CHAPITRE XI
<( Les restes salomoniens , dit M. de Saulcy, suffisent à nous donner une très haute idée de la science des constructions pratiquées par les Juifs plus de dix siècles avant l'ère chrétienne ; les murailles étaient bâties de magnifiques blocs en bossage , jointoyés avec un soin extrême. Pour que les conditions de solidité fussent remplies, le fruit à donner à ces murailles n'était pas insensiblement réparti sur toute leur hauteur ; mais les assises superposées étaient de hauteur parfaitement régulière, afin que chacune d'elle pût être en retrait de cinq centimètres environ sur l'assise précédente * . » Des ligatures de fer reliaient à l'intérieur ces immenses massifs, car le mortier n'était point employé ^.
Ce mode de construction apparaît surtout à la « place des Pleurs » , dans la célèbre muraille dite Heit-el-Morharby, ou mur occidental, situé, en efTet, à l'ouest du Moriah, à 12 mètres au sud de l'arche de Robinson , et que de tout temps les Juifs ont considéré comme un débris du temple primitifs A force d'argent, ils ont obtenu des Turcs que
sanctuaire, mais non les murs de soutènement. Même en admettant que la plate -forme du temple s'est allongée dans la suite des temps , du côté du midi , ce ne put être qu'aux dépens d'une terrasse inférieure , où se trouvait un des palais de Salomon ; terrasse que supportait le mur méridional des soutènements. M. Perrot le constate [op. cit., t. IV, p. 108), et démontre par le fait l'origine salomonienne de ce mur.
^ Histoire de l'art judaïque, p. 179.
- « J'ai , dit M. de Saulcy , retrouvé de ces ligatures eten ai rapporté un échantillon : il est oxydé jusqu'au cœur, malgré l'épaisseur du métal. » ( Voyage en Terre sainte, t. II, p. 68.)
^ C'est- à- dire des murs de soutènement du temple; car, nous le répétons, du temple lui-même il ne reste pas une pierre. C'est en cet endroit que Warren a mis à nu vingt-six assises parfaitement conservées, semblables à celles de l'angle sud-est [Recov., t. I, p. 333). Il faut
rapproche de cette muraille ne leur fût pas interdite. Ils viennent de tous les coins du monde y prier le vendredi soir. Là, dit M. de Saulcy, « je les ai vus se prosterner, enfoncer la tête dans les interstices des pierres bénies pour eux, pleurer à chaudes larmes sur les malheurs de leur nation et sur la destruction du temple * . »
• Les hommes , les vieillards s'accroupissent et lisent les Psaumes ou les Lamentations de Jérémie : « Ils sont, écrit un voyageur moderne, splendides de vraie douleur. De grosses larmes coulent sur leurs barbes solennelles et grisonnantes. L'expression de leur foi, inébranlable malgré l'évidence de leur erreur, a quelque chose qui me navre. Les femmes ne sont ni les moins empressées ni les moins éloquentes dans ces manifestations de la douleur nationale. Quelques jeunes hommes et des enfants, assis devant la vieille muraille, les yeux fermés, les mains croisées sur la poitrine, prouvent qu'aucun âge ne se désintéresse de la pieuse démonstration *. » Tous gémissent en répétant ce cri de douleur du Psalmiste : « 0 Dieu ! les Gentils sont venus dans ton héritage ; ils ont souillé ton temple saint , ils ont fait de Jérusalem un monceau de ruines ! Combien de temps encore, ô Seigneur? »
La foi juive, traversant les siècles, généreuse jusqu'à l'héroïsme, obstinée jusqu'à l'entêtement, mêlée de vrai et de faux, respectable et parfois puérile et ridicule, la foi juive fait pénétrer dans le cœur un
lire dans l'ouvrage anglais la relation de ces travaux pour savoir ce qu'ils ont coûté de peine , exécutés comme ils le furent avec un matériel insuffisant et sous les yeux d'une population fort mal intentionnée.
* Histoire de V art judaïque, p. 185.
* Le Camus, Notre voyage aux pays bibliques, t. II, p. 67.