‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 306 sur 339 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

passa presque tonte ou pendant les ténèbres de la nuit, ou en la nuit des ténèbres que le soleil s'obscurcissant fît au plus fort de son midi. Ouvre donc ton cœur devers moi, comme les mères -perles ouvrent leurs écailles du côté du ciel, et je répandrai sur toi la rosée de ma passion, qui se convertira en perles de consolation'. »

Mais le langage de Jésus souffrant , invitant à compatir à ses souffrances, à prendre la croix et à le suivre, n'est pas un langage qu'on écoute aisément. Ceux qui l'écoutent sont lents à obéir, et inventent mille prétextes pour s'abstenir et différer, malgré la voix de Jésus et les avertissements de la conscience : Expoliavi me tunica mea : a Je me suis dépouillée de ma tunique, » j'ai abandonné mes habitudes de religion, mes pratiques de piété: comment me remettre à ces anciennes pratiques; je n'en ai plus la force : (( Quomodo induar illa : Gomment revêtir ma tunique ? J'ai lavé mes pieds, lavi pedes meos , pour gagner ma couche; si je me lève, il faudra les laver de nouveau ; » c'est beaucoup de peine ! Je vis tranquille, je sers Dieu suffisamment dans la dévotion ; qu'il ne me demande pas de travailler et de me dépenser autrement pour ses œuvres; je ne le pourrais. Ainsi parle l'âme, pieuse sans doute, mais incapable encore de grands sacrifices , ou plutôt s'en disant incapable, et elle demeure dans sa vie molle et attiédie.

« Gomme il faudra payer cher cette lenteur! dit Théodore!. Gar cette épouse qui n'est pas allée aussitôt ouvrir sa porte, et qui s'excusait si lâchement, elle sera forcée bientôt non seulement d'aller jus-

' ' Traité de rdmôUr de' Dieu, 1. V, c. v,'

qu'à la porte, mais encore de parcourir les rues de la ville, où elle tombera entre les mains des gardes, qui la maltraiteront. Toutes ces peines ne lui seraient point arrivées, si elle avait obéi aussitôt à la voix de son époux. »

<( L'Epoux, dit à son tour Bossuet, apprend ici à l'Epouse qu'elle doit ouvrir dès qu'il frappe ; autrement il passe outre. Car il va et vient comme en courant. Il veut trouver l'âme toujours attentive et jamais endormie. Mais, si elle se laisse aller à la paresse, elle en recevra aussitôt le châtiment marqué au verset 6 : Je l'ai cherché, mais je ne l'ai pas trouvé. Lors donc qu'il la trouve paresseuse, quoique enflammée d'amour, il passe sans daigner répondre à sa voix. C'est pour faire croître ses désirs, pour éprouver son attachement, pour lui faire sentir toutes les peines de l'amour.

(( Aussi, devenue plus passionnée, elle cherche l'Epoux avec toute l'ardeur de son cœur, et toujours elle ne le trouve pas. Elle rencontre donc les gardes, qui sont les pasteurs de l'Eglise : ils la frappent, ils la dépouillent ; si ces pasteurs sont de saints personnages, ils la reprennent fortement et mettent à nu ses négligences devant ses yeux ; si ce sont des personnages peu capables, ils lui font souffrir des peines mortelles par le peu de lumière qu'ils lui donnent; si ce sont des méchants, ils lui deviennent une occasion de scandale, peine plus grande encore. Ainsi la fuite de son Epoux et les conseils de ses ministres la jettent également dans l'inquiétude. Il lui reste une consolation, c'est d'appeler l'Epoux et de le demander à tous ceux qu'elle rencontre. Elle s'élève ainsi à un plus haut degré de perfection, et par le témoignage de son

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