‹ Salon d'Horace VernetChapitre 55 sur 74 · N° XXXV.) LANCIERS POLONAIS · texte numérisé non relu

N° XXXV.) LANCIERS POLONAIS

SX BATTANT COXFRE DES GUÉRILLAS.

Dis^uise thyself as thou wilst, Slavery ! stiU thou art a hitter draught ! And deathis even sweeter than ihee.

Déguise-toicommc tu voudras, Esclavage lu «un Breuvage amer! L'bommo le repousse, el la mort lui semble douce auprès de toi. ( Sterne. )

Ces hommes semblent avoir l’audace mêle'e de crainte qui caractérise les brigands ; mais la sainteté de leur cause écarte le sentiment du mépris. C’est l’étranger qu’ils attendent dans ces déniés presque inaccessibles , l’étranger qui a envahi leur pays, et qui veut leur imposer ses lois.

' Ces farouches guérillas font leur apprentissage de liberté ; il sera désormais impossible de les courber sous le joug de l’antique servitude. Un jour on les verra briser les institu-

IJME EMBUSCADE.

lions du despotisme, et sVlever au rang de citoyens d’un pays libre.

On vantait le repos de l’Espagne et la sagesse des conseils du prince ; on le donnait en exemple aux rois de l’Europe. <( Voyez, disait-on, » combien ce peuple est tranquille ; un pro- » fond silence atteste son bonheur; son immo- » bilité est le doux sommeil de la paix ; c’est » l’etat naturel des peuples. »

Tout-à-coup une voix s’élève dans l’île de Leon ; un cri de liberté s’est fait entendre ; soudain des millions de voix répondent à cet appel. La nation paraît; le trône est conservé; le despotisme seul n’est plus.

Immortel triomphe de la raison et de la justice ! Ce farouche tribunal qui insultait à la religion dont il se proclamait le défenseur, cette sanguinaire inquisition qui avait retrouvé ses tortures et ses bourreaux, est enfin abolie pour jamais; ses cachots ne s’ouvriront plus pour engloutir d’innocentes victimes, et la religion consolée rendra grâce à la philosophie.

Quel changement salutaire s’estfaitdans cette nation vraiment héroïque ! Elle honore les vertus publiques; elle récompense ses libérateurs. Ces hommes qui perdaient leur vie dans une pieuse oisiveté sont rendus à une existence active et utile; ces cultivateurs qui languissaient

L’>K KMULSCADK. l3j

sur une terre feeoncle et aiiuee du eiel se li\ reiil •^aieiuenl à de rruelueux travaux ; la joie et l’esperauee sont rentrées dans les (aiuilles. Le comiuerce renaît ; l’industrie fleurit ; enfin, ces g-uerillds , <|ue vous offre un hardi pinceau, abjurent une vie sauvage : ces gucrillas sont devenus des citoyens.

LKS TABLEALX.

\XXI\\ IJ embuscade des Guerdlas.

\"üYE7.-voi’s ce passage boisé, cette verdure sombre , ces arbres en ampbitbéàtre, cette croix qui s’élève au milieu de la forêt? A ces précipices ouverts , à ces arbres noueux qui penchent leurs têtes sur l’abîme , à ces sentiers étroits qui glissent et circulent entre les roches plantureuses^ V ous reconnaissez l’Espagne, vous êtes dans la Sierra.

Ln Français, le fusil sur l’épaule, s’avance sans crainte ; vous le voyez marcher d’un pas ferme; il ne redoute ni les gouffres qui bordent le chemin étroit qu’il doit suivre, ni ces arbres, ces grottes et ces cavernes qui servent d’asile et trembuscade à scs ennemis. Il s’avance ; mais il est encore éloigné. Cependant surle devant de la scène, protégé parun groupe

l’NE EMBUSCADE.

d’arbres antiques , un moine prie , le poignard et le crueifix à la main; un guérillas charge son mousquet ; un autre apprête ses armes. Le moment de l’action approche. Le sort de ce brave que vous apercevez au loin , est déjà fixé. La première balle va l’atteindre.

La chanson du paysan montagnard , devenu libre , dira un jour comment ses ancêtres , esclaves alors, se sont battus pour l’indépendance; comment , sans roi comme sans liberté , sans chefs comme sans patrie , un peuple tout entier a préféré, dans son horrible courage , l’assassinat à la servitude; comment le poignard espagnol a long-temps arrêté la foudre des canons français ; comment cette défense désespérée d’une patrie malheureuse , préludait chez une nation asservie, mais énergique et passionnée , à l’amour de la véritable liberté.

XXXA^ Autre embuscade de Guérdlas et combat d’avant-poste.

C’est encore une gorge de montagnes. Mais le paysage est d’un caractère chfférent. Un torrent, qui se lait jour à travers les roches, et qui tombe des montagnes les plus éloignées, guide l’œil jusqu’au fond du paysage. On suit sa course difficile ; on pénètre jusqu’à sa source. La végétation est moins serrée et plus forte

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