‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 40 sur 339 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Nous ne voudrions pas laisser le lecteur sous l'impression pénible de rigueurs qui, si justifiées qu'elles nous paraissent , rappellent trop les sombres drames de l'histoire. Salomon ne fut pas un monarque cruel, mais il subit de cruelles nécessités. D'ailleurs la bonté, la bonté sans mélange, répond- elle aux conditions du commandement des hommes tels que l'expérience les révèle? N'est -elle pas souvent imprudence ou sottise ? L'art de gouverner est surtout l'art d'être juste.

Mais si , d'une part , Salomon sut punir les malfaiteurs publics, quel que fût leur rang dans l'Etat, il sut aussi encourager et récompenser les généreux défenseurs de l'autorité et des institutions.

Nous l'avons dit, nous ne connaissons qu'un petit nombre de faits de la longue vie de Salomon, ceux qui importaient plutôt à l'édification des âmes qu'à la curiosité de l'esprit. Cette indigence de documents apparaît dans la difficulté qu'éprouve l'historien à justifier par les faits les indices scripturaires des qualités et des vertus attribuées à Salomon. Salomon, a-t-on dit, n'a pas eu la générosité de son père. Nous répondons : Ils sont rares, les hommes généreux à l'égal de David ! Celui-ci

eut pour mission de représenter la générosité évangélique dans les épreuves. Salomon eut une autre mission : il fut la figure des énergies et des magnificences chrétiennes. Dieu donna au fils un caractère différent de celui du père.

Toutefois nous ne voulons point manquer d'indiquer la fidélité avec laquelle Salomon satisfit aux recommandations de David mourant au sujet de la famille de Berzellaï. David , après avoir signalé Joab aux sévérités de son fils , avait ajouté : « Souvenezvous des enfants du vieillard Berzellaï le Galaadite ; comblez -les de faveurs, car leur père a été généreux pour moi, quand je fuyais votre frère Absalom * . »

Si Salomon se regarda comme lié par les paroles de son père appelant la répression et le châtiment, comment n'aurait- il pas obéi au désir de l'auguste moribond, signalant à la bienveillance royale une famille dont le chef avait si noblement secouru David pauvre et abandonné? Combien sont vifs, dans un bon cœur, les souvenirs des âmes nobles qui se sont montrées généreuses dans ces heures du malheur où les amis vulgaires se dérobent ! Gomment Salomon n'aurait-il pas voulu exercer, de tous les droits d'un prince le plus précieux, le droit de reconnaître généreusement les services ? Gomment n'aurait-il pas satisfait à des obligations incomplètement acquittées par son père ? Rappelons à ceux qui l'auraient oublié le touchant épisode de Berzellaï.

David rentrait à Jérusalem après avoir étouffé la révolte d'Absalom; il allait franchir le Jourdain. Un

Mil Reg. 11,7.

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