CHAPITRE XII
Voilà la pensée et le thème prophétique que les Pères et les docteurs ont reconnu dans ce quatrième chant. Telle est l'explication de saint Augustin et de saint Grégoire. L'époux et l'épouse semblent tourmentés de deux désirs contraires, dit Lyra. L'épouse, comme c'est le rôle des femmes , veut toujours demeurer à la maison avec son époux, reposer avec lui, loin des contradictions et du bruit des luttes. L'époux, ce qui est le rôle des hommes, appelle sans cesse son épouse aux œuvres extérieures, comme le soin des vignes ou la garde des troupeaux, à la peine, à l'action, au travail. C'est Jésus-Christ appelant son Eglise au travail et au combat; c'est Jésus -Christ éprouvant son Eglise par de fréquentes luttes, de fréquentes épreuves , afin de la purifier en la conduisant à la peine avant de couronner ses mérites. L'idéal de l'Eglise terrestre est le bon combat : Bonum certamen fîdei, a dit l'Apôtre. Fille de Sulam, dit Jésus-Christ à son Eglise , quitte ta couche , c'està-dire ton repos, et cherche-moi, c'est-à-dire: Cours au sacrifice et au mérite.
L'éloge de l'époux et son portrait font penser au portrait de Jésus tracé par les apôtres dans l'Evangile. Les évangélistes et la Sulamite ont eu un même but : faire connaître, faire apprécier l'Époux, le pasteur par excellence, Jésus- Christ. Les docteurs de l'Eglise , les conciles , les apologistes ont eu la même mission : tracer le vrai et authentique portrait de Jésus - Christ , le vrai et authentique tableau de ce qu'il a fait et de ce qu'il a dit, sa doctrine et ses exemples. Malgré la beauté des traits, malgré la profondeur et la suavité des paroles, tous ne reconnaîtront pas Jésus, l'Epoux des âmes. La sagesse des conciles sera au-dessus de l'intelligence d'un
monde hostile ; la suavité des traits de la vérité ne le touchera pas. Il y a une vertu peut-être plus puissante , un signe auquel tout homme de bonne volonté reconnaîtra mieux la présence de l'Epoux : (( Celui que j'aime, dit la Sulamite, est dans le jardin où croissent les lis, où mûrissent les fruits. » — (( Voulons-nous savoir, dit M&^ Bougaud, où est la véritable Eglise, cherchons où fleurissent les lis et où paissent les agneaux , où mûrissent les grenades , c'est-à-dire la patrie des œuvres, le jardin où germent les vertus d'innocence et de chasteté. C'est là qu'est le Christ, c'est là qu'est l'Eglise. »
En suivant cette leçon qui se dégage de l'interprétation du Cantique, les prédicateurs de Jésus- Christ ne se contenteront pas de tracer de beaux portraits et de faire admirer sa doctrine et sa personne ; ils montreront les œuvres chrétiennes à travers les siècles, œuvres de lumière et de charité dans l'Eglise. Voilà le jardin qu'habite T Epoux.