‹ Salon d'Horace Vernet. Analyse historique et pittoresque des quarante-cinq tableaux exposés chez lui en 1822Chapitre 68 sur 86 · SCENE DE FANATISME ESPAGNOL · texte numérisé non relu

SCENE DE FANATISME ESPAGNOL

sacrifice à leur Dieu le sang' des blessures qu''ils ont reeues pour leur pays; ils meurent avec joie; ils tiennent sans trembler Tarme terrible dans leurs mains qui n*'ont encore porte que le crucifix et les vases saints. Martyrs de la religion et du patriotisme, quelle puissance bumaine vous résisterait ? Tant que la race entière n''en sera pas exterminée, qui se flattera de dompter des hommes qu'une double exaltation reiid invincibles?

Voilà, comme le disait Alcëe il y a vingtquatre siècles, les seuls remparts insurmontables ! des hommes résolus à s''ensevelir sous les derniers débris de leur patrie! Aussi quel fut contre eux le succès de nos armes toujours victorieuses? Des batailles brillantes, mais inutiles; des pertes immenses et journalières; les triomphateurs de TEurope arrêtes par quelques paysans et quelques moines , qui préféraient la mort à la domination étrangère.

LE TABLEAU

Un couvent vient d''étre assiégé par les Français. Déjà plusieurs débris de ses constructions antiques annoncent que le feu de nos troupes a fait de grands ravages dans cette forteresse improvisée. Des pierres se sont détachées, et.

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2ioircies par la poudre, elles ont forme' sur le devant une espèce de monceaia de ruines. C'est sur ces ruines que gravit un guérillas , dans le costume complet de sa nation et de sa milice. Sa pose est belle; et le développement de ses membres vigoureux annonce l'inébranlable fermeté de sa résolution. Il tient un mousquet, et va faire voler le plomb mortel : ses sandales, son pantalon rouge qui dessine ses formes athlétiques, le réseau qui retient ses cheveux noirs , tout lui donne un caractère à la fois historique et grandiose.

Mais voyez-vous , plus loin et vers le milieu de la scène , ces trois moines dans des poses différentes, et dont le vêtement couleur de terre n'en ressort pas moins sur la poudre et la fîunée. Le premier est vieux; sa barbe et ses sourcils sont blancs. Son expression est calme , farouche, exaltée. Il s'est jeté à genoux, et oppose avec tranquillité la croix qu'il tient en main aux tirailleurs français qui s'avancent.

Un jeune novice, saisi d'une terreur involontaire, se cache derrière cette croix, comme derrière un abri inviolable. Un autre moine amorce le fusil dont il va se servir. La vue d'un soldat français que l'on aperçoit dans un cachot souterrain , et qui s'efforce en vain d'en rompre les barreaux , ajoute à l'intérêt d'une scène

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où VaniG reste , pour ainsi dire , indécise entre l'horreur et l'admiration dont elle est saisie.

Que toutes ces poses sont hardies ! Que tout cela est simple et bien ordonné !

Si l'on a dit que le serpent , dans le tableau du Poussin , est le véritable sujet de toute la composition, il est permis de dire, qu'ici le principal personnage etle s ijetréel du tableau, est ce soldat furieux et captif que l'on aperçoit à peine, et sur les traits duquel toute la rage du désespoir estnéanmoins si profondément empreinte.

Sur le parapet d'un escalier et au-dessus du soupirail , est assi? un moine blessé. Son fusil , dont la crosse tombe à terre , s'appuie sur l'une de ses jambes. Un peu de sang coule sur la poitrine de ce malheureux. Une balle l'a frappé. Les bras ouverts, les yeux levés au ciel, la figure pleine d'une expression énergique et douloureuse,on croit entendre les derniers mots qui s'échappent de ses lèvres : <( O mon Dieu ! je )) t'offre mon sang. Il coule pour ta cause ; il » coule pour la cause de ma patrie ; le ciel s'ou- » vre ; je puis mourir. »

J'ai donné une idée de l'ensemble de ce tableau : mais pour en faire sentir tout le mérite , il eût fallu que la plume pût rendre , d'un trait, l'énergie et le charme, que le génie deLesueur, joint au talent de Vandyck, a su jeter sur cette

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admirable composition. Sagesse et force d'expression; de larges draperies admirablement traitées; une singulière pureté' de dessin; une grande vigueur de touche; une simplicité de pensée qui ne fait qu\ijoLUer à la force de Timpression ; voilà ce queLesueur, le Racine de notre peinture, pourrait justement revendiquer. De belles oppositions , des effets de couleur très-remarquables , du mouvement et de la grâce, voilà ce qu'il se nble que M. Verneta dérobé à Vandyck. Si le temps respecte les couleurs de ce tableau, notre siècle aura légué à la postérité peu de monumens de Fart, aussi remarquables.

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