‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 323 sur 339 · CHAPITRE XllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XllI

taient voirement pas reines, mais qui pourtant avaient part au lit royal en qualité d'honorables et légitimes amies. Ce sont les âmes qui, ayant fait quelques progrès en Famour divin et retranché tout l'amour des choses dangereuses , néanmoins ne laissent pas d'avoir des amours dangereux et superflus. Elles jouissent du lit nuptial du Salomon céleste, c'est-à-dire des amours, recueillements et repos amoureux; mais elles n'en jouissent pas en qualité d'épouses , parce qu'elles n'entrent pas fort souvent en ces divines unions de l'Epoux, étant occupées et diverties pour aimer hors de lui et sans lui.

« Il y en avait encore soixante qui tenaient le ♦premier degré d'honneur et d'estime, et qui furent nommées reines. Ce sont les âmes qui n'aiment ni les superfluités ni avec superfluité; mais seulement aiment ce que Dieu veut, n'aimant rien hors de lui et sans lui.

« Enfin , dans cette grande variété de dames il y avait une unique amie, avec laquelle les autres n'entraient point en comparaison. Ainsi, au-dessus de toutes les âmes, il y en a une très uniquement unique, la plus aimante et la plus aimée des amies du divin Epoux, la Reine des reines, épouse et mère tout ensemble de l'Epoux céleste, qui est la très sainte Vierge ^ . »

On a trouvé étrange et choquant le rapprochement que fait Salomon, dans la conclusion du Cantique, de l'amour avec la mort et avec l'enfer. M. Garo voit dans l'association de l'idée de l'amour avec celle de la mort un des plus étonnants et des moins contestables phénomènes de la psychologie

' Op. cit., 1. X, ch. IV et v.

de l'amour, a Association inévitable, dit- il; car, lorsque commence à naître au fond du cœur la passion de l'amour, en même temps s'éveille dans le cœur un désir de mourir, plein de langueur et d'accablement. C'est un fait que les grandes passions sentent instinctivement que la terre ne peut les contenir, et qu'elles feront éclater le vase fragile du cœur qui les a reçues. »

Les pessimistes, qui voient dans la mort une distraction charmante, la gentilezza del morir, comme dit l'un d'eux, associent ces deux idées comme deux images souriantes. « C'est un couple fraternel que l'amour et la mort, dit Léopardi; le destin les engendra en même temps. De choses aussi belles, iL n'y en a point dans le monde d'ici-bas, il n'y en a point dans les étoiles. De l'un naît le plaisir le plus grand qui se trouve dans la mer de l'être; l'autre assoupit les grandes douleurs ^ . »

Les Pères ont aussi considéré l'amour dans ses rapports avec la mort : « Rien ne résiste à la mort, dit Cassiodore, rien ne résiste à l'enfer. La mort, qui peut l'empêcher? l'enfer, qui peut lui faire rendre ses morts? Ainsi va l'amour. Qui peut l'arrêter? Qui peut l'empêcher d'engloutir, d'engloutir encore, et qui saurait éteindre sa soif inextinguible? On lui sacrifie impitoyablement tout ce qu'on a de plus cher ; on brave toute honte , pour se donner à celui qu'on aime ; on brave même la mort. »

Cette force dans l'amour, on la trouve excellemment dans l'amour de Jésus pour les âmes, et dans Famour des âmes pour Jésus. « Et un si grand amour, remarque Bossuet , ne sera le par-

* Cf. Caro, le Pessimisme au xixc siècle, ch. ii.

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