N° XX. ] LE SOLDAT LABOUREUR
Scilicet et tcmpiis véniel , chm, finibus illis , Agricola , incurvo terram moliius aratro, Exesn inveniet scabrâ rubigine pila , .4ut grai'ibus rastris galens piilsabit inanes , Grandiaque effossis tnirabitur ossa sepulcris.
( VlRCilLE. Georg ) Un jourle laboureur, dans ces mêmes sillons, Où dorment les débris de tant de bataillons , Heurtant avec le soc leur antique dépouille , Trouvera sous ses pas des dards rongés de rouille ; Entendra retentir les casques des béros , Et d'un œil affligé contemplera leurs os.
(Delille.)
Jetez maintenant les yeux sur ce guerrier cultivateur, qui , après le travail du jour , poussant au hasard Tinstrument du labourage , heurte et fait rouler sur le sol le casque rouillé dVm soldat français. Que de réflexions s^emparent de son ame! On sent que le temps n''est pas éloigné où il faisait un autre usage de son énergie , et que de puissans souvenirs le possèdent. La charrue sVloigne , et le soldat , seul avec lui-même , les regards arrêtés sur ces débris , ne résiste plus au pouvoir de son imagination.
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Que se passe-t-il dans cette ame généreuse , tlans ce cœur affermi contre tous les dangers , que les malheurs même de la patrie n''ont pu abattre, et qu\me seule idée de gloire fait encore palpiter? A'ous le voyc'/., une tristesse calme, répandue sur ses traits, vous annonce que sa pensée est absente; ce casque vide et brisé Ta entraîné vers d\iutres lieux et de tristes souvenirs. Elle erre sans doute sur le dernier champ de bataille où il s^est distingué par ses exploits, où il sVst montré digne de la plus chère récompense, du signe sacré de riionneur. Dans le silence qui Tenvironne , il entend les chants belliqueux qui annoncent les périls, et qui cette fois n^innonçaient pas la victoire.
Les scènes dont il fut témoin se retracent à son imagination. Cesl là que le premier élan des Français étonna et repoussa Fennemi; que les bataillons de Fétranger furent enfoncés et rompus ; c^est là que leurs redoutes meurtrières suspendirent Fattaque ; c^est là que la trahison vint à leur secours , et qu^après des prodiges de valeur, une nouvelle armée ennemie nous arracha la victoire. Ce guerrier, dontFexpression est si touchante, ne vous dit-il pas : C"'est là que j\ù combattu, là, que j'ai versé mon sang pour mon pays ?