LA JEUNE DRUIDESSE
Jeune fille de Gorin^Lumba ^ comment dire ta beauté? quelle pure mélodie anime tes accens ! Tes sourcils légèrement dessinés et la longue chevelure rappellent la couleur de l’ébène; tes joues ressemblent au fruit du frêne des montagnes ; les perles de la bouche sont d’une blancheur éblouissante ; deux globes d’amour s'élèvent de ton sein , comme deux collines parées de leur draperie de neige.
(OssiÀN, Uncendie.)
Une jeune druidesse, le front ceint de guy de chêne, Fœil ardent et la tête levée vers le ciel, comme pour y chercher des inspirations , frappe de ses doig ts doucement arrondis , la harpe celtique. Telles les vierges d’Erin , cachées dans un épais hocage, telles les Sehna et les Roscrana, dont Ossian nous fait de si touchantes peintures, laissaient errer leurs mains d’alhcàtre sur les cordes plaintives. Non , les prophétesses du septentrion , les Visinda - Kona, dont le vêtement noir étincelait d’étoiles, et dont l’écharpe azurée brillait de figures mystérieuses; non, les fées
LA JELNE DKLIDESSE. 3()
(le la (jcrinanic et des ScaiuliuavL's n’oftraient pas aux regards luiinaius une vision j)lus enchanteresse.
Elle est digne, eelte charmante hile des hardes, du eidte [)ieux que h‘s (îaulois ont Aoiu'à son sexe, .le trouve, dans ses traits et dans sa pose, ce quelque chose de dknu dont parle Tacite. AIais([uel est le chant (pie sa voix a coinnience et (jui se iiK^-le au ('nMiiissement harmonieux de sa harpe? Elle a oublie le soin de sa jiarure ; ses longues tresses noires flottent et retombent sur scs ('jiaules nues. LVclair de ses regards ('st voih* de tristesse. Belle pndresse des (iaules , j’entends les sons de cette voix harmonieuse, qui s’('chappent, plus purs (pie le souille matinal , de tes lèvres aussi fraîches (]ue la rose des bois.
« Où sont-ils les enfans de la patrie ? Forêts ,
)) voile/.-rnoi de vos ombres saintes ! Andarti; ,
)i (kù'sse de la victoire , a fui des bataillons gau- » lois.
» O patrie! l’etranger a pose le pied sur la )» terre des héros ; les enfans de la Gaule se sont )• élances contre leurs innombrables ennemis.
» Le soleil (pii va s’éteindre dans les nuages )> pourprés de l’occident renaîtra demain ; ils )> ne reviendront plus.
)) Ils ne reviendront plus, et leur sang n’a » point racheté la Gaule; rennemi foide déjà
LA JEUNE DKUIDESSE.
)• les bruyères à fleurs d’or, qui s’enlaeaienl à )) nos tresses flottantes. O champs paternels !
» doux rivages! fontaines limpides! terre sacrée » qui nous vis naître ! tombeaux de nos pères ! » berceaux de nos enfans ! nous n’avons pu » vous défendre !
» Chênes de la vieille patrie ! demeures mys- )» térieuses des fées , répondez par un augure ! » dévoilez -moi l’avenir!... Une flamme pro- )' pliétique étincelle dans les bois....
J) Peuple vengeur , croissez en silence !
» Comme la mer augmente à chaque moment » ses vagues qui doivent envahir le rivage , » Gaulois , amassez dans votre sein les flots ter- » ribles de votre courroux ! enfans de nos » enfans, ressaisissez la liberté; retrouvez la » gloire ; lavez nos affronts ; vengez-nous ! »