III. — Le Christ et l'Esrlise
Après avoir prédit T adolescence et les premiers temps de l'Église déjà formée, Salomon, suivant un grand nombre de commentateurs, prédirait maintenant ses épreuves. L'âge de l'Église ici prophétisé commencerait à Constantin. Avec ce prince arrivèrent les honneurs et les richesses, qui ont, dit Bossuet, toujours été si funestes à l'Église.
Le sommeil de l'Épouse, au commencement du chant, représenterait le repos auquel les chrétiens s'abandonnèrent avec trop de confiance quand ils virent les persécuteurs du Christ s'en déclarer les adorateurs et les défenseurs. Cependant les chefs de l'Église veillaient. En sorte que l'Église pouvait dire avec la Sulamite : Dormio , sed cor meum vigilat. Elle dormait, dit un Père, dans les pasteurs oublieux et trop confiants * ; mais elle veillait par ses pontifes et les successeurs de Pierre.
Ne semblait -il pas qu'après tant d'injustices héroïquement supportées , tant de persécutions, les chrétiens pouvaient alors se reposer dans la possession tranquille de leurs temples et des privilèges que le César venait de leur accorder? Le Christ ne le voulait pas. Il entrait dans ses conseils que l'Église de la terre fût militante. C'est pour cela qu'il permit les retours offensifs du paganisme et les hérésies : Porphyre, Julien l'Apostat, les Ariens, les Nestoriens, etc. C'était l'Époux laissant l'Épouse et s'éloignant. Il voulait que l'Église s'inquiétât et le ciiex"-
* Augustin. Tract, lvii in Joan.
chât. Il entendait ranimer ses ardeurs. Le Christ a toujours voulu se faire désirer, se faire attendre. C'est ce que dit Bossuet : « L'aimable Époux de l'Eglise s'est fait désirer pendant plusieurs siècles, et il ne s'est enfin livré à son Epouse qu'après avoir été demandé par des vœux continuels. Et à peine est- il venu à nous, à peine le Verbe s'est-il fait chair, qu'il est aussitôt retourné vers son Père, d'où il reviendra pour nous élever à lui; de sorte que, sous divers regards, l'Église l'a possédé et l'attend encore. »
Le berger éveilla la Sulamite pour lui montrer qu'il n'était pas loin. Jésus- Christ montre toujours par quelque indice à son Église qu'il veille , bien qu'invisible.
Les violences, les outrages, les mauvais traitements des gardes envers la Sulamite, représentent les violences des apostats et des hérétiques persécuteurs. Les cris de douleur de l'Église ont éveillé les chrétiens qui dormaient , et ils sont accourus à ces cris d'alarme. Au milieu dès bonnes volontés qui s'offrent. Dieu suscite dans son Église des apologistes, des docteurs et des saints : les uns avec leur plume ou leur parole vengeresses, les autres avec leurs prières.
La description de la beauté du berger ne se trouve à la place où nous la rencontrons dans le Cantique des cantiques que pour exciter le zèle des filles de Jérusalem. C'est au moment des contradictions, des ébranlements produits par les sophistes Celse, Porphyre, Julien, que les apologistes chrétiens montrèrent plus ravissante et plus divine la figure du Christ, toujours vainqueur quand il s'agit d'animer les chrétiens à rester fidèles.