CHAPITRE X
de ce qui fut, dans les divers services, soit conservé par Salomon, soit perfectionné, soit supprimé. Il remarquera qu'en principe le nouveau roi conserva leurs charges aux anciens serviteurs de l'Etat, ou les confia à leurs fils. Ce ne fut que par exception et par des motifs justifiés qu'il dérogea à cette règle, suivie par tous les chefs des bons gouvernements, plus soucieux de procurer le bien public que de se créer des partisans. Quant aux fonctions nouvelles devenues nécessaires, il choisit pour les occuper des hommes désignés par des services rendus et des mérites acquis, les plus dignes et les plus capables.
C'est pour honorer ces choix et les familles des élus que l'historien sacré place sous nos yeux les listes de leurs noms. On a tort de dédaigner et de lire sans attention ces longues listes officielles. La Bible ne les a pas reproduites et conservées sans raison. On y apprend, on y relève, si on les lit attentivement, beaucoup de choses curieuses qui importent à l'histoire. Ces listes composaient le livre d'or de la noblesse israélite, et maintinrent, le long des âges et jusque dans l'exil, une hiérarchie dans la nation et l'autorité , le respect nécessaires à la conservation des institutions et à l'honneur national. Le tableau des titulaires et des préposés aux emplois et aux charges pourrait -il être toujours, dans nos Etats modernes, considéré comme un livre d'or et créer une noblesse acceptée par une nation?
Gomme chez tous les peuples orientaux , les principaux officiers de la cour de Jérusalem sont au nombre de cinq. A Ninive, où l'on a retrouvé ce que nous possédons de plus ancien en fait de hiérar-
chie, c'étaient premièrement le grand vizir ou chef de l'armée; le chef des mages, ou prince du collège des devins ; le prévôt ou intendant de l'hôtel du roi ; le chancelier royal; enfin le fonctionnaire appelé a le gouverneur du pays » , sorte de ministre de l'intérieur centralisant toute l'administration des provinces.
A la cour de Salomon, le premier des grands officiers n'était plus , comme sous David , le général en chef de l'armée. En assurant à Israël une longue ère de paix, Salomon, qu'il le voulût ou non, avait diminué l'importance des commandements militaires. Le principal officier était le prince * Azarias, petitfils du grand prêtre Zadoc. Il avait immédiatement sous ses ordres , comme secrétaires , Elihoreph et Ahiah , deux fils de Sérahiah , l'ancien sofer ou secrétaire de David.
Banaïas, capitaine des Gérétim-Phélétim sous David, succéda sous Salomon à Joab et prit le commandement général des armées. Sous ses ordres marchaient deux cent cinquante officiers supérieurs, chargés spécialement de l'éducation militaire des soldats ^
Josaphath, fils d'Ahilud, continua d'être mazkir, c'est-à-dire à la fois le chancelier, l'historiographe du royaume et le maître des requêtes.
Abiathar, le prêtre factieux qui s'était déclaré
* ÎHD , Cohen. Ce mot, comme nous l'avons dit dans le volume précédent, ne signifie pas nécessairement préire; il est souvent l'équivalent de prince, selon Gesenius. M. Renan abuse de la double signification de ce mot pour crier « aux contradictions, aux fautes et aux incohérences nombreuses » de la Bible dans la liste des noms des officiers de Salomon {Hist. d'Israël, t. II, p. 101).
2 II Parai. VIII, 40.