‹ Salon d'Horace Vernet. Analyse historique et pittoresque des quarante-cinq tableaux exposés chez lui en 1822Chapitre 34 sur 86 · L'HOSPICE DU SAINT-GOTHARD · texte numérisé non relu

L'HOSPICE DU SAINT-GOTHARD

Denn hier, wo Gotthards lïaupl die ff^olken ûbersteiget , Vnd der erhabnern Weh die Sonne nather scheinet , etc.

C'est un monde plus élevé' ; c'est le sommet du Saint- Gotbard que le soleil éclaire de si près, sans pouvoir triompher de ses glaces éternelles. (Haller.)

En 1793, le duc d'Orléans , forcé de quitter successivement les difFérens endroits où il avait essayé de se fixer en Suisse , fut réduit à errer dans les parties les plus sauvages et les moins fréquentes des Alpes , et à dérober soigneusement ses traces à ceux qui le persécutaient. A peine arrivé dans un lieu , il apprenait que son asile était découvert, et se hâtait de le quitter. Un seul domestique l'accompagnait. Toujours à pied , presque sans ressources , il lui arrivait quelquefois de demander vainement Fhospitalité , pour lui et pour son fidèle serviteur ( Baudouin , Tiin de ses palfreniers , qui l'avait accompagné dans son exil).

Le 29 août 1793, le duc d'Orléans se présenta devant l'hospice du Saint - Gothard. Le froid était rigoureux. Il sonna : la porte ne s'ou-

78 l'hospice

vrit point. Seulement un eapncin se montrant à un vasistas , lui cria en italien , d'une voix dure et nasale : « Che voleté ? — Je voudrais , » lui répondit le duc d'Orle'ans dans la même )) langue , je voudrais à manger pour mon )) compagnon et pour moi. — On ne reçoit )) pas ici les piétons et les gens de votre espèce , )) reprit le capucin d'un ton sec et dédaigneux. )) — Mais , révérend père, nous paierons tout )) ce que vous voudrez. — Non , non , cette » auberge-là est bonne pour vous , )) répliqua le capucin , en montrant du doigt un mauvais hangard, où des muletiers avaient trouvé im abri.

....«' Seigneur, (jue puis-je faire!

»> Que de prier le ciel qu'il vous aide en ceci ? » J'espère qu'il aura de vous quelque souci. »

Ayant parlé de telle sorte,

Le révérend ferma sa porte (i).

LE TABLEAU

Dans ce tableau , le duc d'Orléans est représenté au moment où il demande asile , et où le capucin entrouvre la petite fenêtre , pour intimer brièvement son refus. A quelque distance , sur un plan à la fois plus bas et plus

(0 La Fontaine.

Page 1