fils.
Mieux que les justes de l'ancienne loi, elle sait les temps de la Rédemption ; elle fait plus par ses prières pour en hâter le terme, que toutes les générations passées ensemble. « Quand elle eut été saluée par l'ange, dit un commentateur, et qu'elle connut le secret de sa grandeur future, en quel esprit se présenta -t- elle au Verbe, pour recevoir son baiser, qui ne devait faire qu'une âme de leurs deux âmes et réunir le Fils et la mère en une seule et même chair * I »
Cependant , dit l'auteur de l'Imitation , sine dolore non vivitur in amore. On ne va pas loin dans l'amour et la recherche de Jésus sans rencontrer l'épreuve
* Le Cantique des cantiques avec traduction et commentaires, par M. l'abbé Le Hir.