LU GAUSBHIE
créa de si puissantes choses^ être déchu jus^ que-tàl...
U Elégant. — Peut-ètpe ce portmt dliomme
U Inconnu, — - Je le voudrais; je donnerai^ bien des choses pour qu'il en fut ce que vous croyez. Mais dans ce jeune homme je retrouve les grands yeux de madame Yermolo£F^ de GloIrBey et de* la dame à la robe, Imme ; je retrouve leur$ marna yi leur bouche; tout en&i,^ excepté le sentiment vrai de la nature. On di* rait qneM. Gros a en portefeuille des mains, une bouche en arc d'amour, un œil large et alongé, un braset une gorge de femme, qu'il accommode invariablement à toutes les circonstances. Il y a long-temp» que je connais ces fragmens humains, colligés par le peintre dans les trésors de la statuaire antique , ou inventés pour plaire aux femmes qui veulent toutes avoir de grands yeux; il y .a long -temps que je les vois s'incruster dans les ouvrages de M. Gros. Mais au temps de la grandeur du maître , une beUé et riche couleur recouvrait ou feisait oublier un peu cet amalgame uniforme de traits de convention. A présent le masque est tombé : au lieu
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de cette poésie de tons qui firappe et séduit dans les cBe&-<i^oeuvre de Gros y du brun et du rose^ la parodie de la force et de la grâce. Ëtvous croyez que je puis rire!... Finissons cette autopsie douloureuse d'im génie mort.
M. le baron Gros peut peindre tant qu'il vou«dra; Gros a fini^ Gros ne produira plus rien à moins d'un miracle. Et qu'importe à Gros !
La gloire lui est acquise ; sa vieillesse peut êti^ oisive à lui! D fut le premier peintre d'une époque qui eut Ingres et David! Il fut un vrai peintre^ un grand peintre : il restera de lui d'admirables pages. Combien restorant^il des antres qui ne forent ni Gros^ ni David, ni Ingres?
L'inconnu leva son chapeau , salua de la tête la dame et son cavalier, et se retira, l'air a^ ffigé, comme un ami qui vient de rendre les derniers devoirs à son ami.
^ — Cet homme est fou, dit l'élégant à la ba**ronne! il est bien Jbon de se &ire du chagrin pour si peu de chose !
La Baronne. — C'est que ce n'est pas peu de chose que la fin d'un grand artiste.
XfJE/égant. — À }a bonne heures maU U
42 hWU ÇAUSKiUES
n'y a pM de qupi pjeurep $ et j'oi ini Ip mpineat où il allait noua donner l^ oomédi^ d'mi toi^ rent dç IsFum, à propos de. cette Vâm» fi amnaante.
La jBaFonne. -^ Wa Hml j^ <3QfnppeP<fc parBeûtement <» doiilôiir.
VMiéga^t. rrrr Vou8 a^e^ le cœur A tendre!
La £ atonie, -rr- Pîpn , jp ne jftp pique pi)s de senâblme ; mai« j'ai tQujpxm éprpiiyé mif peine rëelle à voir le ddplin d'iipe gloire.
Mademoiselle Mws^ tout ^dmiraii^e qii'pllç soit encore^ travaille à qous dçsillusioaer. Je serais désolée qu'elle ne jouât plus^ et eppendant je suis obligée d'aller aux Français «lans lorgnette. Martin est surnaturel ; sa voix est encore délicieuse^ saisiimnte : pourtant, qu^ti(l il diante y je tremble qu'il ne &ibUsse, et mon plaisir à l'entendre est mêlé d'angois^. Voyez Potier y si bon comédien y si spirituel ; le pvhblic lui a iqanqué tout d'un coup, et d'artiste il e0 devenu baladin, lin leirtiste est çqmn^e une jolie femme ; U doit se retirer h temps^par coquetr ter^e. Bfinon et Voltaire furent des ei^çeptrQns ; encore n^vœis--nous point les coofideiiçesi 4u dernier amant de l'une, et n'avons-; nous paa
DU LOUVUB. 43
assisté à la représentation de la dernière tragédie de Tautre ! . . . . Je partage complètement les regrets de iiotre inconnu au sujet de Gros. D'ailleurs^ il en parle avec un respect qui convient à un grand malheur ou à un grand talent. U Elégant. — Oui, belle dame; ce monsieur y a mis des formes, et il m'a semblé voir le bourreau de Qiarl^ P' se mettant à genoux devant le roi condamné , lui demander pardon de la liberté qu'il allait prendre de remplir son sanglant office, et le saluer encore du titre de majesté en lui tranchant la tête !
Deux BoorgeoU. — Un Passant. — Sapho ei Phaon. — M. Ùe* lorme. — Michu. — M. Dalmfe. — Don Juan. ^^ Les types^ — Les tics. — Fntmçoiêe de JUmiéU. — Les Pécheurs charnels^ ~ Les Poètes. — M. A. Colin. — M. Monsiau. — Le chagrin monte en troupe et galope avec lui. — M. Poterlet. -^ Lé Malade imaginaire, -^ Baptiste cadet. — La Canonnière, — Madame Marie M. — M. Gigoux. -^ M. Gilbert. — César Bonr-^ raine.
Une grosse bourgeoise. ^^ Â la bonne heure \ Voilà que je m'y retrouve ! me revoilà au bon temps! deux «noureux qui caûaent! La femme sourit tendrement; le jeune homme sourit ga^ lamm^it.C'est jolim«it joli! Disdonc^ll. Gail*
46 Lri8 CAUSERIES
lard, devine^tu Tanecdote qu'ils ont tirée en tableau? *
M. Gaillard. — Je regarde, ma choute, et je charche. Ce qui me firapge, c'est que ces deux particuliers soient là à causer de leurs affaires , nus comme la main. Il feut en' tout cas que la chambre soit fièrement chauJGfée pour qu'ils n'attrapent pas un gros rhume, et je n^ vois ni poêle ni cheminée ! s'ils étaient susceptibles pour les catarrhes, comme moi, du diable s'ils resteraient aussi légèreihent habillés î
MM&mê Gaillard. ^^ Ssftif te téspéC* qde je TOUS dois/ comme à mon époux légitime, devant le ctiré de Sàilit-Wéry, vous dites-là des choses incroyables, M. Gaillard. Vous voyez bien que c'est dans les pays chauds qu'ils sont , ces deux psu[ticuliers-là!
M. Gaillard. — Oh ! pas si chauds que vous voulez bien dire; je suis sûr qu'ils ont froid j je vois ça à la couleur de leur ipeau ; ils sont tout violetfi Des caleçon» et des camisoles de flanelle teuï^ ivitiéDrt très4>ieii.
Maicmie Gaillard. — Out,4'aiii0ur en flàndle, c'est (iimdt>te! e^potœquoipas enbonnetdecoton?
M. Ùaillard. -^ Vous aHee î^eèommencer
DU LOCYlir. 47
encore aved Vos bôtmets ât cotoâ ! VOtis tes aVêt terriblement i^tir lé ctéti^!
Madanie GuilUf'd. ^ J'âiine itatiénx lès Avoir là que àé Vous le» voir sur la tètè. YoUè n'étës déjà pas trop beau en chinoise de mbdr&s de Saint-Quëfiiiil!
M. Gaillard, -^^^ons , c^est bon 1 je ne viens pas ati LotiVré pour éti^e âgoùi dé vos mëchan^ cetës ; noù^ àertins dssez tÀt de retour à Ètcrtre rue Plariche^Mîbtày.
MadAtné Gàitlnhd. -^ Mais àiussi pourquoi dites-vous des bêtises ! croyefeS-tOtl^ que te péa^ tre ëoit uii imbëc^e? h^ peintf^ês^ c'est des hommes d'édùoltion qtti^ né feraient pa^ Une chose pour Faùtr^ ; ils sàveut teur ëtât y p*t-être bien. Si cèltli^l a £ftit les deux jeunes geùs tout
nus^ c'tst qid€f c'est la ttodè du pays Mais ^
coûmiëtit s'à|]rpellëttt-ilîl? çà m'intrigue. Je vas demaiidëf ^ tdntpit^e. (A un pâsëant.) Pardon^ liioiisieuily si je vous iitipofMuiie ; mais mon mari^ M. GailkUhd, cfiii a bien l'hôâneut d6 vous saluer... M. Ci^Ë^d. monsieur a la boute de telever son chapeau.... (BUe feit la réyéreHèe.) M. (â^illMrd^ {nâti éplcrtil^ ii'a pad voulu acheter \t livre d'affîtiltës des tableaux^ parce qu'il dit
^8 bps GAVSBHIBS
que c'e^t inutile^ et qu'on «ait toujours assei deviner les sujets. Eh bien ! en voilà un de sujet que je ne devine pas du tput. Youdriez-vous me faire l'amittë de nie dire ce que c'est qifb le * numéro 654.
Le Passant. — Volontiers , madame'. C'est Sapho^ récitant à Phaon une ode qu'elle vient de composer. Le tableau est de M. Del(»rme.
Madame Gaillard. -^ Ma foi^ comme dit le proverbe: il est bon là^ M^ Delorme. Ceci est très-beau^ dans mon idée. N'eslrce pas que c'est très-beau, monsieur?
Le Passant. — Je n'ai pas le droit de contredire votre goût : vous avez peut-^tre raison ; mais j'aime peu ce genre de peinture.
Madame Gaillard. — Moi, j'adore ce genres là. Que voulez -vous! on. se raf^pellei sa je\inesse, et ça £Edt battre le cœur. Mais, excusez encore, cette demoiselle, dont je ne sais pas le nom > n'a pas l'air de réciter quoi que soit ; vous vous êtes peut-être trompé de numéro.
Le Pa^S€M. — Je ne me suis pas trompé , madame, je vous assure.
M. Gaillard. — Monsieur ne peut pas s'être trompé^ il sait lire> certainement! pour une
femme bien éduquée^ et qui a du prendre l'ha^* bitad% d'être polie dans une boutique bien achalandëe> tous fiâtes là une grossièreté qui me confusionne !
Le Passant. — H n'y a pas de mal, monsieur. Je Tais TOUS redire l(» noms des personnages, madame. La femme s'appelle Sapho> son amant a nom Phaon.
Madame Gaiilard. — Ânon Phaon !
Le Passant. — Je me suis mal expliqué; son nom est Phaon.
Madame Gaillard. — Aussi, je disais qu'il avait là un singulier nom de baptême, Ânon !
Et de quel pays étaient-ils? jamais je n'avais entendu parler de Phaon et de Sapho.
Le Passant. — Ds étaient Grecs.
Madame Gaillard. — Âh! oui, c'était des dieux de la fable !
Le Passant. — Pas tou1r-à-fait. Phaon était un capitaine de navire de Mytilène> fort bel homme, et qui se &isait aimer de toutes les femmes.
M. Gaillard. — Diable I il était bien heureux t
Madame Gaillard. — Voulez-vous bien vous taire ^ M. Gaillard! Monsieur n'a pas besoin de
savoir que vo^s n'auriez pas mieux demandé que d'être \m dérangé et un coureur, eôixÉne ce marin de Sainte^Hélène , si vous aviez eu le phyaique comme lui et des couronnes de fleurs.
Le Passant. — Si Phaon était aimé de toutes les fenmies., il ne les aimait pas toutes, témoin }a célèbre Sapho, poétesse de Lesbos, qui> fort éprise de lui, n'éprouva que ses froideur^.
Madû^me Gaillard. — Voilà un grimd împertinent I Si ce qui est arrivé à cette Sapho m'était arrivé, j'aurais tiré les y«ux à ce fet.
Le Passant. — Sapho prit un pairti bien différent.
Madame Gaillard. — Elle se périt peut-être !
Le Passant. ■— Justement; elle se précipita dans la mer, du haut de la montagne de Leucade ; cet endroit a pris de là le nom de Saut de Leucade.
M. Gaillard. ^^ Eile fit là une fameuse sottise avec son saut!
Madame Gaillard (fijànt). — Un calembour!
J'étais bien étonnée qu'il n'en eût pas encore lâché quelquesHons. Il est très-^entîl dans le cid^onbour ; c'est un petit agrément de société qui le fait beaucoup tediercher de tout notre
qasàtier... Vous avez dh^ monsteiir^ que Sapho récite à Phaon?...
Le Passant. — Une ode; c*e«t-à-dire une pièce de vers en strophes ou couplets.
Madame Gaillard. — Quelque chose en manière de chanson , coninne Babet^ dans Biaise et JBabety chante : C'est pour toi tjueje les ar^ rangé, cher Biaise! Oh! je connais FOpëra- Comique; notis y allions tous les dimanches autrefois^ du temps de M. Michu^ à qui nous fournissions des gants ^ de la poudre et des rubans de queue y et qui nous donnait ài&è billets de la comédie. Ce n'était pas pour nous jGaiire prendre patience, car il payait bien. Un fort bd homme, M. Michu! Vous ne Pavez pas connu, vous, monsieur, vous êtes trop jeune.
Ma foi, il était aussi bien au moins que Phaon, et je trouve qu'il lui ressemblait un peu. N'estce pas> M. Gaillard,' que si ce Phaon avait une perruque poudrée, une petite veste de satin blanc, liserée de rose, une culotte de même, et desbasdesoieàcoins,ilterappelleraitM. Michu?
M. Gaillard. — Pt-être bien.
Madame Gmllard. — Nç dites donc pas ça d'un air boudeur ; monsieur poumût croire que
ht LES CAUSERIES
VOUS êtes jaloux , et que j'étais la Sapho de M. Michu... Je suis bien fâchée de vous avoir dérangé de votre promenade^ et je vous remercie bien de votre complaisance.
Le Passant. — Tout à votre service^ madame j on est heureux de pouvoir être agréable • à des personnes...
M. Gaillard. -— Vous êtes bien honnête , monsieur^ et vous nous flattez. Mais nous craindrions d'abuser...
Le Passant. — Point du tout^ cela me fait plaisir.
Madame Gaillard (k son mari). — Ce monsieur est fort polij vous voyez, il dît que ma conversation lui fait plaisir! ( Haut à son Cicérone. ) Si ça ne vous fâche pas, alors, ce n'est pas de refus ^ et je prendrai la liberté de vous demander ce que c'est que ce grand tableau là haut. A charge de revanche toujours, si vous avez beson d'une adresse rue Planche-Mibray, nous y connaissons tout le monde.
Le Cicérone. — Madame , le tableau que vous me désignez est de M. Dubufe.
M^. Gaillard. — Un grand peintre, n'est-ce pas, monsieur?
DU LOUYUt. 53
Le Cicérone. — H obtient beaucoup de succès.
M. Gaillard. — C'est lui qui a £Bdt ces femmes au lit, avec de fort belles gorges qui sautaient aux yeux des amateurs.
Madame Gaillard. — ^ De la pudeur, M. Gaillard, pour Famour de Dieu, de la pudeur!
Le Cicérone. — M. Dubufe a trouve la route d'une certaine renommée qu'il n'aurait probablement pas rencontrée sans cela. H a choisi des
SUJ^IS...
Madame Gaillard. — Un peu lestes quelquefois.
Le Cicéronp. — Mais, madame, guère plus, il me semble, que celui de Sapho et Phaon.
M. Gaillard. — Je voudrais bien savoir, monsieur, quel est le plus £àmeux artiste de M. Dubufe ou de M. Ddorme, pour voir seulement qui a plua de goût de mon épouse ou de moi.
Le Cicérone. — La question est embarrassante, monsieur. Je crois ces deux messieurs à peu près de même force, et je suis jpersuadé que M. Dubufe ne voudrait pas être M. Déforme, et que M. Déforme serait très-fêché d'être M. Dubufe. Si le mérite se mesure à la
S4 ' LJBS CAUSERIES
popularité^ je croig que M. Dubufe est un plus grand homme que M. Delorme; si c'est à l'estime de l'Académie , je crois que M. Ddorme l'emporte sur ÎMl. Dubufe.
itf. Gaillard Qxk» à l'oreille au Cicérone): — Je suis, moi,, pour Dubufe. J'ai dans un dou- Ue fond de ma tabatière , que ne connaît pas mon épouse, une petite lithographie des Regrets. ,
Madame Gaillard (de même). — Moi, j'aime mieux M. Delorme, et je donnerais quelque chose de bon cœur pour qu'il dessinât éur ma bonbcmnière d'écaiHe la tête de son Phaon, qui ressemblé à mon pauvre Michu !
Le Cicérone, -— C'est Don Juan chez Haldée qtie M. Dubufe a représ^té dans ce grand ta- Ueau*
M. Gaillard. - — Don Juan! il est drôlement habillé. J'ai vu jouer le Festin de Pierre à la Gom^ie-Française, avant la révolution :
llolé avait l'habit français tout pailleté, la per^ iruque à bourse, l'épée, et non pas ce grand coquin de sabre rond qui a l'air d'une feucifle ; il tae portait pas de moustaches. Et puis Sganarelle n'était pas à la turque. Quant à la
DU LOUVAB. ié
femme , die avait des demi-panio^s ^ ce qui allait trè»-bieii à mademoisdle Contât.
Le Cicérone. — C'est que ceci n'est pas le Don Juan de Molière^ mais celui de lord Byron^ le poète.
M. GaiUard. -*- Connais pas.
Madame Gaillard. — Alors, taisez-vous, et laissez monsieur nous expliquer la chose.
Le Cicérone. — Don Juan avait £ait naufirage dans une petite île grecque.
Madame GaiUard. — Oui, c'était un cajûtaine.de vaisseau grec, comme Phaon.
Le Cicérone. -^Vss tout4L-£8Lit,mais il n'ûnr porte. Dans cette ile habitait un vieux pirate uomBké Lambro. Ce Lambro avait une fille, flbâdée.
M. Gaillard. — Jeune personne fort j<Jie, à en croire son portrait. Tiens; mais elle ressemble beaucoup à Don Juan.
Madame Gaillard. — Eh bien ! qu'y a-t-il d'étonnant? esl>-ce la première fois qu'on a vu dtes gens qui n'étaient pas parens se ressem-^ Uer.
Le Cicérone. — Il est vrai qu'ils se ressemblent dmis le taUeau de M. Dubufe , et je vous
h$ UE8 GAUSEBI«8
demande h permission de voos dire pourquoi.
Il est des peintres^ et même parmi les plus cé« lèbres^ qui ont adopte une certaine forme de corps , de mains y de pieds et de têtes; ce qu'on appelle un type. Hs le répètent partout, sans trop s'inquiéter si la nature n'est pas variée , quand ils restent toujours lés mêmes.
Madame Gaillard, — Pardon^ nionsieur, vous avez dit un type ; c'est un tic que vous vouliez dire, n'est-ce pas?
Le Cicétone.—^^f otre mot vaudrait mieux que le mien , et je l'adopterais volontiers. Tic ou type, M. Dubufe a le sien : il affectionne une certaine tête qu'il reproduit partout; vous la retrouverez dans tout ce qu'il a exposé cette année, comme vous auriez pu la remarquer les, années précédentes. Cette tête est plus forte que lui , elle l'obsède , le tourmente ; il &ut qu'elle sorte de son pinceau absolument , inér vitablement. U veut £aire une femme , voilà la tête qui lui échappe; un homme, encore la tête; un enjEwt, la tête; un vieUlard^ latêtel Et cette tête de convention ressemble à un masque verpi ; il n'y a pas apparence de nature. Voye? ici Haïdée, c'est la femme entretenue que
DU UMTVIIB. S7
VOUS ayez vue sur un Ijt^ pleine de regrets ou de souvenirs; c'est la fiUe Alsacienne qaevoos avez vue pleurant sa virginité perdue; c'est la jeune fiUe de 4 8^4-^ que je vous montrerai dans la galerie^ sous le n^ 734^ pleurant je ne sais pas quoi sur une botte de paille; c'est cette dame qui pleurait au Salon de iSSi une mésange morte; ce sont les deux femmes (735) qui se montrent l'une à l'autre un portrait ; c'est la jeune fille (756) lisant une lettre ; ce sont enfin tous les portraitsde M. Dubufe; car M. I>ùbufe a l'art de forcer toutes les natures à entrer dans son moule. Don Juan n'est autre Igp'Hudée avec des moustaches et des favoris. Je crois bien que M. Dubufe n'aura pas voulu cette firaternité ; mais le tic l'a emporté.
M. Gaillard. — C'est ^al ^ le tableau est superbe ;, ce Turc me feit presque peur. Est-ce qu'il va tuer don Jiian?
Le Cicérone. — Ne craignez rien.
Madame Gaillard. — H est si drôle, monsieur Gaillard , que je ne peux pas seulement le mener au mélodrame, et qu'il est tout effîrayé quand il voit des scènes de tragédie au salon de cire de Gurtius.
&8 LK8 GAIfflBIUES
Le CioétrùM. — Oh ! alow , monsteiii' Gail- Istà n'est pas en surete devant œ taUeaul Je voua engage à remmener. Yotdez^yous que nou8 fMSsionis dans la galerie ?
Madame Gaillard. — * Sainte Vierge ! qn'est- €6 (pie je vois là-liant? que font donc tous ees hommes et ces femmes dansant en l'air?
Le Cicérone. — ^ Ce «ont les pécheurs charnek de Tenfer du Dante.
Madame Gaillard. — Par e:iemple , j'ai du malheur ! Je ne connais pa» un seul de leurs aujets y à tous les peintres de cette année. Qu'estce que ça Fenfer du Dante? et les pécheurs
Comment ave2s-vous dit^ monsieur^ s'il vous plaît?
Le Cicérone. — Les pécheurs charnels.
Une vieille demoiselle. — ^Eh parbleu ! ekarnely cda vient de chair. Les pécheurs charnels sont ceux qui vont en enfer pour avoir mangé dé la viande pendant le carême , sans dispense ^erévéque.
Le Cicérone (à l'oreille de madame Gaillard) . — Ce n'est pas absolument cela : les pécheurs charnels sont, à proprement dire, les amoureux, les femmes qui ont aimé....
' W IiOUVBB: 59
Madéme GaiUard. — Phaon?
, Ze Ckénme. — Ou Midml (Haut) : Dante est on anci^ poète îts£eik.
Madame Gaillard. — Il n'y a donc que <lea poètes ici? Gettefemn^ qui feosait dfis chan^ sfm» en Grèce^ le milord anglais de don Jnan ^ l'Italien des pêches charnels!
M. C7ai7/â^^.*^--£tqùd. est cet homme étendu parterre?
Le Cicérone. — C'est Dante qui s'évanouit au récit que Françoise <k Rimini yvctkt de lui &ire de 9es amours.
M. Gaillard. — Je trouve ce tableau-là encore jdus terrible que l'autre ! c'est e£&rayant de voir tous ces damnés ! Youé pouvez regarder ça^ monsî^ir , sansfenn^ les yeux et sans avoir la chair de pouk?
Le Cicérone. — Âssurânent je le r^arde sans arainte, et même avec assez de plaisir^ parce qu'il y a dans cet ouvri^e de M. Colin de fort bonnes parties^ des groupes bien composés et d'une exécution très-estimable^ surtout dans les spirales hautes des damnés .
Madame Gaillard. — C'est trop noir. Je préfère toujours M. Delorme.
«0 XJn GAUBSRIBS
M. Gaillard. --^"Ex moi, M. Dubufe.
Le Cicérone. — Je tiemy moi, pouF M« Colin»
Madame Gaillard. -^Cià qui prouve bien que la chanson dit vrai , dans le Calife de Bagdad : Chacun a son goût, sa folie.
Le Cicérone. — Voulez-vous me suivre, madame? vous m'arrêterez aux tableaux que vousvoudrez examiner à loisir.
Les trois interlocuteurs entrés dans la gal^e, la parcourent rapidement.
Madame Gaillard. — Monsieur, monsieur f je vous dérange encore, c'est bien mal à moif mais £aites-moi l'amitié de m'expliquer ceci.
M. Gaillard. — Parbleu ! c'est bien aisé ; on n'a pas' besoin du livret pour cela , ma choute. Que voit-on sur ce tableau? un cheval qui galoppe; sur ce cheval il y a deux hommes qui courent comme les quatre fib Âimon : celui qui est devant porte la main droite à son front en Baisant la grimace y il est bien clair qu'il s'est
feit mal^ à quelque chose en passant Tiens ,.
pardieu ! à ce petit tronc d'arbre.
Madame Gaillard, — Cet arbre l'aurait
bV LOUVBIt. «I
blessé au genou ^ et non pas au frœit; le simple bon sens dit cela; n'est-ce pas ^ monsieur?
Le Cicérone, — Je vous ai laissé dire , en cherchant moi-même à deviner le sujet de ce tableau. H me semble que M. Gaillard a trèsbien trouvé.
M. Gaillard (avec un sourire vaniteux). — Ah ! vous l'entendez , mon épouse , je ne l'ai pas &it dire à monsieur ; j'ai trouvé. Tu vois bien qu'on n'a pas besoin du petitlivre.
Le Cicérone. — Toutefois , M. Gaillard , voyons. Nous sommes peut-être dupes de nos yeux et de notre bbn sens. Cherchons : n^ i 745; MoNsiAU^ au palais de Flnstitiit.
Le chagrin monte en croupe et galo^ ayec loi.
Bmleaa , épttre V.
Madame Gaillard. — Ëhbien I après rqu'est** ce que ça veut dire?
Le Cicérone. — Cela veut dire que cet homme^ le plus grand des deux^ s'ennuyant dans sa maison , a monté à cheval pour se distraire , et que le chagrin le suit dans cette promenade ; le petit être barbu monté en croupe , repré-
62 LEg CAUSERIES
«ente le chagrin j la main au front , que monsieur Gaillard interprétait touIrMIieure à raide du tronc d'arbre-, c'est le complément de Tîdée représentée par lé personnage &ntastique.
Madame Gaillard* — Tout ça n'est pasclair^ monsieur.
Le Cicérone. — C'est ce qui arrivé trop souvent dans la matérialisation des pensées ; la peinture n'aime pas les choses métaphysiques.
Madame Gaillard. — Ni moi y monsieur , parole d'honneur; car, malgré la peine que vous prenez à m'expliquer la fantastique , la métaphysique, la matérialaisôn à^ pensées, que sais-je ! je n'y comprends rien.
M. Gaillard. — Vous dites que le sujet est de M. Boileau? En tout cas, si M. Boiléau feisait ses acte« aussi peu clairs que ses sujets de tableau, ça devait donner du tintoin aux tribuiiaux. Je ne suis pas fâché de ne pas l'avoir ^u pour notaire.
Le Cicérone . — Prenez garde à la confusion : le Boîleau dont il s'agit n'est pas l'honorable ancien notaire de Paris, mais le poète satirique du temps de Louis XTV .
Madame Gaillard, — Ah ! encore un poète !
BU LOUVRS 63
ils me feront devenir folle ^^ ces gens-là^ avec leurs idées saugrenues.... £t^ à propos d'idées saugrenues , dites-moi pourquoi le Chagrin a une grande badbe blanohe?
M. Gaillard. — Parbleu ^ pourquoi? parce que quand on a du chagrin^ on ne pense pas à fieiire sa barbe.
Le Cicérone. — Par&itement juste.
Madame Craillard. — Passons à ce mort qui parle.
Le Cicérone -— C'est le Malade imaginaire^ représenté par M. Poterlet.
M. Gaillard. — Diable ! imaginaire 1 quand j'aurai cette mine-là y je commencerai à me croire sérieusement malade , et à envoyer chev^ cher un confesseur. Il est affreux^ ce vieillard !
Le Cicérone. ^^ Et croiriez-vous que les autres sont plus beaux ? C'est une collection de Éantômes . grotesques , sous forme demi-humaine. ,
Madame Gaillard. — Suis -je heureuse de n'être pas enceinte I un regard d'un de ces étres-là m'aurait &it faire des sioges.
Le Cicértme. —*- Traduire ainsi Molière! Molière qui créa des personnages si complets , si
i4 LB8 GAUSBEIES
pqr£Bdt«t Molière qui est si vrai^ si naturelt être rendu par des fdrmes si menteuses et par de si fausses apparences de couleur I
M. Gaillard. — Vous trouver donc cette peinture bien mauyaise?
Le Cicérone. — Pitoyable l Et roilà où conduit la manie de l'imitation d'un maître ! Peut» être que si M. Poterlet avait appris un peu à dessiner^ et que si M. Boulanger n^avait pas fait du laid par système^ nous aurions de IML Po^ terlet qiidque chose d'estimable. Mais on se jette dans un des partis qui séparent l'école \ ' on brouille siir une palette des tons briUans ou vigoureux qu'on va arracher par teintes à R^nbrandt^ à Rubens^ à Lawrence ou à d'autres; on applique cela sur des dessins que les en£Bins , barbouilleurs naïfe des murs de la ville^ ne voudraient pas avouer; et l'on se croit peintre! Gela £sdt mal!
Madame Gaillard. ^^Mon Dieu ! monsieur^ je suis bien £àchée d'être cause que vous vous mettez en colère ; si je ne vous avais pas arrêté ici , vous n'auriez pas eu cet accès , qui peut troubler votre dqeuner ; avec ça qu'il fidt trèschaud ici!
BU LOVVHB. AS
Le Cicérone. — Défigurer Molière! mais^ ïnadame^ c'est un crime ^ entendest-vous bien!
M. Gaillard. — ^ Monsieur a bien raison ; c'est si amusant le Malade imaginaire'! et celui de M. Poterlet est si triste I J'aime mieux Baptiste cadet.
Le Cicérone. — Vous n'êtes pas dégoûté!
Baptiste cadet ! c'est lui qui comprenait et rendait Molière !
M. Gaillard. •— « (% ! oui ; il était joliment £arce quand il sortait de son feuteuil pour aller, vous savez bien où !
Le Cicérone. — C'était un excellent acteur que Baptiste ; il vit encore, et M. Poterlet aurait bien &it|ie l'aller [consulter, et de lui demander la permission de copier sa tête longue, expressive , si heureusement comique et si touchante dans la scène oii ressuscite M. Ârgan, scène dont ce que nous voyons ne donne aucune idée,
Madame Gaillard. — Ah ça ! monsieur , sans façon , vous êtes peut-être fetigué de lire dans votre livret pour satis&ire mes indiscrétions; mon mari va vous relever un peu. Allons, monsieur Gaillard, mets tes lunettes, et
M LS8 GAirssmiEs
dbHtnoi <{ai est cette dame là-haut , en robe jaime.
M.- Gaillard. -~ Mande excuse , monsieur ; prètez^onôi le catalc^e aux adresses. Yoyous^ qod numéro../. Diable I ils sont bien petits leurs numéros.... mille, mille six cent....
Madame Gaillard. — -1065 , c'est clair j je Tob cela trèè4^n. i^'esM» ped> monsieur, que c'est ^ 065?
Le Cicérone. —Oui, madame.
M. GflfV/iinrf.-— M'y voici, m*y voici: «4068. » Combat de la frégate française la Canonnière » contre le vaisseau anglais le Tréfnendous. »
Madame GaiUard. — Que dite»^ous ià ^ monsieur Gaillard? lisez donc bien.
Af . Gaillard. — Je lis bien j si voué aviez vos lunettes, je vous ferais voir <jtt'îi y a là, page 77, article 4065.... ÎMfeis monsieur peut vérifier.
Madame Gaillard. •— Un co^nbat, mié frégâte, une canonnière! Je voià bien du» le fond une fumée noire et épaisse; je reconnais bien que le"" visage de cette dame peut être noirci par la pondre à canon en quelques endroits ; mais la fir<%ate, où est-elle ? Après ^ , comme nous ne savons pas ce que c'est ^'une
frégate.... i?est pent^tre le nom d^une femme ddus de» pays étrangers ; cette femme nertpetit^ ètM dans Fartillexie^ comme on en à vu en France, pendant la première révolution, )k Lyon et affleùrs.
M. Gailiard. — Triès-bîen ; mais ce n'est ptt là une tenue de combat. Ce n'est psos f embaïras , les peintres ont de isi drôles d^dées ! Comprenez-vous ce tableau, monsieur?
Le Cicérone. — C'est tout simplement un portrait d'une dbarmante femme, fi&ed'undè no^ plus parfeits écrîvdns.
Madame Gaillard. — Est-ce tju*elle ctt canonnière? et quel est ce nom de frégate qu^on lui donne dans le livret?
Le Cicérone. — Yous êtes eertslnement4^us Tempire d'une feute d'impression. Permettez que je voie.... Justement : wlOGS, combat de la frégate la Canonnière . t^ Mats, ^065, audessus : portrait de madame On a mis à
îouvrftge de M. Gigoux f étîcjuette du taUeau de M. Gilbert. M. Gilbert est un peintre de marine^ une frégate est une espèce de valâ^eau de guerre : celle dout il a peint le combat s'appelât la Canonnière) elle était commandée p$r
68 LB8XAU8BBIK8
César BoUraine y brave o£ficier de l'empire ; elle se mesura contre le vaisseau le Trémen-
doiujCy beaucoup plus fort qu'elle j et le força de prendre le parti de la fuite. Yenez de ce côté> et vous allez voir la représentation de cettç affiôre honorable pour la marine impériale. A deux pas d'ici.... là.
• Madame Gaillard. — Cest ce petit-là qui va battre l'autre?
M* Gaillard. —Tiens ! Bonaparte n'était pas ,si grand que l'empereur Alexandre et que l'empereur d'Autriche ; il les a pourtant solidement battus. Ce n'est pas la taille^ c'est le cœur qui £Bdt cela.
Le Cicérone. — Oui, pour les hommes, mais pas tov^ours pour les vaisseaux .
M. Gaillard. — • Je parle de ça sans connaître > voyez-vous; je n'ai appris un peu de marine que dang le Petit Matelot de l'Opéra*^ Comique.
Un Gardien (criant). — On ferme, messieurs!
Madame Gaillard. «-^ H &ut sortir, déjà !
c'est dommage l mais nous reviendrons un autre jour. Monsieur,. bien flattée d'avoir feit votre
Wa LOUVBI.
connaksance ; vous êtes un homme charmant et très-instruit. Je n'oublierai pas tout ce que vous m'avez dit; je suis sûre que tout ça va me tourner dans la tète comme la peinture me tourne flevant les yeux j je vas rêver toute la nuit frégates, poètes, Sapfao et péchés charnels.
Famille de juifs de Maroc, — M. E. Delacroix. — L'expression, * Les coloristes ont le sottTemeBt. — Portràlî de M. de MomaX' — Corps-de^garde de soldais maures* -^ V4>yage à Karoc. -^ Charies-Quinf au couvent de Saint^/ust, — M. Goart. — Umê ebdtelaiiu.
Non^ point de ces grancU ouvrages sur lesquels s'asseyait la discussion il y a quelques ttuiées. Trois ou quatre dessins^ des portraits et une toile du g^ure historique^ mais dans de patitei dinniensiotts. Tout cela est noyé dans
72 LES CitUSBRlBS
l'ocëan de peinture qui déborde de la galerie d'ÂpoUon à la porte des Tuileries.
— Je n'ai encore rien vu de lui.
— J'ai tout vu , moi.
— Et qu'en dites-vous ?
— Venez juger vous-même. Nous sommes dans la travée des dessins^ et à deux pas d'une fenêtre où j'ai trouvé une femille de juife marocains que Delacroix a dessinée dans le voyage qu'il a feit l'année dernière à Meqûinez et à Tanger. Tenez, voilà ce dessin.
— Ofr! que c'est curieux !
— Et d'une belle couleur, Remarquez aussi que cela est d'une excellente indication de formes.
— Je n'aime pas la manière de dessiner de ce peintre 5 je ne la comprends pas.
— Ce n'est pas im style commun ; cela ne ressemble ni à Ingres, ni à David , ni à Rubens, ni à Yélasquez ; on peut aimer mieux un trait plus pur, plus élevé , plus gracieux ; on ne peut nier que celui-ci soit plein de mouvement , de vie, de passioii , et de vigueur. Les personnages de Delacroix se metivent ; ils expriment cornpléttement l'idée de l'artiste ; ce sont enfin de
DU LOWBB. 73
bons acteurs y auxquels manque seulement quelquefois Félégance y une àes qualités que nous autres spectateurs français faisons passer tout de suite après l'esprit^ et avant le sentiment.
— Oui^ mais ces bons acteurs ne pourraient>ils pas être moins laids?
--^ Us ont du caractère.
— Je ne sais pas ce que vous entendez parlà. 11$ sont laids^ c'est tout ce que je comprends ^ parce que cela me frappe.
— Je voudrais^ comme vous , que Delacroix n'eût pas adopté un type si éloigné des idées que nous avons tous du beau^ ou plutôt du joli ; mais je ne suis guère touché ^ quant à inoi^ de cet inconvénient. Ce que je m'attends à trouver en lui , c'est l'expression énergique de la pensée ; et toujours je l'y rencontre. Il a , à un haut degré^ une des qualités qu'ont possédée les grands peintres coloristes: l'action, et, j'ose le dire, l'actualité. Les figures de presque tous les maîtres dessinateurs posent de-, Vaut vous , elles sont comme pétrij&ées ; il y a je ne sais quoi de roide, d'arrêté , de chevillé dans leurs jointures , qui tient à la scrupuleuse finesse du dessin, dégénérant en sécheresse,.
Chea^ le» ooiosieUê^ les panosmaigj» àm dhcame sont, {duft «oupkft^ |rfu» eapal^ de la ¥ie; ik ont une appw^ice d'or|pBjûsatk>ii eoin{dèteqai manque aux. «llioueltes pcécîeittes des oulre». Ddaeroiz. mîI anisi» nae toile« Je gnâ» que pour son succès il eût été à souhaiter que cetle animation souf&it uile finmie moins biaàiTe et plus vr»e>^ a&i d'èlre pk» imtdligysk)..*
«^ n a tou^w» l'air d'èlre possédé de quelque idée fantastique ^ et d'aBer dietdier ses mtodèle» eà enler.
•— IHon^pas. au moÎBS dans ce desaor^ oii la beauté des jui& de FQnént est bien fidèiemmi tiaduîte; nùu pa» dans ce portrait de M. Hor» nfty>ott tout le positif de la vie réelle d'un amanteiir fieishÂofiable est rendu avec scnipide^ et dUsimalé à pwe sous rkiormame ardsode d'un briUastt coloris.
«-*- Je Tims accorde cela ;^ Mais dans ce ixnrpsde^^garde de scddata maisres^ ne retrosires»-vfHis pasilelsid^
-^ n est Qortain. qu'aucun de ces gais^là wm passecati ici pour un joH garçon^ m pour mu gmâmx cavalier y meàs^ ib oBt tousi cettebeawlé bflorbare qui leur convient^ et c'est ju^menitce
IMI LOVVU&. 1^
cpie j'a{^pelais tout à Fheiuce le caractère du dessiUyCe q^ est une d» conditiotts de la phi- Imoplûe du sujet.
— Je siûft fâché gue Delacroû^ n'ait pas e%po^ quelcpjie tableau ca{âtaL
— Je m'en affîig|&. aussi^ parce qu'il y a toujours^ selon mpi^ un grand inconvénieat pour l'artiste à s'effîacer volontairement quand il s'est mis tout d'abord, aii. premier phoi. J'aurais voulu cette année une chose de l'importanqe de sa Liberté y. exposée en 4834.
Mais le temps lui a manquiez 11 & voulu aller visôjter un peu la terre d'Afrique^ et recueillir des matériaux pour un long avenir de productionsi il est revenu ayec un riche portefeuille y
dont il a détadié les des^n^ que vou» voyez^et
qui pd^pent si fidèlement le peuple de Mskoc. E avait jeté sur k^ toile quelques épkodea de son: voyage jy. quelques scènea de la vii^ privée ou des mœurs publiques des hommes de cet empire^ dont il a visiité pluaieuva villeft^ et au milieu desquels il a vécu en caravane ^ vcam ii n'en était pas satis&it encore ^ et il ne liea a pas \oulu es;posec aune critique qu'U prévoyait ^ et centre kqpeUe il a un remédie ^ puisqu'il
7t LB8 GAU8B1UB8
veut retoucher ses tableaux. Cependant il y a ici^ comme je vou8 le disais au commencement de notre entrevue^ un tableau historique dé Delacroix que vous n'avez pas remarqué. Je vais vous le montrer. Remontons un peu
la galerie Tenez ^ cherchez dans ce petit
carré.
— Je ne vois rien qui ressemble au Massacre des Grecs de Missolonghiy à Sardanorpale ou à Marina Faliero.
— Levez I9 tête. Voyez ces deux moines , dont Fun prélude sur le clavier ?
— Oui y mais ce n'est pas de Delacroix. J'ai bien aperçu ce tableau en passant y et je n'y ai pas îaît la moindre attention. D'abord y cela ne m'a pas frappé ; ensuite je n'ai pas cru que ce fût d'un homme en réputation^ juché conune il est là-haut^ visible à pdne^ dans un cadre qui ne se relève point en bosse^ et sans visiteurs romantiques.
-r^ C'est pourtant une des belles choses de Delacroix.
— Récries&-vous ^ mais regardez. Ce moine n'a-tH-îl pas l'air de succomber à un profond
DV LOVVMI. 77
enniii^ et de chercher une distraction que la musique ne lui donnera pas ?
— Oui, cette idée est bien erprimëe. C'est un religieux malgré lui , sans doute ?
— CTest Charles-Quiat !
— En effiet ; Tempereur au couvent de Saint- Just. Âhl oui, bien, très^bien I H pense, il se souvient; le passé le dévore, l'avenir lui pèse déjà; il soufËre. Ses doigts tirent de Forguedes sons que n'entélkdent pas ses oreilles. Le seul bruit qui résonne encore dans sa tète , et qu'il voudrait couvrir par quelque harmonie reli* gieuse, c'est celui de la CEmfeffe guerrière. H y a lutte dans ce cœur où les regrets du pouvoir abdiqué sont en présence d'un besoin de calme , de repos : ce cœur demande à Dieu la force de renoncer aux nobles vanités du monde; il pleure, il s'humilie. La cuirasse ne perce pas encore sous la robe de laine du moine.; mais si Dieu ne vient pas en aide à cette grande mélancolie , il y aura révolte tout à l'Jieure , et le capuchon noir fera place à la couronne fermée des empereurs, et la pourpre viendra cacher le scapulaire , et le cilice restera sous le large ceich turon de l'épée.
78 LEft CAtf8E«IE8
— Vcwiê troure« <lônc que cela vaille quelque chose?
— Si C€4a vaut qudiqtte tîhose ! vraiment , c'est superbe 1 Cette tête de Charlcs-^Juînt est pleine de sentiment et de poésie.
— Esirce qise vous k trouvez laide?
•*— Je n^en sais lien; je ne me sens point ocmpé des traits, msds de Fensemble qui est beau. Ce moine, c'est un honmie, un homme qui mlntéresse et me touche'; je n'aurais pas besoin de savoir que ce malheureux est le reste d'un grand homme , d'un héros , du roi des tnonarques du seiaème siècle, pour être ému.
Comminges ou Charies-Quint, je le plains , je compatis à sa peine, parce qu'il est véritablement homnie. Ce n'est pas un comédien qui joue la tristesse, c'est Charles-Quint qui n'a pas ia force de jouer la comédie, qui ne sait pas en hnposer à ses frères de Sahit-Just par l'apparence du bonheur et de la résignation , et qui , sans proférer ime parole , les yeux tristement tefvés au ciel , promenant, sans s'en douter, ses doigts sur le clavier de l'orgue , confesse au religieux, qui le r,egardé avec étonnement, fétat de son âme inquiète.
Bir L0inr«B. 79
-** Ce second personnage y enbordcmnë 'pour le tout à Charles-Qiunt^ e^ t3%»^lrainatiqiie
*^ Ah ! mon cher^ que cek est bien 1 plus je regarde cet ouvrage y plus je l'aime : je ni'en veux de ravoir presque méprisé d'i^pd.
•*^ Je l'avais méconnu^ moi atisn^ grand admirateur de Ddacroix ; ma» j'y suis revenu y et j'y reviens toujours. C'est la plus belle chose du salon comnlb morceau d'expression tendre et profonde. Notez que je ne veux point vous parler de la couleur des mains qui sont charmantes y de la grâce simple et naïve qui voile le moine du fond ; je m'en tiens à l'expression , et je vous demande si vous croyez que cette figure de Charles-Quint n'est pas bien des-
sinée?
— Je ne puis en apercevoir ni en chercher les imperfections ; je suis tout à la pensée.
— Vous seriez bien vite revenu à la forme , si cette forme n'é&it pas bonne. Sans doute le dessin est bon ; car, s'il ne l'était pas y l'expression serait jEausse y le visage grimacerait y ce serait un masque hideux. H y a dans tout cet ouvrage un calme , une douceur , une simplicité ,
60 LES, GAUfiBBIES DU LOUVr£.
qui plaisent. Dans ce cadre étroit^ il y a de k grandeur. Le public ne s'en est guère douté encore. Si nous pouvions amener là tous ces gens qui s'ëbahissent devant je ne sais quelle châtelaine y tête de bois vernie par M. Court, ils reconnaîtraient qu'il ne peut y avoir qu'un artiste du premier ordre qui a fait ce Charles- Qfiint, et que c'est là ime œuvipe de cœur.
Les portraits. — Une gavote par M. Parent. -' Justification deft peintres de portraits. ~ Portrait dç madame Albert j du VandeiriUe. — Mademoiselle Martin. — Portrait de M. Le-^ maire, sculpteur. •« M. Quecq. — ilf. Girod de VAin, — Mademoiselle Pages. -*- Boccage , de la Gomédie-Françaiae. — M. Lebour. — Tamburini. — M. Ganzy. — Portrait de M, Mé» rilhou, — M. Despois. — Vattention. — Portrait de M. Par^ quin, *- M. Finck. — M, Eusèbe Saluerte, -^ Madame Saint" Orner. — Mademoiselle Julia > de l*Opéra. -^ M. Collas. — M. Petrus Borel, le l^eantrope. — M. Thomas. — Le cadre tricolore. ^ La manie du costume. ^ M. Armand Carrel. —>- M. Henry Scfaeffer. — La livrée de Marat. — M. Ary Scheffer^ M. Odillon-Barrot. — M. Cauchois-Lemaire'. — M. Renriquel Dupont. — Cromwellf graTure. — Avenir des arts. — L'art constitutionnel. — Aquarelles de M. H. L Hesse. ~ M. {sabey père. — Les ateliers d'Un peintre de miniature. — Portrait de M, Tiolier. -^ Portrait de M, H, I, Hesse, — Encouragement impossible aujourd*hli. -^ Encouragement sous le pouvoir absolu et la république. — Artistes par conviction. — L'artiste ne peut plus vivre dans le recueillemipt et la re«
traite. -^ Imitateurs. — Les cadres extraordinaires. — Classification morale dans le genre portrait.
Quel débordement de feces ignobles ! Pourquoi donc admettre un si grand nombre de portraits?
— Pourquoi? pourquoi? Voulez-vous m'écouter ? je vais vous le dire.
— Vous avez des plaidoiries pour toutes les mauTAises oauseti
— Nous allons voir si vous trouverez Une bonne relique à celuinpi.
— t«a meilleure réplique ^ et je la sais d^avance, c'est que Fimmense majorité de ces portrait^ est détestable f qu'Us ne doivent pas plus compter parnii les OUVî^ages d^art que n'y ccxaptent les enseigne» des cabarets de province , et qu'enfin c'est déshonorer le Louvre que d'y étalci* ces figures barbouillées qtti varient aux étrangers^: « Voyez-vous, nous sommes ici pour constater Tétft^ de la peintilrt en Fraiiçe. j
W LOUVR».
— Très-bien. J'ai été aussi indigné que vous quand, pour la première fois , je suis entré ici ^ et que j Vi vu toutes ces vanités de famille étalées dans de beaux cadres , l'une voulant primer l'autre , toutes faisant tapage par le faux éclat de la couleur, par le luxe exagéré de l'arrange^ ment ou par le maniéré de la pose.
— Le maniéré de la pose ne m'indigne pas , moi ; il me feiit rire. Je n'ai pas pu y tenir quand j'ai vu > debout devant sa table, ce monsieur, riant, gracieux, la bouche ei^ cœur, le jarret tendu, la culotte et les bas de soie noirs, le jabot au Vent, prêt ^ partir, à s'élancer, et attendant seulement que sa levrette blanche soit prête pour continuer le pas de deux qu'ils ont commencé de danser. Ce portrait en .pied , j'y reviens toujours, et je serais bien fâché qu'il ne fut pas exposé : il est une de mes joies. Et puis, . il n'y a rien à dire pour Fexécution 5 ce n'est ni d'an dessin bien fort, ni d'une bien bonne cou- . leur, mais ce n'est pas mauvais. Je. ne sais pas
le nom de l'auteur.
— Il est écrit sur le parquet : Parent.
' -*- Oui, parent éloigné de Vân-Dyck.
•^ Mauvais jeu de mots, digne d'mi Rapin.
8^ LES CAtSBRIES
— Quand vous voudrez ne pas m'inteirompre , je pourrai vous expliquer la présence au salon de tous ces portraits qui vous révoltent.
— Dites; je vous écoute, en regardant toutes ces grimaces, comme lesjugésécoutentles avocats des assises en présence des pièces de conviction ,
— Peu de gens prêtent leurs têtes aux artistes par amour de l'art /et pour faciliter aux peintres les moyens de faire des études. Il y a cependant ici des portraits qui sont le résultat de cette complaisance. Ceux-là se divisent en deux classes : les bons , que nous serions bien ^chés de ne pas voir, et leis mauvais, qu'il faut bien que nous voyions, car le jury n'a pu refuser de les recevoir.
. - — Voici qui est fort . Le jury nepouvaitrefuser!
- — Non , et vous allez le comprendre. Un artiste qui a peu de renom a besoin, d'exposer des ouvrages qui le fassent remarquer ; il lui faut donc choisir ses sujets. H s'adresse aux hommes marquans dans, le monde politique ou dans le monde des arts, aux fenunes qui ont acquis de la célébrité par leurs talens, leur beauté ou quelques grandes aventures. Yoilà pourquoi vous avez toutes les aimées au Louvre
DU COUVHB. 8é
tant de députés de Fopposition^ tant d'écrivains^ tant d'artistes, tant d'actrices.
— Est-ce là ce qui nous a valu le portrait si triste et si peu ressemblant de madame Albert par mademoiselle Martin ? celui de M. Lemaire le sctilptèur par M. Quecq? celui de M. Girod de l'Ain par mademoiselle Pages? Celui où M. Lebour a représenté Boccage de la Cômédie^Française ^ faisant du drame sentimental^ la tête appuyée dans sa main droite ? celui de Tamburini par M. Canzy? celui §i étroit, si sec, si faible^ de M. Mérilhou, par M. Despois, qui , du reste , me semble avoir fait mieux dans cette figure de Y Attention , jeune fille à demi nue , à qui l'on pourrait dire : « Attention , mademoiselle ! vous allez perdre, la gorge de marbre que le peintre galant vous a donnée ? » celui de M. Parquin, par M. Finck? celui de l'honorable M. Eusèbe Sal verte, à qui madame Saint-Onier a fait la tête d'un singe? celui de mademoiselle JuUa, jolie personne de l'Opéra, que M. Collas a voulu représenter dans un costume mexicain , et qui , par le ton , a plutôt l'air d'un .morceau de poterie étrusque que d'une femme de la chair rouge? celui de M. Pen
£e IMA CA.VSSBIE8
tras fiorel/airaonimé le Ljrcantropa, jeune écrivain plein de verve et de talesKi, auteur de coûte» moraux qu'il appelle immoraux? .
— M. Thomas n'avait pa8 besoin de cet élément de curiosité; il pouvait se passer dé la recommandation du nom de 6on modèle comme de son cadre tricolore. Ainsi , quelque»*uns dés jeunes citoyen^qui composent la £amille artiste dont la prétention est d'être plus patriote et phis amie de la liberté dans les arts que tout le monde, pourraient se passer du costume à la Marat pour être remarqués. Dans ce tempsnn, le costume importe assez peu; je vois que M. Lxgres , qui s'habille comme vous et moi, a un talent immense; je vois que M. Armand Clarrel, dont voici un très-bon portrait, pM» M. Henri Sche^r, est un des meilleurs pro«iatcurs d.è ce twnps-ci , un des publicistes ardens en idées républicaines , et assurément le phis terriblement spirituel , et le plus fort des organes de la presse poKtique; cependant il n^a pas arboré le gileJt rouge , Fhabit aux larges reveiîs pointas, les gants couleur sang-roydiste, le chapeau^pointu ^u éeçasé , la barbe ou les longs cheveux flottans ; U est mis comme un cariiste ,
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idées ay^ 4e6 formes d'habits ; il a tr<^ o£Eure< pour a'p^uper de ce« petîl;i» détails^ Qu'oot fiât' h9 é^v^ à» David qui ae d^goimeot eo Grecs ou en BpmaîoaP .qu'ont &it los saint^imouim^f qu'ont feit les jeuu^çs-Fraoce avec leur iitf^eiitiou de r^U^up au moyeuHAge ? Rien sw la #<^été,Les œuvres influeut^et point les eostumes. JHos petits fautassin^^bien simples ont toujours vaju sw un champ de bataille les buss^ds lei wîeuiL brodas. Dans .les luttes de la {)y^nisée > il 1^ est de n^éme. a L'habit ne &it pas U moir*, » ^^ir<m wtrefois j il ne ftiit pas 9on plus k penseur, Dipgène ^rait sérieusein€9Kt ridiicul^ avec ^son manteau troué et son tonoaau^ qui .conviendrait tout au plus aujour^ 4'bui à une rav^udeuse dé la balle ^ il aurait beau criep * « i^ sui# le citoyen Diogèue , prolétaire; je réclame les droits politiques pour m^s frères et amis lç$ p^olétadres 1 » per^sonne ne î&mt çe/^çUt s^tour de lui pour l'écQut<yr ; il n'y awisiijt phis d'j^ea^and^e pçi^ yenir cain^er dans sp^ isoleil j Jw^'élf^wmit d^ lui , parce qu'au*jowd^bw 99 A»rt tjcè^bj^ ee que valent l'origi-
88 LES GAVSBRnSS
nalité et Forgueil des Diogènes, et qu'on les fuit par précaution de propreté, et par un juste sen- • timent de dégoût pour les travestissemens pré- 'tentieux. Chodruc-Duclos a fini par comprendre cela ; il a tme redingote , un chapeau et des souliers neufs! Il ne faut jpas donner une livrée à son idée pour la populariser ; on la rend presque sotte. Et puis , on porte une livrée, ce qui est anomal avec la vai^té qu'on ' affiche d'ètré absoltiment et complètement homme libre. La livrée de Màrat ou celle de Louis XV, c'est tout un; celle de Louis XV, du moins, n'était tachée que du vin de l'orgie; il y avait du sang sur celle de Marat! — Je reviens à M. Thon^as. Son portrait de M. Petrus Borel est bien; la tête pense sans trop d'e£ft«*t; il y a du calme dans l'erpression et dans la couleur. Quoique la pose soit un peu affectée, je préfère cette figure à celle que M. Ary Soheffer a faite d'après M. Odillon-Barrot. L'éloquent tribun est jeté là dans un effet d'ombre mélodramatique très-peu agréable, sdon moi. Cela manque de la simplicité et de la gravité qui convenaient au sujet ; on ne peindrait pas autrement un conspirateur. M. Odillon-Barrot a une tête d'un caractère fin
et ferme ; son front chauve est lumineux : il y a bien en lui quelque chose d'apprêté, de compassé; mais cela ne va pas plus loin que l'air d'autorité et de magistrature sur un parti.
M. Scheffier ne me semble pas avoir saisi, sous ce rapport, la physionomie de M. Barrot. Il aurait fellu rendre ce trait que personne, depuis Napoléon, n'a eu, je crois, au même point que M. Odiïïon-Barrot, la dignité un peu superbe — Bonaparte la prit de bonne heure comme un masque, piour mettre son visage en harmonie avec son ambition , et habituer tous les yeux à son empire — la dignité un peu superbe qui, dans un homme vulgaire, ferait rire comme un orgueil puéril, et qui sied à un honmae supérieur. Comme la coqpietterie à une femme éminente par l'esprit et la beauté.
M. Henri Scheffer a feit aussi M. Armand Carrel im peu trop théâtral; peut-être ne lui at-il pas donné toute la finesse et toute la puissance d'expression que nous connaissons au modèle. J'aime d'ailleurs mieux ce portrait que l'autre.
— Si vous voulez voir une ressemblance intime, une individualité bien saisie, allez voir
90 LSS CAUSEAJUBft
au bout de la galerie le portxait au pastel de M. Cauchoiâr^Lemaire^ par M. Henriquel Du* pont^ le graveur.
-T- Oh! je le coimais^ et j'en suis eocba^të^ c'est une fort bonne chose , qui me parait i|e manquer que de deux ou trois touches poi^: être parfEote. On ne saurait mieux reproduire sa pensée. L'habitude de raillerie élevée^ qui fut l'arme constante de M. Leniaii:e pendant sa guerre sérieuse contre les Bourbons, se lit trèsbien dans ces yeux à demi couverts, sur ce froi^t large et dénudé, avant le temps, sur ces lèvres dénonçant à p^ine le sourire qui traverse certainement les idées de Fécrivain, un des mai^ très de là polémique d'opposition. Cet ouvrpge &it honneur au talent de M. Dupont; il prouve en lui le sentiment vrai de l'art du portraitiste, qui consiste non-seulement à produire une res^ semblance matérielle, niais encore à donn^ axk personnage représenté son caractère inoral, sans affectation, sans charge^ sans grimace. Les portraits au pastel d^ M. Dupont sont justement recherchés; ils ont de la finesse et de la grâce, outre la qualité {^éci^use que je vous signalais dans celui de M. Cauchois -Lemaire.
MI LOUVRE. m
Le jeune artiste a des succès de plus d'un genre. Comjpie graveur^ il s'est placé parmi les hom^ mes habiles par sa belle estampe du Gustave Wasa^ d'après Hersent. Cette aimëe^ voilà qu'il exposé le Cromwelly d'après Paul Dekrodie :
c'est un morceau plein de force et de couleur^ non pas dans le genre dé Gustave ff^asa y mais à la manière nc»re. Il est fâcheux que la grande gravure, celle qu'il &ut appeler classique, ait si peu de chance i^ujourd'hui, et qu'un artiste aussi capable que M, Dupont ne puisse se hi^ sarder à oitreprehdre de ces grands travaux qui rangent lenrs auteur» dans les périodes importantes de l'art : je crois qu'il se classerait promptement de la manière la plus honorable.
Mais les encouragemens manquant à la gra^tire au burin ; il n'y a presque plus d'amateurs et pas de fonds larges au budget. Aussi M. Ou-^ pmit est obligé dé se jeter dans le pastel. II y est supérieur, c'etf à merveille; mais ce n'était pas sa carrière, M. Dupont n'^t malheHreuse»
ment pa& le seul qui soit détouriié àe& voies de sa vocation par la nécessité de produire pour vivre. Et c'est là ei^core ipie des causes qui font afiSluer «a salon ces légions de portraits, dont
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pliers de la garde-*robe du Théâtre-Français^ soit plus heureuse que celle où Fon dit le Pater en français. Il- n'est déjà plus question du dieu Saint-Simon. Tous ces essais sont perdus pour Fart; il n'y a guère que les tailleurs qui y gagnent quelque chose ^ si on les paie. £n dehors des religions I qu'y a-t-il à faire pour les pein** ^es d'histoire? un peu d'histoire politique.
Mais quand on a orné la Chambre des députés et celle des pairs ^ que reste--t-il? Des Musées à meubler^ à embellir. C'est l'af&ire du gouvernement; et que peut le gouvernement à cet égard? Le budget alîdue au ministre des bèaux^ arts 79,000 fr . environ pour achats de tableaux et de statues ; n'est-ce pas une pitié? Avec cda^ il y a de quoi payer convenaMement huit ou neuf bons ouvrages^ pas trop considérables en** core. La protection du gouvernement manque dùnc tôut-à-fait à la peinture historique^ à la statuaire, comme à la grande gravurp. Si les particuhers riches du moins leur rest£ent!
Mais non ; il n'y a plus à Paris d'importans galeries. , Autrefois les fermiers - généraux, les grahds seigneurs niettcdent quelque vanité à posséda dés tableaux et d'autres beaux objets
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d'art ; ils avaient des galeries à la ville et dans leurs cMteaux. Souvent ils y prostituaient les muses^ et les traitaient comme les filles de l'O péra dans letprs petites maisons; mais^ s'ils manquaient de goût^ ils ne manquaient pas d'orgueil et d'argent ; ils enchérissaient l'un sur l'autre pour l'acquisition d'un tableau de Bou-^ cfaer^ ou d'un groupe de Falconet. Maintenant plus de grands seigneurs^ plus de fermier»^é^ néraux. Je ne dis pas que moraleïnent et poli<^ tiquement l'état actuel des choses ne vaut pas mieux que l'ancien ; mais il est certain que pour les arts et les artistes il est beaucoup plus maii-» vais« Les grands hôtels ont feit place à des mai-^ sons dont toutes les distributions sont étroites ; on y est mieux logé peut-être, mieux ^haufiKé et à moins de frais, plus confortablement installé; mais les arts, je parle des arts sublimes, en sont exilés* Aussi l'architecture, qui trouvait autrefois quelques grands dévejoppemens pour émettre ses idées, est i^uite à la construction de maisons bourgeoises, et à la décoration de quelques salons de danse ou de quelques petites chambres à coucher. I^ailleuris, ïes banquiers, qui ont remplacé les fermien^néraux,
n'a^nent pas à avoir des fonds morts; et le« hauti^ fonctionnaires, qui sont dans notre société constitutionnelle ce qu'étaient dans . les sociétés aristocratiques les grands seigneurs^ sont peu riches, et calculent leur existence^ pour la conformer aux prévisions d'un avenir tout incertain . Aujourd'hui quelque cljose, destitués demain, ils ont une famille à pourvoir, upe retraite à accroître par l'économie ; ils ne font donc rien pour l'art. Quant à quelque très-riches propriétaires qui font valoir leur argent et leurs terres, je n'en sais point qui donnent asile à la peinture ou à la sculpture dans, leurs parcs ou leurs salons. Ils ont des actions des ponts, des canaux, de chemins de fçr ; que sais-je ! ils ont des loges ^ l'Opéra ou aux Bouffes ; ils ont des voitures et des chevaux; tout cela est très-bien, mais dans la répartition du budget, rien qui aille à l'encouragement des arts. Si, par hasard, ils ont le goût des tableaux, ils font comme les fonctionnaires et les banquiers, ils achètent des tableaux de genrç, des paysages, quelques dessins d^ album , par,çe que V album, est imposé par la mode, comme le piano et les écrans brodés ; mais ils
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marchandent^ et ils croient £edre une grande &Teur à l'artiste quand ils lui paient son œuvre au prorata du temps qu'il a passé à la confectiomier. .C'est de la peinture à l'heure qu'ils achètent ^ comme ils louent de la volupté au mois^ en prenant des maîtresses. Et vous ditest qu'il y a en France amour des arts et sentiment altiste ! Us ne sont point dans les classes qui pourraient les avoir d'une manière profitable à la gloire du pays, ou s'ik y sont, c'est exceptionnellement» Le sentiment < des arts n'existe que chez un petit nombre d'amatairs riches, mais pas assez pour être des Mécènes. Où il &udrait qu'il se trouvât, à la Chambre des députés, cherche^le, et vous entendrez d'honorables orateurs vous dire que les arts sont un luxe onéreux au peuple j que celui qui a besoin de la peinture historique ou de la statuaire doit la payer ; qu'il feut avant tout doter l'industrie, en Élisant des routes, des canaux, des écoles d'arts et métiers. Les subventions des arts libéraux sont disputées , comme les fonds secrets de la police : c'est que les arts ne sont pas compris de la plupart de nos honorables représentans ; c'^est qu'on ne sait pas quelle influence la belte
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peinture* et la statuaâre peuvent exercer sur le goùt^ sur la civiHsaticKn ^ sur les mœurs, et, &a définitive^ sur l'industrie; on n'y voit qu'un KQôyen d'ornement asse; vain et fort diqp^u*^ dieux, et l'on vote contre. Je n'ai rien exagéré; je vous ai dit la v^ité sur Fart constitutionnel; j^ n'ai ftuomi intérêt à assombrir les oouléura du tableau; j'ai établi un feit dont vous dlez voir tout de suite les cxHiséquences. La gpraoïde peinture va décliner pendant troi$ ou quatre ans} [mis elle dii^araitra presque complètement, et n'apparaîtra de' temps à autare que dans des. ouvrages commandés par le ministère, la ville de Pians et la maison du roi. Ces appa« pilions seront très^ares, &utede fonds et d^faxH phcemena. La statuaire, qin, malgré les long» malheurs des arts, se soutient honoraiUmieaty et: beaucoup mirâx que la pâture, anivra là même diéeddeoee forcée. Les. peintres, donéa de talens véritables, jEeront de l'histoire dans la proportÛMi de Le Sueur ou de Poussm, à la condition , toutefois, qu'ils choisiront des si^çeta qui n'agacept pas trc^ le&ner& des femmes, ou ne Uessenl^ pas les déiieatesses de leur goût, parce qu« leurs ouvrages seront, dans les^ salona
des beurras do jour^ accroches à cèté des ta~ blefiHx fiuniliers^ et qu'il htxst de rbarmonie dans la déeorafCkm d'un appartamient. Ceux qui Tesxmceroat à l'histcHbre feront des tableaux de chevalet^ et yoùs voyez que déjà la plupart ont pris cette dîrectioD. Tov» feront des portraits. Le portrait est le pot*-atï-fea du peintre; c'est av ec des portrfdts qu'il bat monnaie ; c'est sa vie mtière^ celle de sa feiyille; c'est sa seule res« source pour sa vétérance et sa retraite* D résul^ tera de là cjfue le portrait sera beaucoup mieux &it qu'il n'était autrefois.
— Et qu'on ea exposera peutr^re un plus grand nombre encore que cette année !
— - C'est possible. Tel artiste sera adopté par tette coterie^ et toute cette société passera' par son pinceau^ pwce que personne ne voudra res^ ter €91 arrière de protectorat avec le peintre. C^esl d^à m qui arrive : on voit ici des séries de portraits faites par des artistes^ dont les dieji^ teHes sont fort distinctes. Il n'y aura que l'éclat d'un ^nd talent ou un avantage dans le prix, comme on «lit dans le commerce^ qui dépossédera l'artiste en titre dans la petite société. La concurrence, que tMrt tend à accrcâtre, fejra
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que les artistes s'efforceront de £E»re bien ; maisiy comme elle amènera nécessairement une sorte de rabais^ il faudra que les peintres se hâtent à produire, afin de pouvoir y trouver à vivre.
Malheur aux hommes comme M. Ingres y qui recommence sans cesse ce qu'il a fini !
' — Mais n'ai-je pas vu déjà des portraits feits dans le système de vitesse que vous dites? des aquarelles m^ lesquell^ l'artiste a écrit : en deux jours?
— Oui, des aquarelles de M. H. I. Hesse.
Aussi toutes se ressentent de la promptitude de l'exécution. On dirait qu'il y a un procédé mécanique employé dans la fabrication de cette peinture; il semble que les points larges, uniformes, invariablement gris, ou roses, viennent se poser «ur le papier avec un pinceau mu par la vapeur. Tout cela se ressemble; il n'y a pas apparence de chair; c'est quelque chose de transpai^ent, de coquet, d'agréable si vous voulez , qui est loin du charme , du chatoyant et de la coquetterie des peintures rosées dé M. Isabey père, que je ne vous donne pas du tout pour de bonnes représeaitations de la nature, liiais pour k fin d'une manière qui eut de la célébrité lorfr-
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qu'eUe était plus forte ^ et qui trouve encore des partisans chez les belles dames. Quand je regarde un portrait^ je veux savoir s^il me reproduit bien la personne que j'aime^ ou que j'ai le désir de connaître ; j'examine tout pour retrouver l'individualité^ le caractère; je ne m'im^ forme pas du temps qu'a passé l'artiste à le peindre. C'est là conmie pour les sonnets: « Le temps ne &it rien à l'af&ire. » Je sais qu'il est agréable pour un voyageur qui passe à Paris^ et veut laisser un souvenir de lui à la maîtresse qu'il s'y est foite dans son séjomr d'une semaine^ d'avoir eh deux jours un à peu près de sa figure^ à peu près spirituellement touché^ assez joli à l'oeil^ éclatant^ qui fosse dire à la jeune fiUe : « Dieu ! que cet homnie a de bonnes maniées! les spectacles^ les fiacres^ les présens de toutes sortes^ et par-dessus tout cela, un portrait foit avec des couleurs fines, et qui a du lui coûter cher I » Mais, hors cette circonstance, quand peut-on avoir besoin d'un portrait en deux jours? Au reste, il paraît que ce genre d'opération n'est pas mauvais. — Il fout là-dessus s'en rapporter aux industriels qui l'exploitent. — Car on m'a raconté qu'il y a uu peintre ,. au
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Palais-Royal ou dans les envircnifi^ qui £atît det portraits à la minute, et qui a écrit sur k cadre ensdignè de sa maison de commence :
« Aus^tot qu'un portrait est c<munandç, Far^ tiste le met en main dans ses ateliers. » Un hoirtier ou im taillair ne ferait pas de promesses plus engageantes; seulement, l'artiste, — c^est le peintre que je veux dire, — a oublié d'ajouter: K On garantit la qualité et la ressemblance, m M. Hesse, au surplus, a plus de talent qu'il ii^en £autpour&irebeaucoupmieuxl'aquarelle : voyez [dutot le portrait de M. Tiollier , le graveur en médailles, et celui que M. Hesse à £ait de luimême. Ce sont des morceaux consciencieux, deux tètes fermes de modelé, et brillantes, sr* non de couleur, au moins de lumière. <^-h Je re«viens à l'av^air de nos artistes. Les statuaires seront réduits au portrait. Maiç comme la sculpture trouve mpins d'yeux intelligens que la peinture, parce que wa relief manque de cett^ vie du coloris qui charme dans la peinture, \s» sculpteurs seront plus à plaindre que les pein-ir très. Un buste est toujours une chose chère ^ tout le monde ne peut pas payer suffisaiomient bien un marbre ; et avoir un buste en plâtre ^
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c^ert »'aqpo0er à m rien avoir bientôt. On y regarde donc à deux foi$ avant de poser pour un sculpteur. Je vou^ ai dit tout à l'heure y à propos d'Heariquel Dupont y ce que soufBre la gravure sans protection ^ et engagée dans une lutte impossijble avec la lithographie. Quant à Fardiitecture ^ elle est contrainte de se réfugier dans les constructions à bon marché. Si, dans l'espace de dix ans , il lui échoit trois monument^ elle devra être fière. Ainsi y plus d'architecture y peu de gfavure y de la sculpture pour les buat^ ^ et de la peinture pour les portraits et les ouvrîmes de genre : voilà tout. Dans cinq ans 9 vous me direz si je n'ai pas prophétisé juste.
— Triste prophétie au moins !
-^ Et dans tout ceci il n'y a de la £aute de personne. La forme du gouvernemei^t est le ph» grand obstacle aux larges développement des fflN» ; l'art constitutionn^ y c'est l'art à bon marché. On prêche l'économie y avec raison ; il &nt être économe, mais il fendrait que l'éco^ nomie ne portât pas sur les ar^ civilisateurs. Cest ce qu'on ne sait pas assez. Il n'y a que le pouyoir absolu qui protegepassablemeut les arts.