‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 41 sur 339 · CHAPITRE Ml · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ml

magnifique vieillard sortit alors des rangs des serviteurs fidèles qui accompagnaient le roi : c'était Berzellaï, le généreux prince de Galaad qui avait accueilli David fugitif à Mahanaïm , et lui avait prodigué ses biens et ses secours. Berzellaï venait prendre congé du prince pour rentrer chez lui , la guerre étant finie. David voulait retenir près de lui un si bon serviteur : a Venez, lui dit -il, vous habiterez mon palais à Jérusalem et vivrez heureux auprès de moi. »

On sait la réponse de Berzellaï : il fit remarquer au roi combien les sens qui s'émoussent, l'oreille qui devient dure , la bouche qui ne peut plus goûter la saveur des mets, rendent, pour le vieillard, inutiles, superflus, pénibles même, les concerts et les festins. Non, il n'ira pas au palais de Jérusalem; il retournera dans sa patrie et passera ses derniers jours auprès du tombeau de sa mère bien -aimée. <( Que si pourtant, ajoutait le vieillard, vous voulez me donner une marque de bonté, voici mon fils Chamaan : reportez sur lui vos faveurs*. »

Salomon conserva à sa cour les descendants de Berzellaï. Ils y vécurent libres, affranchis de toute charge et honorés. Les commentateurs disent qu'à ces bienfaits il ajouta d'autres faveurs signalées. Pendant tout le règne de Salomon et au delà, on vit cette famille tenir un rang à part dans Israël et occuper, pour le bien du pays, de hautes charges dans l'Etat. On est surpris de trouver dans Jérémie * un personnage portant le même nom que le fils de Berzellaï, Chamaan, nom peu commun dans la Bi-

* David, Ire partie, ch. ix.

ble, et placé là comme pour attirer Fattention. C'est lui qui, dans un intérêt de bien public, établit à Bethléhem un caravansérail, genre d'établissement très utile au commerce. La tradition du fait se conserva, et, vers le temps de Jésus -Christ, les Juifs racontaient que le caravansérail de Bethléhem avait été fondé au temps de Salomon, sur une terre donnée par David aux descendants de Berzellaï.

Chose merveilleuse ! c'est dans l'étable même de cette hôtellerie que, dix siècles plus tard, Marie mettait au monde le Sauveur ! Le petit -fils de celui qui avait donné à David une généreuse hospitalité éleva une maison qui eut l'honneur de recevoir le vrai fils de David, le Messie ^

Enfin on voit par un texte d'Esdras - combien , à travers les siècles et jusqu'au retour de la captivité , la famille de Chamaan était encore environnée d'une honorable notoriété.

C'est sans doute au souvenir des coups de justice et de vigueur qu'il sut tempérer à propos, que Salomon écrivit dans ses Proverbes : « Le roi sage dissipe les méchants et sait les punir des complots ténébreux que Dieu lui révèle ; mais il sait exercer

^ Comme la grotte de Bethléhem , le caravansérail se trouvait un peu en dehors de la bourgade. Chamaam, locus juxta Bethléhem, Locum istum David dederat Chamaam fllio Berzellaï eo quod, cum fug er et Ab salon, secutus esset, dit Ménochius. — Le texte hébreu de Jérémie porte : Ils allèrent à l'hôtellerie de Chamaan, qui est près de Bethléhem. Eusèbe {Demonst. VII, v) dit que le Sauveur naquit dans la campagne de Bethléhem. Saint Justin, de son côté, place la grotte auprès de la bourgade {Dial. cum Tryph. 78). Dom Calmet trouve juste que l'on voie dans cette grotte celle où naquit le Messie. L'Évangile ne semble point laisser de doute. Il n'y eut jamais à Bethléhem qu'une hôtellerie unique : « Vous trouverez, dit l'ange aux bergers, l'enfant couché dans la crèche, sv ty) çaxvr) (Luc. ii,12).

MEsd. 11,64.

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