E BEDLAM
i> poussière , les morts , le chariot des blesses.... Il \’ois.... j’ai encore de la paille dans mes eh e- » veux , mais je la garde ; je veux la garder tou- » jours.... C’est [)lus beau qu’une guirlande....
Il Ta présence et ta pitié me font du bien ; Il ma tète s’éclaircit. Je te dirai bien vile.... (^ar )) CCS momens de raison , ces cruels momens )< sont courts. J’étais à Paris en i8i5 ; Adolphe Il m’aima; il me plut. Il est bi'ave , Adolphe; il )• est beau, il est sensible. L’heure du coinbal Il venait de sonner; il voidut partir; il s’arra- II cba de mes bras; il rejoignit l’armée fran- II eaise. Mais je le suivis ; je lui appris comment » on aime. C’était bien mal à moi , n’est-cc pas, Il de nourrir, pour un ennemi de ma ])atrie , Il cette passion qui brûle encore , cpii brûlera Il toujours , là , dans mon sein ? L’amour, bé- )i las ! a toujours été plus lort que ma raison; Il c’est lui qui a dévoré ma vie , bouleversé Il mon être, anéanti mes facultés; enfin, je 1) résolus de suivre Adolj)be ; j’abandonnai » tout.... et un soir.... quel souvenir !.... il fallut » l’attendre le jour de la bataille de Mont- » Saint -Jean... je l’attendis, je l’attends en- II core... il reviendra ; Sbakspeare l’a dit....
» yes the beloved shall corne again (i).
(i) llaiiilet , act. MI
l.A F(JLLE
» El cependant je le trouvai snr le bord dn » rnissean , parmi les morts; je m’aperçus, en » saisissant ce hausse - col , qu’il vivait encore ; » je l’accompagnai jusqu’à Bruxelles , dans le » chariot des blesses... Le lendemain , je suis » revenue, il était déjà guéri; je ne le trouvai » plus... il me cherche... »
Elle se leva; son délire la dominait ; sa main se porta vei’s l’endroit ovi Adolphe avait été frappé. Là... c’est là... criait-elle ; le vent faisait tomber de ses beaux cheveux la paille qu’elle y avait mêlée , et ce léger accident l’alTligeait plus que tout le reste. Pauvre Suzanne! Un gardien, qui l’avait long -temps cherchée, vint la reprendre, et je m’éloignai en pleurant Pauvre
Suzanne !...