CHAPITRE X
13. Le figuier pousse ses bourgeons; les vignes en fleur répandent leur odeur. Lève-toi, ma chérie, ma toute belle, et viens !
14. Ma colombe se joue dans les fentes du rocher, sur les flancs caverneux du précipice. Montre -moi ton visage, fais -moi entendre ta voix : car ta voix est douce , et ton visage est beau * .
exprime aussi bien l'idée de la taille des arbres que d'un chant. Nous pensons que la véritable traduction est chansons, car au verset suivant il s'agit de vignes en fleur, et le temps de la taille est passé.
* Tous les auteurs ont remarqué l'exquise fraîcheur de coloris qui règne dans cette description du printemps. Il est difficile de trouver, quelque part que ce soit, une peinture plus aimable de la saison des fleurs. La nature qui s'éveille au matin de l'année n'apparaît nulle part plus fraîche et plus suave. Aussi nous avons été surpris de lire dans Stapfer : « La beauté calme et sereine de la nature échappe au juif; il n'y a point de description simplement gracieuse dans les livres de l'Ancien Testament. » {La Palestine au temps de Jésus- Christ, p. 233.) — Ce n'est pas au second chant seulement que l'on admire, dans le Cantique des cantiques, un sentiment exquis de la nature ; c'est dans le poème entier. Tout vit dans les paysages de Salomon, tout y respire, tout s'y anime, tout y parle, tout y chante , sans exagération. Il faut non seulement admirer la pure beauté des descriptions, mais il faut aussi en remarquer la sobriété et la vérité. Ces dernières qualités sont particulières à la Bible. On dit souvent : Rien n'égale la beauté des descriptions orientales dans les poèmes indiens. Assurément le poète Kâlidasâ, par exemple, se montre, dans l'un de ses trois drames, celui de Sakountalâ , que la critique a rapproché du Cantique des cantiques , le grand peintre de la nature. Mais, à notre avis, Salomon fait preuve de deux qualités qui manquent à Kâlidasâ : la sobriété descriptive et la fuite de l'exagération. Salomon a le coloris de l'Orient et le trait sobre de la Grèce. La versification du poète indien, mêlée de sanscrit et de prâcrit, selon les personnes qui parlent, est riche, mais surabondante; harmonieuse, mais confinant à la mollesse. Elle ne manque point de prétention et de subtilité. Toutefois ses tableaux sont séduisants et expliquent l'enthousiasme que ce drame en sept actes, qui ne remonte guère plus haut que le ne ou me siècle de l'ère chrétienne , a excité en Europe.
/i92 LES ECRITS DE SALOMON
La Sulamite fait entendre sa voix et entonne une strophe connue alors à Jérusalem.