‹ Salon d'Horace Vernet. Analyse historique et pittoresque des quarante-cinq tableaux exposés chez lui en 1822Chapitre 52 sur 86 · LE CAMOENS · texte numérisé non relu

LE CAMOENS

SAUVAIT sp:s manuscrits du naufrage.

jVo niitndo paucos anos cl canstnlos i(i( , etc. cli.

l'eu d années avaient passé sur mon berceau, que déjà la destinée m'avait imprimé sa marque fatale. Hélas, je la gardai toujours, et le malheur me fut fidèle : .trraché aux bras de mon amie, je commençai, pour ne jamais finir , mon pèlerinage d'infortune , et les vagues de 1 Océan immense jetèrent mon corp-- >anglant sur les roclies de Cambaye.

(Le Camoens, sonnet XIV.;

Cetait un poète que ce Camoëns , honneur de la littérature portugaise. Les Muses raccompagnèrent dans ses longs voyages et jusque dans les camps. On dirait de lui avec raison :

— Mullum ille et terris jactatus ah alto. Errant en cent climats, triste jouet des flots.

Le Camoëns fit admirer son courage en Europe , en Afrique et sur les rivages de Tlnde. Exilé sur les confins de la Chine par la basse envie d"'un vice-roi, il essuya un naufrage , et vécut cinq ans dans le pays de Cambaye , où il lutta énergiquement contre une infortune de tous les jours. Ce fut dans cette contrée

i;k camoeîvs. loo

sauvage (ju^il acheva sa Liisiade, où (]e grandes beautés rachètent de grands déliiuts. LV'pisode cVlnès de Castro ^ la description du géant Addmartos , gardien du cap des tourmentes, on! élevé le Camoëns au rang des grands poètes.

Il est à la fois le Tasse et le Pétrarque portugais. Ses Canzone sont pleines de charmes , et ses Sonnets amoureux , parmi des traits de jnauvais goût, offrent des pensées touchantes et délicates.

Camoëns fut négligé et persécuté pendant sa vie ; il mourut dans un hôpital ; mais , après sa mort, on lui rendit justice, et une reconnaissance tardive grava sur son tombeau les mots suivans :

« Ci-gît Louis Camoëns, prince tles ])oëte9 de son temps. »

Horace Vernet a peint Camoëns faisant naufrage sur la côte de Cambaye , et se soutenant sur les flots , sa Lusiade à la main.

LE TABLEAU

Le poëte vient d^étre jeté contre une roche. Les vagues qui Tont apporté, reculent et le laissent un moment à sec. On les voit se retirer en écumant, et former devant lui , comme une

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enceinte liquide, prête à retomber plus terrible. Il a sauve son manuscrit. Il Télève audessus de sa tête, avec l'expression d*'unejoie exaltée , pour le garantir d\in nouvel outrage. L"'arc-en-ciel , qu'on aperçoit au loin, et les cavernes de la côte, annoncent à la fois la fin de Touragan , le salut du poëte et la conservation du monument de sa gloire.

Sous les pieds du poëte, un nègre, admirablement bien dessiné, et qui a vainement essayé de sauver des objets précieux, est étendu mort sur le rivage.

La pose du Camoëns est inspirée , et le pinceau qui a si bien deviné renthousiasme poétique et Tattitude triomphante de Fhomme de génie qui vient d'arracher son chef-d'œuvre à la destruction, a été guidélui-même par un enthousiasme heureux qui perpétuera son souvenir.

Le costume est exact et l'etiet piquant. Cependant, soit que l'auteur ait retouché son ouvrage avec un soin trop minutieux , soit que la finesse des détails ait nui à l'ensemble, soit qu'il faille attribuer cette impression à quelques pentimenti trop tardifs ou trop nombreux ; il semblerait que ce tableau , d'ailleurs distingué sous plusieurs rapports , n'a pas toute la franchise et toute la naïveté qui se font remarquer dans les autres compositions du même peintre.

[N- XXIII, XXIV, XXV, XXVI, XXVIl, XXVIII. ]

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