‹ Salon d'Horace Vernet. Analyse historique et pittoresque des quarante-cinq tableaux exposés chez lui en 1822Chapitre 46 sur 86 · LE SOLDAT · texte numérisé non relu

LE SOLDAT

Tage, de la Seine et du Dnieper , le commandement , les marches , les attaques , le choc terrible de trois cent mille soldats rassemblés de tous les coins du monde ; quel tumulte ! quel désordre que celui de la veille ! quel repos que celui du lendemain !

Le soleil se couche. Ses derniers feux ensanglantés semblent avoir emprunté, aux plaines qu'il éclaire encore , une teinte de carnage et de terreur. La terre est jonchée de cadavres; la France a succombé. Vingt rois ont conduit leurs nombreux sujets contre un seul prince dont la grandeur les épouvantait. Ils ont triomphé cette fois ; la trahison était leur alhée. Qu^ils modèrent leur orgueil !

Hélas ! ne sont-ce pas là ces aigles tant de fois victorieuses , ne sont-ce pas nos drapeaux , que je vois souillés de sang et traînés dans la poussière ? Ces pièces de canon renversées , n'ont-elles pas foudroyé les Russes à Smolensk et les Prussiens à Austerlitz ? N''ai-je pas reconnu nos vieilles bannières et toute la magnificence de nos camps à moitié ensevelies sous la fange trempée de sang humain ! Ah ! que ces souvenirs d'une gloire immortelle restent cachés au sein de la terre, et qu'un insolent ennemi n'en fasse pas les trophées menteurs d'une indigne victoire î

Di; WATERLOO. qS

LE TABLEAU

Ces pensées sont écrites sur le front du grenadier blessé. Il se repose avec douleur sur un tertre sépulcral, où dorment d'un sommeil glorieux quelques-uns de ses compagnons morts sur le champ de bataille. Il sVst efforcé d'ensevelir les honneurs de Farmée. La fatigue Taccable : et Fœil fixé sur ces débris, la tête appuyée sur sa main , il donne un dernier soupir à ses drapeaux , et une dernière pensée à notre gloire.

Qui verra jamais, sans en être touché jusqu'aux larmes, cette figure d'une expression si déchirante ! cette simple croix de bois qui indique la sépulture des soldats de la patrie! Après avoir parcouru le monde en vainqueurs, ils ont pris possession de quelques pieds de terre , loin du foyer domestique et des larmes de l'amitié. Que cette terre leur soit légère , et que leur mémoire n'éprouve jamais l'oubli de l'ingratitude !

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