III. — Le Christ et l'Église
Au second chant , les commentateurs voyaient la prophétie du second âge de l'Eglise, son adolescence, son accroissement en force et en beauté. Ici ce serait son troisième âge qui serait chanté, l'âge de la formation complète et de l'action.
L'Église est sortie du désert et s'est élevée comme une colonne de fumée exhalant la myrrhe et tous les parfums, « c'est-à-dire, explique le vénérable Bède, qu'elle est sortie de la gentilité comme d'un désert ; comme tous les parfums que l'on brûle forment un nuage d'une fumée odorante, ainsi l'Eglise est formée, dans son unité, de toutes les vertus , de toute la sainteté , de tous les mérites de chacun de ses membres. »
Elle s'avance, belle aux regards, en compagnie de son épouse. Les gardes qui composent le cortège sont, dit Bossuet, les apôtres et les docteurs. Il y a, en efPet, pour l'Église des jours d'exaltation et de triomphe, même dans la vie présente, où Dieu la console en faisant apparaître , comme une vision qui se dérobe, l'image des triomphes de la vie future. Représentons-nous l'Église dans ses jours de fêtes, pendant les règnes de Constantin, de Théodose ou de
' Traité de l'amour de Dieu, VI, vi.
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Cliarlemagne, ou bien encore après les victoires remportées sur l'hérésie, à Nicée, à Ephèse ou à Trente, et nous ferons aisément application de cette troisième partie à l'Eglise.
La peinture de la beauté de l'Eglise qui suit le récit de son triomphe était sous les yeux ou dans la mémoire de saint Paul, lorsqu'il écrivait le chapitre cinquième de son épître aux Ephésiens. Il célèbre l'Eglise en se servant des mêmes images et presque des mêmes termes qu'employait Salomon pour louer la Sulamite , qui en était la figure : a Gomme un homme aime son épouse, ainsi, dit l'Apôtre, le Christ a aimé son Eglise; il s'est livré pour elle , il l'a sanctifiée et purifiée ; il l'a faite glorieuse, sans tache ni ride, éclatante de beauté, sainte et immaculée ' . )>
La description de l'épouse prend place parmi les parties du Cantique qu'on a le plus commentées, et qui ont été estimées les plus riches en applications morales et doctrinales. Nulle part le goût de Salomon pour les énigmes et son génie ami des symboles ne se seraient, dit -on, donné plus libre carrière. Les Pères et les auteurs du moyen âge ont cherché avec un zèle curieux ce qui se cache sous chacun des traits du tableau : les yeux, les cheveux, le cou, les dents, etc.
Ainsi, partant tous de ce principe que l'épouse représente l'Eglise, ils ont trouvé que les yeux sont les théologiens , les docteurs , les prédicateurs. Les cheveux, ornement de la tête, figureraient les cérémonies liturgiques par lesquelles l'Eglise décore et célèbre ses mystères. Les dents de l'Eglise se-
1 Eph. V, 27.
raient les savants qui la défendent par leur plume mordante, et broient la nourriture de l'esprit. Les lèvres seraient une nouvelle figure des prédicateurs. Les joues de l'épouse, empourprées comme des grenades, signifient la pudeur, la chasteté, la virginité dans l'Eglise. Son cou comparé à une tour ornée de boucliers, c'est l'Eglise, tour imprenable, ornée et défendue par les Apôtres, les pontifes, les évêques, sentinelles de la tour veillant sur les hauteurs, ItzI- G/coT^oi, et toujours prêts à jeter le cri d'alarme qui réveille les défenseurs *.
Nous ne trouvons pas utile d'insister davantage. Notre siècle, éloigné de la simplicité et des goûts du moyen âge, veut ignorer que la manière d'instruire les peuples par les images , les symboles et les énigmes, a été pendant des siècles celle de nos pères. Leurs enseignements, encadrés dans de vives et originales images, échappaient à l'oubli où tombent et s'ensevelissent trop souvent nos froides et exactes formules.