‹ Salon d'Horace Vernet. Analyse historique et pittoresque des quarante-cinq tableaux exposés chez lui en 1822Chapitre 35 sur 86 · DU SAINT-GOTHARD · texte numérisé non relu

DU SAINT-GOTHARD

cloigné, on aperçoit le hangard où le duc fut obligé de passer la nuit. Le domestique porte quelques effets , et attend le résultat de la négociation.

On peut dire que ce tableau fait froid à la seule vue. Un gris jaunàtr« y domine , et donne Tidée la plus complète dVme stérilité causée par Fextrème rigueur du climat. La paysanne suisse , dont Fœil distingue au loin le vêtement national et bizarre , établit de suite la localité. La structure même de Thospice annonce un mélange des habitudes italiennes et valaisannes ; elle tient du couvent et du chalet à la fois. Les montagnes lointaines , le ciel pale , la lumière, dont la teinte morte éclaire Fensemble , tout indique une nature âpre et glacée, qu''une vie paresseuse et inactive anime faiblement et avec peine.

Dans cette monotonie de couleur , dans cette expression si simple des personnages , le peintre a jeté du charme et de la variété. Une heureuse perspective a sauvé, par Feffet piquant du dessin , la fatigue qu^un ton uniforme et mat eût causé à Tœil : et si les regards pénètrent, avec un plaisir mêlé d'effroi, dans ces solitudes des Alpes , dont les masses forment des lignes si bizarres , la pose noble et franche du voyageur , la physionomie monacale du ca-

8o l''hospice dv saint-gothard.

pucin inhospitalier, jettent de Tintérét sur la scène , et inspirent plus d"*une réflexion utile , sur la charité des couvens et sur le courage nécessaire aux princes , courage dont le duc d'Orléans a donné , en plusieurs circonstances , de si nobles exemples.

Il y a dans cet ouvrage une vérité relative qui satisfait Fesprit. Tout est en harmonie ; et tout , cependant , est d'imagination. L'hospice était détruit quand M. Vernet fît son tableau ; et il n'a pu se procurer, sur la localité qu'il avait à reproduire , des renseignemens toutà-fait exacts. Ce fait ajoute encore au mérite d'une composition , dont l'illusion est parfaite , et que l'on croirait avoir été tracée sur les lieux mêmes.

[ N°^ XV et XVI. ] {XV.)UNE ODALISQUE,

Page 1