‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 49 sur 339 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La flotte égyptienne longea les côtes de la Méditerranée et débarqua une armée à Joppé. Celle-ci, suivant les droits rigoureux de la guerre, ravagea par le fer et le feu le pays de Ghanaan , et en fit périr les habitants ; mais le roi de Tanis épargna sans doute Gazer, pour ne pas diminuer le présent de noces réservé à sa fille ^

Nous donnons ces détails pour montrer les conditions de force et d'influence dans lesquelles se trouvait alors Israël , devenu assez puissant pour obtenir de ses négociations des résultats aussi avantageux.

Jusqu'au moment où Salomon lui construisit un palais, la princesse devait occuper les appartements du palais de David, sur la montagne de Sion. Gette circonstance fixe, comme du reste toutes les autres indications le confirment, au commencement du règne de Salomon le mariage du roi d'Israël avec la fille des Pharaons. Il eut lieu avant la construction du palais et du temple ^ , la première année du règne de Salomon , suivant Josèphe , et du vivant de

* III Reg. IX, 16. Les anciens {Iliade, IX, 446-157) et aussi les rois au moyen âge donnaient en dot à leurs filles des villes ou des territoires. Gazer avait été prise par Josué, et était devenue ville lévitique (Jos. x, 33; xii, 12). Mais les Ghananéens l'avaient reprise et en étaient demeurés les maîtres jusqu'au temps de Salortion, qui la reconstruisit plus tard et la fortifia. Le retrouvement de Gezer ou Gazer, dû à M. Glermont-Ganneau, est entre toutes les découvertes une des plus intéressantes et des plus précieuses faites en Palestine, Il la découvrit en 1870, dans un monceau de ruines appelé Tell-eï- Djezer, aux environs de Khoulda. Des inscriptions ont constaté son identité, fortune dont n'a joui aucune autre ville de Judée. Les inscriptions sont bilingues : grecques et hébraïques. {Revue politique et littéraire, 3 avril 1875.)

^ III Reg. III, 1. On croit que Salomon avait déjà épousé l'Ammonite Naama, mère de Roboam.

David. Celui-ci, comme nous l'avons établi ailleurs ^ , composa à cette occasion le psaume xliv , qui, suivant plusieurs critiques, fournit à Salomon l'idée du Cantique des cantiques : il convenait à David , qui avait désiré et préparé cette alliance , de la célébrer dans ses psaumes, d'autant plus qu'elle intéressait l'avenir messianique et avait un caractère figuratif.

Le psaume Eructavit nous permet de suppléer au silence du livre des Rois et de nous imaginer la pompe extraordinaire avec laquelle fut célébré le mariage de Salomon. Le roi d'Israël était allé luimême chercher sa fiancée dans le palais de Tanis. Ce dut être , des rives du Nil aux rives du Jourdain, une marche solennelle et un déploiement de magnificence. Nous pouvons en juger par l'entrée triomphale des fiancés à Jérusalem. Sous un dais brodé d'or et portés sur un riche palanquin , s'avançaient Salomon et son auguste épouse. Celle-ci est toute parfumée. Elle a mis sur sa tête le beau turban appelé peer*, que surmonte une couronne d'or. Ses cheveux noirs flottent au gré des vents. Sa robe est blanche, brodée de fils d'or et ornée de joyaux^. Le roi a lui-même ceint une couronne d'or. Une troupe de musiciens et de chanteurs précède le cortège. Des jeunes filles entourent le palanquin : ce sont les amies de l'épouse ; les unes agitent au-dessus de sa tête de longues branches de myrte ; les autres brûlent , dans des cassolettes d'or , les parfums les plus suaves ;

* David, p. 395 et suiv.

^ Is. LXI, 10.

3 Ps. XLIV, 44.

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