‹ Salon d'Horace VernetChapitre 29 sur 74 · UNE ODALISQUE · texte numérisé non relu

UNE ODALISQUE

insouciance les riches tapis qui soutiennent ses membres (k^icats. Elle nVst ni embarrassck de sa nudité, ni inquiète sur l’objet de ses amours. Ellen'cst pas même sous le charme de la Amluptè. C’est une esclave qui attend son maître.

L’artiste a fidèlement conserA c les mœurs de l’Orient. Malheureusement, ces mœurs, qui ôtent à la vie ses prestiges , qui éteignent le feu de l’amour dans le plaisir des sens, offrent peu de ressource aux arts, et peu de séductions à l’imagination et à l’esprit. La beauté sans voile , qui , dans le fond du sérail , attend avec indifférence les caresses d’un maître, est bien moins touchante pour nous , que cette autre femme (i) quipleuredanslefonddesbois les excès de sa vie passée. Les traces meme des passions sont brûlantes. Cette aine tendre nous intéresse aux faiblesses qu’elle pleure. Il y a émotion ; et l’émotion est , dans les arts , ce que l’électricité est dans la nature ; un feu invisible, rapide et contagieux, sans lequel rien ne Ao't, rien ne senieut , rien ne se communique aux sens et à la pensée.

Il n’est toutefois pas impossible , que cette belle pénitente, dont les yeux pleins de larmes demandent au ciel le pardon de ses longues faiblesses , ne soit la même que cette indolente

(i) La Mnde.laine jn'nilfnle, n" XVI.

KT LNK MAÜEI.Al.NE.

odalisque, <[ui regarde si tranquillement eouler le sable, en attendant riieure de rainour.Le pouvoir de rimagination remplit en nu instant l’espaeetpii se[)are eesdeux tableaux. Ala jeune Odalis([ue a dix-huit ans. Klevee dans la paresse , dans runique seience îles j)laisirs et île la beaute\ elle a ete arrachée à sa terre natale, et vendue à nn nabab de rinde. Un an s’est écoulé dans un luxe sans bonheur,ct dans desvoluptessans j)laisir. (^est alors que 31. I loraee Vernet l’a peinte I pour la première fois. Ce|)cndant elle a dù eon- 1 naître l’amour. Ellca vu un jeune Européen em- I j)loyé à la compagnie des Indes; elle l’a aimé,

I elle l’a suivi. Bientôt, abandonnée et livrée à la I lois aux écarts des passions et aux mauvais I conseils de l’infortune, elle a passé la mer.

I Hélas! elle n’a pas trouvé dans l’Europe, dans I cette vieille patrie de la civilisation et de l’hon- I neur, une main secourable qui l’arrachàt à son I triste sort. Un chanoine l’a convertie , un cardinal l’a prise pour maîtresse, (i’est sur ce pied (ju’cllese trouve à Rome. Le cardinal meurt et la laisse sans ressources. Les malheurs desavii* ) la jettent dans la ilévotion. Elle se repent. Un beau jour, elle quitte les cardinaux, les chaj noines, emporte une bible et une tête de mort , j un cbapciet et un scapulaire , et s’enferme dans I une grotte, où elle vitd’aumôues. A ousia voyez.;

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elle s’apjmie sur un rocher, et sou corps flétri semble succomber sous le repentir, sous la douleur, sous les macérations et les jeûnes.

Plaignons cette pauvre odalisque , et pardonnons-lui son apathie voluptueuse , en faveur de ses peines et de son repentir. ^lais combien elle est changée ! Ici , ses chairs sont d\ine teinte si fraîche et d’une si remarquable consistance, que l’on serait tente' de les prendre pour du marbre rose ; là , son corps est flétri , pâle , affaissé. Comme les larmes ont rougi , comme les élans de la piété et le feu des passions éteintes ont marqué d’un caractère de tristesse et de

tendresse ces beaux yeux noirs! Mais cette

dernière observation me prouve que je me trompais : l’Odalisque est blonde , et la Pénitente est brune 5 ce n’est pas la même personne. Je le vois enfin; celle-ci est une Madelaine véritable, telle que nous la présentent les traditions chrétiennes et telle que les arts sont en possession de nous la retracer depuis plusieurs siècles.

Le pinceau spirituel de l’artiste a eu soin de traiter difteremment les objets mêmes qui entourent la Bayadère et la Pénitente. La roche et les tristes instrumens de piété sont touchés avec une espèce de négligence et de fougue , tandis que les tapis des Indes, le houka , les vases , dans le portrait de fOdalisque , sont

KT INE MADKLAIM;.

Irailoî' ;»\cc im (ini ('xlrènic, (M clcticul, dans leurs détails |)reeieiix et brillaus , l(> pinceau nn’croscopi(jiu’ , de Mieris Ini-inèine.

Os deux tableaux , preuves nouvelles de la singulière diversité des talens de M. \ ernet , approelient eliaeun , sur une ligne o|)j)osée, sinon d’un défaut , au moins d’un écueil. Dans l’un, la facilité du pinceau s’est peut-être un peu tro[) abandonnée à sa verve rapide ; dans l’autre, la pureté du dessin est poussée jusqu’à la recherebe, et le coloris bizarre, les contours arrêtés avec une fermeté inconnue depuis le Ci m aime , étonnent plus qu’ils ne séduisent, et n’attestent que la flexibilité merveilleuse d’un talent, qui s’a|)j)roprie jusqu’aux singidarités des autres maîtres.

'( La chose presque impossible en j)einture, )' disait David, c’est une (émme couchée , ab- )* solument nue. » Nous ne croyons pas que M. \ ernet soit parvenu à résoudre entièrement le problème proposé par le grand maître de la peinture moderne.

M. Ingres, il y a trois ans, essaya aussi de représenter, dans la même attitude, une Odalis([ue, sans aucun voile, et ne triompha j>as de la dilficulté. La dernière singularité de ce rapprochement, c’est f[ue la même manière se retrouve dans lesou\ rages de ces deux peintres.

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