CHAPITRE IX
d'autres, en chantant, exécutent les danses de leur pays^
Du milieu des vignes, le berger et la bergère du Cantique des cantiques contemplaient ce cortège, quand ils s'écriaient: « Qu'est ceci qui s'élève du désert comme une colonne de fumée, exhalant l'odeur de la myrrhe, de l'encens et de toutes les poudres du parfumeur ? Voici le palanquin de Salomon ; soixante braves l'entourent ; chacun a son épée à son côté. La litière du roi est en bois du Liban ; les colonnes en sont d'argent, et le siège de pourpre ; le milieu a été magnifiquement brodé par les filles de Jérusalem. Sortez et voyez, filles de Sion , le roi Salomon avec la couronne dont sa mère l'a couronné pour ses épousailles, le jour de la joie de son cœur ^ »
Les interprètes sont très divisés sur la question de savoir si ce mariage était contraire à la loi. La plupart des commentateurs, dit dom Galmet, soutiennent que , dans cette occasion , Salomon ne pécha pas. Dieu parla en songe à Salomon après qu'il eut contracté mariage, et ses paroles ne contiennent rien qui sente le reproche. La loi ne défendait expressément les mariages qu'avec les Ghananéennes ^, et ce ne sera pas son mariage avec une Égyptienne que , plus tard , le texte sacré reprochera à Salomon , lorsqu'il l'accusera d'avoir aimé des femmes étrangères ; mais ce sera ses unions avec les Ammonites, les Moabites et les Sidoniennes *.
* Cf. Jerem. vu, 34. I Macch. ix, 37, 39. Matth. xxv, 1 et seq.
2 Gant. III , 6-11 .
3 Ex. XXXIV, 16. Deut. vu, 3.
^ III Reg-. XI , 1 . On doit traduire , comme dom Galmet : « Outre la fille du Pharaon , Salomon aima les femmes étrangères. » Néhémie
La loi semble faire aux Juifs un précepte d'entretenir des relations avec les Egyptiens : « Vous n'aurez pas ce peuple en abomination, dit le législateur, car vous avez été ses hôtes ; ceux qui naîtront d'eux entreront , à la troisième génération , dans l'assemblée du Seigneur ^ Le législateur n'avait pas voulu entacher l'honorabilité des familles israélites auxquelles s'était mêlé le sang égyptien pendant le séjour en Egypte ^
Au reste , ceux même qui soutiennent l'interdiction sans exception du mariage avec les étrangères justifient Salomon en déclarant que la princesse égyptienne embrassa la religion mosaïque , ce prince étant alors trop pieux pour souffrir l'idolâtrie dans son entourage ^. On ne trouve, en tout cas, aucune trace d'idolâtrie égyptienne à cette époque en Israël K ■
reprochera plus tard aux Juifs d'avoir épousé des païennes, à l'exemple de Salomon; mais il ne parlera que des femmes d'Azot, d'Ammon et de Moab (Nehem. xiii, 25, 26).
* Deut. XXIII, 7-8.
* Keil {Die Bûcher der Konige) a justifié le mariage de Salomon, et en cela il n'a fait que suivre l'exemple d'Abarbanel.
^ C'est ce qui est, dit dom Calmet, insinué par les paroles du Psaume : Audi, filia, et obliviscere populum tuum. Dominus Deus tuus (III Reg. m, 1).
* MM. de Saulcy et Lenormant ont cru retrouver, dans un Naos découvert par le premier auprès de Jérusalem , un oratoire égyptien bâti par Salomon pour que la reine pût suivre le culte de ses pères (De Saulcy, Voyage autour de la mer Morte, t. II, p. 312 et pi. XLii. Lenormant, op. cit., t. VI, p. 250). Mais il faudrait, pour justifier un fait contraire aux traditions , quelque témoignage plus sûr que des indices douteux. M. Perrot croit que le prétendu temple est un hypogée funéraire. {Ilist. de Vart dans l'antiquité, t. FV, p. 356). La Bible semble s'opposer à la tradition qui admet la conversion de cette princesse : « Il ne faut pas, dit Salomon en la conduisant dans le palais élevé pour elle, qu'une reine païenne demeure où l'arche a reposé. »