‹ Salon d'Horace Vernet. Analyse historique et pittoresque des quarante-cinq tableaux exposés chez lui en 1822Chapitre 20 sur 86 · AUTRE MARINE. DÔ · texte numérisé non relu

AUTRE MARINE. DÔ

LE J'ABLEAU.

Il a plu toute la nuit ; le soleil se lève ; Torient est en feu. Cette clarté rouge colore, à riiorizon , les vagues bleues qui occupent presque toute la scène. A droite , dans Fobscuritè, on entrevoit les rochers qui bordent les côtes de France. Une chaloupe barbaresque vient de faire sa capture; elle quitte le rivage et va rejoindre un chebek tunisien , que l'on aperçoit dans Fèloignement, et qui prote'ge son retour par un coup de canon.

Mais elle vient d'être atteinte par une barque française, qui déjà lui dispute sa proie. On est à l'abordage; les haches sont levées. Une femme s'évanouit dans les bras des Barbares. L'obscurité générale, le combat de ces deux barques, qu'un léger mouvement peut faire chavirer , les vétemens pittoresques des Barbaresques , reffel de lumière du fond , le contraste des teintes sombres du tableau et du soleil levant sur la mer, très -bien rendu, donnent à cette composition un caractère d'effrayante et singulière vérité.

[ No VIL ]

L'ambition donne à la pairie des défenseurs, comme elle donne ans tyrans des minisires. ( Pope. )

Voyez-vous cette physionomie dure , martiale et basanée ; c^est celle d'un guerrier qui ne s'est encore élevé qu'à une célébrité sans gloire : s'il combat jamais pour la liberté , comme il a combattu pour le despotisme , les regards s'attacheront avec reconnaissance sur cette toile, où il semble encore respirer la guerre ; son nom pourra un jour être cité parmi les noms illustres des Washington , des La Fayette , des Bolivar ; aujourd'hui ce n'est que Morillo.

Les événemens auxquels il a pris une pari si déplorable , seront l'éternel entretien de la postérité : elle fixera les yeux sur ce monde nouveau qui s'élève, par son indépendance, à de glorieuses destinées, tandis que la vieille Europe lutte contre une funeste décadence, que de serviles doctrines précipitent rapidement, et

qui lui «annonce le terme de ses prospérités et de SCS grandeurs.

Lliistoirc racontera les courageux efforts do ces patriotes de Téquateur, des Bolivar, des Arismendi , des Brion , des Zéa , des Saint-Martin; nobles défenseurs de la patrie régénérée, qui , sur une terre affranchie , ouvrent un asile sacré aux arts , à la gloire , à la philosophie et aux victimes de Toppression.

En rappelant les succès militaires de Morillo, une réflexion se présente; cVst que le génie de la guerre et la victoire même sont impuissans pour asservir une nation qui a la ferme volonté d''étre libre. Combien de fois les relations de Morillo n''ont-elles pas représenté les Américains vaincus , dispersés , hors dMtat de reparaître sur le champ de bataille : combien de fois ces espérances n'ont-elles pas été trompées! Pendant que le despotisme ordonnait ses fêtes et ses chants de triomphe, les « soldats de la liberté , retirés au fond des déserts , sous im ciel dévorant , organisaient leurs phalanges , et revenaient saisir la victoire. Leur courage a cédé plus d'une fois à la discipline et à la tactique européennes ; mais leur résolution ne s'est jamais démentie. Enfin, ils ont lassé la constance d'un ennemi sanguinaire. Le farouche Morillo est revenu dans sa patrie délivrée,

et peut-être le verrons-nous expier ses exploits du nouveau Monde, en triomphant pour la cause de la justice et de la liberté.

LE PORTRAIT

Une ame ardente , un sang brûlé par le soleil et les fatigues semblent animer les traits de ce guerrier : on voit que les dangers de la patrie ne Farréteront pas , et que la pitié ne le fera pas plus reculer que le péril : un feu sombre jaillit de ses yeux pleins d'audace : cVst bien là ce chef inflexible qui sWvrit un passage jusqu\iux montagnes , à travers les bataillons de Bolivar; qui fît fusiller tant d'insurgés pris les armes à la main : c'est ce marin , endurci à tous les dangers, ce sergent devenu généralissime , qui ravagea les colonies espagnoles , et devint fameux par un courage impitoyable contre tant d'hommes armés pour la conquête d'une patrie et de la liberté !

[ No VIII. ]

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