M. DUPIN, AVOCAT
Vir bonus , dicendi pciilus .
L'homme vertueux liahile à hiendire.
( QuiNTiLlEN. )
Implcbil lerras voce ; elfcralia jussa Fulmine compescet lingiice.
Sa voix retentira dans l'univers ; la foudre de son éloquence enchaînera la cruelle injustice. ( Claudien. )
M. DupiN parcourt la plus honorable carrière. La réunion des lumières du jurisconsulte, du talent de Torateur, dVin noble caractère, d'un amour ardent de la justice et de la gloire nationale le placent au premier rang dans sa profession et lui ont acquis une gloire qui tourmente la médiocrité , toujours envieuse , et qui a reçu des attaques mêmes de ses ennemis un nouvel éclat.
Nommé en 181 5 député d'un des collèges électoraux delà Nièvre , à la Chambre des représentans, M. Dupin, dans an de ses opuscules, rend compte du sentiment qu'il éprouva. <( Je )> considérai, dit-il, que je ne changeais point » de profession , que j'aurais seulement une
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» cause de plus à défendre, celle de mon )) pays. »
La conduite de M. Dupin dans cette Chambre des repre'sentans , tant calomniée et qui était animée du plus pur sentiment de patriotisme, n^a point démenti ses promesses. Il défendit, en effet, dans toutes les occasions, la cause publique; et madame de Staël ^ dans ses Consideratiojis sur la révolation française ^ lui rend à cet égard un témoignage qui sera recueilli parfhistoirc.
Après la seconde restauration , M. Dupin reprit l'exercice de ses fonctions; et la réputation qu'il avait acquise à la tribune , la générosité connue de son caractère, ses profondes connaissances dans la jurisprudence criminelle devinrent Pespoir et le recours des malheureux poursuivis pour causes politiques. On n'oubliera jamais la courageuse défense du maréchal Ney et celle de trois Anglais accusés d'avoir favorisé l'évasion de M. Lavalette. M. Dupin , en plaidant à l'audience du 23 avril 1816 , devant la Cour d'assises , cette mémorable cause qui rappelait , au milieu des scènes douloureuses de cette époque, ce que la tendresse conjugale avait de plus sublime et de plus héroïque , porta dans toutes les amcs l'attendrissement et l'admiration pom* ses nobles cliens , et obtint ainsi le
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Irioinphe le plus doux auquel Féloquence puisse aspirer.
Depuis cette époque , on a vu M. Dupin , par des «cri ts lumineux ou par d'éloquentes plaidoiries, de'fendre tour à tour et la gloire militaire de la France dans la personne de plusieurs généraux accusés , et la liberté de la presse et celle de la pensée dans la cause d'illustres écrivains en butte cà la calomnie; démasquer Fintrigue, attaquer le crime , protéger la vertu proscrite. Les principaux d'entre ses clients ont été le maréchal Ney, les mânes outragés du maréchal Brune, les lieutenans-généraux AUix , Savary, Gilly , le duc de Vicence , le général Poret de Morvan, Padjudant -commandant Boyer, MM. Fiévée , Bavoux , Mérilhou , le Censeur, le Constitutionnel f le Miroir , Pancien archevêque de Malines , M. 4.e Jouy , de PAcadémie française , le curé de Cosne , MM. Forbin-Janson , Wilson , Bruce , Hutchinson , Montain jeune , Senneville de Lyon , Duhamel de Rouen , Marinet contre lord Wellington , Madier de Montjau et de Béranger.
LE PORTRAIT
C'est dans la cause de Pinfortuné maréchal Néy, qu'Horace Vernet a voulu peindre son
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illustre défenseur , au moment où il dit au procureur-général qui pressait le jugement : « Ac- )) cusateur, vous voulez placer sa tête sous la » foudre , et nous , défenseurs , nous voulons )) montrer comment Torage s''est formé. »
Il serre fortement, et par une contraction pénible , les papiers qu''il tient à sa main : il semble recueillir toutes ses facultés pour fulminer son éloquente péroraison. Tous ses nerfs sont tendus , tous ses traits respirent une indignation sévère, une inspiration véhémente. Non-seulement ce portrait est d^une ressemblance parfaite , mais le peintre a su fixer, sur la toile , un de ces momens fugitifs , insaisissables , où Famé , livrée à une forte émotion , semble emprunter des traits physiques , pour se produire au dehors, et devient en quelque sorte palpable. ^