COMMANDÉ PAR LE GENERAL TALHOUET
Rien de plus opposé au beau dans les arts que l'exactitude et la syme'lrie , l'ordre rigoureux et les figures géome'triques. J'en atteste ces vieux jardins, dont les possesseurs croyaient avoir fait merveille, en changeant leurs arLres en pyramides , en boules, en colonnes , en pains de sucre ; et leurs parterres, en carrés, en cercles ^ en triangles , en étoiles, en polygones. {Du beau et du sublime, par BuRKE. )
Ici, la scène et les personnages sont bien plus paisibles que dans les deux tableaux précédens. Pas un grain de poussière ne de'pare ces habits d\iniforme. Ces bottes à Tècoyère brillent d'un éclat sans pareil. Le daim qui a fourni TëtolFe de ces pantalons , Temporte en blancheur sur le duvet du cygne. Comme ces chevaux semblent se complaire dans le lustre heureux de leur embonpoint ! Tous ces visages sont rians et fleuris ; tout , dans cette composition militaire , respire le calme et la paix. La belle chose pour un général qu'*un régiment
iÔVt LE DEUXIEME REGIMEINT
d'une si belle tenue ! mais la triste chose pour un peintre ! Il n''a que quatre couleurs à employer : le rose des carnations , le bleu des uniformes , le blanc des pantalons, et le beau noir des bottes. Dans une revue militaire , le mouvement est défendu ; la pyramide pittoresque est impossible; la ligne droite est de rigueur ; et je de'fie que toutes les combinaisons de Fimagination humaine puissent venir à bout de donner un sujet plus effrayant pour le pinceau , et plus ingrat pour Fartifice.
LE TABLEAU
M. Vernët n'a rien changé ni rien ajoute au sujet qu'il avait à rendre ; et il s'est fait admirer à la fois des artistes et du vulgaire , des amateurs et des femmes. Ce tour de force est certainement l'un des plus remarquables que l'art de peindre ait produit de nos jours. Prive' de toutes les ressources du talent, de l'expression , des contrastés , du mouvement , de la variété des tons, de la liberté d'ajouter des scènes épisodiques , il s'est sauvé par l'extrême vérité des attitudes militaires , la beauté du dessin , le jeu admirable de la lumière , la finesse et la diversité des nuances, et le talent 'ée mettre, pour ainsi diri?», en relief^ hors de
DE GRENADIERS ROYAUX. io3
la toile, chacun des personnages, sans mouvement, mais non sans vie, et soumis à la machinale attention de la discipline, mais prêts à marcher, à parler, à penser, à respirer au besoin.
io4