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produit^ quoiqu'ils aient l'âge où Raphaël avait déjà couvert quelques cents pieds de toile ou de muraille d'admirables créations ^ et qu'ils garderont probablement toute leur vie leur gloire en portefeuille.
2^ Un petit vieillard armé d'une large loupe au travers de laquelle il rejgarde la peinture* Ce3t un artiste émérite.
5^ Un négociant-£Bi)ricant.
U^ Un homme de moyen âge; lunettes aux yeux; moustaches relevées à la Louis XIIIi manteau bleu à collet doublé de laine écossaise^ un petit portefeuille yeti à la main; l'air calme. C'^t un amateur à qui quelques criti* ques reprochent son universelle indulgence^ \ qui quelques artistes reprochent son excessive sévérité; un injam^ juste^milieu^ comme oa dit maintenant; qui a la prétœtion d'être consciencieux^ s'applique à chercher la vérité ^ et l'exprime comme il peut.
C'est devant le tableau de M. Joseph Gui^ chard de Lyon ^ que vient de s'arrêter le petit groupe causeur, après avoir examiné quelques autres grands ouvrages.
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Vne jeune Dame. — Et cela, monsieur le comte, qu'est-ce, je vous prie?
Le Comte. — Je ne sais, duchesse, maïs nou^ allons voir au livret.
n cherche.
Le Comté. — Restes d^ amour; rêves au pluriel.
Une autre Dame. — Je prenais cela pour une scène de la Belle au bois dormant.
Le Comte. — Ma foi, madame la marquise à raison , tous ces gens-là ont Fair de dormir depuis un siècle.
La Duchesse. — La singulière idée, d'avoir fei*mé les yeux à tous les personnages de ce tableau !
UDltra^ Romain. — Ne vouliez - vous pa^ qu'ils les eussent ouverts comme ceux du tableau de M. Court; voyez ces yeux, ils ont l'aii^ de trous blancs dans une drap noir. S'il n'y avait que cela à dire contre l'ouvrage de Guîchardl...
La Marquise. *— Du reste , je trouve que cette £emm6 et ces deux hommes ont raison de fermer le^ yeux puisqu'ils rêvent.
Le petit Vieillard. — On rêve quelquefois
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les yeux ouverts, et c'est ce qui arrive à ce jeune homme assis au pied du lit de sa maitresse j car je vois qu'il a l'œil baissé, mai« entr'ouvert.
U Homme aux lunettes. — Cela est trèsévident. Le jeune homme — appelez-le comme vous voudrez : Romain , par exemple , puisque M. Guichard a fait le portrait du modèle de ce nom — Romain donc, après avoir passé une douce nuit près de sa jeune amie, s'est levé, habillé , presque armé ; il va quitter l'appartement oii dort encore... conmient la nomme* rons-nous?... Rose, quoique ce nom ne soit guère oriental ; mais c'est celui de la fille qui a posé pour le peintre. Il va quitter l'appartement ou dort Rose •
Le petit Vieillard. — Conune l'Amour va quitter Psyché.* ,
V Homme aux lunettes, — Si vous voulez.
Avant de se retirer , il veut voir encore , contempler avec délices , savourer du regard celle qui a iBait son bonheur; il s'est a§sis au bout du divan, et y est tombé dans la contemplation.
Le petit Vieillard. — Il se manière.
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Le Corme. — Il egt vrai qu'il y a de raffec»tation dans sa pose.
La Duchesse. — Il relève la tête pour faire le passîoné, et il montre un cou énorme cfui me paraît fort laid.
V Vitra - Romain. — C'est ce qu^il y a de mieux dans tout le tableau. Le modèle a donné cela au peintre qui a dû le copier , parce qu'il faut copier tout ce que donne la nature.
. La Comtesse. — Excepté probablement ce , qui est disgracieux et laid.
LVliroi^Romain. — H n'y a rien de laid dans la nature.
Le Vieillard. — Jeune homme, vous avan^ cez là une fausse proposition. Il y a du laid^ de l'horrible, dans la nature, et on ne doit pas le copier. H faut prendre la nature pour point de départ , et en la copiant , la modifier par le souvenir des beautés de la statuaire antique. David ne faisait pas autrement : aussi estril devenu le dieu de la peinture moderne.
Wltra^Romain. — Dès que monsieur croit encore à David, tout est dit.
U Homme aux lunettes. — Je pense , me»* sieiu's, s'il m'est permis d'avoir une* opinion
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après vousqui paraissez êtredansles arts comme praticiens et non pas seulement comme théorie oens ou simples amateurs et critiques ; je pense qu'il y a erreur dans ces deux manières d'expriiner la nature. Tout est bien dans la nature y dit monsieur ; sans doute , tout a une raison^ et la natureinterrogée, si elle pouvait répondre, rendrait probablement fort bon compte de certaines exagérations de forine qui nous frappent parce qu^elles sont en dehors des types les plu6 génâ*aux et qu'elles se présentent comme des exceptions. Mais que &it le peintre d'histoire ^ quand il n'est pas forcé de feire un portrait ? Des génératités et non des individualités , des hommes et non pas tel ou tel modèle.
UUhra^Romain. — Mais il faut qu'il peigne d'après nature, il faut donc qu'il copie son mo* dèle. C'est le modèle tout entier qu'on doit co* pîer ; voilà ce que recommande M. Ingres.
Le petit Vieillard. • — David disait : Composez le beau du beau idéal que les Romains et les Grecs ont mis dans leurs statues et du beau que vous offrira la nature.
L'Homme aux lunettes. — Quelques grands maîtres ont complété par le souvenir et par
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l'habitude de voir la nature , ce que le modèle laissait incomplet dans sa forme ; mais s'ils s'inspiraient des chefe-d'œuvres antiques , c'était pour en reproduire le type général , le mouvement , les beautés élevées , non pour ajuster une main avec un bras pris au modèle vivant , ou un torse sur des membres appartenans aune autre nature. Il y a un moyen de tout concilier. Il ne raut pas copier tout ce que donne la nature , parce que quelquefois un modèle beau dans quelques parties peut être laid dans une autre , et qu'il serait ridicule, par exemple de mettre des varices aux jambes d'un personnage représenté sous prétexte que le modèle payé à cette incommodité. Il faut choisir et copier.
La • Duchesse. --r Ce que dit monsieur nie semble juste. Pourquoi M, Guichard n'a-t-il pas feit jolie, cette femme qui a inspiré, tant d'amour que son amant , pour arriver jusqu'à elle, a dû escalader les murs d'un harem, et ^exposer à tous les dangers imaginables. Ce n'est qu'une extrême beauté qui a pu exalter à ce point le jeune homme que voilà.
I^e Comte. — Il est , sûr que. l'odalisque ne me parait pas valoir yn coup de poignard.
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U Ultra- Romain. — Elle est belle cette femme.
La Marquise. — Oh! non , elle est laide ; nous ne là recevrions pas pour jolie , dans nos salons^ avec son nez court et ^e:^ grosses lèvres.
UUUra-Romain. — Elle me plak beaucoup ; ses grosses lèvres sont un mérite.
Le petit Vieillard. — Il y a de la lascivité dans cette tête, mais pas d'autre charme.
Le Comte. — C'est une v(duptueuse de bas étage.
La Duchesse. — Un de ces Is^idrons que les hommes peuvent aimer quelques heures , voilà tout.
La Marquise. — Elle n'a aucune distinction dans la figure.
UUltra'-Romain. — Je le répète , j'aime ses lèvres.
Le Vieillard. — Oui, jeune homme, parce qu'elles sont chaudes encore des baisers de la nuit; mais elles sont laides.
V Ultra-Romain. — Ne dorment-elles pa.s^ bien , connue tout le reste du corps?
La Marquise. — Oui, elles ont l'air de souffler les choux, comme disent les petites^ gens.
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UHofi\me aux limettes, -— - Je su» tout*àfait d'avis que Rose n'est pas assez jolie : elle n'a ni la forte beauté orientale > ni la beauté puissants dé l'Italie et de l'Espagne , ni l'élégante beauté française.
V Ultra-Romain, — Vous aimez mieux les femmes de M. Court ou celles de M. Dubuffe.
U Homme aux lunettes. — Grisettes pour grisettes^ j'aime mieux le3 plus jolies. Je refuse à l'artiste le droit de peindre le laid. tJn tableau est la reproduction d'une pensée ; si cette pensée ne se complète pas nécessairement par la présence de personnages disgracieux, il &ut que le peintre choisisse de beaux types.
Si M. Guichard avait écrit au livret : Portraits de MM, Yizentini et Romain et de mademoiselle Rose, je n'aurais rien à dire; je n'examinerais plus que la question de l'exécution , et, sous ce rapport , je témoignerais toute ma ^** tisfsiction ; car je trouve là une réunion asaea rare de belles qualités : effet , harmonie brillante, couleur solide et agréable, relief sans exagération, dessin pur et élevé, choix assez fin des formes.
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UVlira-Romain. — Je n'accorderai pa« cela : c'est deviné médiocrement.
U Homme aux lunettes. — Vous êtes bien difficile y monsieur. Gela me parait être d'nne correction presque irréprochable.
Le petit Vieillard. — Ce n'est pas mal dessiné assurément ; mais si M. Guichard^ que je crois un jeune homme ^ avait pu apprendre à dessiner chez M. David avec nous^ il serait au* trement élégant^ noble et correct. Tenez ^ si vous voulez voir le sentiment de notre école élevé à sa dernière puissance y voyez les Anges de Broc.
Le groupe &it quelques pas à gauche.
La Marquise. — Nous demandions tout à l'heure ce que signifiait la scène de M. Guichard ; c'est bien de ceci qu'on peut demander ce que cela veut dire.
Le Vieillard. — C'est Dieu ^ sous la figure de trois archanges : Gabriel^ qui représente la prophétie ; Raphaël y qui représente la bien&isance^ et Michel ou la force. L'idée est trèsingénieuse^ comme vous voyez.
L^ Homme aux lunettes. — Un peu trop subtile y pour être bien comprise.