‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 324 sur 339 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

tage que de certaines âmes. Aux fidèles en général, le Sauveur demande d'être aimé comme un père, comme un frère, comme un ami; ce sont les larges sentiers de l'amour, où tous peuvent mettre le pied. Mais il se présente un sentier nouveau où tous ne peuvent accompagner le Sauveur. C'est le sentier que saint Jean appelle « le sentier virginal de l'Agneau ». Le suivent les âmes virginales qui sont à lui sans partage. Pour empêcher ce partage, la sainte virginité vient fermer le cœur ; c'est un sceau qu'elle y appose : ut signaculum super cor tuum; un sceau sacré qui empêche d'en ouvrir l'entrée ; si bien que Jésus-Christ y règne tout seul, et c'est pourquoi il aime ce cœur virginal, parce qu'il possède en repos, sans distraction, toute l'intégrité de son amour. Il l'aime d'un amour extrêmement jaloux : dura semulatio. Il a si peur que son épouse volage , devant sa liberté à d'autres qu'à lui, ne partage encore son cœur, au lieu de le conserver tout entier à son époux légitime ! C'est pourquoi il l'aime aussi fort que la mort : fortis ut mors dilectio; s'il faut des supplices, c'est lui qui les souffre ; s'il faut du sang , c'est lui qui le donne; afin que nous comprenions que c'est à lui que nous devons tout, et que nous lui consacrions tout notre amour, comme nous tenons de lui seul tout notre salut. Comme un amant passionné, voyant celle qu'il cherche avec tant de soin gagnée par les présents de quelque autre qui prétend à ses bonnes grâces, multiplie aussi sans mesure les marques de son amitié pour emporter le dessus; de même en est- il du Sauveur des âmes. Il voit que nous recevons à pleines mains les présents de son rival, qui nous amuse par une pomme, qui nous gagne par

des biens trompeurs : pour détourner nos yeux et nos cœurs de ses libéralités pernicieuses, il redouble ses dons jusqu'à l'infini; et sa jalousie excessive, dura semulatio, voulant faire un dernier effort, le fait monter sur la croix , où il nous donne non seulement sa gloire et son trône, mais encore son corps et son sang , et sa personne et sa vie : fortis ut mors dilectio /enfin, se donnant lui-même, que ne nous donne -t-il pas? Et nous faisant un si grand présent, il nous dit à tous : Voyez si ce prétendant que vous écoutez pourra jamais égaler un tel amour et une telle munificence. C'est ainsi qu'il parle, c'est ainsi qu'il fait, et nous pourrons nous défendre d'une jalousie si obligeante ^ ! »

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