CHAPITRE X
elle-même. Ce chant serait, jusqu'au dernier verset, un soliloque.
C'est un fait d'expérience que l'amour meut les puissances imaginatives dans le sommeil. Donc, pendant son sommeil, la bergère revoit son époux; elle entend sa voix. Il lui semble qu'il l'invite à goûter les charmes du printemps et qu'il lui en décrit les attraits, et elle met sur les lèvres de son bien -aimé les paroles suivantes : « Lève -toi, mon amie , et viens : l'hiver est passé ; le temps des pluies est fini; les fleurs commencent à paraître. La voix de la tourterelle se fait entendre. Le figuier bourgeonne; les vignes répandent leurs parfums... Ma colombe, lui dit-il en finissant, fais-moi entendre ta voix. »
Elle obéit et dit les premiers vers d'un vieux chant qu'elle fredonne :
Prenez -nous les renards,...
Les petits renards qui ravagent les vignes ^
Après quelques paroles de tendresse adressées à son bien-aimé, qu'elle suppose présent, elle s'arrache à ses douces rêveries. Hélas ! celui qu'elle aime n'est pas là. Elle attend encore. Elle s'inquiète, dit Bossuet, de ce qu'il ne revient pas. Enfin, n'y tenant plus, et ne pouvant davantage supporter son absence, elle s'en va le chercher'. Les gardes qui font leur
* Hune versum esse carminis a scriptore Gantici non conditi, inde suadetur, tum quia cum antecedentibus non cohaeret, tum quia in eo articulus more illius auctoris non usurpatus est. (Crampon, Notes sur les Commentaires de Cornélius a Lapide.)
* Nous remarquons ici que si la Sulamite eût été enfermée au harem, comme le dit M. Renan, ni son époux n'eût pu la visiter, ni elle-même n'eût pu sortir librement.
ronde de nuit dans la cité la rencontrent : « Avezvous vu, leur demande -t- elle éplorée, celui que j'aime? » Elle n'avait pas achevé ces paroles, que son bien -aimé se présente à sa vue. Cette fois, elle le tient, elle ne le laissera pas aller. Elle le conduit chez sa mère, où l'époux demeure avec sa bienaimée jusqu'au matin. Quand il la quitte de nouveau pour aller à son travail, ce n'est pas sans précaution, de peur de l'éveiller. Il répète aux filles de Jérusalem qu'il rencontre les recommandations du premier chant: « Je vous adjure, par les gazelles et par les biches de la campagne, n'éveillez point ma bienaimée, et ne troublez point son sommeil jusqu'à ce qu'elle le veuille. »
TEXTE
SOLILOQUE DE l'ÉPOUSE
Gh. II. — 8. C'est la voix de mon bien-aimé. Le voici : il vient, bondissant sur les montagnes, franchissant en courant les collines.
9. Mon bien-aimé ressemble à la gazelle et au faon d'une biche. Le voici! Il se tient derrière notre muraille , il regarde par la fenêtre ; ses yeux plongent à travers le grillage.
10. Mon bien-aimé me parle ^ et il me dit: Lèvetoi, mon amie, ma tourterelle, et viens.
11. Car voici que l'hiver est passé; la pluie s'en est allée, elle a cessé.
12. Sur notre terre, les fleurs commencent à paraître. Le temps des chants est venu^ La voix de la tourterelle se fait entendre.
* Ou : Le temps de tailler les arbres. Le mot hébreu -,>aTn