LES DEUX TABLEAUX
Je n’ai peut-être pas su rendre fidèlement la douloureuse éloquence de la pauvre Suzanne. Pour commentaire, que l’on choisisse le tableau qu’IIorace Vernet lui a consacré.
Telle j’ai vu la belle et malheureuse Suzanne , telle le |)eintre l’a montrée. La corde injurieuse, le hausse-col du jeune Adolphe , la paille mêlée à sa chevelure blonde, le drap qui pèse snr elle sans la couvrir, rien n’a été oxdjlié. Qu’elle est
l)i; KEDI.AM.
l)(‘lle! <|uVII(‘ est triste à \ oir! Quel speetaclc que eette alliance (rime beauté parfiiiti*, d’uue passion sans burui's et (rime raison absente! On donnerait tout , |)our cberelier à rallumer dans (‘(‘t être malboureux le (lambeau de l’intelligeuce , (deini jiar ramour et le (lês('spoir !.... Mais cela est impossible. On le voit , on le sent , le mal est incurable.
(à)mme tout est brûlant dans ce tableau ! Su- /.anne y parait dêvorcH* (rime lièvre con\ ulsivc. S(\slè\res sont à la (ois ardentes et ll(dri(’s. Ses yeux égarés eberebent en a ain des larmes. Son sein , ses beaux bras, ses cbevenx mêmes, jus- , ([uVi la pourpre de la drajierie, et au ci(d (pii I sert de (’ond , tout , dans cette composition , (pii J atteint le sublime, par l’énergie simple et lal’orce d’expression ; tout est bri'ilant comme les passions, tout est aride comme la douleur sans espérance.
Keporlez, maintenant les yeux sur eette druidesse insjiirée , dont l’œil noir paraît , comme dit Milton ^ plein cCaeenir ; compare/, :i la physionomie de la folle , la bgure toute poéti([ue de cette fille des (iaiiles : l’esprit, la composition, la couleur des deux tableaux ! quelle merveilleuse variété de talent !
[ No. V. ]