CHAPITRE XI
la suit. On dirait un hors -d' œuvre. Et cependant l'insertion d'une poésie entièrement étrangère au Cantique des cantiques n'est pas une hypothèse admissible. Il faut croire à une lacune dans le texte. Les vers qui préparaient le lecteur à la strophe ont dû se perdre, et l'opinion de ceux qui prétendent que le Cantique, dans le texte présent, n'est qu'à l'état fragmentaire, trouve ici une confirmation.
Le berger et la bergère , du milieu de leur vigne ou du seuil de leur maison, ont -ils aperçu le cortège nuptial de Salomon entrant à Jérusalem? Le poète a-t-il voulu rapprocher deux hymens si différents l'un de l'autre: celui du roi et celui du berger, et puiser dans ce rapprochement un effet de contraste? On serait presque autorisé à le dire, car le cortège royal disparait tout à coup pour ne plus revenir. Les louanges que le berger fait immédiatement de sa bergère n'auraient-elles pas pour occasion les magnificences de la parure de la reine? Quelques auteurs ont pensé que, dans la crainte de voir son amante humiliée , le berger s'est senti pressé de lui dire : « Elle est éclatante au milieu des diamants et des perles , l'épouse de Salomon ; mais dans ta simplicité, ô mon amie! tu n'es pas moins belle. »
Cette hypothèse nous ramène en effet à ce qui, après l'apparition du roi, devient le sujet principal du troisième chant : à savoir, l'éloge de l'épouse ; il occupe tout le chapitre quatrième du texte.
L'époux célèbre dans le premier verset la beauté de son épouse d'une façon générale; puis il en décrit les éléments avec une complaisance qui , bien que tout orientale, nous surprendrait si chacun des traits de cette allégorie ne correspondait pas à une vertu, à une qualité morale. Il commence par les yeux, pre-
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mier objet, dit Aristote, que nous avons coutume de contempler en ceux que nous aimons. Ces louanges remplissent les cinq premiers versets. Elles sont, dans une intention rythmique, selon un certain nombre de commentateurs , au nombre de sept.
Le berger déclare ensuite qu'il ne veut plus s'éloigner de son épouse comme il l'a fait, ni se laisser chercher de nouveau par elle pendant la nuit. Il lui promet, dit Bossuet, de ne la point quitter désormais que le jour ne soit venu : « jusqu'à ce que vienne la fraîche aurore, et que les derniers voiles de la nuit se dissipent, je ne te quitterai pas, montagne de la myrrhe, colline de l'encens. » Il se félicite d'être avec elle loin des lions et des léopards. Puis les louanges continuent jusqu'à la fin du chapitre. L'époux célèbre la beauté sans tache et la fidélité immaculée de l'épouse*: « Tu es un jardin fermé, dit-il, ma sœur, mon épouse, un bosquet où poussent les grenadiers , la myrrhe et toutes les plantes embaumées. »
L'épouse, s' entendant comparer à un jardin planté d'arbres odorants et de plantes parfumées, interrompt l'époux et lui dit dans le même langage allégorique dont il s'est servi: « Viens, mon bien-aimé, entre dans ton jardin, mange de ses beaux fruits. » Le berger répond: « Oui, je cueillerai la myrrhe et les aromates, je mangerai le miel dans ses rayons; je boirai le vin et le lait. »
Gracieuses et délicates images , mystérieuses invitations, mets délicieux dont les commentateurs n'ont pas manqué d'expliquer les sens profonds et mystiques, et dont l'Eglise a enrichi sa liturgie.
Le troisième chant se termine par un souhait. C'est, disent quelques commentateurs, comme I'Eùtu-