UNE ODALISQUE ET UNE MADELAINE
et qu’ils aient voulu , tous deux , vaincre le même obstacle par les mêmes moyens , c’està-dire par une extrême simplicité de composition, par une couleur étudiée, et par une imitation éloignée du Giotto.
JOSEl^H \ ERNET
Idil alliiclier sur l'avaiil d’une felouque , pour pcimlrc une tempête d’après nature (i).
J’ai failli me noyer ^ mais j ai fait ma tempête.
( L ET«THpt’SiA5TE , comcdie de Beaunoir. )
<( JoSKPH ^ EKMCT, rappolc dans sa patrie en )' 1752 |)üur peindre les ports de la France^ )' quitte ritalie et s’endjarque :i Livourne dans )> une petite i’elouqtte. l’endant la traversée, » itne violente boitrrasque s’élève et menace » de briser le l’réle bâtiment sur les rochers. » Au milieu des vives alarmes de l’équipage » et des passagers, J. Vernet n’éprouve d’au- )> tre crainte, que celle de ne pas voir assez » bien et d’assez près l’admirable spectacle » d’une tempête. Attaché sur l’aviuit du bâti- )' ment, et de là , contemplant avec ravissement » la scène terrible (jui s’ollre à ses regards, » il confie en même temps à sa mémoire et
( 0 tableau est le seul , que M. Horace ^ ernet ail exposé au Salon du [.ouvre , en 1822. »
JOSEPH VERi\ET.
» à son iilbum , les eft’ets fugitifs d’un ciel or.i- )) geux et d’une mer en courroux. »
Telle est la scène que M. Horace Vernet a voulu peindre : tels sont les termes dont il s’est servi pour l’expliquer.
Elle demandait à la fois la (connaissance et l’imitation hardie et fidèle des grands effets de la nature, et le talent ])lus rare peut-être de l’expression.
Pour que l’enthousiasme du peintre portât avec lui un intérêt puissant, il était indispensable de montrer l’effroi des passagers, leur péril et leur troidjle. Comment rendre la mer terrible, sans la peindre dans un assez vaste, espace et sans diminuer les figures qui s’y trouvent jetées ? D’un antre côté, si de très-petites figures eussent semblé se perdre dans un Océan immense , comment réussir à leur donner l’expression convenable?
Des vagues énormes élèvent , suivant l’expression de Virgile , des montagnes dans la mer. Sur l’une de ces > agues est susjjendu, de la manière la plus pc^rilleuse , l’avant de la felompie qui porte J. Vernet. Dans cette position oblique, la barque, (pii fait un angle trèsouvert avec l’horizon, semble jjrête à s’engloutir. 'fout l’équipage est saisi de frayeur; l’un se précipite à genoux , l’autre s’accroche
JOSEPH VERi\ET.
;m pr«’^ini('r objet (|ui se pre'senle. Le pilote (|oi lient l’aviron, perd son eliapeau que le vent ('ni|)orte et (pie le speetateur aperçoit an-dessus de sa tète, enlcve j)ar l’ouranan.
On a eriticjue cette hardiesse du peintre : « Le inouvenicnt, a-t-on dit, ne peut (!‘lre )> reproduit par le pinceau. » Sophisme. Tout est nujuveinent dans la nature^
(i’est la succession des inouveniens ([ue le peintre ne peut saisir. Il en saisit un, et s’il h* rend avec veril(5. sa tâche est remplie. Eh ({uoi ! IJouchardon fera galoper un cheval de marbre , et le peintre ne fera jias voler un chapeau sur la toile !
Une autre critiipie cpie j’ai entendu faire, et dont le Journal des débats s’est rendu l’echo , me semble eneore plus (k‘plac(îe:on a prtdendu (pie le jieintre , en laissant apercevoir la terre dans le lointain , affaiblissait l’idee du danger, et c()nse(piemmenl l’inteixM : celle réflexion ne peut avoir (de faite que par des jiersoniuîs loiilà-fail (étrangères à la navigation, et (pii ne sa\enl pas (pi’une tenqiètc en mer n’est jamais dangereuse (pic sur les côtes.
Lonlinuons iioire deseri|)tion du tableau. L(‘s \ agues sont d’un bleu fonce; l(‘S planches de la leloiKpie , rouges et peintes de couleurs grossières; les côtes, brunes et cnvclopjie'cs de
JOSEPH VERAET.
ténèi)res. On reconnaît là ces haljiles oppositions de couleurs, qui sont si familières à M. Horace Vernet.
Sur la partie la plus élevée de la felouque , et au milieu du tableau, le héros de la scène, attaché par un cable , vêtu d’une manière un peu recherchée , contemple, avec ravissement, ce magnifique orage , dont son crayon va fixer les principaux traits sur un cahier cpfil tient de l’autre main. Il paraît plongé dans une profonde extase , tandis que
Neptune écumaiit sur sa tête ,
Applaudit aux traits du pinceau (1).
Cette composition est belle et hardie. Peutêtre une exécution trop rapide a-t-elle contribué à donner quelque chose de heurté à l’ensemble , et de trop crû à la couleur. Mais si , pour en admirer l’eftét , l’inspiration et la belle pensée , il suffit d’avoir des sens accessibles aux émotions que donne la peinture ; il faut être connaisseur pour apprécier ces belles ondes, ces touches dignes de Joseph Vernet lui même , et cette savante et heureuse disposition des parties.
(i) TvC Brun.
[N“ WHI. J POIITIÎ AIT