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maître. Los vêtements et les selles épars sur le sol ^ les harnais et les armes appendus aux murailles^ et les murailles elles-mêmes^ tout est splendide^ tout est fin. Mais un vrai chef-d'œuvre de lumière^ c'est lOcUUisqtie, Sur un divan moelleux, abritée par une draperie rougeâtre dont les plis laissent flotter sur elle des reflets d'un violet pâle, une femme nue est couchée dans la grâce facile de sa paresse et de son rêve. L'abandon naturel de la pose y la ligne heureuse du corps de la jeune belle^ la morbidesse des chairs et le tressaillement secret de la vie^ tout est là^ tout est compris;^ la plume la plus exercée s'arrête impuissante devant cet enchantement, que les mots humains ne traduiraient pas. L'harmonie des tons et leur intensité, résultat de savantes oppositions, l'exactitude des reflets et leur splendeur transparente, ont de quoi satisfaire les plus raffinés en fait de couleur et de lumière. Voyez pourtant l'étrange chose 1 il se trouve, en définitive, que celui de tous nos peintres qui, si la voix publique ne ment pas, dessine le plus pauvrement, aura précisément créé les plus ravissantes femmes que l'art moderne puisse encore montrer. Le torse déjà célèbre de la captive dans le Massacre de Chio, la grâce orientale des Femmes d Alger, l'Aspasie, la muse voltigeante, la nymphe endormie au frais paysage de la cou-
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pôle du Luxembourg, mais savez-yous que cela n'est vraiment pas si mal pour un homme qui ne dessine pas? Malgré leurs exigences, nos rdyes amoureux se déclareraient satisfaits dé ces beautés, qui, diverses, se ressemblent pourtant comme il convient à des sœurs. Au milieu de ce groupe somîant, la petite odalisque peut, dès aiyourd'hui, se foire aimer.
Dans un ordre d'idées tout différent, le ChriH n'est pas une œuvre moins réussie et moins com^ plate que ÏOdaliêque. Le sentiment religieux est ausri familier à M. Delacroix que les nuances les l^us délicates de la passion humaine. Lorsque, jeune encore, il exécuta en 1827 le Christ aux OKviers qu'on voit maintenant à Saint-Paul , on pouvait deviner qu'il saurait mieux qu'aucun autre rendre les tristesses infinies des dernières pages de l'Évangile. Ce sont les seules, je crois, qu'il ut tenté de reproduire. L'agonie de Jésus, les scènes qui précédèrent sa mort et les événements qui suivirent, 6ût plus souvent inspiré M. Delacroix que les années triomphantes où le fils de Dieu marchait par les campagnes attentives. Si, dans le Ckrisê aux Oliviers, le principal personnage n'a pas toute l'ampleur désirable, le groupe des anges est très-beau par la ligne et par la poésie. Dans la Piêêa, M. Delacroix, en prêtant à la Vierge un mou-
Tetnent d'une simplicité si désolée, a atteint les dernières limites de Témotion. Aujourd'hui c'est le Christ m croix que l'artiste a représenté. Les soldats romains veillent , la lance au poing, au pied du bois sanglant; deux hommes, à demi dérobés par le cadre, se nîontrent du doigt avec une curiosité moqueuse le divin crucifié. Revêtu de la pâleur des cadavres, le corps se détache eu blanc sur un ciel d'un aspect étrange et douloureux. La tête retombe lourdement sur la poitrine, les bras morts semblent fléchir sous le poids de la sainte victime. Tout est consommé : un deuil suprême , éternel , descend sur la création. — Dans ce Christ, la forme est de tout point acceptable; le torse est suffisamment étudié, la ligne élégante et d'un goût délicat. Mais ce que les mots ne peuvent rendre , c'est la merveilleuse façon dont la lumière baigne et enveloppe le cnicifix, c'est surtout la passion extraordinaire dont cette œuvre surabonde. — Certes , nous avons vu bien des Christ, mais celui de M. Delacroix les dépasse de beaucoup par la terreur et la mélancolie.
Tels sont les six tableaux que M. Delacroix a ex* posés cette année. Ils n'ajoutent rieii à sa réputation, mais ils la consacrent. Ils ont cela d'excellent qu'ils montrent à la fois son talent sous ses aspects les plus divers. M. Delacroix est là tout entier : on
Tadinire paysagiste et plein de fougue dans led Marocains, charmant et lumineux dans Y Odalisque, émouvant et terrible dans le Christy coloriste par-^ tout. Quitter M. Delacroix pour s'occuper des autres peintres, c'est, — il faut le dire, — descendre beau*coup et s'exposer à bien des mécomptes. Mais notre tâche serait trop douce, si, dans cette longue pérégrination, nous n'avions qu'à admirer toujours. N*allons-nous pas rencontrer pourtant, sur le sentier de la vérité, quelques jeunes peintres de houx vouloir et déjà d'un grand talent?
M. Adolphe Leleux vient le premier dans cette ardente phalange. Il vous est sans doute démontré comme à nous que le genre que l'artiste a choisi et la dimension plus ou moins restreinte du cadre où son habileté s'exerce importent peu ici. Les petits camées des beaux temps de l'art antique ont la majesté et la tournure souveraine des plus colossales figures; telle ciselure en relief sur un vase florentin égale en ampleur les créations de Michel- Ange. Que ceci soit dit une fois pour toutes, et qu'on nous permette de retrouver dans les tableaux de chevalet la grande peinture dont l'absence est si notoire dans la plup«urt des toiles immenses du Salon. H. Leleux a précisément beaucoup de ces qualités sérieuses qui font ]es peintres originaux et puissants. L'assurance et la fermeté dans la pose des
figures se sont tout d'abord révélées chez lui. Ses personnages ont toujours une attitude simple, une sérénité contante, une fierté qui rassure, de la vie toujours et toujours du caractère. M. Leleux a commencé par rendre la nature comme il la voyait, franchement et naïvement. Il a de tout temps aimé la couleur; lorsqu'aux premiers jours de ses débuts sa peinture se revêtait de ce gris pâle qu'on lui a si follement reproché, c'est qu'il reproduisait les terrains cendrés de la Bretagne dans leur âpre et froide nudité. Aujourd'hui, l'Espagne l'ayant vu venir à elle, ses toiles se colorent d'un accent plus vif et plus chaud. On le peut remarquer dans les Pâtres espagnols. Le groupe de ces farouches enfants perdus dans la montagne, loin de toute habitation humaine , a quelque chose de frappant qui tout de suite attire l'œil. On ne sait pas trop bien ce que font dans ces mornes solitudes ces bergers sans troupeaux; on sait seulement qu'ils sont, dans leur joyeuse bande, adroitement reliés les uns aux autres, très-colorés d'ailleurs et parfaitement en relief sur le paysage et sur l'horizon. Ils font plaisir à voir et on les regarde des heures. Le ciel si lumineux et si bien dégradé, les terrains où s'accrochent de maigres broussailles, sont pour beaucoup dans la réalité saisissante du groupe remuant des petits pâtres. L'an passé, on avait pu remar-
quer dans la touche de M. Adolphe Leleux, d'cnrdinaire si libre et si facile, quekpie chose d'un peu lourd 3 sans doute ses tableaux, restés trop longtemps dans râtelier, avaient été trop travaiUés et poussés outre mesure par son pîpceau knpatieiit de la perfection. La critique ne Ta pas dit à M. Leleux, mais des amis lui ont montré la pente fatale et l'ont retenu. Il a voulu revenir cette année à ses hardiesses [uremiëres. Je lui sais gré d'av(Hr tenu la touche plus large et plus simple; mais il faut là aussi garder une certaine mesure. Dans son élan, H. Leleux ne vart-il pas trop loin? U a paru évident à quelques-uns, et à nous entre autres, que, dans les Pâtres espagnols, le faire accusAÎt en certains endroits une sorte de laisser-aller regrettable. La figure du berger assis à gauche et qui tient le chien est tout à fait admirable; mais pour la fillette penchée, à qui les tons roses et verts composent un si bel accoutrement, elle a le bras d'une oorrec^ tion douteuse et son visage n'est point d'ensemble. M. Adolphe Leleux est un jeune maître qui nous a habitué à un dessin très-serré. 11 y reviendra* Du reste, les autres figures sont irréprochables; les terrains sont d'une solidité merveilleuse et d'un grand goût; les vêtements, les accessoires sont d'une exécution superbe et d'un assortiment de couleurs tout à tsit heureux. Les Bergers des
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Laimie»i%\ pittDre$que& d'ailleurs 8»r leurs loiigues éGhasfio»^ sont moins frappants d'éiét. Us le seraient bien davantage si M. Leleux , preasml fraodiement un parti, eût tenu dnos les tons gris et froi& lea murailles de la maison sur lesquelles as pn^lentles âgurei». Chardin, eoBsutté;Siir ee point, swait^ j*en suis sûr, de mon sentiment. Pour la Wudie, elle ^t id excellente. Le Betaur dm marché est une toute petite toile pleine d'esprit et d'animation. Mai» le chefnl'œuyre de M* Leleux cette bsèt née« c'^st son Portrait. L'auteur de$ Cant&nn4er$ et de la KorMe abordait pour la première fois la peinture de cette dinatension. Ceux cpii coasyataissent M. Leleux awonft aîsément retrouvé dans ce portrait son front large et intelËgent, ses joues man grès et brunes, son regard fixe et toute k finesse et l'éaiergie de sa tète es Sarrasin. Ma«» Fextrême ressemblance, la réalité criante, ne seraient dians cette œuvre que des qualités vulgaire»/ Ce portrait a tous les mérites que savent donner aux leurs les maîtres les plus exercés : expressîoD, relief, mo*delé et lumière. Cette efûgie, la plus m^ginale et la plug vivante sans contredit àat Salon , periâet à M. Adolphe Leleux de prendre rang parmi les rneU.^ leurs portraitistes de l'école moderne.
Dans le genre de peinture que M. Leleux a adopté, il reste encore beaucoup à faire. Ce» scènes intimes
de la vie en plein air, ces épisodes familiers de la dure existence des paysans, forment un poëme in* fini. Ces sujets-là valent bien, dans leur vérité originale, les mensonges plus ou moins séduisants dont Fart du tvuv siècle s'est montré si prodigue, n est encore en France des contrées privilégiées où la civilisation, vêtue de noir de pied en cap, n'a pas encore pénétré. La Bretagne nous reste et la frontière d'Espagne, pays viei^es malgré les ton* ristes indiscrets y dernier refuge du haillon splen* dideet du vêtement coloré. Longtemps malade, longtemps absent de nos expositions publiques, M. Camille Roqueplan reparaît cette année àxeç quelques tableaux rapportés des Pyrénées. M. Roqueplan a été l'un des plus charmants peintres de ce temps-ci; de nombreuses et brillantes toiles, éparses maintenant dans les galeries particulières, ont révélé dans tout son jour son talent gracieux et fin, son coloris aimable, mais peu varié et, après tout, peu réel. Plus de concerts aujourd'hui sous les arbres des parcs Louis XV, plus de beaux cavaliers vêtus de velours causant avec de jeunes coquettes en habit de soie; mais la rude vie des héros de la montagne. — Les Paysans de la vallée dCOssou, les Espagnols de Peniicosa, le Visa des passeports, quoique remplis comme totyoursde science, de naturel et d'adresse^ accusent dans la palette de
M. Roqueplan une modification fâcheuse. Ces toiles sont d'un ton terne et crayeux qui fait regretter les vives nuances du Lion amoureux, du Concert chez Van Dyck et de tant d'autres attrayantes compositiws. M. Roqueplan reviendra sans doute à une coloration meilleure.
Cette couleur vigoureuse et vraie à la fois parait la plus constante préoccupation de M. Bédouin, qui pdnt, lui aussi, des montagnards des Pyrénées. Il a pleinement réussi , sous ce rapport, dans son Souvenir et Espagne; mais les trois figures qu'il y a groupées ne paraissent point d'une structure assez solide. La Paysanne ossaloise est un charmant petit tableau d'une exécution franche^ sage et habile. Retenu par d'autres soins^ M. Bédouin n'a pu terminer pour le Salon que ces deux cadres : l'an prochain y nous aurons vraisemblablement de sa mam des oeuvres plus importantes.
La Bretagne, désertée par M. Adolphe Leleux, rentre natureUement sous la suzeraineté de M. Guillemin. B y a du sentiment dans la Lecture de V Évangile et dans la Priire du soir; dans le Baptême ^t dans V Avare, l'artiste a mis une intention comique. Bien que nous soyons convaincu que la peinture est une muse sérieuse et se prête difficilement aux caprices de la caricature , nous ne pousserons pas l'austérité jusqu'à quereller M. Guillemin sur
se» spiritueUes plaisaoterids, et surtout nous, œ lui ferons pas Vinjure de le comparer à U. Biarâ. L'exécution est trop soignée ici et, s'il en était besoin y demanderait grâce pour la pensée* Dans la Prière du mr, le paysage est d'an effet tout poétique. M. Guillemin a en général le sens intime des pbyûonomieSy et son pinceau est sûr de hû-méme. On ne peut encore en dire autant de M. bwûnais, qui marche d'un bon pas, mais qui a eu le tort de vouloir refaire, sous le titre de : Aprè$ le com6al, le tableau que H. Guillemin avait peint l'année dernière sous celui du Ctmv&i.
M. Fortin , -^ vous voyez que l'auteur de» Ikr-^ mers Bretêus ne les a pas tous enterrés en son gros Uvre, ^-^ rentre swssi dans le domaine daai il fut l'un des- premiers seigneurs; mais, hélas l il n'y rentre pas si fêté. Dans le Barbier de village» la F0r mille bretonne, le TMkur et le Marchcmd de fig^ rines, sa toudie s'est alourdie; texnes et noirâtres, ses personnages sont gauchement faits ^ ses demiteintes ont perdu leur transparence.
M* Fortm trouve un maître, pour les intérieurs, dans M. Arsiand I^eleux. Voilà plusieurs années que nous remarquons ces tableaux où le peintre s'étudie à prendre la lumière sur le fait et à en fixer sur la toile les plus mystérieux rayons. M. Leleux pour* suit ardemment la fée insaisissable et il l'atteint
souvent. Sod Arrkro anidalousc eek un boai»iè nide et sérieux qui M dans un vieux livre aux fèi»$ lueujrs d'une petite laoïpe. Cest là, je vous assura^ une œuvre exceULrate fMOur 1» vérité du elair^bseur^ Les reflets bleuâtres qui courent sur la manche blanche de Tarriero sont dune rare exacUtude. Je louerai beaucoup M. Leleuz de s'être abstenu ici de cette lumière rouge dont le patient Scbalken a tmt abusé jadis et dont les Hollandais mod^nes éclairent volontiers leurs effets. Dans l'autre Intérieur, QU un jeune gars considère d'un œil mécontent un tableau placé sur un chevalet ^ les mêmes qualités se retrouvent. Nous aimons moins les Mendiants espagnols, malgré leur incontestable mérite. S'il n'était pas interdit à un profane de parler de choses ù épineuses, nous dirions que la touche de M. Ar^ mand Leleux nuit un peu au succès de ceUe peii>^ ture. Elle s'y montre trop en déshabillé. Il faut de l'aplomb sans doute, et je crois même qu'il en faut beaucoup; nutis quelque sagesse ne messied pas à ceux qui ont le travail facile. Les leçons que, lors de son récent voyage en Espagne, M. Leleux a puisées dans l'œuvre de Yélasquez , de ZuripAf an 6t dd Itibéra ne sont guère apphcables en des cadres restreints. Nous osons donc lui demander, à l'avenir, plus de finesse dans sa touche et quelquefois aussi dans ses tons.
H. Penguilly-rHaridon, capitaine d'artillerie, a, par exemple, un faire à la fois large et patient. Sa peinture est éminemment spirituelle. J'aime beaucoup son Tripot, taverne enfumée où un jeune gentilhomme vient de se prendre de querelle avec un estafier d'humeur peu accommodante. Les estocs ont été tirés et le gentilhomme blessé à mort chancelle tout sanglant; peu soucieux de le soutenir en un moment si grave, son prudent meurtrier s'éloigne d'un pied rapide. Le Mendiant n'a pas moins de caractère. Le tableau que M. Penguilly appelle tendrement Paysage est fort lugubre à voir. Sous un ciel sombre et pluvieux, dans une plaine désolée, se dresse une série de gibets du plus terrible aspect. Des cadavres, fruits singuliers, sont pendus à ces arbres bizarres. Le vent des nuits les agite et les heurte les uns contre les autres avec un bruit lamentable. Ce petit tableau est d'un efTet piquant et d'une séduction étrange.
M. Diaz s'inspire de sujets plus gais. Ce qu'il faut à son léger pinceau, ce sont de belles filles aux vêtements de soie et d'or, assises sous l'ombre lumineuse des arbres de l'Orient, des épagneuls aux oreilles fauves jouant dans ces clairières
Où le silence dort sur le velours des mousses.
Il semblerait que , petites femmes et petits chiens, ce sont là des choses éternellement agréables dont ou ne se lasse jamais. Et cependant H. Diaz a, cette année^ moins de succès que Fan dernier. Le public est ainsi fait : en passant devant les brillantes toiles de M. Diaz > il croit retrouver en elle^ d'anciennes connaissances et, comme il lui faut avant tout du nouveau, il ne s'arrête pas. Le talent de H. Diaz n*a ni perduy ni gagnée mais il reste toujours le même, et c'est un tort. On lui conseille de modifier sa ma*nière; le pourra-t-il? Essaiera-t-il de faire de plus grandes figures que celles qu'il peint d'ordinaire? Hais les Délaissées du Salem dernier ont révélé chez lui une pauvreté de dessin bien fatale à un artiste qu'on a voulu comparer à Prudhon. Aujourd'hui encore, quatre panneaux exposés chez un marchand du boulevard ne viennent-ils pas de prouver de nouveau combien H. Diaz se trouve gêné dans un large cadre? Que faire? Son talent a quelque chose en lui qui lui interdit tout progrès. H. Diaz est habile à assortir des tons étincelants et fins, mais il procède sans méthode, sans conviction et sans volonté, pour ainsi dire. 11 prend sa toile sans trop savoir ce qu'il y va peindre; le hasard le conduit; souvent un bouquet de fleurs commencé par l'artiste est devenu , sous sa main distraite, un fol essaim de jeunes filles. La fin doit-elle ici justifier
les moyens? le résuliat obtenu doit-U taire oublier ce que les procédés ont d'anormal? Je ne sais. M. Dia2 ne peut pas être jugé comme un autre. Atee lui, le point de Toe se déplace natureBement, et la logique recule avant de €(»clure. Pour nous, qui croyons à la souveraineté de certaines hris, nous scions un peu de la famille de ces rigides médecins qui aiuieraiaat mieux voir un malade périr dans les rè^es que de le voir se sauver contrairement aux prescriptions de la Faoalté. Mais la manière de H. Diaz a une séduction qui désarme. Il déroute toutes les prévalons, il court j»fr fas etnefàSs et le moment où il devrait tomber dans le goufre est précisément celui de son triomphe. U réussit sans Taveu du bon sens et malgré tout; il plait sans brevet. Son Orimiale, cdUe année, ses Femmes cF Alger, sa Causerie, ont un charme singulier, un ag«éable chatoiement. -*- Ses paysages ont des qualités plus sérieuses. J'en reparlerai.
farrive aux infiniment petits. M. Meissonnier, absent du Louvre depuis deux ans , s'y trouve aujourd'hui remplacé par son ami et fidèle disciple, M. Steinheil. Une Mère, et surtout les Bulhs de saoon révèlent une singulière adresse de pinceau. M* Fauvelet a aussi y dans les Beuœ Roses et dans le Ceneeri, la touche déliée, patiente, qui convient à ce gcaire difficile.
Mt Joly^ un débuiaot, je crois, a peint, dans des prc^oitioiis plus larges^ une Maisionneme, étudiée aye<; un soin extrême, mais sans mesqninerie et sans sécheresse. La auteur, dans uneUme tFàsrdouce , est baraionieuse , tranquille et juste. ^ Un jeune fantaisiste qui , colorant hardiment sa manière d'un reflet de cdlè de Decamps et de Dîaz y s^était d'abmd bien montré, M. Hafbier s'arrête \m moment et compromet son succès nai&* sant II veut âtre vigoureux et il est noir dans ses A%^«W4 iéarwM* Il ne tient scm rang, cette année, que par son portrait de M"** de W.
M. Baron, à qui nous devons déjà de si aimables componttonS; a, lui aussi , un défaut très-grave. Il est tellement amoureux du détail, quil perd de vue Fensemble et les exigences de l'harmonie. Dans le P%fffiire de P^tksirinay dans Y André del Sorte au cloUre de VAmumeiade, il a donné , aux figures et ans accessoires, la même valeur, sans s'inquiéter le moins du monde des modifications que l'éloignémait plus ou moins grand des divers plans fait subir à la coloration des choses. Il abonde en détails charmants, mais diffus, éparpillés, papillotant à l'œil. Ne parlions - nous pas de Chardin tout à l'heure? C'est encore lui qu'il faut consulter pour ce double point de l'unité et de la concentration de l'effet. Dans le moindre de ses tableaux , il y a un
parti pris, large et simple, qui fait valoir les figures, un centre lumineux et coloré où Fœil attiré s'arrête; Chardin devrait être étudié de près par la plupart de nos peintares.
Un semblable défaut, mais beaucoup moins sensible, dépare Tceuvre de M. Isabey, Cérémonie dans Féglise de Delft. Hais là, du moins, les murs, sage^ ment sacrifiés, de la basilique, laissent aux briUimts personnages toute leur valeur. Revêtus de costumes de fête, les hauts dignitaires de M. Isabey, ses fières dames, ses pages élégants étincellent et scintillent au soleil comme une poignée de rubis et d'émeraudes.
On a remarqué sans doute que , parmi les coloristes dont nous faisons le dénombrement dans ce chapitre, bien peu ont puisé leurs inspirations aux sources religieuses. Excepté le Christ de M. Delacroix^ aucun tableau de sainteté n'a encore mérité notre attention. Cela tient à mille causes. D'abord à la modicité des sommes dont le ministre de l'intérieur a pu disposer sur le dernier exercice; car aiyourd'hui les peintres sont, au gré du budget, religieux ou non. D'un autre côté, l'école dont nous racontons ici la puissance et les faiblesses n'a qu'un médiocre souci du style et de la grande manière dont la peinture sacrée ne peut se passer. J'cyouterai que ces aiiKii^ de la réalité font bien
moins ce qu'ils ont rêvé que ce qu'ils oiit vu. C'est là leur force et c'est aussi leur secrète misère; c'est là ce qui les retient dans le pays du vrai et les empêche de se lancer dans les voies difficiles et peu frayées où la foi transporte ses élus. En fait de tableaux religieux, nous ne voyons guère que le Christ marchant mr les eaux de H. Lassalle-Bordes; le Jésus et le saint Pierre sont, je le regrette, d'une vulgarité malheureuse; mais le groupe des apôtres réunis dans la barque est excellent de lumière et de couleur. Dans les Mages de M. Toumeux, il y a aussi une intention d'harmonie, et un accent simple , tranquille et contenu dans la Sainte Anne de M. Yiger-Duvignau.
Ainsi donc, peu de peintures religieuses, moins encore de peintures historiques et de grandes machines. Il serait cruel de s'arrêter devant la Mort de Jeanne Scymour^ de M. Eugène Devéria, toile enluminée de tons criards et discordants. — M. Duveau, qui fait des tableaux de genre où les figures ont au moins les proportions naturelles, si ce n'est plus, a le mérite d'être harmonieux, mais dans une gamme vineuse. La Bienfaisance, de M. Lessore, est une scène bien rendue; mais pourquoi, lorsque le sujet demanderait un cadre restreint , le traiter sous la forme épique et sur une toile démesurée? C'est ressembler à ces écrivains qui font avec un
conte un roman e& dix ^n^Inmes; c'est trop céâer à cette manie que M; de Musset a raillée :
Sitôt qu'il nous vient une idée Pas plus grosse qu'un petit chien, Nous essayons d'en faire un âne.
L'idée était femme de bien, Le livre est une courtisane.
Attentive au moindro accâdent de la vie aoîTerselle , l'école de la réalité, pauvre cette année par le sentiment religieux et par la science historique, s'est étudiée avec amour à reproduire dans leur Dsâve apparence les animaux, les fruits, les fleurs et toutes ces choses qui , plus ou imms m^ées à Tcustence humaine, sont un peu de la fomille. M"' Rosa Bcmheur continue ardemment l'églogiie (|u'elle a si bien conunencée; ses Ckewaux, ses Mmh ions ont le mouvement et l'allure de véritables animaux. Personne aujourd'hui ne lait mieux qvldOe. IL Champmartin , que nous avions désappris à ai* mer aux expositions précédentes, rentre en grâce avec sa Visite et son Accord, scènes intiraes de la vie privée d'un chien et d'un chat. J'aurais voulu pourtant un plus sobre usage des tons blanchâtres et poussiéreux^ j'aurais désiré sous le pelage de ces
— sables bêtes une anatemie pitid soliâeine&t iiidi-
Les ekiefls n'oni jamais eu tant de peintres officiels. M. Elmérich a abordé de front tine sérieuse difâcuUé en peignant dans la pleine lumière la Mère $t ses Pe$ii$, VL Etméridi a tout à fait réussi. U ne connatt pas moim que M. Ghampmartin le caract^e de ses modèles : la lourdeur mala* droile de» jeimes ehiens empressés autour de leur Bnère, la bienv^Uante sérénité, la confiance patiente «rec laquelle elle se laisse tourmenter par sa gmirnismde famille, le peintre a tout rendu spiritueUement.
M. Pbiltppe Rousseau a Toué son talent à Fillus* tration des fadaulistes. Après La Fontaine , c'est le tour de nedao. Ses bpîns troublés sulHtemenf ^f une taupe étourdie ont la solennité et la sainte SuN prisç d'un concile qui entend tout à coup une proposition mal sonnante; seulement les lapins ont l'air • boUDête. Dans ses Fleurs, frais bouquet où les pafSB^ïis trompés volent baignés de lumière; dans sm IfUérieur, où s'entassent des légumes savou-^ TtMfL et des fromages de toute espèce, M. Rousseau a moiitré ^ science d'arrangement, sa couleur par-
(f) Ott vftil aussi de M. Cfaampmartin un portrait d'Ibrahim- Paeba, d'une «rès-siinpte attitude et d'une benne facture.
faite et sa touche qui , Tariant selon la nature des objets , est toujours diverse et toujours heureuse. Les Instrument$ de muwjpAe de H. Appert serviraient à merveille de dessus de porte, comme on Ta pu dire av^ raison. Mais de vrais tableaux de décoration, ce sont ceux d' un élève de M. Delacroix, M. Léger-Chérelle. Voilà plusieurs années déjà que nous remarquons ces toiles éclatantes où M. Chérelie jette d'une main prodigue les plus beaux fruits du monde, et les éclaire du plus vif rayon. Que H. Chérelle ne se lasse pasl La foule des bourgeois (et il va sans dire que bien des critiques marchent avec le lourd bataillon) s'arrête plus volontiers devant les élégies sentimentales ou les frivolités galantes; mais les hommes de goût admirent beaucoup la vie, le relief, le modelé de ses fruits et leur coloration puissante.
Je termine ici en demandant pardon pour quelques omissions involontaires la liste assez bien remplie, comme on voit, des peintres qui suivent le grand chemin de la vérité. Ils vont sans chef reconnu, et parfois même sans fraternité apparente; mais ils ont tous une certitude, excepté peutr-étre M. Diaz qui détonne comme une individualité souriante au milieu du groupe plus compacte et plus
austère. MM. Isabey et Baron auraient bien aussi deux pas à faire pour rentrer dans Talignement voulu. Coloriste en 1827^ M. Eugène Devéria s'est trop laissé distancer par ses jeunes frères. Mais ces accidents une fois notés, le groupe, yu à distance, s'harmonise assez bien; il contient, selon nous, les talents les plus complets et les plus droits aujourd'hui; il réunit les plus certains espoirs de l'école française. Hommes conyaincus, la tradition les soutient, la nature les conseille; ils ont dans le passé de fortes racines; ils promettent à l'avenir des fruits qui mûriront bientôt. Ils se sont engagés à donner à la France un art vrai, et nous avons déjà mieux que des promesses.
En dehors de cette vivante école, toute œuvre , malgré ses mérites accidentels , va donc maintenant, si notre classification a quelque fondement, se trouver entachée de maniérisme , et contiendra en elle, plus ou moins évident, un principe contraire aux lois de l'art.
Lorsque, dam un saion oa dans on atelier, la causerie s'arrête un insfamt sur la peinture du XYiii* siède, on voit bientôt s'engager d'interminaUes discussions et les sentiments les plus contradictoires se produire. Parmi les critiques euxmêmes , tandis qne les uns rc^ttent avec on égal dédain toutes tes productions de cette époqpke, les autres, indulgents plus qu'il ne convient, nraient disposés à tout admettre. Partout même divergence et même exagération. Le moment serait pourtant venu de s'entendre.
La peinture du xvui' siècle est, comme tous les essors collectifs de l'activité humaine, très-complexe. Elle fut le produit plus ou moins homogène d'influences diverses, le résumé et la fusion de
théories et de méthodes qui , arrivant en France de tous les pays à la fois, souscriyaient arec l'originalité nationale des transactions singulières. H fant donc faire ici nne distinction.
Dans cette foule de peintres que Ton confond d'ordinaire, dans un mépris semblable on dans un pareil engouement, je crois reconnaître deux groupes très-opposés. '
Dans le premier de ces groupes qui est de beaucoup le plus nombreux, je Tois tous ces peintres qui, à l'époque de la mort de Louis XIV, travaillaient avec les BouUongue ou qui les avaient d'arbord suivis : Santerre, Bertin, Galloche et d'autres encore,* puis le vieux Jouvenet avec son neveu Restout , puis la petite école de Montpellier qui nous envoie Raoux et Subleyras, puis les derniers Goypel et la dynastie des Vanloo (i). En regardant de près^ en consultant les dates, — toujours éloquentes en peinture, — on suit la filiation , on voit courir la veine depuis la régence jusqu'à la révolutfon. Galloche enfante Lemoyne; Lemoyne, Boucher; Bou» cher, Fragonard. Ces noms sont significatifs. La
(1) Jacques Vanloo, chef de la lignée, est flamand, mais ses petits-fils, Jean-Saptiste et Carie, ont tout à fait perdu Taccent paternel sous la diseiplinc de Bencdetto Lutti , florentin dégénéré.
plupart des peintres de cette école faisaient indifféremment des dessus de portes pour les danseuses ou des tableaux religieux pour les églises ; mais c'était bien toujours le même art. Au lYm"" siècle, ils représentent pour nous — le mensonge.
Dans le second groupe apparaissent très-rares quelques artistes exceptionnels qui ont résisté aux mauyaises influences de leur temps : Watteau ^ Chardin, Joseph Yemet. Ils représentent à nos yeux — la vérité [i). Il faut y joindre les portraitistes qui, travaillant d'après nature, ont été soutenus par elle et qu'elle a maintenus dans le droit sentier.
Cette division indiquée, il n'est sans doute pas besoin de dire de quel côté penchent nos préfé-
(1) Il peut parcûtre étrange à quelque&-uns de Toir Watteau rangé parmi les peintres inquiets de la vérité. Les gens d^esprit ont obscurci tout c^ mais il nous serait facile de prouver que, si Watteau n*est pas réel dans ses paysages, il Test profondément par Tattitude de ses figures, par Texpression, par le geste. Watteau est dans son mouvement et son dessin aussi vrai que 6avami : je ne crois pas pouvoir mieux dire. Lorsque tous les peintres de son temps font des marionnettes, il fait des hommes. Ses imitateurs ont tout gâté et lui nuisent encore. Pour bien comprendre Watteau, il faut compléter les vives leçons qui se dégagent de la partie souriante de son œuvre par renseignement plus grave quo contiennent ses rares portraits. Naïf, simple, large et d*un grand relief, le Gilles de la Comédie Italienne (chez M. Lacaze) est définitif sur ce point.
rences. Le premier groupe , sauf quelques exceptions heureuses, ne nous inspire qu'une médiocre estime; le second a toutes nos sympathies.
Les vrais peintres de ce temps-ci ont donné raison à Watteau , à Chardin, à Joseph Vemet et surtout aux principes qu'a consacrés leur œuvre plus sérieuse qu'elle n'en a l'air. On les a salués comme des maîtres. Quant aux autres, ils n'ont excité, chez les hommes d'un goût sur et sévère, que cette attention distraite qu'on attache aux erreurs passées.
La cauâb de ces peintres égarés dans la manière et dans la convention théâtrale était donc à tout jamais perdue; on les pouvait croire morts sans postérité; mais voilà que de joyeux compagnons , bâtards imprévus de ces maîtres oubliés, envahissent l'art moderne et demandent à rentrer dans l'héritage paternel. Il y a déjà trois ou quatre ans qu'on a pu remarquer au Salon les tentatives encore timides et les progrès souterrains de cette école. La réaction, car c'en est une, bien que les survenants aient trente ans à peine et qu'ils fassent profession d'être jeunes, éclate aujourd'hui dans toute sa force. L'école a réuni ses membres épars; elle s'est peu à peu constftuée; longtemps errant, l'essaim a trouvé une ruche hospitalière. Le centre des opérations est établi chez un marchand de tableaux du boulevard; il s'y tient des conciliabules
mystérieux. Un artiste de talent, M. Couture, s'est proclamé roi ; sa supériorité relative^ Ta légitimé aux yeux de tous. — Défendous-nous contre les revenants.
M. Couture est un homme d'un grand courage.
Son Anumr de for, plein de qualités et de défauts, a eu, par ce temps d'indifférence, un succès asses retentissant. Ne pas s'endormir sur cette première victoire, se cloîtrer pendant trois ans dans une œu* vre nouveUe, c'est aigourd'hui faire preuve de quelque énergie. Seulement, averti que Ton a été des faiblesses de son dessin et de sa couleur, ne pas tenter un effort pour les amender, ne pas foire une seule concession au vobu des bons juges, ce n'est plus de la fermeté. Un aube mot conviendrait ici.
D'après le sentimmt que nous avons laissé paraître au sujet de l'art au xvnr siècle, cm pressent les critiques que les Bamains de la dèeadmee vont infaiUiblefQent nous inspirer. M. Couture en effet, sauf en quelques points que je noterai au passage, 96 rattache directi^oient à eett^ éeole de peintres qui ont eu le talent de CQuvrir avec des riens des toiles immenses, de faire du fracas et non du style, de la déclamation et non du sentiment.
Dans une salle vaste et de toutes parts ouverte, sous un portiqvi^ décoré de statues et de colonnes coorinthiennes, un groupe nombi^ux de patriciens
et de courtisanes se repose sur le triclinîum classique, après une orgie où Ton a très-peu mangé, à ce qu'il semble, et bu moins encore. A défaut d'une action centrale et commune, diverses scènes épisodiques occupent la toile et la remplissent de leur mieux. Ici, un convive resté debout lève sa coupe comme pour boire aux dieux de la jeunesse et de la vie, tandis qu'un autre insulte à la gravité d'un Bratus de marbre en lui tendant la sienne ; là, un jeune bomme prélude avec une indulgente affranchie à des caresses dont on devine l'intimité prochaine; plus loin, on enlève à demi morte une des victimes du festin. Sur le premier plan, à droite, deux philosophes assistent au spectacle de la folie des derniers Romains; à gauche, assis sur le piédestal d'une statue et non moins immobile qu'elle, un très-jeutie homme, qui symbolise, dit-on, la poésie, semble absent de la fête et absorbé dans une rêverie sans iin.
Qu'y a-t-il dans ces diflérents épisodes ? Des intentions louables souvent, parfois banales ou bizarres, mais, en somme, peu de résultats. C'était, certes, une excellente pensée que de mettre en opposition avec la débauche de Rome dégénérée la gravité candide des deux stoïciens égarés dans cette joie bruyante; mais, si M. Couture a eu dessein de faire là une antithèse , il n'a point réussi à
i«ndre son idée. Le couple sérieux des philosophes^ risolement du poétique eufant assis au pied de la statue , ne pouvaient avoir un sens qu'autant que le groupe des buveurs aurait qudque animation : la folie gaieté des uns expliquerait alors la tristesee des autres; mais , et c'est là le grand reproche que nous adresserons à M. Couture, ies convives de son festin sont d'une mélancolie suprême, d'une tranquillité somnolente. On a dit que l'artiste avait moins voulu représ^iter la fureur et le laisseraller d'une orgie que l'affaissement qui lui succède. Je le veux bien; mais cela ne justifie pas l'attitude morne de la plupart des convives ni les physionomies taciturnes de ceux-là même qui , restés vainqueurs sur le champ de bataille , devrai^it y jeter du mouvement. Je ne crm pas que M. Couture ait le sentiment historique et le sentiment de la vie. Le sujet a'esi pas plus traité au point de vue philosophique qu'au point de vue pittoresque. L'éloquente parole de Javénal^ que M. Couture a prise pour épigraphe :
saôviorannis
Luxuria incubiiit, vietainque uidscitur orbem,
demandait un plus vivant commentaire. Je le répète, pas d'entrain, pas d'unité, pas d'action , pas
de luxe et de splendeur dans lordoniiance , pas de joie surtout dans cette fête d'un peuple qui y héroïque et terrible dans ses plaisirs comme dans ses batailles, y mettait une violence qui faisait trembler le monde. — Voilà pour le drame et pour la composition.
L'exécution, plus heureuse sops cerimns rap* ports y a aussi ses faiblesses. On a généralem^t vanté la couleur de YOr^ie. Pour la lumière, on s*est lort disputé, mais sans conclure. Très-peu ont loué le dessin.
Il nous a toujours paru que le coloris des peintres du zym*" siècle , si incomplet et si faux qu'il soit, a au moins une qualité, l'harmonie. Ce n'est pas le savant accord qui résulte des oppositions sagement combinées, ce n'est que cette harmonie, pour ainsi dire négatiw , que des tons analogues juxtaposés doive&t infailliblement produire , mais enfin c'est une sorte d'harmcmie. H. Couture, sous ce rapport, égale-t-il ses maîtres? Je ne le pense point. Au premier abord, son tableau fait l'effet d'une immense toile grisâtre sur laquelle nagent éparpillées quelques taches d'un bleu ou d'un rose plus ou moins vifs , mais mal reliés les uns aux autres. Les chairs sont violacées chez les hommes, plâtreuses chez les femmes. H. Couture accuse volontiers les extrémités , les genoux et les coudes ,.
au moyen de touches rougefitres du goût le plus commun et le plus faux; les épaules et le torse de ses héros sont martelés de tons sales; mais , dans l'ensemble , malgré son peu de réalité et si ses nuances criardes étaient à demi éteintes, ce coloris aurait pour Fœil une espèce de tranquillité tempérée et dormant)^.
M. Couture est encore trop nouTcau dans les choses de l'art pour qu'on lui puisse demander une complète science des lois du clair-obscur. Sous ce point de vue, son tableau manque de parti pris. Un jour uniforme 9 égal, descend sur ses figures et éclaire, avec une impartialité invraisemblable, tous les coins de l'antique palais. Un plus vif rayon jeté sur le groupe central n'aurait pas nui. Il eût été sage d'entourer d'une lueur plus discrète le reste de la scène; mais là surtout où la lumière laisse à désirer sous le pinceau de M. Couture , c'est dans les demi-teintes locales et dans les ombres portées. Lorsque Véronèse, dont on a si imprudemment parlé à propos de H. Couture , reut détacher une figure, un objet quelconque sur un autre, il le sait faire, nous l'avons dit ailleurs, avec une facilité merveilleuse. Un inappréciable contour, une ombre éclairée, ou, comment dirai-je? un rayon à peine attiédi , lui suffisent , et, chose admirable I le clair s'enlève sur le clair, et, même en plein soleil,
les courbes s'arrondissent et les plans se modèlent. M. Couture a recours à des expédients plus vulgaires : il fait Tombre vigoureuse pour détacher Tobjet éclairé; tous ses contours sont cernés d'un cercle noirâtre du plus désagréable aspect; les figures, par ce moyen, s'enlèvent bien les unes sur les autres, mais les demi-teintes sont lourdes et sans transparence.
Le dessin de H. Couture a moins réussi que sa couleur et sa composition. Il est, en effet, comme celui de Detroy ou de Restout, pauvre, incertain, tortillé. Les types qu'il a reproduits sont de la dernière trivialité. Il y a dans les Romains de la décadence deux ou trois jolies têtes de femmes; le reste est parfaitement commun. Dans ses personnages, l'attitude, le mouvement, ce je ne sais quoi qu'on appelait rAa5tïu5 , est indigne d'un sujet antique, sans .style aucun et sans ampleur. S'ils n'étaient que laids, mon Dieu! nous n'en dirions rien. Lorsque Rubens peint des Grecs ou des Romains, croyezvous qu'il les fasse beaux et dans le sentiment de la sculpture , telle que l'entendait Phidias ou seulement l'auteur de la colonne Trajane? Mais les héros de M. Couture sont vulgaires et mesquins. Ce ne sont ni des patriciens ni des courtisanes, ce ne sont pas même, comme on le disait en souriant, des esclaves, qui, le jour des Saturnales étant venu,
se sont emparés du logis du mattre* et boivent vaillamment son vin. Non; les captifs de la Germanie et des Gaules étaient d'une race forte, énergique et rude, mais d'un galbe pur.
Il résulte de ces observations, et de beaucoup d'autres que je supprime, que Fimmense tableau de H. Couture est complètement dénué de grandeur (!]. De plus, il est, à nos yeux, entaché de timidité. Si hardi qu'il paraisse, M. Couture a, en efiét, manqué d'audace dans la lumière d'abord, puisque son tableau reste froid et sans eJDFèt; dans la pensée et la composition, puisque, ayant rêvé entre le groupe des convives et les deux philoso^ phes du premier plan une antithèse fort légitime, il n'a pas osé la faire lisible pour tous. Il a été timide dans la couleur, puisqu'il s'est interdit la ressource des larges oppositiçns, et enûn dans le dessin, puisqu'il n'y a jeté que d'une main parcimonieuse le mouvement, le lyrisme et la vie.
Qu'y a-t-il donc dans les Romains de laêécadence?
(1) On me signale à ce sujet un détail qu'il faut noter. Dans un tableau voisin de VOrgie ( la ViHon de Jaeob de M. Laëmlein), une figure assez médiocre du reste, qui a en réalité trois pieds et demi, parait gigantesque auprès de celles de M. Couture qui sont de grandeur naturelle. — Un- mauvais acteur est toujours petit : transfiguré par Tampletir de son geste, Frederick Lemaître a dix coudées.
U y a de renaarquables qualités d'exécution ^ des tentatives, des promesses. L'archiiscture, que nous aimons d'ailleurs beaucoup pour sa ligne élégante et son ornementation simple , est brossée d'une main très-ferme et très-habile. Les yases et les guirlandes de fleurs sur le premier plan , les statues des vieux Romains, les somptueuses draperies qui retombent du triclinium en plis abondants et justes, les figures du fond assez sagement sacrifiées, tout cela, certes, nous fait plaisir à voir et vaut bien qu'on s'y arrête. Ajoutons d'autres détails heureux : la tête de ce jeune homme, qui, l'œil baigné d'une langueur humide, convie étroitement aux joies du baiser une courtisane plus fatiguée que lui ou moins impatiente, et puis d'autres aimables groupes encore. Tenons compte enfin de l'extrême difficulté que présente une œuvre pareille. Pour l'entreprendre, ne faut-il pas plus quede l'audace , et pour l'achever plus que du talent? M. Couture a, en outre, exposé deux portraits. J'y retrouve cette facilité à peindre les accessoires que l'Amour de l'or avait déjà révélée chez l'auteur; mais les chairs sont tout à fait inadmissibles. M"«D... a le visage tacheté de teintes verdâtres; M. M... a la face plaquée de rouges violents qui ne se mêlent pas assez à la coloration générale. Le dessin de cette tête accuse chez M. Couture un Jais-
ser-aller sans égal : pas de modelé , pas de relief. Le gilet, en revanche, est d'une réalité frappante, comme le beau châle de M"" D...
H. Couture n'est donc pas un maître , mais tout simplement un jeune esprit fait de courage et de bonne volonté. Il ne faut pas aller à lui la bouche pleine d'éloges, mais, au contraire, de conseils et d*encouragements. Lui dire, comme on l'a fait, qu'il avait produit un chef-d'œuvre , c'est une manière honnête de lui nuire beaucoup et de lui préparer bien des mécomptes. L'extrême louange a pour inévitable résultat de provoquer pour l'avenir une réaction toujours douloureuse et violente. Singulier pays que le nôtre I nous apportons dans les choses sérieuses une ardeur irréfléchie, une fijtria qui perd aussitôt toute mesure. Public et critiques sont alors complices. Notre siècle est déjà comme un champ de bataille où gisent, parmi les couronnes flétries, les statues de tous les dieux qui n'ont vécu qu'un jour. Combien, naïfs esprits, cœurs honnêtes, mais trop fêtés dans leur aurore , se sont éclipsés , tout jeunes, avant le soir, sans avoir connu les splendeurs de midi!
Encore pi us épris des coquetteries de la palette qiie ne Fa jamais été M. Couture, M. MuUer s'est lancé dans une voie qui, toute charmante et fleurie qu'elle puisse paraître, menace de le mener très-loin. Il y
a aujourd'hui une sorte de succès qui compromet plus qu'une chute complète; ce succès, H. MuUer Tient de Tobtenir, c'est Tapplaudissement banal de la foule. Sa Ronde du triai n'a guère eu d'admirateurs que parmi les esprits frivoles et peu familiers aux questions d'art. C'est presque le même tableau que l'an passé. Dans un de ces grands parcs où Boccace se fidll à faire converser ses héros amoureux y une folle guirlande de jeunes garçons et de beUes filles s'enroule, dans sa danse légère, autour d'un mai fraîchement planté. La scène se passe dans le pays des rêves, car, en aucun lieu du monde réel , la nature , même sous le plus gai rayon , ne s'est jamais montrée si chimériquement souriante. C'est comme dans la chanson du poète : a Tout est lumière, tout est joie; t> mais la fleur de l'impossible ouvre largement sur la toile de M. Huiler sa corolle bigarrée. Les figures ont de l'entrain, mais elles ne sont pas vraiment jolies , à moins qu'on n'accepte conune le type de la beauté cette grâce chiflbnnée et minaudière que l'art du xvm* siècle, — j'y reviens sans le vouloir, — donnait à ses bergères et à ses madones. Le dessin est fort insuffisant, comme dans tous les tableaux qui procèdent de cette école; la couleur, fausse dans sa séduction apparente , ne peut plaire qu'à l'œil étourdi de ces juges, alouettes aisément trompées, qui se prennent
à tous les pièges. L'attrait que peut receler pour quelques-uns ce coloris, joyeux jusqu'au délire, provient uniquement de remploi d'un moyen (je dirais ficelle, si j'osais), dont M. MuUer abuse, comme cela advient toujours dans la lune de miel des découvertes. Il a remarqué, — et cela n'était pas précisément bien malin, — que la combinaison du rose et du vert a inévitablement pour la vue un charme mystérieux. Le rose entrelacé au vert, c'est pour le regard une fête étemelle, c'est pour l'esprit comme une sautillante musique où parlent tour à tour et à la fois toutes les voix de la gaieté, de la jeunesse et du printemps. M. MuUer s'en est aperçu, et il nous le fait bien voir. D va maintenant appliquer son système à tous les sujets, sans s'inquiéter de l'émotion qu'ils contiennent. Qu'il y prenne garde 1 qu'il se corrige surtout de cette touche molle et sans accent. La gloire de H. Winterbalter l'empêche dcHic de dormir, qu'il se complaise dans cette peinture fade et inconsistante? — Son Portrait d'enfant a , ce me semble , un peu plus de fermeté.
C'est, du reste, par le portrait que l'école égarée peut revenir à là vérité. H. Ange-Tissier, déjà célèbre parmi les artistes, sait tous les secrets du métier. Son portrait de M'"'' H... est le meilleur qu'il ait jamais exposé. Vêtue d'une robe de soie blanche, à demi drapée dans un magnifique cachemire,
rdégante femme se tteot debout ^ appuyée contre une tapiflfi^ie a grands ramages , mais d'un ton sagement éteiot. L'arraogement, dans ce portrait^ est tout à iait simple et cbarmant; il fant r^retter pourta&t que, trop étroitmient ap{diquée snr la muraille , la tète manque de rdief et ne s'enlèye pas assez. Les chairs, les aceessoires, le châle surtout, sont traités d'une main lilnre, aisée, sûre d'elle-méBie.
Deux portraits d'hommes, par M. Adol]^e Yvon, ootts ont également paru d'un goAt excellent. L'attitude est toute naturelle, la couleur est harmonieuse et chaude.
M. Yerdîer Mt aassi des portraits; mais il réussit davantage dans ses toiles anecdotiques, leè Femmes et le Secret f par exemple. Le groupe des babillardes est heureusement trouvé. Elles ont l'une et l'autre un galant accoutrement, chaussures provoquantes, bas bleus bien tirés 'sur des jambes ânes, et robe aussi havt rotroissèe qu'il convient à des filles de belle humeur. M. Verdier affecte pour la ferme une indifférence parfaite. 11 a de plus la manie d'entasser la couleur avec la libéralité d'un prodigue. Sous ces empâtements successifs, toute gentillesse se perd : l'idée serait spirituelle, l'exécution pourrait plaire, mais tout ie monde n'aime pas le mortier.
Dans cette manière solide à Texcès, M. J.-F. Millet fait mieux encore. U ne se sert pas d'une brosse, comme le commun des mortels, mais d'une truelle. Il ne peint pas, il bâtit; c'est vraiment un chefd'œuvre de maçonnerie cpie son Œdipe détaché de l'arbre. Inutile de faire remarquer que, s'il n'y avait pas dans ce tableau une certaine habileté, nous nous serions abstenu d'en parler. Nous voudrions seulement rappeler à MM. Yerdier, Millet et a leurs imitateurs, que ce procédé a pour la conservation de leurs œuvres, s*ils y tiennent le moins du monde, les inconvéniaits les plus graves. Dans ces toiles hérissées d'aspérités et de fondrières, la poussière trouve un gîte commode ; les vallées se comblent peu à peu, et bientôt tout s'obscurcit. Les tableaux peints dans cette manière rugueuse seront dans trente ans d'indéchiffrables énigmes.
H. Faustin-Besson, qui nous avait naguère donné une Madeleine très-coquettement parée et d'une sainteté douteuse, a renoncé à l'illustration de rÉvangile« Il a bien fait. Boucher, lui aussi , avait voulu, dans un jour de dévotion, peindre une Vierge. Le profane ne fit qu'une folle danseuse de l'Opéra. Que chacun reste donc dans sa veine I M. Besson réussira tôigours mieux en sa peinture de boudoir; le Goûter au bais est une scène gracieuse et d'une gaieté vivante. Dix-huit ans est
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une assez iKHine figure, mais où l'abus des tons sales est tout à fait regrettable. Ses portraits devraient être plus sérieusement étudiés. — Nous ne (soyons pas devoir nous arrêter à H. Longuet, qui dépense inutilement son talent à imiter la manière de M. Diaz. Nous attendrons que sa personnalité se soit révélée dans des œuvres plus originales.
Par son tableau, une Femme importunée par une guêpe, M. Hermann Winterbalter, qu'il serait in* exact et peu aimable de confondre avec François, l'illustre auteur du Décaméron, se rattache directement au groupe des imitateui^ du siècle dernier. Son œuvre a les tons pâlis et fanés des pastels des portraitistes d'alors. Cette couleur effacée est harmonieuse et vaut mieux que celle de l'autre Winterhalter; mais quelle mollesse dans la touche! quelle incertitude dans le modelé et dans la ligne I
Les voilà donc tous, je le crois, les disciples des Vanloo et des Boucher ! Qu'ils s'essaient dans des compositions graves comme H. Couture, qu'ils se bornent vcdontiers, comme MM. MuUer et Verdier, au riant détail des scènes joyeuses, ils ont un commun caractère, un commun défaut. Ils veulent [daire, et le moyen leur importe peu ; ils courent
•après la séduction , passant sans la voir à côté de la vérité qui leur tend les bras. Le rére de Fart étant la réalisalioa de la beauté^ panrentr à la grâce serait d^à une grande ebose, et bous leur sayons gré de leurs efforto. Maïs l'art sérieux n'a qa'tiKlifférence et que dédaîo pour ie joli , pour la Auitaisle coquette et le galaat mensonge. Us tourmentent la nature, ils la déguisent, ils Tappauvrissent Peu de dessin, un coloris attrayant parfois^ mais faux, monotone, invariable; pas de sdence aequise pour la lumière , mais un eertaia bonheur d'arrangé^ ment , une touche hardie et libre , beaucoup d'à*plomb ety pour couronner TafTaire, du succès : voilà le bilan de la petite école du boulevard Montmartre. Si ces esprits ombrageux pouvaient recevoir des conseils sans se cabrer, nous n'héâterions pas à leur rec(»nmander une plus sévère étude de la vérité et des bons maîtres. S'ils avaient comme nous l'humilité de croire au dessin et à Michel-Ânge, à la couleur et à Yéronèse; s'ils consentaient à avouer que, — Vénus, Eve ou Madeleine, •--* la fiemme est plus b^e dans sa nudité vivante que fardée et dissimulée sous des oripeaux de théâtre, noiû leur di^ rions de venir à nous, et nous pourrions nous eor tendre peut-être. Nous voudrions les voir renoncer au triomphe facile, à la grâce maniérée, à Teukhminure lM*illante qui chatoie aux yeux sans parler
à l'âme. Qu'ils fasseot quelque attention au sentiment, à ridée, car leurs toiles sont sous ce rapport d'un yide attristant. Égarés à la suite d'une tradition menteuse, qu'ils reviennent au yrai sentier. L'école de la réalité ne craint certes aucune concurrence et peut se passer de leur naissante gloire; mais, sympathique qu'elle est à tout ce qui est jeune, elle aimerait à communier avec eux dans le culte des dieux étemels.
Autre école, autre maladie. — M. Ingres , tout grand qu'il peut paraître à quelques-uns, a exercé sur Tart contemporain une influence fatale, n est arriyé dans un moment où beaucoup d'esprits distingués, flottant entre des écoles diverses, cherchaient une formule nouvelle. Il leur a dit simplement : a Je continue Raphaël et je le remplace; me suivre, c'est suivre la puissante école de la grâce et de la force. Je suis le dernier représentant de l'école romaine. Vos hésitations pourraient-elles faire un choix meilleur? d
La prétention était violente, inouïe, incroyable. Quelques-uns sourirent; d'autres, plus ardents et plus faciles à rallier, marchèrent avec le nouveau maître. Le progranune fut fidèlement exécuté : négation de la couleur même dans ce qu'elle a de
plus nécessaire, l'harmouie; retour aux formes vieillies du îv« siècle et souvent même aux naïves enluminures des missels gothiques; recherche du sentiment catholique plutôt que du sentiment religieux en ce qu'il a de large et d'étemel : tels furent les premiers articles du dogme prêché par H. Ingres. Son école manqua d'une qualité essentielle et qui contient toutes les autres, — le sentiment de la vie.
Dire le talent, la conscience, le zèle patient que le mattre et ses disciples apportèrent au service d'une cause mauvaise, c'est impossible. Aucun effort, aucun détail, fut-il magnifique, aucune qualité accidentelle, si merveilleuse qu'elle fût, ne pouvait paralyser le vice intérieur. Il est arrivé à l'école de M. Ingres ce qui, là-bas, est arrivé à Overbeck et à Cornélius. Victimes de leur archaïsme et de leur amour pour le style, ils ont perdu la nature de vue, et, au lieu de faire des hommes, ils ont fait des ombres vaines.
Cette indifférence pour la vie et la réalité.éclate bien cruellement cette année dans les rares œuvres que les amis de M. Ingres ont envoyées au Salon. Le Napoléon législateur de H. Hippolyte Flandrin n'est pas, comme on le pourrait croire, l'erreur isolée et passagère d'un artiste de talent ; c'est l'erreur de toute une école. Les disciples et le maître
sont ici solidaireây et, du reste» ils le pix>uyeat bien, puisqu'ils admirent. Pour cet étrange Napoléon^ ce serait déjà une question grave que celle de savoir si rbeure est venue d'employer pour la glorification du populaire héros Fart symbolique au lieu de Tart réel. Lequel vaut le mieux, à voire sens, du Napoléon ceint de l'aurécdede l'apothéosoi comme celui de M. Flandrin , ou du Napoléon de Thistoire, humain, intime, vrai? Ah! s'il m'était permis d'émettre un avis, combien j'oserais préférer au fantastique empereur que vous avez rêvé le capitaine que nos pères ont connu 1 De grands artistes nous l'ont peint tel qu'il était, dans sa prosaïque subUmité, et ce Napoléon*-là nous suffit. Gros nous l'a montré magnifique dans son tableau des Pestiférés de Juffa; le même peintre ne nous en a-t-il pas laissé une assez puissante effigie dans ce terrible portrait récemment exposé rue Saint- Lazare? Si, par av^iture, la statue de la colonne Vendôme était belle au lieu d'être... ce qu'elle est, n'aimeriez-vous pas mieux voir votre empereur dans son vêtement trivial qu'afifuUé du noble manteau? Permis à vous de déguiser Louis XIV en César romain; Louis'XIV est un comédien, tous les costumes lui vont égadement bien ou égalerai mal. Mais Napoléon est un homme; vous n'avez pas le droit d'y toucher. La tradition s'est emparée de ce
type souTeraio, et le gardera dans Boa vivant souwnir tdl que Charlet Ta peint, tel que Béranger l'a chanté. Groit-on que leur Napoléon n'a pas plu8 de style que celui de M. Flandrin? Tout est impos* sible dans ce singulier tableau. Qu'est-ce que ce trônci ces pâles terrains^ ce ciel violet? Dans quelle contrée la lumière tiHnbe-t-elle ainsi, et quel est le sens de cette statue inactive? Que penser d'un Na* poléon que les vieux scddats ne reconnaissent pas?
Un portrait exposé par M. Flandrin le défend un peu contre la critique. La tête est savamment étudiée, les vêtements sont peints avec soin, mais le regard est san^ vie, la couleur terne et fausse.
Les portraits de M. Henri Lehmann , et notantment le médaillon de Listz, ne brillent pas non plus par le relief, mais ils sont d'une faœture distinguée. M. Amaury Du val , absent du Louvre, s'y voit remplacé aujourd'hui par un jeune homme, M. Brunel Rocque, qui travaille tout à fait dans sa manière.
H. Hillemacher, dans son tableau du VieilUKrd H ses enfants, H. Burtbe, dans celui à^Alphée et Arétimse, trahissent leur passion vive pour le système de M. Ingres. Leurs compositions sont d'un goût sévère, mais d'un faire pauvre et sec. Pas de sang dans les veines de leurs personnages; dans leiir attitude, pas de mouvement.
Mais voilà qu'un nom nouveau, celui de M. Gérôme , se rencontre sous notre plume. Les Jewnei Grecs faisant battre des coqs ont tout à fait réussi, et M. Gérôme, inconnu le mois dernier, serait illustre déjà, si les journaux dispensaient la gloire aussi ai* sèment que Téloge. Dans son tableau, deux enfants de quinze ans à peine s'amusent de la lutte acharnée de deux coqs et en suivent les péripéties avec la cruauté naïve de cet âge que le poète a proclamé sans pitié. Le jeune homme excite les combattants; la jeune ûlle, un peu à Técart, regarde la bataille avec une nonchalance moins curieuse. Les têtes sont d'un joli sentimait, occupées l'une et Tautre, penchées, tout entières au jeu sanglant. Les types, qui d'ailleurs n'ont rien de grec, ne sont pas d'un goût très délicat. Je ne retrouve guère que dans l'attitude de la jeune fille la grâce dont on a si com» plaisamment parlé. Son compagnon est parfaitement vulgaire; le torse, étudié avec beaucoup de soin sur un modèle commun, abonde en détails mesquins, en pauvretés qui sentent l'élève. Ce n'est pas dès les premiers débuts dans l'art qu'on peut , une nature triviale étant donnée, la copier en l'embellissant, en dégager l'élément pittoresque et la transfigurer par le style. J'ajouterai que les chairs, sous le pinceau de M. Gérôme, sont d'un ton fauve et pâle, d'une claire nuance bistrée qui séduit peu.
Mais, pour les coqs se précipitant l'un sur l'autre, reculant et bondissant de nouveau dans leur colère, ils sont d'une couleur réelle, ils sont virants; leur splendide plumage étincelle et nuit au reste de la composition , qui est d'un eSei blafard. C'est avec toute raison qu'on a loué le mouvement des terribles oiseaux. De plus exigeants que nous demanderaient enfin pourquoi M. Gérôme a cru de* voir traiter, dans de si larges dimensions, un sujet qui, restreint dans un cadre plus étroit, devenait tout à fait charmant.
En dehors de l'école de M. Ingres, il est encore quelques jeunes peintres que la manie du style a gagnés. M. Alfred Ârago est de ce nombre. L'an passé, à propos de ses Moines et de la Récréation de Louis XI, nous eûmes la joie de lui dire que , bien que trop indifférent à la couleur, son pinceau avait des qualités sérieuses: fermeté dans le modelé, assurance dans les contours, originalité dans les types reproduits. Nous lui disions aussi un mot de la sécheresse extrême avec laquelle les profils de ses figures se détachent sur les fonds. Il nous faudrait aujourd'hui refaire le même sermon; mais, si l'éloge était pareil, la critique serait plus vive. Les défauts que nous avons signalés chez M. Arago grandissent d'une façon inquiétante. L'austère silhouette de son Pétrarque au tombeem de Virgile a
Tair d'une découpure appliquée contre la loile; la couleur n'est pas seulement pauvre, elle est fausse et criarde, n y a dans la nature^ et coaséquem* meut sur la palette des peintres habiles , des tons rompus qui permettent de passer, par une transition harmonieuse, de la couleur froide dont on Tient d'user à la couleur chaude qui lui correspond dans la gamme uniyerselle. Que M. Arago étudie cette science mystérieuse; qu'il adoucisse la crudité de ses nuances.
La persévérance que, de son côté, M. Papdty apporte dans sa lutte avec sa réputation commencée, est bien faite aussi pour attrister ses amis. Tout à coup mis en lumière par son Bê^ du bonheur, la sympathie^ qui venait à lui û vite, aurait aimé à lui rester Qdèle. Mais yoilà qu'il a bientôt descendu la colline et fait oublier les promesses du début. La Tentation de saint BUarùm, en 1844, et l'année suiyante, le Siège de Ptolémaïe, n'ont que médiocrement servi la cause de H. Papety. Aujourd'hui, enfin, une toile allégorique lui enlève encore quelques partisans. Le passé, le présent et l'avenir sont symbolisés dans sa composition, l'un par une figure de vieillard, assis à l'écart et déjà enfoui plus qu'à demi dans la vapeur lointaine; le second par celle d'un homme dans la ^rigueur de l'âge, et l'avenir par un ange Mond , pur, rayonnant , qui vient à
nous 166 mains ouvertes , le cœur sur les lèvres. Ce <iui frappe d'abord dans ce tableau, c'est que les trois figures ne sont point groupées. Est-ce, de la part de M. Papety, uue faute? Est-ce un trait d'esprit, une chose imaginée et voulue? Si la célèbre formule : — Le présent, fils du passé , est gros de l'avenir, — a un sens philosophique et réel, l'œuvre de M. Papety perd toute signification , et on ne lui pardonnera pas d'avoir violemment rompu le lien qui rattache l'une à l'autre les divisions du temps. Mais il se peut faire que l'isolement où se trouve chacune des figures sott le résultat d'un calcul, d'une conviction en quelque sorte religieuse. Je suis d'autant i^tts disposé à le croire, que M. Papety est phalanstérien. Dans son système et dans son tableau , le présent, laid, sévère, inquiet ^ est tellement occupé de lui-^même et de sa blessure intérieure que, fils ingrat, il ne jette seulement pas un regard sur le ^le vietlkrd qui l'a précédé dans réjlernelle voie. D'un autre côté, égaré, sombre, coupable, comment serait-il ai rapport avec l'av^r lumineux qui s'avance : les contraires ne se comprennent pas. Cela seul peut ejq^lîquer raUegorie 4e M. Papety. Hms cela n'empêche point que de tels sujeÉs ne soient en dehors des conditions ordinaires de 1» peintui^ , et que ( s'il {allait eu venir aux ertticfues de détail ) les physionomies ne paraissent
sans caractère, et les tons sales et enfumés» Ce qui surtout est fâcheux et triste chez H. Papety, c'est su lumière.
Dans un cadre plus modeste, M. Papety nous montre Télémaque racontant ses aventures à Calypso. Les nymphes attentives écoutent et regardent le fade narrateur. Le même sujet fut jadis traité par Raoux, qui n'en tira qu'un pauvre parti. Le nouveau commentateur de Fénelon aréuni quelques jolies têtes, mais elles se ressemblent toutes et n'ont que cette mesquine- gentillesse des héroïnes de la rue de Bréda. Le coloris est fort déplaisant.
Mais M. Papety prend sa revanche dans une toute petite toile : Moines décorant une chapelle. Les honnêtes artistes, revêtus du froc brun, travaillent avec amour à leurs fresques naïves. M. Papety, aussi simple qu'on le peut être dans un tableau , a poussé très-loin l'expression dans cette composition originale. L'exécution, pour les ligures comme pour les accessoires, est solide et spirituelle.
Nous n'avons pas le dessein de juger les disciples de M. Ingres et ceux qui , sans suivre sa loi sévère, ont comme lui le culte du style y sur les ouvrages qu'ils ont envoyés au Salon. Leur année est mauvaise; ils se sont souvent présentés plus nombreux et plus forts, et du reste, pour les plus habiles d'entre eux , leurs préoccupations étaient ailleurs.
M. Flandrin à Saint-Gerixiain-des-PréSjM. Lebmann à la chapelle des Jeunes- Aveugles, M. Motiez au porche de Saint-Germain-rAuxerrois, ont exécuté des peintures murales qui ont leur importance et dont nous aimerions à parler en détail. Les juger sur leurs travaux du Louvre, ce serait vraiment les condamner par défaut et sans les entendre. L'histoire de cette étrange réaction ( car c'en est une encore ) tnériterait d'être écrite un jour. 11 faudrait rapprocher du mouvement de la nouvelle école allemande ce retour imprévu vers les formes primitives du goût ancien , cette aspiration , non pas au style tel que Font cosnpris la statuaire antique et Michel-Ange, mais à une sorte d'élégance amoindrie, diminuée, reproduction inintelligente des synibolesdu moyen âge. L'uneet l'autre, l'école ingriste et l'école d'Overbeck, ont pour principe l'imitation, et, ce qui est triste, l'imitation d'un art mort. Leur rêve à toutes deux est en tout point semblable à celui de ces architectes qui veulent aujourd'hui construire des églises gothiques. Soyons de notre temps, s'il se peut.
Indifférente ou pleine de dédain pour la couleur, étrangère aux secrets vivants de la lumière, peu curieuse du mouvement et de la passion, l'école de M. Ingres arrive, selon nous, où elle devait fatalement arriver, à des chimères. Nous n'essaierons pas
de la ramaner à une vpie plus aormale. Lorsque, dans un précédent chapitre, nous nous sommes trouvé face à face avec^ le groupe de ces jeunes peintres qui veulent continuer parmi nous la tradition du xyui* siècle, naus n'avons pas hésité à leur adresaer, au nom de la vérité éternelle, qudques conseils et quelques prières. Us parlent la mâme langue que nous, et nous avions chance de nous entendre. Mais ici nous nous taisons. Entre Técole de M. Ingres et Técole de la réalité, il 7 a un «Mme. La conversion n'est pas facile, à Tâge où Ton est parvenu. Que voulez-^vous? M. Ingres assure que Raphaël est ausâ coloriste que Titien; il fait hautement profession de son mépris pour ftubens. Voos voyez donc qu'entre son école et la nôtre rêver iin rapprochement serait folie.
Ayons quelque pitié pour les vaincus. Retirés sur leur petit Sot de llnstitut, ils voient monter autour d'eux le flot envahissant des idées modernes, et déjà la vague insolente mouille leurs 'pieds vénérables. Héritiers d'une tradition qu'on ne comprend pluSy apâtresU'un dogme qui tombe en poussière, ils consumant dans le regret de leurs splendeurs passées le reste de leurs augustes jours. Ils ne se mêlent qu'une fois par an au fracas de la vie active, c'est lorsqu'un officier de la maison du roi , se hasardant jusqu'aux bords écartés qu'ils habitent, vient les inviter à se rendre au Louvre pour juger les productions de l'art nouveau. Us arrivent alors, et ils jugent... on sait comment. Hais chacun a son tour en ce monde. Le Salon ouvert, un jury, plus
compétent et plus impartial, rend sa sentence, et si, par aventure, les illustres de l'Académie ont exposé, on est sans pitié pour leurs œuvres, et on les condamne en vertu de cette dure loi du talion qu'aucun code ne peut abroger.
Deux ou trois académiciens ont eu , cette année , le courage de se présenter au Louvre. Fraternellement reçus par leurs collègues, ils n'ont obtenu du public qu'un accueil très-froid. Voyez la méchanceté! HM. Granet et Heim, boucs émissaires de la docte compagnie, se sont même attiré de vives épigrammes. Eh quoi! ces messieurs n'auraient-ils plus détalent? n'en auraient-ils jamais eu?
M. Granet est assurément un peintre de mérite. Il s'est acharné toute sa vie à la poursuite d'un terrible problème, la lumière. Dans cette voie intime, difficile , et où la foule se laisse malaisément entraîner, il a fait de glorieuses tentatives. Il y a deux mois y on voyait de sa main, à l'exposition de la Société des artistes, un Intérieur de cMire, surprenant par la vérité de l'effet et la franchise des moyens. Une sorte de corridor, large, profond, interminable, s'ouvrait devant le spectateur, et là, sur les dalles austères, passaient quelques moines , éclairés tous d'un rayon différent, selon l'éloignement des plans successifs. C'était sage, tranquille et juste. On pouvait considérer ce tableau comme
le résumé des forces vives et de la patience que M. Granet sait mettre au service de l'art. M. Granet a pour les intérieurs et pour les cloîtres une tendresse inflnie; il a étudié sur un mur qui lui appartient une dégradation savante, et voilà quarante ans qu'il nous donne toujours le même mur et la même dégradation. Saluez-les de nouveau, comme de vieilles connaissances, dans les Catacombes de Borne et dans Un quart d'heure avant l'office. Le sujet des Chrétiens enlevant le cadavre d'un martyr est un peu moins rebattu que celui des autres tableaux de H. Granet, mais Tensemble est par trop noir. C'est peu comprendre le crépuscule et ses transparences que de le vouloir rendre avec de la suie et de la boue. Les^flgures sont d'une gaucberie sans égale et d'un dessin qui n'est pas excusable, même chez un membre de l'Institut. C'est avec peine qu'on retrouve dans les divers envois de H. Granet une lueur de son ancienne habileté. Il nous parait être parvenu à ce fâcheux moment dç la vie où Corneille écrivait Agésilas. Seulement M. Granet n'a jamais fait son Cid.
S'il reste encore quelque étincelle du feu sacré à M. Granet , il n'en est pas de même pour M. Heim , qui nous semble tout à fait éteint. On se demandera peut-être sous quel règne H. Heim a eu du talent. Les plafonds du Louvre consultés pour-
raient répoiidre , mais il se trouve malheureusement <|u11s sont presque tous mauvais, et que le moins bon d'entre eux est TœuTre de M. Heim. La critique la plus indulgente chercherait en vain l'ombre d'une qualité sérieuse dans le Champ de Mai du Salon de cette année et dans une Lecture faite par Andrieux au foyer de la Camédie-Frm^ çaise. Le premier de ces tableaux j que nous devons , hélas 1 retrouver au musée de Vereailles, est dans le genre naïf et bonhomme; le second est infiniment plus rusé et affecte des velléités moqueuses. H. Heim, qui paraît avoir beaucoup d'amis , s'est amusé à les portraire au vif dans cette toile d'un intérêt tout littéraire. Andrieux lit une comédie; les illustres du temps assistent à la f^e : Népomucène Lemercier, Guiraud , Alexandre Duval et ceux même de la bande qui^plus ou moins, leur ont survécu, BIH. Ancelot, Empis, Casimir Bonjour et tutti quanti. Au milieu de ces têtes orthodoxes ap|)araissent les hérétiques d'alors, le blcmd M. de Vigny, Victor Hugo, A. Dumas, d'autres encore , et tous beaucoup plus laids qu'il ne conviendrait à des poètes qu'on aime. Grâce à ce tableau plaisant, qui va sans doute être gravé, M. Heim se range aujourd'hui parmi nos plus ingénieux caricaturistes.
. il va sans dire qu'il n'est pas besoiti de faire par-
tie de rAcadémie des Beaux-Arts pour avoir droit de figurer dans le présent chafÂtre, chapitre graye s'il en fut jamais, funèbre nécropole, où le lecteur mélancoliqiie se heurte contre tant de tombeaux! Ici dorment les gloires de la restauration et de Tempire, et peu importe qu'elles aient ou non reçu, à Tlnstitut, les eaux saintes du baptême. M, Delôrme, par exemple, n'a pas encore eu la joie d'entrer in doeio corpare, mais il a, selon nous, tous les titres. Est-ce que , par hasard , son Hector et sa Sapho du musée du Luxembourg seraient suspects de romantisme? A la saison dernière, la l^ace de directeur de l'école de Rome Tenant à yaquer, M. Delorme se mit sur les rangs, et, si son compétiteur, H. Alaux , n'eût pas été soutenu par de hautes amitiés, il eût été nommé peut-être. Mtnenre ! déesse au bas azuré qui protège les académies, quelles grâces ne te detons-nous pas! S'il était parti pour la Villa-Médicis , M. Ddorme n'eût pas eu le loisir d'achever son œuvre, nous n'aurions pas au Salon le superbe tableau de la Fondation du Collège royal far François Z*"'. Nous aurions perdu cette amusante foule de belles dames, de docteurs et de clercs, qui se pressent autour du savant roi , et c'eût été vraiment dommage. Cette composition , par ses figures de bois et sa fausse lumière, se rattache, comme celle de M. Heim, au
genre naïf. Elle ne sera pas déplacée à Vei^iilles.
Les galeries de Versailles attendent aussi la Bécepiion de Jean de Brienne à Ptolémaïs, par H. Odier . C'est beaucoup mieux sans doute que tout ce que H. Delorme a jamais inventé, mais c'est vide, froid, insignifiant comme un discours académique.
Il y a dans la correspondance de fîrimm un malicieux passage où l'ironique écrivain donne la recette pour faire une tragédie. Il se complaît à ce jeu impertinent. Il dit où il faut placer le songe , où le dialogue des conjurés, où la confidence amoureuse, où le trépas du héros, enfin il n'oublie aucun des ingrédients qui doivent entrer dans la fabrication de l'œuvre classique. Ne serait-il pas piquant de faire un semblable travail pour les compositions qu'on inflige, comme motif d'études sans doute, à nos jeunes élèves de l'école de Rome? Je ne sais trop quelles leçons premières ils puisent dans les ateliers de la rue des Petits-Augustins, mais je sais bien qu'arrivés au palais Médicis, le spectacle des chefs-d'œuvre des grands maîtres est impuissant à les guérir de l'éducation qu'on leur a donnée. Ne semblerait-il pas vraiment que là aussi on a une recette pour faire les tableaux? S'agit-il d'un siget religieux : prenez, disent les maîtres, prenez cette tête vénérable et cette barbe blanche, n'oubliez pas le |)li de ce manteau; et
comment feriez-vous, jeune homme, sans ce geste noble dont nous nous sommes si souvent servis? S'agit-il d'un tableau d'histoire : il vous faut le costume dont votre professeur, M. Schnetz , affuble volontiers ses guerriers; il vous faut le cheval Isabelle de H. Larivière, et dans le fond les murailles de M. Biondel, à moins que vous ne préfériez les beaux paysages de M. Steuben. Voilà le discours qu'on tient à ces esprits encore timides. Riches de ces conseils, ils puisent dans les œuvres indiquées^ impatients comme un écolier qui feuillette son Greuim et qui se demande conunent, pour terminer un hexamètre laborieux , il pourra faire marcher
Le lourd spondée au pas du dactyle dansant.
Labeur difficile ! périlleux éclectisme I Que d'efforts il faut à ces courageux artistes pour unir ces éléments divers et réaliser l'unité dans ce chaos I Regardez les tableaux qui nous viennent de Rome : que de talent dépensé dans ces œuvres compliquées et sans caractère I
C'est un peu là ce qui est arrivé à M. Brisset pour son Saint Laurent, L'artiste a choisi dans la noble vie du confesseur le moment où , sommé par Valérius de lui livrer les trésors de l'Église, le futur
martyr, — sainte facétie, — lui présente les pauvres et les malades en lut disant : Voilà nos trésors. Ce tableau est fort raisonnable, l'arrangement est conforme aux traditions de Fécole^ mais on dési^ rerait une couleur moins grise. Des détails heureux et savamment traités ne rachètent pas ce que cette composition a de méthodiquement vulgaire.
M. Barrias est aussi un élève de Rome. Il a peint une Saplio, figure de femme nue qui étale nonchalamment aux yeux indiscrets les splendeurs de ses formes. Le modelé est assez étudié > mais la ligne est conimune et d'une grâce douteuse. Les chairs, uniformément bistrées, ne sont pas le moins du monde naturelles et vivantes. M. Barrias, sans être très-distingué, a été plus vrai dans sa Fileuse^ cT Alvito et dans sa Jeune fille portant des fleur».
Condisciple de MM. Barrias et Brisset, M. Isidore Pils a exposé la Mart de sainte Madeleine, œuvre sans caractère , sans couleur, et où l'influence de M. Ingres se trouve, à notre gré, trop visiblement marquée.
Que les élèves de l'école de Rome (car il s^*ait par trop irrévérencieux de morigéner leurs maîtres), que les élèves de Fécole, au moment de joindre leurs efforts à l'activité féconde de leur siècle, réfléchissent un instant. Que les résultats atteints )[)ar ceux dont ils suivent les leçons leur
soient un profitable exemple! Le camp solennel des académiciens est aujourd'hui en pleine déroute. Voudront-ils, avant d'avoir combattu, battre en retraite avec leurs chefs? Deux chemins différents s'offrent à leurs pas irrésolus : l'un , depuis longtemps foulé par des pieds prudents^ est d'un abord peu dangereux; il conduit sans encombre à ce bureau aux rideaux verts où le directeur des Beaux- Arts distribue les travaux officiels et les peintures électorales. Les églises de village seront fières d'être décorées de leur main; Versailles même sollicitera leur pinceau. Et qui sait? au bout de ces félicités glorieuses, Tlnstitiit oe les appeUe-t-il pas? Tout cela certes est bien lut peur tenter de jeunes désirs, pour troubler des têtes ardentes. Pourquoi , à ces merveiUes prootises et d'uoe &cile eoncpiéte, préférer l'autre senlter, le dmt sentier du 4r»r^il , eu méo&sap^ et de l'ineertaÉa bioasphe ? Qu'ils ehoiaîsaeBt eepaidant, eti^'ilsy vegandent à deux fois avant de prendre une déeisîoo. Pour im^, et sons vcMiloir influencer les i^ves de Yécéte de Romo^ n&iffî ne cesserons de leur flécher «otte imperiioeote théorie, que, lorsqu'on a des maitres tek 4pie les leurs, l'iasurrectioft est le j^us «aint des devoirs.
Voilà donc quatre bataillons passés en revue* L'école de la réalité , le nouveau xviii* siècle, les ingristes, les continuateurs de David, représentent dans leur s. tendances opposées le caractère multiple de Tart cantemporain. Pour achever notre inventaire des richesses et des pauvretés de la peinture moderne, il nous faut parler maintenant d'un groupe assez nombreux d'artistes qui marchent au hasard ou qui ne reconnaissent d'autre théorie que celle qu'ils se sont faite. Incertains, ^rants, tourmentés, ils changent de manière tous les ans, cherchant toujours leur veine et ne la trouvant jamais; ou bien, fiers, inaccessibles à toute influence, ils se tiennent fermes dans leur personnalité, parfaitement égarés, mais parfaitement persuadés qu'ils
ont vu Dieu face à face. Dans tous les cas, et queU que puisse être leur talent, il est une chose qui leur est antipathique, c'est la discipline.
Les plus à plaindre sont sans doute les premiers, ceux qui errent à l'aventure dans la forêt mystérieuse de l'art. Très-irrésolus de leur uature, ils Toient leurs perplexités doublées par le spectacle ondoyant et divers que la peinture de ce temps-ci fait tourbillonner devant leurs yeux troublés. Quel parti prendre en un pareil conflit? Quand tout le monde parle à la fois, comment distinguer la voix la plus harmonieuse? Dans la foule de ces systèmes si confiants dans leur excellence, à quel signe reconnaître le plus sage? Terribles questions, carrefour sans i^sue, point d'interrogation toujours debout au chevet de leur lit sans sommeil !
H. Ziegler est un de ces esprits inquiets, ou plutôt, c'est l'incertitude même. Que n'a-t-il pas essayé? €'est bien lui , par exemple , qui se modifie et se contredit sans cesse. Cest l'antique Protée aux métamorphoses infinies. Lorsqu'au début de sa carrière, M. Ziegler exposa successivement Saint Luc peignant la Vierge (1830) et Giotto dans l'atelier de Cifnabué{i93S), les juges d'alors purent croire qu'il avait trouvé sa voie et qu'il allait la sukre librement. Cette illusion dura peu. Chargé de décorer la- coupole de la Madeleine, M. Ziegler, en faisant
|»rofes8ion d'éclectisme dans une œuvre qui exir geait avant tout une forte unité, s'avoua impuissant pour les grandes machines. De plus, il rompait avec son passé en renonçant au coloris.chaud qu'il avait adopté dans le Giotto. Depuis lors, chacun des pas qu'il a faits J'a éloigné du caractère sans le rap-r prêcher de la vérité. Son individualité n'a fléchi le genou devant aucune tradition, et, chose remarquable, SL Zi^ler n'a pas même voulu imiter fidè-^ lement. C'est dans ce sens une œuvre curieuse que la copie qu'il fit en iâ35, pour l^.m^sée de Y«rsailleSy de la Réparation faite à,JMuis XIV au nom du.pape Ahxandre VJI. Lebrun, souft la direction duquel l'œuvre originale avait été exécutée {c'était, je crois, une tapisserie),. auri|it eu peine à se recon*naitre dans la reproduction, de M. Ziegler. Plus tard,, IprsqiieH, Ziegler, abandonnant un. instant la peinture, consacra. son activité à la fat»ication. d§ vasQ^dluna fonue sQuv<dn)« heureuse, c'étaîtipar inquiétude enpore qu'il den^andait.à la céramique les certitudes que lui refusait la.peinture. Plus spn rêve fuyait rapide devant lui, plus.il ét^t ap^lei^ à sa pQi^suitq.Ainsiles sceptiques coDsumjentjiairfois Itsur e:M&tQi|ce à chercli^iî le di^u inconnu. Qn s'aperçut, aiix, derniers. Salpp^, qM^Mr Ziegler, d^r* tant p^i à peu le mpn^er^el, courait api)ès des chimères. Ainsi il voulait peindre la Ao^ëc eid'au-
très sujets encore, qui trouveront toujours la palette rebelle, à moins que Prudhon ne revieiine enseigner eonïment on triomphe de leur impossibilité. Cette année, le Songe de Jacob est imè tentattveati ïflême genre. Nous n'a*vons jamais'prétëndu dire que le domaine des rêves tût complètement interdit à Faudace du peintre; ce serait tnême ira point curieux ert nouveau de rechercher jasq[ti'à cjuel de^é fe fi^tastique, moyen tout littéraire à ce qu'A semble, eét accessible aux arts du dessin. Nous vôudrioûs sénlettieût que, lorsqu'il vient à la pensée d'un artiste de figurer à là fois datis tme même toile des personnages réels et des abstractions revêtues de la forme humaine, il fût recorriiù nécessaire, tadiispénsftble, d'établir eritre l'élémerft rrtfi^ti'êléttieuiclhiftiérique une rdation aisément sfiSsissàMè. Sans ce lien toiite unitëse perd, ét'âvec l'Miité toute vriléOT. Pour prèfndre un eienrtple, kmqûe M. Ingres acheta le portrait dfe Chérubîni , ndtts n'étions pas de ceux qui blâmaient dans cette œuvre l'alliance de la fantaisie allégorique à la pPôSe de la réalité; mais nous aorioms voulu qu'un' AOBud ^elconque, dans la pensée ou dans îexécutiOD, tattacfhftt la tête pensive du maestro à la Muse qui, dei^rière lui, se tient rmriiobile. M n'en était riea : ce tableftu nfianquait d'unité. Dn même défaut *se Temaf*que dans le Jacob de H. Ziegler. Sa
toile est divisée en deux ^)andes parallèles : la pai^ tie inférieure est occupée par le berger biblique qui dort d'un sommeil profond; elle est d'un fauve rosé assez désagréable aux yeux. La partie supérieure, d'un bleu tendre, est peuplée par le groupe des anges symboliques qui passent dans la viâon de Jacob. Chacun de ces anges (ceci est une invention de VL Ziegler et ne se trouve pas dans la version officielle) représente un art et en tient dans les mains les instruments ou les signes consacrés* Voici venir la peinture avec ses pinceaux, la poésie avec sa lyre, la céramique avec une petite potiche (car M. Ziegler ne pouvait l'oublier), et epfin d'autres arts que l'humanité ignore encore* Quelquesunes de ces figures angéliques sont conçues dans un sentiment délicat, mais le Jacob est d'une nullité qui ne saurait être soufferte; le modelé, peu accusé» est insuffisant. Pour la couleur, en parlant de la division du tableau en deux parties d'un ton différent, j'ai dit combien elle est blessante pour l'œU.
^ M. Ziegler a peint aussi une Judith. Cette femme , que les saints écrits nous représentent comme dans toute la fleur de sa beauté et qui pour le meurtre s'est magnifiquement parée, s'est étrangement modifiée sous le pinceau de l'artiste. La veuve de Béthulie n'est plus qu'une bohémienne, très-éner-
gique^ mais très-sauvage; elle est vêtue d'une rd>e grossière^ elle a les reins entourés d'une ceinture de cuir. Elle u'est pas jaune comme une orange, ainsi que la xnarquesa d'Amaègui» mais brune, cuivrée, hâlée, comme une gitana qui a passé sa jeunesse sous l'ardent soleil des Espagnes« Quant à Texpression, la petite G)nsuelo courant sur le quai des Esclavons, avant que l'amour ne Tait transfi* gurée, n'avait pas un plus farouche regard, un sourire moins civilisé que l'héroïne de M. Ziegler. Sa Judith montre au peuple la tête du général assyrien. Quoique vaillante , elle est fatiguée de 4sb terrible efTort; le gigantesque chef pèse à sa main de fenune, et, — puérilité suprême, — une gouttelette de sueur scintille sur son front bistré. — Dans toutes les langues humaines, cette t/u(2ilA s'appelle une erreur.
Un jeune peintre, M. Laëmlein, a voulu raconter, comme H. Ziegler, la Vision de Jacob; mais, plus heureux pu plus sage que lui, il l'a conçue dans un meilleur sentiment pittoresque* Étendu sur le premier plan, son Jacob dort d'un sonuneil troublé, et semble lutter et se débattre contre le démon du rêve. Au fond, les anges montent et descendent la mystérieuse échelle. Quoique un peu systématique,. la disposition des groupes est ass^z bien calculée; les figures sont d'un mouvement
parfois juste , souvent exagéré. Pourquoi la 'couleur me ft)fce-t-elle, malgré que j'en aie, à ranger M. Laëvoiein parmi les peintres de chittières? Vraiment, la fantaisie la plus inâiteifAînée ne saurait aller au-delà.
llaisœlni ée tous, san« ^(Aalredit, q>â!i, ôette année, 8*08t complu davantage aiix délices de Vitnpossible , c'e^t M. Kudolph Lehmann. Pour la lumiàpe, «on tableau de Sixte^Quittt béfrissant les Mirais PôntiHs, nous ramène aux beattx jours de l'Ambigti-Comique; il produit l-éffét d'aïie décora* tîon de théâtre éclairée par des feux du Bengale, ^n momeftt solennel où le traître disparait par une trappe au milieu d'une lueur pourprée. La disposition générale des groupes ne manque pas de quelque adresse. Il y a des intentions louables, d'autres au contraire bien communes et d'un faiMe ^oôt; par exemple, la Sgare du brigand qui, soudamement touché de repentir, laisse tomber son arme de sa main vaincue. Mais, quand bien même le dessin serait d'une plus haute distinction, comment pomrait-on s'en apercevoir? comment pour- TarftMjn lutter contre l'impression douloureuse qu'on éprouve à contempler cette toile aux reflets cuivrés? Ûie étude de femme, fiehina, vaut sans doute un peu mieux que le Sixte-Quint. Pour le portrait du chevalier Landsberg, il est loyalement mauvais.
Sefrvi partiiiè certaine Aéttcittesse dlmarginaftîbn, , M. Gendron ne doit de figurer ici (fu*à son lif amonr po» les scènes da inonde invisible. Il sinspite vo* ImitieFS du técit de ces aventures étrawges dont les légendes allemandes racontent lefe mystérieuses fnédpéties ; il sait quels dénMms familiers, quels ^prits mauvais ou bienveillants, mènent la nuit, sur les bords des lacs ou datas les pldSnes, leurs danses fantastiques. On se rappelle ses Wilis. Commandée pSLt le gouvernement, la Sainte Caflieriiie emèvelie pat tes mges, n'a pas tout-à-^fait distrait H. €endron de Ses préoccupations habituelles; il tfa point abanilbnné le inonde supérieur où il vit : dans ses anges, il s'est soûvenn des sylphides qu'il connaît, des ondînes qu'il a poursuivies. Ce tableau n'est pas sans poésie; j'y voudrais plus d'unité dans la couleur, et fl aurait convenu iJe sacrifier davantage les figures des seconds plans. M. Gendron se retrouve tout entier <laiis une petite composition , douce élégie , qu'il intitule : Aprèn la mort. Ânx pâles rayofn's de la lune, dans un cimetière désert, un jeune homme, une jeune fille , soulèvent le couvercle de lemtombe, et, saintement embrassés, se donnent le plus tendre baiser qui ait jamais réjoui l'atige des amours fidèles. Cela est invraisemblable , peutêtre; cela ne se voit pas tous les jours, mai^ c'est charmant. Cette persistance de la t>a5sio!i dans la
mort même serait pom* le cœur le plus doux rdye, et, si Ton y pouTait croire^ la plus consolante espérance. Quoi qu'il en soit, le groupe de H. Gendron est d'une ligne heureuse; l'étreinte, tout intime qu'elle paraisse, est chaste et pure; les draperies sont d'un jet simple et sévère; les têtes d'une grâce mélancolique et réfléchie.
A côté de ces peintres pour qui les espaces imaginaires n'ont pas de recoins cachés, il en est d'autres qui , parfaitement réels dans le choix de leurs siyets^ ont 9 par fantaisie ou impuissance, adopté une couleur qui n'est rien moins que vraie. Tel est M. Robert-Fleury . Certes, il ne peint pas des ombres vaines, il peint des hommes très-grossiers pour la plupart et très-palpables, mais il a inventé un certain ton roux dont il ne sort pas. Chez lui , les chairs, les vêtements, les ciels même, tout est de cette nuance chaude que, dans leur jargon peu parlementaire mais expressif^ les peintres appellent culottée, par allusion à la couleur brune dont se dore une pipe longtemps et savamment fumée. Dire que les tableaux de M. Robért-Fleury ont l'air d'être cuits au four, c'est répéter une banalité d'un goût médiocre, mais ce n'est qu'être indulgent. Il y a de par le monde quelques personnes sensées qui , en se promenant par la campagne, ou le matin en se mettant à la fenêtre, ont cru s'apercevoir
que la nature inanimée ou vivante était d'une coloration infiniment variée, et ils ont sans le savoir remercié Dieu d'avoir employé dans son œuvre toutes les splendeurs, toutes les oppositions, toutes les harmonies. Conduites devant les toiles de H. Robert-Fleury, ces âmes honnêtes demeurent interdites et se croient dans une planète nouvelle. Ajoutons que l'auteur du Colloque de Poissy est loin de racheter par le dessin et par la pensée la fausseté systématique de sa couleur. Dans le Galilée, dans le Christophe Colomb, les types sont de la plus déplorable vulgarité. On parle de M. Couture I Mais ses personnages^ njalgré leur mesquinerie bourgeoise, sont des demi-dieux auprès de ceux de M. Robert-Fleury. Front bas, regard incertain, col court, ventre replet, jambes infléchies sous le poids du corps, voilà les éléments que M. Robert-Fleury emploie dans des tableaux d'apparat, pour dessiner un roi, un prince de l'église, ou, ce qui est encore plus coupable, un homme de génie. U entasse dans ses compositions, non pas seulement toutes les lai* deurs, mais toutes les trivialités. La vérité du mouvement, l'énergie de l'expression, font malaisément oublier ces défauts. Pour la couleur, elle subsiste intolérable.
Infiniment plus original et plus préoccupé du caractère, M. Adrien Guignet a aussi une maladie ;
il ue peut pas souffrir les tons froids; il a retranché le bleu et le vert de sa palette presque monochrome. Ainsi, on est excentrique à bon marché. Hais M. Guignet a un certain style, et, ï*an passé, nous ayons beaucoup aimé son Xercès, Volontairement enfermé dans la série des bruns rouges, H. Guignet s'est évertué, sans sortir de ce ton, à faire une Forêt. Vous concevez quelle singulière verdure on * doit obtenir avec des bmns rouges, de la terre de Sienne et toutes les nuances brûlées! Cela a son prix pourtant. Son Gaulois est un rude guerrier qui traverse un marais au galop d'un cheval moins faroncheque lui. Le petit Paysa^^, malgré sa couleur et bien qu'il manque d*air^ a une étincelle de poésie. MM. Robert-Fleury et Guignet ont le mérite d'être barmonieux.Tl est vrai qu*il estdifQcîle de ne l'être pas quand on se restreint dans une seule couleur. Moins exclusif et moins pi'udent peut-être, H. Glaize n'a âfticune aversion pOùT tel ou tel ton; seulement son inipartiale tendresse les mêle un peu à l'aventttteA les entrelace follement. Il associe sans transition les bleus les plus violents aux rouges lés plus tapageurs. Son Danie écrivant sous Vinspiration de Bédtrix et de Virgile vise à la couleur et dépasse le but. Le dessin voudrait avoir de la tournure, et s'épuise en grands gestes d'un contour mauvais et fatix. M. Clâtize manque de sagesse.
Il est convenu depuis longteinpsqpe l|I..Atowdre Hesse est un Vénitien^ C'est apparemmept paircei qu'il date ses ti^bleaux de Venise;- car yraiment, je le dis en toute^asuraQce, le Triomphe- de Pwmiu^. ressemble ni à un Giorgione^ ni à unTitien, moios encore à up. Véropèse. I^ couleur et la lumière ont entre elles des affinités secrètes. L'école yétn-tienne n'est pas seulement, coloiriste, elle est ausst savante pour le clair-obscur. Ejtcepté. Titien^ qui a parfois des demi-teintes sans transparence^ les Vénitiens sont merveilleux, dq. légèreté et de fliies^. Dans le Triomphe dfi Pisani, l^s ombressont noires; . elles font des trous dans la toile; le coloris n!est point brillaut» Les figures sont, des académies. étroitement serrées les unes contre les autres, mais pas le moins du monde groupées.. La déclamation ^ le sentiment bqurspufflé et faussement ^andiose, abondent dans le tableau de M.. Hesse,
Malgré toute l'estime que nou& insjpine le talent de M. Horace Vernet, et bien que son œuvre, passée le protège contre notre critique, nous nous ,qi:oyoDS; contraint de lui refuser cette aunée le mérite dei la réalité, que nous lui avons. ^ souvenUrecpnnu» Peintre facile, merveilleux improvisateur, M. Ho^ race Verset a été un historieu fidèle^ sinon vhé-> roïcjyue et puissant, de nos^campagneset de no&4;]k!h' rieuses batailles. Très-spirituel, plein de boUfSen^
complètement français, toutes les fois qu'il s'en est tenu prndemment à la prose, il a montré ses nombreuses qualités; mais, lorsqu'il a voulu s'ayenturer dans les hautes régions de la poésie, il a échoué. Ceci se vérifie bien cruellement dans les essais de peintures religieuses que M. Horace Vernet a tentés. Un démon inconnu Ta toujours poussé vers les su* jets bibliques, et là son talent Ta mal servi. Aujourd'hui encore, n'est-il pas inouï que le lendemain du jour où H. Vernet vient de peindre à Versailles la galerie de Constantîne, il s'ignore assez lui-même pour revenir à cette histoire de Judith, qui Ta déjà si mal inspiré? Traduire sur des toiles démesurées les bulletins des Cavaignac ou des Lamoricière, c'est à merveille; mais, lorsqu'on n'a aucune couleur et aucun style, s'attaquer à la Bible , c'est agir inconsidérément. Quoi de plus poétique, par exemple, déplus grand et de plus simple que cette sainte aventure de Judith? Pour peindre cette fière héroïne, cette Jeanne d'Arc de l'ancien monde, ce n'est pas trop d'être Raphaël. Mais M. Vernet ne voit dans ces graves sujets que des prétextes pour utiliser les études qu'il a faites en Algérie sur les costumes des races mauresques. Il sait comment l'Arabe marie les couleurs^ il sait quels plis fait le vêtement et de quelle façon la coiffure s'arrange. Que faut-il de plus pour faire une Judith? En 1831,
il avait peint la belle veuve au moment où elle va décapiter celui ^ue Du Bartas appelle élégamment le coronel assyriaque; aujourd'hui, il nous la mon-^ tre à l'heure où, Fœuvre accomplie, elle met dans un sac la tête sanglante de sa victime. Rien de sérient dans la manière dont M. Horace Vernet a conçu cette scène : l'expression du visage de Judith, son attitude, son regard, tout cela est du pur mélodrame; Tetécutlon abonde en détails puérils et inutilement révoltants. Qu'est-ce que ce sang jau* nfttre qui a rejailli sur la robe de Judith? Pourquoi, sur le Ht qu'on entrevoit, les membres épars et désorientés du malheureux Holopheme? La tète, à demi plongée' dans ce sac d'une forme si prosaïque, est plus risible qu'effrayante. Tout cela vraiment est peu digne d'un si terrible et d'un si émouvant sujet.
M. Horace Vernet a également envoyé an Louvre le portrait du roi entouré de ses fils. Exposé, il y a trois mois, rue Saint^Lazare, ce tableau a déjà pro^ voqué de notre part un jugement sur lequel nous n'avons pas à revenir. Nous croyons aujourd'hui comme hier, et nous croirons longtemps sans doute qne les tons clairs et roux dont cette toile est couverte n'ont aucune réalité, et que le groupe des cavaliers est éclairé des rayons les plus fantastiques. Dans quelle contrée inconnue , sous quel ciel la
liimière tombe-tr«Ue de cette aovtei et dinu^ertr^te de pareilles ombres et. de semUabte^ reflets? L!arr caogenient des figurer o'egi pas^U^iarliAuceus;- om a dit mécbdmmeajt que cette; disjto^tionr ré^Uèii^ ressemblaitià celle di'un jeu de. c(u:tû& étalé. sun uoet teble. U se reucontije préciséoient, quei tew^ le.cQit etJles priAces^^QQtla ri^àmxi empesée et sans- m de l^aacelot» d'Hecter ou de Dayid* Pas de-soH^ plesse^.pas d'eaioiaUco^ pasde corps surtout sout les uniformes, cbaman^és.. L'iexécution est fieicite; sans doute ei les raccourcis des chenaux sonti traités avec bardiesse, maisvidilà tout. La.facniUe royale, a Yrainoent.du lualbeur. M, Winteiliatteff essayé n'a produit rien qui 1lcaiUe^ 1>L Yemuetr m, réussit guère mieu%> et les salons desi TiuilerieS)afe«* tendent encore un bon portrait.
M. Horace Yernet nous amène naturellementi à». M. Bellangé; nm&, à son égard, nous poserons des conclusions meiUeur^s. M. Bellangé, qpe des^onvquis.satiriques dans la manière^ de Cbarilei:ont taiU connaître j^disi même à côte du mailre^.n'ai]^ cessé, d^uisde peindre des bataillas» et tes galeriesd^ Yersfi^Ues en. ont déjà« plusieurs de sa^ vmn, U n'a, pas- i^us que M. Veniety,^ mdme il a moim» que lui. te sentiment béroïque ejt rampleur« dans lacomposition; il prend} la question par la plus^petite. faceiM iltu'afficbe aucune. prétention au style outà
la pbflodophie. Mais que ces batailles sont amusantes, bon Dieu, et que Ton s'y tue adroitement! H. MlÀBgé fait non pas de F histcrire, maid de l'anec^ d#te, et il la tait bien. SesUgofesorri: toujaws, dans ïsmt éime&Ém ^rastnaiote, tm entraim tare, un geste pt^dis^ une priBStance solide. VofBzlà'Chàrgede'cu^ mime & Matmg&l Nie 8ettft)le441 "pas que M. Bétbngé aèA assister àla fête vpour la racontar si 1)ien? L'escadron de Kellermann est d'un mouvement incroyable; il y a là des blés mûrs que les chevaux, lancés au grand galop, arrangent de la belle maiièMI On i^nt Men qu^ ritrfànterie ennemie *va èfepe broyée Tafflimnneiit.
Ptilsqfoe trous ens^mmes au'budget de ta guerre, cMcfffsla iteme d'un rigifnfeHtdb^drftg&ns'&è 'H. horentz , <toae spirituelle et «d^ne exéctMiôn hardie. N'oiâilfims pas, parcni lés peMres die cbevai«t, M. Qetsë^, qui a îatiimé 4e ftgwres fdelnes^e vie s«k C'hùsife 'êanê la Imêe de S&M'ADédOrd. Je Mgnette que les lisrralns n'aietA pas fAus<dë scAidHé.
Dans la fiste des noms iryftt^tementomis , nous anrions tort de ne pas ëcfrire d'a'bord cetni de M.Ijesecq, qoi acacSié dans ses Smevenirs èfe jm^ nesse une ftne irïtentibn comique; Tefffet n'ëi^t pH& juste; idins son grand tableau // se fMtmtf^àiBé, et leâessin 'fet souvent de la d é r n ft r e latearrerfè. M. Bt-êttioiad ft, «sous le Yi«'%30, tmfixoHtait^ ^une
Peisse d*uiie lieureuse et brillante couleur. La lumière est excelleute dans ï Intérieur de ferme, de M. Coté. Le Backuysen de M. Lepoittevin est d'une désinvolture charmante. H. Vetter, avec qui je termine et qui avait droit à une place meilleure^ a mis dans son Molière à Pézénas un vif esprit^ une touche excellente^ et, en sonmie, de précieuses promesses pour Tavenir. Que les autres oublis me soient pardonnes I
Un utile enseignement peut ressortir de Texamen de quelques-unes des œuvres dont je viens de par* 1er. N'eslril pas évident pour tout le monde que la conviction, qui, dans la vie politique, se trouve être un bagage si gênant, est^ au contraire, en matière d'art, de toute nécessité? Ne me parlez pas de ces faibles volontés qui, toiyours e^rrantes au milieu des écoles diverses, ne savent pas faire leur choix; il faut prendre une route, bonne ou mauvaise, et la suivre avec courage^ Ne me parlez pas non plus de ces fiers esprits qui , contents d'euxmêmes , se nourrissent de leur force intérieure, sans se retremper aux sources fécondes de l'étude et de la tradition. Il en est plusieurs, même parmi les artistes vantés, qui, s'étant fait depuis long* temps un système, s'y tiennent cloîtrés, et ne met*
tent seulement pas la tête à la fenêtre pour comparer leur œuvre à la nature et voir s'ils savent rinterpréter. Ainsi , l'incrédulité et le trop d'assurance sont également nuisibles. Pour la peinture comme pour les choses du ciel , les plus humbles ont le meilleur lot, et, dans l'art comme dans le dogme chrétien y vous le voyez, c'est encore la foi qui sauve.
Hais c'est surtout en matière de paysage qu'il importe d'avoir une religion. Ici encore deux écoles opposées sont en présence , et leurs principes sont tellement contraires qu'il n'est pas possible de transiger et de servir à la fois Dieu et Mammon. Parmi les paysagistes, les uns, esprits naïfs, cœurs toujours enfants, aiment la nature pour les joies infinies que son incessante contemplation leur procure, et ils la voient telle qu'elle est; les autres, gens lettrés et indifférents au charme mystérieux qui se dégage des bois et des prairies , ne la voient et ne l'étudient qu'avec une préoccupation systématique qui en altère la physionomie^ ou plutôt ils ne l'étudient pas. Et pourquoi s'appliqueraient-ils à ce soin superflu? Ils savent.
«ivafit'deies «tiroir aippf^ses, les afflKûdes ^epr^ïtt!! tnnrbre ^u% lM»rdis dû raisdean , la lijgtit qttéSfROè ift hrasebe «liai*gée<âie fruits/ et quelle i^Aendeur -dOfrée'S^étofid le iioir «curies ieolNtieâ. Les prettiiers, Idi^y^niiA «â ootiïttiKiiiieii avec la Mtiire , «iftendent et comprennent le lang^ige itK^Ofit»! c^'^ie fttrle; ils ttftiBtâût ant "fiSksi^ lût dmne le pàn- Hmap^^ 1M é^sussM^éM m ^dMil •qu^ette «ttëae anx ùBttùfSfs Stffm^de ^mÊk^maer, is^mtc^^im mfiée «des isifeoMiest «n éwéaMimi dans teut vie oott^ templat^ ^ «Qsfti <ls Teprc^iscfnt, dans te ^mpfielhé cmifMMMfe de touns mt^es, fa^ beatrtés «Qtymiiafties Oû eadhée^ ée leur étëmene aAsie , ses perspectives lôalmes ou tetiritientéed , ses effets iiiolênlso«i traa9aitte&. Siieii idiff^reiits 4e ces écoliers de féme, les«fcttlp«s ptf^ëagjste^, plus sftteffirtife m% leçons des mattres qu'à iselles que *eot)tietit te ffatiettt «tooâfele/obéissefil bien ^oim à leurs inspinations «qu'à celiez qu'ils puiseut dèm te spedlade é^ <BUvres passées. Homaies de lu Iraditikm biieu ftes que de la «incèt^e «étude «t de la vérité, ils m voient pas les diamps «t l«s loMIs ^eouAi^e Dteu tes a laite, Qiais oominè "As ont étë 'péinb Jadis par t^awb in ^Amêuie, liélasl ^r lo'Guaspre. fis 4;liert;blM te 'pa^ge de ^^le, 'siais'sis douter qù^èto 'âëliPM« de leurs «ôttiMuuisoiis fa&$aidé«fe6es une uHée dans ie beiîK^, ufi i^aituyon totïibâM sur une
toiture de chaume» une source inédite coulant ^itre les ronces sur des cailloux dorés, ^n disent plus au ccBur que les majestueux rochers consacrés par le pinceau des doctes, les horizons presr crits par Tusage, et tout le. désordre savant d'une nature de convention.
De la diversité des procédés qu'^mpMent ces deux écoles pour atteindre leur but, il découle fatalement une conséquaice grave» Dans le paysage naïvement étudié, sans préoccupation de style, il peut se glisser un élén^ent très-^poétâque que le paysage de tradition ne saurait admettre. Cet élémrat , c'est la personnalité de l'artiste. La nafaire (les amoureux le disent du moins) n'est pas tout à fait indifRérente au spectacle de nos passions; mais, même sans avoir dans l'âme cette émotion qu*y met la tendresse, n'est-il pas vrai que, lorsqu'on a traversé, joyeux ou triste, les vallons et les coteaux, il semble que quelque chose de nous-méme est resté suspendu aux buissons discrets, aux branches des arbres muets , mais inteUigents? Sekm que notre cœur est paisible ou sombre,* la nature nous fait fête ou se désole avec nous*. Parfois, — vous voyez bien qu'elle comprend I — elle affecte un calme ironique, et, brisant comme à deaçetn le fil harmonieux qui nous rattachait à son charme secret , elle étale toutes ses fleurs , elle prodigue
tous ses sourires, alors que 0011*6 blessure saigne plus vive; ou bien» lorsque notre joie déborde, elle se &it morose , tenie et froide , et retient scellée sur nos lèvres la cbanson qui voudrait chanter. Ainsi, toiqours diverse, mais toujours belle, nous la voyons inquiète ou gaie y selon ce qui se passe en nous, et, lorsque nous la reproduisons sous une impression quelconque, nous mêlons à son éternelle beauté quelque chose dlntime et de profond qui coule de notre âme troublée , quelque chose que les autres âmes comprendront comme on comprend un serrement de main , une consolante parole, un baiser. Â la vie de la nature nous ajoutons notre propre vie , et nous versons une poésie nouvelle dans celle qu'elle contient déjà. Un des paysagistes de ce temps-ci, et c'est précisément l'un des plus grands , a pu dire : <r Je ne travaille que lorsqqe je suis triste , » mot sérieux et fort , qui explique et complète ses tableaux où perce , même sous leur plus tranquille aspect et leur plus gai soleil , une pointe de mélancolie. — Demandez au groupe académique s'il entend ce mot-là et s'il aime cette peinture. Fixé éternellement, retenu dans des bornes prescrites, enfumé dans des formes consacrées, le paysage de style se refuse à admettre tout élément personnel.
On conçoit qu'animés de pareilles idées les pein-
\v^ imoderiH» dewaien ticvéer un paysage noovèfta , uû paysage très'^rai <par la couleur, la lumière eft le serment. Telle est, len effet, Vœuvre qu'ils <oïtt eiitrej^se il y aofa bieiitftt vingt ans; tel est'ettcore leur uBique souci. Aussi le paysage eîiAl , comme je le disais en cemmençanit, bt plus édataitte coucfuète de Fart contempopaiii. ^Lorsifae, dans toutes les autres voies ée la fieinture, f école maréfae sas» guide «t presque an liasavfl , c'est on ^lAertière «de paysage seulement qu'A y ^a quelque sq^parence d'unité et une sorte de foi^cotimifine. fl e^eiste yraiment ici tme école de ila réalité. 'Qu'elle le ^ffise ou qu'elle ie <tai8e., tfu'elie en artt ou non «conscience , ^le accepte pour chefb f lAes Dupiré 'et RfmsséâfCr; eUe tient aussi en grande estbne Becamps, Marilhat et Gabat (le Gri)at des anciens Jmiri); CttHdes» sous d'eux marchent Tingt (peintres d'tm nom fffds ou moins en lumière, mais d'un talent tifteirtif à la vérité.
Il faut m^tre ans« M. Corot dat)S 'la porteuse Uste. Sblgré sa couleur éteinte, maigre ses p^océ^ dés, dont on a si complaisannnent Mt ressoHir la mdadresse, M. Corot, grâce à la manière dont 9 rond reSèt et au s^iliment qu'il répand sur ses toiles, est au premier rang parmi les paysagistes qui voient la nature comme elle e^,^e 'même qd^ll est au prœiîMr rangiiarrai les 'poètes. A'vec de *trfes-
fiwtito rasBDucces^ maiS) airee la, pasaton» tendre ou Urritéei^ ilest aftàvé à <tea résultats inouié. Daphms et €MoéAm& ta pFemièira vetoe^r/nceiidù <fo Sodome dans la seooode'^.deEmeunecoiit comme des modèles dit pôiiiufle émouïrante^ mm& un peu en. dehors des eofiditians pittoffesK|4ie& qu'oaiesige^dfôcdioaiFe. Au Salon, de cette anjsée^ le Berger et le S&ir mai d^uiie poéMe 911 oavtt le cœur» Dana Tun de oee tabltoust, sur usi frais gaaoa^. un jeune pàtoe joue , avec sa chàvneisoua de^ grands aii^res d'une séré^ raté, twtci Yîrgilifiiine;: les .branches et les buisacms laissent donner: dmriàre lui des retcaites.cachées« Sans le Sfrir, uDte- rit^iàre^ endormie , une petite banquier, on ootean à daiii nofé dans>la brunie, les maigres silhouailes ;de.i|ktelqttes chênes, remi^ fiissent 1& toile, efc le ccéfNtfKmle^y iiierae> avec sa lùttir attiédie^ un> chanme: ponétraost..
On le sait, la couléuirdiB IL <&)iiot est un pan taraie, lesifeuillagfis^etlesbeiibes se eourrail; sow* ^enb ohez' lui d'un toa peusBiéreux: ei triste; maiss maigre iCela^iL Gorotlest.Mrai, car 1& nature abonde eni gra», eti sairtontil esi humain. Bkn diB,«aipl&^ ds>dous, de tranquille: comm&le Suit; men de tan? dvevdesourisHst etide paciflqueoomme^ridyllfft'où se>eomplaii8on petit berger. Uns sédiiotion« pro** fbndè, intime, toujoui^ niM]3irellev s^'exhak! datées ceuimeB^ qu^onine se lasse pasd'aimer.
Personne ne fait comme M. Cofot. Nous alloM en rencontrer de plus habiles , mais non pas de plus naïfe et de plus émus. Voyez M. Diaz, par exemple 1 Au milieu du monde fantasque qu'il s'est créé, le regret de la nature absente vient souvent le troubler. Il a beau enchâsser des perles et des rubis dans ses fines Orientales , il s'aperçoit bi<»i que le caprice ne suffit ni à l'esprit ni aux yeux, et il revient aux bois pleins de chansons et d'ombres discrètes. H. Diaz, paysagiste, procède de Rous« seau. C'est Rousseau en etTet qui lui a appris , comme à quelques autres de nos jeunes peintres, à faire glisser un mystérieux rayon outre les rameaux enlacés, à laisser jouer la lumière sur l'écorce. pâle des bouleaux, à suspendre au bout du boin d'herbe la rosée scintillante du matin. V! Intérieur de forêt, que M. IMaz nous donne ai^ourd'hui, est une nouvelle édition d'ua tableau que nous connaissions déjà; c'est une variation de plus sur un de ses thèmes favoris. M« Diaz a joint à cette toile des Chiens dans une clairière et un grand paysage, le Bas-Briau, étude faite à Fontainebleau. Dans ce paysage, solitude paisible qu'anime un troupeau de vadies à demi enfouies dans l'herbe et dans l'eau d'un marais, les tons noirâtres sont prodigués et la touche est pesante. C'est sans doute une œuvre d'une date déjà ancienne, car aujour-
d'hui M. Diaz a des imnières plus transparentes et une couleur plus réjouie. Les saches sont d'un as-^ sez mauvais dessin; dans son autre tableau, les pe* tits chiens sont au contraire d'une grâce et d'une mutinerie adorables. L'Intérieur de forêt est plein de mystère; on y étouffe un peu, l'air circulant malaisément entre les arbres touffus et emmêlés; mais là couleur est juste, le jeu du rayon frappant Tes troncs de l'érable et de l'ormeau est d'une ob-* servation exacte et fine. Le bois est inextricable, verdoyant, profond.
L'influence de Théodore Rousseau se lit visiblement ausâ dans les ciels adorés et lumineux de M. Anastasi, dans les gazons humides de H. Daubigny, dans les pâturages de M. Tournemine, et dans les solides terraim de H. Wéry. M. GoUot suit de près cette excellente école. Mais comment les nommer tous?Chacun, même parmi les plus jeunes, a mis le pied dans le grand domaine; chacun s'est choisi sa part, et, de tous côtés envahie, la bonne nature se laisse prendre ses moindres secrets. M. Brissot de Warville (6 sérénité des temps nouveaux! les enfans des Girondins font aujourd'hui des paysages!), H. Brissot a recherché la xxiuleur dans ses Enmnmn de Clisson, mais sa touche n'es! pas assez dégagée. La couleur est aussi le rêve de M. Gaspard Lacroix. Dans la campagne où il a placé
Taventure de fitoore quiaperékk 9anM$on, il; a qiAeUmB abus des toDa foux< Pquc le&flgwred^ eUas soQiispiritudlement tRaîtée»..
A côté des paysagistes^ adcoitS), il: yf a les.paysah gistes oaï&qiii copient la nature avec la uieillBune fol du monde et sans s'inquiéter de cette qualité roajk définie qu'on appeliez le ehanm. et cp'oa poui?suit iM)>laotier8 si ardemment^ Ils,ont sous led yieux un^éian^boixiaide quelques oiaigiies p^^iUec^ une cbaumi^r^' au aeuÛ de laq^dle^ une; poule. toide prend ses ébats, une allée malt omhi^gée. pal; des arJbnffî raboug;ri(ï).il ne leur en. fautipas davantage; ils ceproduiaent skil^i4Wimt> loyalenani^ cas trir* TJalîléeide tous les jours,, ces laideurs sans.earaoftare.,. mais non sans. vie. Peu. habil^s: d'ordinaire 4aiis> L'exécution, mal initl^ mx flnesa^s du méh tier,, ils copient comme de grands enfants, eky *-*juste récompense de leur zèle candide, ~ leur inr< habileté patiente n'est pas sans une séduction, bi^ zarr^e. Tel est M. Quinart qui débuta L'an passé par imeÂlare d'un goût tout, à fait primitif et. d'une réalitésaisissante.. Sans cesser d'être- vmi, M. Quir oart oommence. à se civiliser; nous lui conseillenom. de faiiV9 ses^ flgpres. en prq^Hjon avec ses arJbrea* IL. de Frenceeco est. naïf aqssidana ses Minuùnnmtmi» mai3 vraimenit ne restril>pa& trop? Mi Mazure, simple dans son exécution jiisqu'à ta
gaucberie^'SiiiiJes errements de H. Corot. La toncite est iloiHnle dams le Site de Provmce, où les terrains sont éclatants de soleil ; l'effet est un pan diffiis dans les Envinms de Saim-Baphéel, et la lumière est phis «agrément distribuée dans la Vw prise m Bauphiné.; mais il y a là une singulière étude de la nature et tm gramd talent d'obserration« H. Charles David 91'est pas moins vrai datns sa peinture de VÉ^tang^de ¥iUe*d^Acray; le dessin des branches, leur siltouétte sur le <cid , la iflnesse d« gazon, tout est scrupuleusement rendu. Pour moi, je crois voir souvent un indioe de force dans le parti pris de ces esprits convaioGus qui , rompant avec l'œuvre des^maStres, s'isoleirt en eux-«iêmes, et, recommençant par l'alphabet leur éducation pittoresque, se 'plaoent devant la nature e^ étudient à nouveau fesifêpeots'de l'étemel modèle.
Padt^il ranger 1i. Biard parmi les mattres naïbf M. Biaid , l'autew de tant de cibarges de mauvais go&t, celui qui a voulu coiftraindre la peinture, non psMs à finement «onrire, nMiis à rire atnt éclats comme une femme de ta haHe, veut-il décidément s'amender? 11 a peint l'an dernier sous te titre de la Jeunegne de Immée un intérieur de bois tout h fait surpretiant. Pour donner un pendant à ce pay^ sage, il vient de le recopier en y mettant d'autres ggures, un jeune Henri IV avec une Fleurette non
moins jeune. M. Biard paysagiste naïf! On ne peut pas en croire ses yeux. Il faut dire aussi qu'il n'est plus dans un âge où Ton dépouille aisément le vieil faorome et que sa métamorphose rappelle celle du loup déguisé en berger; le nouveau vêtement laisse passer le bout de Toreille; au moment le plus sérieux, le caricaturiste se réveille; ainsi , dans ce paysage ; les figures sont d'une certaine laideur. C'est un jeu imprudent que de se complaire dans la vulgarité des formes^ lorsqu'on veut revenir a la grftce, la main troublée s'égare, hésite et ne sait plus. Mais la patience est une belle chose , et M. Biard a mis dans son étude .une finesse , une observation, une vérité dont nous ne revenons pas.
M. Fiers nous conduit dans un monde différent, n n'a rien de ce faire simple et maladroit de ceux qui commencent; il est au contraire expert à toutes les roueries du pinceau, et, pour la couleur, il s'en est fait une dont il use à tout propos. Soit qu'il reproduise toiûours la même nature, ^it qu'il répande sur tous les sites uiie teinte pareille, son cBuvre, en définitive, se trouve peu variée. Il faudrait pourtant se modifier à l'infini pour rendre la diversité infinie des ciels et des eaux , des vallons et des plaines. Lorsque M. Fiers peint des saules, c'est sagement faire que de leur donner le gris ar-
genté qu'oQt en effet leurs feuilles; mais colorer du même gris les autres arbres, c'est entrer largement dans le pays de Timpossible. Or, s'il est quelque chose au inonde qui ait en haine la fantaisie, c'est certainement le paysage. Pourquoi ces tons boueux dans les Bwds de la Marne? L'Ile Saint- Ouen a plus de vigueur; rerétuesd'un voile cendré, les Prairies de Brisepot sont charmantes et fines. Pour la facilité du travail et le bonheur des lignes, M. Fiers n'a rien perdu.
Les paysages de H. Louis Leroy révèlent une main assez inégale; ainsi c'est une peinture sans consistance que le Dessous de bois dcms la forêt de Fontainebleau, tandis que les Environs d'Isigny sont au contraire d'un faire solide et d'une bonne couleur. M. Ernest Boyer, qui passe aisément des côtes de Bretagne aux campagnes d'Italie, est trèsvarié dans son exécution, et c'est à merveille puisqu'il reproduit des ciels différents. Le Soir nous a surtoui|frappé par la justesse de la lumière. M. Bor* get, qui peint tour à tour Rio-Janeiro, Manille et les bords de la Jummah , au Bengale, est au con-r traire monotone.
H. Charles Leroux commence à nous inquiéter.
On lui a demandé d'écrire plus nettement ses effets, mais il persiste, et ses tableaux restent trèsfroids; de plus sa touche s'alourdit : la Prairie des-
OnneoNEr et la F^rêt eu Gnvre sont cffi^ V€irt ptie de la dernière invraisemblance.
M. Lapîerre dans son Jeardin iSoMt (kfs âgopes seraient, à ce qu'on assure, de M. Satim), et MM. Adolphe Dadlemagoe, Yietor Dupré et Miefael Boncpiet ont un sentiinmt, non pas semblable, mais également vif de la natere et de la couleur. M. Hoguet a peint «xceUemment le» terrains crayeox de la butte Montmartre. Quoique un peu triste et noire, la manière de M. Gustave SalEmann a de la puissance ; H. Bugues Martin est solide à l'excès, mais coloré, dans sa Ronde. J'ai remarqué un del très-fin dans les Swmrons d*Eu, par M. iUaachard, et le spirituel et barmonieux Pa^BOffe de M. Roqueplim ne pouvait m'échapper.
Sous chaque del, ia lumière diffère. Les vues que M. Thuillier rapporte de TAlgéne nous won* trent un pays nouveau et dont le talent de nos fnî&très tirera tôt ou tard tin grand parti. L'étrange contrée ! firûlés par un vif xayûn, les terrains sont blancs; l'ombre se fait plus bleue seus cette chaikhs atmosphère. C'^t un très^origînal tableam que la Vue de Constantine. La lumière se répand sur tes murailles, sur les premiers piaBs, a\ïsc une égsile intensité. Je me*deBDAode seulement si ce n'est pas par un besoin d'harnuMiie que M. lïiuillier « éteint et argenté la verdure ^es plantes saunages qui
cfmsieiit SOT le iwï caldaé^ JSe >soinble^t41 pas âi^ ^oe, pevétiis de leurs oostumeB cidovés, les groupes inrvaate d'Ax^afaes éfsM sur te sol grisâtre devraieal se détacher daifantjj^ et èiîller coBsnie «en relief? H*^ Louise Tfanillîer (crilique peu gelant, c'est la seoDOde lois «euleoMot qa'ma noei de fenune illustre eft rafraîchît mes pages), IP* nimUier imtte avec boBbenr la manière de son pèvt^, dans sa T«e An Pont Elr€aiUarû, reflet n'est pas moûiB franc, teHevicbe est peut-être plus ferme. — Un autre his» tcnçn de TAlgérie, M. Frère, a mis mie o^elMr faiHaiileet Ghaode dans sa Sm Cemte à Gomtei^ tine. U y a placé aussi qiwelqaes âgores^'uoe assee fière tournure.
H. loseph Thierry, dent la spédalilé est tde peindre très largement , pMr les théâtces, des décorations«le beancoupd'effet , a eiposé 4eux paysages d'une dimcDsion et d'an caractère diJKvents. L'«ii est parfsôtenieot réel; c'est nne seite de ciairière 60 d'entrée de bois d'une couleur hamneaieuse^ mftis où les tertnîn mancpient de solidité; l'aillpa, évidemment oomppsé, représente un sUe ssiarvaige^ sinistre, Mmrre, où l'inlèiiial clmssem- -de wéneit fuit fondre ses balles. Le Amtastique et la néalilé sofft liés dans oe tableau de la manière la pies tien» mose et lapins mteliig^iÉa. U est> aM prcMier mpect , ^nn ensemble tell^oient vrai qu'on ne g'eper-
$oil i>as d'abord de rélémmt chimérique qu'il recèle; ce n'est qu'en le regardant longtemps qu'on distingue peu à peu des détails d'une précision peu rassurante : les têtes de mort rangées en cercle autour de Freyschûtz, et, dans la blanche vapeur qui s'échappe des broussailles allumées et du plomb en fusion^ ces étranges animaux qui s'avancent en rampant, créations maladives du rêve, monstres sans nom comme ceux dont Gallot menace saint Antoine. Les figures de M. Thierry sont spirituellement peintes; les noirs sapins» les rocs escarpés sont empreints de cette secrète horreur qui vit dans les solitudes. Ce paysage est un peu traité dans les conditions du décor, mais il me paraît d'un piquant et lugubre eflét, et d'un sentiment tout nouveau.
Le fantastique volontaire de M. Thierry me servira de transition pour passer au fantastique qui n'a pas conscience de lui-même, au mensonge qui s'ignore et qui s'égare, loin de la nature, à là re* cherche du style. N'est-ce pas un monde imaginaire que celui où nous entraînent les paysagistes académiques? J'ai dit combien le paysage historique me paraissait en dehors de tout bon sens et de tout intérêt. Ceux qui, sur la foi d'une tradition mauvaise ) se sont jetés dans cette voie, ont l'impertinente conviction que Dieu s'est trompé dans son œuvre. Collaborateurs, tardifs, ils interviennent
dans la création, et, lorsque la forme des monta-* gnes ne leur semble pas heureuse; ils la changent hardiment; à la place d'un lac, ils mettent une forêt; ils comblent, avec les coteaux voisins, les vallées qui n'ont pas l'honneur de leur plairer ils ont enfin dans leurs cartons un assortiment d'arbres bien élevés qui font mieux dans leurs tableaux que les arbres saugrenus des champs réels. Une fois qu'ils ont rompu en visière avec la nature, ils ont à choisir ^tre deux manières d'être faux. L'une est celle qui est encore prêchée par l'Institut et l'école des Beaux-Arts : c'est l'anciopne tradition de Guaspre et des maîtres italiens, revue et corrigée par les Yalenciennes et les Miehallon. L'autre, plus nouvelle, mais non moins fatale, selon nous, est celle que M. Ingres a monkée à quelques-uns de ses disciples.
Nous pourrions étudier au Salon les résultats de ces deux tendances. H. Lsoioue, élève de Técole de Bome, représente le premier système dans ses Tombeaux étmsques sur la voie Cassiehe; mais M. Buttura le dépasse de beaucoup pour le style avec son Ulysse dans Vile des Phéaciens; voilà l'idéal du paysage historique, les colonnes d'Hercule du poncif. MM. Lanoue et Buttura, arcades ambo, mar* cbent tous deux perdus dans les chimères; on pourraitcroire, avoir leur peinture, qu'ils n'ont jamais,
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sur leur ohemin, rencontré de ruisseaux, de forêts, de prairies. M. BuUura a pourtant au Salon im joli et naïf péliit tableau, la Vue du Château âe M. Ratfier. Ce château est une maison, mais peu importe.
M. Buttura Ta vu et il Ta peint tout simplement, sans songer au Guaspre, et son œuvre est d'une vérité parfaite. Pour Tîle des Phéaciens, j'affirme qu'il n'y est jamais allé, et Ton s'en aperçoit de reste à la façon dont il la dessine et la colore.
Les élèves de M. Ingres, autres rêveurs, ont introduit le gris dans le paysage; quoique plus variés dans leurs compositions que la faction académique, ils ont aussi un système arrêté d'avance , nn code oii tout est prévu , un manuel qu'Us consultent dans les circonstances solennelles. M. Desgoffe, que l'école admire beaucoup , a mis tout son zèle dans l'arrangement et l'économie de son grand paysage du salon carré. Quel temps perdu, y&dte ciel! et de quelle cécité complète il faut être atteint pour peindre une nature aussi audacieusement fictive I An lieu de se complaire de la sorte dans les steppes âe rimpossibie, ne vaudrait-il pas mieux, par ces premiers beanx joars qu'avril nous ramène, sortir de son atelier, s'égarer dans les bois encore sans oi«seaux et, seul avec un doux songe ou avec une maitnesse, épier, au bout des branches gonflées et dqà jaillissantes, les fraîches promesses du prin-
temj^?— -M. Vaul Flândria doitdoiuier de TyMiuiétuda a son maître, car- il déseote un peu Fétepdard du giâs,. L'eniaut pcodigue»; il va peulhêlne erqipie à la yeaduret Une cou veutiocL trop systéwaiiqmadé* pace encore sa luUe de$ Btrçiar^ sasZianns'. wk*chiU8$ et se3 deux autres, petits tableaux. La iMUe^ estcer^ tainement le mi^illeur pa]j[sagp qpe M. Flao/dirin ait jamais sigué. Une certaine poésie tlotte sur ces prés tranquilles et. se peoddans' ces bQi0)pn(^nd». Qpant à la couleur, rien, et rien aussi pour la lumière. Remarquons ici que MM. Flandrin et Desgoffe sont, pour le paysage, les derniers espoirs de Técole ingriste. Ils sont deux : que voulez-vous qu'ils fassent contre cinquante vigoureux adversaires? — Qu'ils meurent I — Us mourront, soyez -en sûr, et le paysage de la réalité et du sentiment triomphera bientôt sur toute la ligne.
Lorsqu'on a parlé des paysages, il est d'usage de dire un mot des marines, des intérieurs de ville, etc. Nous respectons trop les us et coutumes de notre temps, pour ne pas nous y conformer. Â défaut de Backuysen et de Van de Yelde, nous avons H. Gudin, qui prolonge son naufrage et qui retarde de son mieux le moment prochain où il disparaîtra sous le flot. MM. Louis Meyer et Morel-Fatio gardent leur rang; un nouveau venu, M. Hintz, s'inscrit à côté d'eux par sa jolie Vue du port de Trouville,
Pour peintres de perspectives et d'architecture^ nous avons, à défaut de Berk-Heyden ou de Cana- }etti , M. H. Gameray avec ses Maisons en ruine, H. Justin-Ouvrié avec sa Vue (TAmèaise, et M. Joyant avec sa Douane de Venise. Ils sont tous plus ou moins vrais, mais M. Jfoyant ajoute à ce mérite une adroite exécution et une couleur meilleure.
J'en ai fini avec la peinture à Thuile»
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Deux mots seulement sur les pastels et les desrikis. Malgré Tabsence des maîtres du genre , Texposition est intéressante et mériterait un examen trè&-attentif. On sait que, sous la main de nos artistes, le pastel, d'ordinaire pâle et mou, a pris une vigueur inusitée. Dans cette manière que Fécole française a de tout temps cultiyée avec prédileotion, nous faisons tous les jours des progrès qu'il serait injuste de ne pas signaler.
Les portraits au pastel abondent cette année > comme toujours. Les plus remarquables sont, sans contredit, ceux de M"* Nina Blanchi. M"* Blanchi cherche la couleur et la trouve; elle arrive au modelé, mais par des moyens très-simples, sans minutie et sans tâtonnements.
Il y a beaucoup de grâce et de délicatesse dans leà Raisins de H. Appert, étude de femme deminue qui , assise sous une treille, lève le bras pour atteindre le fruit mûr, et laisse yoir dans leur liberté les trésors de sa gorge opulente. Le mouvement est naturel, le dessin robuste et fin; la morbidesse des chairs de la jolie bacchante est tout à fait bien rendue. — Dans un sentiment plus grave, la Jeune mère, de M""" Joséphine Blanchard , n'est pas moins aimable. C'est le pastel le plus coloré du Salon; l'assortiment des tons est de la plus séduisante harmonie.
Hais le maître de toutes les coquetteries, le roi de toutes les élégances, c'est M. Vidal. U triomphe par la grâce et par la distinction. Ne cherchez daœ son OBSivre ni largeur, ni puissance; ne hii demai»dez pas plus de styte que n'en com\ïortmA ces fines études. Le charme des desôns de H. Vidal, ou plutM de ses pasiels, car ici les ressources et le$ œé^ thodes sont habilement confondues, résulte beaii^ coup de l'adresse extrême , de l'exquise propreté avec laquelle ils sont faits. C'est le dernier degré du soin intelligent et du patient labeur. M. ViM est on peu monotone dans ses airs de tètes^ les jeunes femmes qu'il noua donne aujourd'kui > la Sais&n des fruits^ tme FUle d'ÈfH, et cette autre belle, bien fille aussi de ta niéme mère, cette
enfant amoureuse d'elle-même, qui s'embrasse dans un miroir, ne les connaissions-nous pas déjà? Oui , ce sont bien nos amies de la veille : Tautre printemps , elles s'appelaient Aïka , ' Fatinitza , Nedjmé. Hais je ne sais quel dieu les protège, elles ont tpigrars quinze ans, leur sourire n'a pas perdu une de ses peries, les mêmes fleurs brillent sur leur tête aussi folle. M. Vidal excelle à entourer un front pur de cbeyeux crespelés, abondants et flns^ il sait franger de cils provoquants une panière à demi close; il aime à faire courir le sang au coin des lèvres amincies; les roses contours d'une petite oréiOe n'ont rien de secret pour lui , et; quant à ce qui s'arrondit chastement sôus les plis du corsi^e, il en devine, comme un amou-: rdnl, les courbes les plus cachées. L'heureux homme I il connaît fout et d'autres choses encore. Ce qui est toujours charmant dans les belles filles qu'il dessine, c'est l'ajustement libre ou pudique de la toilette, le laisser-aller du vêtement. Pour ses peKtes fées , il taille dans la soie brochée du dernier siècle et dans les étoffes rayées que TOrient nous envoie des parures d'un goût nouveau et d'une coupe qui leur sied à merveille. H. Vidal doit avoir chez lui comme im musée de costumes où chaque époque retrouverait son élégance oubliée et ses péchés perdus. Atours un peu fanés,
robes vides aujourd'hui, fou rideaux et vertugadins désolés sont là, j'imagine, tristement pendus aux murailles, înactifs/ mais gracieux encore. Leurs plis ont senti vivre des corps charmants; ne semble-t-il pas, à les voir, qu'ils ont gardé quelque chose du bonheur et de l'amour qu'ils ont jadis abrités? Inspiré par ce persistant souvenir, par ce parfum qu'aucun souffle n'emporte, aidé par une imagination délicate , M. Vidal fait revivre ces cos^ tûmes, les plie en cent façons piquantes et rajeunit leur fraîcheur éteinte en les jetant sur de jeunes formes. Ainsi, tout lui réussit, et le vêtement, et les fillettes qui le portent. M. Vidal côtoie cependant un abtme : qu'il y prenne garde. La grâce, si l'on ne veille sur son pinceau , dégénère aisément en coquetterie, la coquetterie en fadeur maniérée, et bientôt le mensonge , réternel ennemi qui rôde autour des peintres, gucerens guem devoret, eatré par la brèche entr 'ouverte , et dès lors tout est perdu. Le mouvement a déjà parfois, chez M. Vidal, quelque affectation; ses perpétuels sourires ne sont pas exempts d'afféterie. Qu'il se rappelle que l'élégance est d'auta,nt plus séduisante qu'elle est plus simple, et que désormais son crayon ait un plus sérieux souci de beauté.
Si M. Vidal court après la gentillesse et le charme, M, Yvon recherche avant iout le caractère. Soit
qu'il reproduise; Tiiitérieur d*une mosquée , soit qu'il des^ne un droski, une paysanne russe ou une Tartare de Loubianka, il est d'une originalité suprême et d'un goût fort relevé. -Quelques-unes de ces études nous rappellent les magnifiques lithographies dont RaflTet a illustré le voyage de H. DemidoJQTen Crimée, et, en faisant ce rapprochement^ nous croyons adresser à H. Yvon un très vif et très sincère éloge. Posées avec un rare aplomb , ses figures sont d'une fierté superbe et tranquille; le vêtement est bien jeté; les physionomies ont quelque chose de sauvage qui vous frappe et vous ar^ rêle au passage. La couleur sobre et contenue est excellente. Ce sont là les plusbeaux pastels du Salon.
Il y a beaucoup de fougue et d'énergie dans la Bataille de H. Roger, vigoureux dessin rehaussé de blanc et de rouge. Guerriers et chevaux se mêlent, se culbutent et s'écrasent les uns les autres avec une furia de bon aloi. Le modelé des corps est bien accusé dans les nus et sous les cuirasses ; le faire est large et facile.
L'application du pastel au paysage a donné, dans ces derniers temps, les meilleurs résultats. MM. Michel Bouquet, Malathier et Ballue, ont une couleur intense et forte. Les Bords du Doubs, de M. Jules Grenier, sont d'un effet puissant.
Parmi les dessins au crayon noir, nous avons re-
marqué tes paysages de style de M. Belle! ^ la Bataille d'isly, de M. Léopold Massard, prodige de patience, et les Cafés turcs', de M. Bida, ouvrages surprenants par le relief des figures, par leur candide réalité et l'excellent modelé des têtes. M. Brillonîn s'est déjà fait une bonne place dans l'estime publicfue par ses poétiques dessins. Indépendamment des Detix Zuccati et d'un grand cadre où sont réunis divers^ personnages créés ou chantés par Victor Hugo, M. BrUlouin s'est complu à représenter, dans une manière naïve, un Sermon en fnwinee. Les pbyâonomies de ces gentilshommes de campagne, leurs simples attitudes et celles de leurs nobles épouses, sont d'une vulgarité savante, d'une laideur bien trouvée et d'une vérité parfaite. Ce sont vraiment des portraits. Héroïques, au contraire, et inspirées, les figures de Traugott chez maître Berklinger ont l'intime poésie qui convient à des héros d'Hoffmann.
Ne passons pas sous silence les exacts dessins de M. Saint-Ève, d'après André del Sarte et Raphaël; n'omettons ni les portraits si simples et si adroits de M. Adolphe Gourlier, ni l'intelligente effigie de Paul Féval , par M. Staal , ni la Vieille et les *Servantes, de M. MazeroUe, qui dessine avec quelque élégance, mais qui, pour faire une de ses figures, a effrontément copié la Dapknè de M. Chassériau.
Pour décrire le Petit souper, de M. Wattier, que la gratité de ma prose ne saurait pas apprécier comme il convient, il faudrait le vers leste et vif d'Henri Vermot ou de Charles Coran, l'heureux auteur des Rimes galantes. Il faudrait savoir comme eux tous les secrets du bien dire et comprendre la poésie qui pétille dans le Champagne. Notre austérité ne peut louer dans le dessin de M. Wattier que la justesse de l'expression , la science du groupe, la Kberté spirituelle du crayon. Une gaieté communicative brille dans les yeux et sur les lèvres des buveurs. Pourquoi faut-il que te dessin ne soit pas toujours d'une correction parÊtite?
Si M. Wattier fait regretter les amusants soupers de l'ancien régime, M. Papety, plus heureux dans ses dessins que dans ses tableaux, donne envie de prendre la poste et de courir là-bas, au mont Athos, au couvent d'Aghia-Lavra, où Pansélinos peignit seè belles fresques. Les copies que M. Papety eïi a exécutées à l'aquarelle inspirent la plus haute idée de ces fresques d'un style très-pur, d'une naïveté toute primitive et du meilleur goût byzantin. Ses dessins d'après un bas-relief trouvé à Marathon et d'après une statue troyenne du musée de Dresde sont aussi du plus sérieux intérêt.
Les architectes aujourd'hui construisent peu; ils bâtissent quelquefois des écoles, des hôpitaux, des;.
prisons, toutes entreprises où l'art trouve malaisément son compte, et d'où le luxe de la fantaisie et de Tornementation se yoit naturellement exclu. Us se consolent de ces prosaïques maçonneries en étudiant rhistoire de leur art et en restaurant les monuments d un autre âge. On sait les merveilleuses réparations faites à la Sainte-Chapelle et les hf^siux travaux que M. Duban achève au château de Blois. MM. VioUet-Leduc et Lassus se sont emparés de Notre-Dame; nous les suivrons dans l^ur œuvre; mais chacun n'a pas cette joie et cet honneur d'achever ou même de consolider ce que le moyen âge et la renaissance ont laissé d'imparfait; beau-^ coup d'architectes sont réduits à faire sur le papier des plans de restaurations fictives et ne construisent que sur les terres du roi d'Espagne leurs châteaux, leurs églises, leurs palais. Tel est H. Badenier, qui persiste à vouloir réunir le Louvre aux Tuileries, et qui entasse avec un zèle louable projets sur projets; tels encore M. Eugène Lacroix, qui étudie le curieux hôtel-de-ville de Saint-Quentin, et H. Landron, qui reconstruit, à grands renforts d'hypothèses et de soins érudiis, le théâtre et le stade d'Aïzani.
M. Joret a dessiné avec beaucoup d'exactitude les plus beaux détails du château de Chambord, et M. Vacquez a reproduit de singuliers fragments
de sculpture trouvés lors des fouilles exécutées dans la cour de la Sainte-Cbapelle.
Ce qui n'est pas moins intéressant, ce sont les essais de chromolithographie que* HH. Roux et Kellerhoven destinent aux savants ouvrages deHH. Hittorf et Raoul- Rochette sur l'architecture grecque et sur les peintures de Pompéi.
Pour les miniatures, M"^* de Mirbel et Herbelin n'ont pas encore de rivalité à craindre. Quant aux peintures sur porcelaine, je ne me crois pas compétent et je m'abstiens.
Parmi les gravures, il faut remarquer celles de MM. Saint-Ève, Oury, Marvy et Lavoignat, non pas comme des œuvres parfaites,, mais comme des œu«. vres de conscience. L'eau-forte de M. Riffaut (le Petit Souper, de M. Wattier) a de l'eflèt^ mais l'œil, en l'étudiant de près, est blessé par de nombreuses incorrections.
Je fais grâce à ceux qui me lisent des considératioiis plus ou moins nouvelles que ma loquacité n'aurait pas de peine à trouver à propos de la sculpture au xix* siècle. Assez d'autres se sont dé^à éTërtués à rechercher les causes qui ont pu hâter la décadence de ce grand art, assez d'autres ont dit quelles conditions fâcheuses Tavenir parait vouloir lui faire. Si nous sommes aujourd'hui arrêtés dans une impasse , il serait plus important d'indiquer l'issue par laquelle nous en pourrons sortir. Faut-il étudier l'antique? mais, en ce difficile travail, qui donc nous servirait de maître?
L'incessante contemplation de la nature, la fréquentation assidue du modèle vivant, pourraient sans doute ici nous être d'un certain secours, ci
QOusmwtrer la route à suivre. U se reoccMitre pl^ dsémeut cette année que la plus remarquable production du salon de sculpture est une œuvre que te plus ejatier naturalisme a inspirée; c'est la Femme piquée par mu serpent^ de H. Clesinger. Dans un temps comme le nôtre, alors que l'art s'épuise tolootiers en frivolités sans caractère, cette statue a 90& importance : il convient de l'examiner avec quelque attention.
Sur un Ut de gazon et de fleurs que l'artiste a eu la coquetterie de colorier d'une tointe légère, une femme entièrement nue s'étend, s'agite et se tord dans les convulsions d'une vive douleur ou d'un extrême plaisir. Cela n'est pas tout à fait la môme chose, dira-t-on, aussi il est bon qu'on sache que le serpentde bronze qui s'enlace autour de la jambe de la jeune femme a été ajouté après coup et par des raisons de convenance. L'oeuvre a été conçue sans aucune préoccupation mythologique. Le serpent a toiyours joué le premier ràle dans la vie des femmes. Eve, Eurydice, Cléopàtre, ont entretenu avec lui des relations de diverse nature, maiaM. Glesinger n'a pas songé au serpent de l'histoire ou de la fable. Le mythe ancien lui importe peu. Il s'agit ici de toute autre chose. Dire quel sentiment il a mis dans cette figure de femme, expliquer le mouvement du corps et le tressaillement des muscles.
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cela n'est pas facile, à moins d'avoir recours à des périphrases voilées. Supposez seulement que cette adorable fille symbolise la volupté; ne croyez pas, comme on l'a dit, qu'elle rêve (grâce au ciel, on ne rêve point en de pareilles fêtes], mais t^iez pour 4^rtain qu'elle est aimée» qu'elle palpite sous un invisible baiser et qu'elle est heureuse... vous entendez bien de quelle façon. — Le serpent ne serait donc qu'une concession faite au jury, dont M. Clésinger n'aurait pas voulu alarmer la pudeur.
Il y a deux choses dans c^tte statue, le sentiment de l'ensemble et l'exécution des détails. Le sentiment est rendu avec une parfaite intelligence de la réalité, et, ce sujet étant donné, pour l'expression^ nous ne saurions rêver mieux. Le torse, violemment cambré, se soulève avec vigueur; une des mains étreint les cheveux follement dénoués; l'autre, rejetce en arrière, serre de toute sa force un bout de draperie; la tête est doucement renversée, le cœur flotte sur les lèvres entrouvertes, les yeux sont à demi clos; un frisson de volupté glisse sur les chairs; depuis les pieds jusqu'au front, la belle victime de l'amour cède au charme suprême;
Cest Vénus tout entière à sa proie attachée.
Le mouvement est donc excellent eu ce sens qu'il
exprime beaucoup. L'exécution, s'il n'est question que du. travail du marbre, n'est pas moins admirable. Le grain de la peau, sa fraîcheur satinée, la moiteur humide de ses luisants, sont rendus avec une habileté peu commune et qui tout d'abord vous entraine; le torse et la gorge sont d'une vérité attrayante que les sculpteurs de ce temps-ci ont rarement atteinte. Si par exécution il faut entendre le dessin, c'est-à-dire la manière dont les lignes se déroulent et dont les plans se développent, il y aurait bien quelques restrictions à faire. La ûgure n'est pas d'une harmonie complète; les courbes se contrarient parfois, les surfaces se coupent brusquement, et l'œil n'en suit pas bien l'agencement mélodieux. La statue est aujourd'hui^ placée de telle façon, qu'on ne sait trop de quel côté il faut se mettre pour la bien voir; c'est cette difficulté de saisir l'ensemble qui a pu faire croire à quelquesuns que l'œuvre de M. Clesinger n'était pas tout à fait dans les conditions de la sculpture. Mais il faut dire que ces messieurs de la maison du roi l'ont exhaussée sur les tréteaux ordinaires, sans s'apercevoir qu'elle voulait être vue de haut en bas; si on eût laissé cette statue au niveau du sol, l'œil du spectateur la dominerait; il pourrait alors en comprendre la pose, en caresser les détails et entrer dans la pensée de l'artiste. La figure gagnerait
beaucoup à être contemplée de la sort^ ce que ks lignes peuvent avoir aujourd'hui de forcé et d'ex^ cessif s'harmcHiiserait alors et se simplifierait. Une objection plus grave et à laquelle oa répondrait moins aisément, est celle qui , s'attaquânl plus di'rectemeni à l'exécution de Tceuvre même, prékiûh drait que les diverses parties dont cette belle étude se compose ne s'accordent pas suffisamment entre elles, que les membres ne sont pas tous du même âge et du même style. Qu'il soit exact ou feux que le ventre, la poitrine, les cuisses, aient été, comme les indiscrétions le racontent, moulés sur nature, il n'importe; mais il est certain que le torse est d'une vérité parfois un peu vulgake, et ne s'associe pas bien à la t^, qui est d'un galbe tout difiët^nt et qui certes ne recèle pas la vie au même degré. Ne faudrait'-il pas aussi reprocher à M. Clesmger d'avoir trop servilement copié le mod^e qu'il avait sous les yeux? Dans son désir d'être aus^ vrai que possible , il a laissé subsister quelques rides inu'^ tiles, quelques plis mesquins, quelques pauvralés de détail dont la sculpture large s'accommode mal. Mais ces subtilités ne sont guère appi^iables qu'aux très-délicats, et c'est ici que le mot du poète se té* rifie : les délicats sont malheureux. Tout en coi^venant que le grand art a peu de chose à démêler avec la statue de M. Cle«Anger, est-il sage de se que^
relier soi-même sur la joie qu'on éprouve à la regarder t Les restrictions que j'ai indiquées demeurent entières, mais faut-^ii se détendre contre le cbtraie qm se d^age de ce beau corps? (aut-il oublier ee que Texpression a de parfait et de réussi, et ces chairs palpitantes, et cet épiderme où éclate la fle«ir de la jeunesse et de la santé, et cette opulente nature où l'on sent frémir le tressaillement secret de la Tîe?
C'est aussi par des cpialités d'exécution que se recomoiafide le buste charmant de H"'*^*^ Ce buste, d'une coquetterie toute gracieuse, est conçu dans le goût de ceux que le xvni' siècle nous a laissé». La draperie mal attachée laisse voir le sein, la chevelure est pleine de roses, le front est intelligent; les méplats des joues, la fossette du menton sont d'un modelé enchanteur; la narine ouverte respire, la lèvre sourit et va parler. Le travail ici est merveilleux; les cheveux, profondément et finement fouillés dans le marbre, ne le cèdent en rien à ce que Caffiéri nous a donné de plus adroit.
Les portraits des enfants de M. Aguado que H. Clesinger a également exposés sont aussi d'une facture attrayante, mais molle. Il y a peu <ié chose à louer dans sa Néréide portant des présents.
Il eût été curieux de comparer la manière de M. Clieni^er avec celle de M. Pràdier. l\>us deux
recherchent la grâce, le velouté de la peau, la vie du détail; mais H. Pradier a déserté ses dieux ordinaires pour aborder la sculpture religieuse. Nous ne blâmons pas cette tentative; nous aimons assez que Tartiste varie son œuvre et s'essaie dans des genres opposés. M. Pradier a déjà fait un Christ pour le tombeau de la famille Demidoff. Appelé jadis à émettre une opinion sur cet important travail, nous n'avons pas dissimulé combien H. Pradier était dépourvu à nos yeux du sentiment chrétien. Très-expert pour les lignes voluptueuses des formes féminines, il ignore le style, et il arrive bien plus à la séduction de la gentillesse qu'à la beauté sculpturale. Qui donc a su, de nos jours, multiplier les statuettes avec une facilité plus merveilleuse, et qui les a faites plus jolies? Il a peuplé nos boudoirs, nos ateliers et les chambres les plus tristes d'un groupe amoureux et nu de bacchantes, de nymphes, de naïades dans les attitudes les plus diverses et les plus galantes. Mais de cet art frivole et charmant monter à l'art religieux, c'est essayer une chose hardie; exécuter une Pieta surtout, c'est grandement s'aventurer. 11 nous parait, quant à nous, que la composition de M. Pradier est un peu vide. La Vierge est sans caractère, et, malgré les larmes qui coulent de ses yeux, ne laisse voir aucune désolation; malgré quelques détails heureux,
Tensemble est du dernier mesquin. — Les sources du sentiment ne sont pourtant pas interdites à H. Pradier. Il y a une émotion réelle et contenue dans les statues couchées de M^^" de Hontpensier et du jeune duc de Penthièvre, qui doivent trouver place sur les tombeaux de la chapelle de Dreux. La pose de ces deux figures est d'une simplicité touchante; les mains jointes^ les yeux fermés^ les petits princes éteints avant Tâge semblent prier dans la mort. L'exécution est excellente. H. Pradier a aussi exposé des bustes plus ou moins ressemblants. Celui de H. Auber nous a paru remarquable par le travail, l'expression et la certitude du modelé.
Le jardin du Luxembourg doit remplacer bientôt ses Vénus mutilées, ses Dianes incomplètes par des statues de femmes illustres dans notre histoire. Cinq de ces figures se sont arrêtées au Salon avant de monter sur leur piédestal définitif; ce sont : Marie de Médicis, par M. Caillouet; Anne de Beaujeu, par M. Gatteaux; Anne de Bretagne, par M. Jean Debay; Marguerite de Provence, par M. Husson, et Anne d! Autriche, par M. Ramus. Les nommer ici, c'est leur faire beaucoup d'honneur. Elles sont d'une parfaite insignifiance, et notre Luxembourg, joyeux et reverdi, n'aurait que faire de ces reines sans grandeur et sans grâce.
M. Farocbon a sculpté flèf6inefit dans ht pierre une colossale statue, VlntéffriH, qu'on doit placer dans VD palais de jusSee de proyince. Cette figure est d'un dessin très-simple et très-franc. — II y a des morceaux bien compris dans la CléopMre de M. Daniel. -^XJ Aarchiiamas de M. Lemaire (de Tln^ ^ut) est du mouvement le pins abstirde et le plus Asloqpié. -n^La statuette du duc de Montpensier, par M. Cusnberwortb, est élégante, sans prétention, et d\iDe bonne tournure. — La teueosi» de M. Ottin a me jolie tête; ce n'est pas tout qu'une tête, direzvens, niais wfin o'est quelque chose.
Indépéttdamment des bustes de lUH. Clesinger et Pradier, il faut citer le buste charmant exé* eiiÉé par M. I^ftoy, d'aprèe un charmant modèle, et celui de C^not, par M. Yon. M. SImart, fort admîfé jadis pour son Or«it#. a scaiplé le sévère profil de M**" d'AgouH. fbnjt bien eoiieMéré, ce buste est d'une haute nullité; rien 4ans le front, rien dans les piaBÈs det joues : pas de camctère.
Le buste » délicat et id fin de Itl*» H. n'est pas le seul ouvrage cpie M. louffroy ait exposé. Arrivé trop tard pour entrer au Louvre, son ^ainâ Bêrnmd de bronae a dû étaMir ses quartiers sur la place Saint- Germain -rAuxerrois. Le geste du moine est inspiré, maiîs pas asse^ fooguem peutêtre; la draperie est d'un goût très-pur et très-large.
Deqx figures de M. IkHissaint, les Eschnves indiens jiortanê 4eê tùrthes, nous ont paru tort originales et diiit sentiment tout nouveau. Les médaillons de M. Antoine Borjr sont, comme toujours, d'une précision parfaite; le yase en argent repoussé de M. Vechte est d'une exécution magnifique.
J'ai vottlu garder pour le dessert un petit groupe de M. Pastôl, la Dissertation. Deux chartreux, Tun près de Tautre assis, lisent attentivement dans un gros livre, et s'interrompent pour réfléchir sur un texte douteux. Le mouvement, Fattitude, le costume, l'expression des visages surtout, font de cette composition une œuvre d'une valeur très-sérieuse. L'un des moines est jeune, l'autre plus âgé, et le sculpteur, suivant jusqu'au bout son idée, a empreint d'un caractère différent, et les cheveux, et la robe, et jusqu'aux chaussures des bons pères. Les têtes ressemblent à des portraits; je veux dire que ce ne sont pas des figures chimériques, vagues, banales, mais qu'elles sont, au contraire, marquées d'un cachet très-net d'individualité; vraiment, cela est intime, pénétrant, et cela va très-loin; dans l'ensemble, les chartreux sont parfaitement groupéSy parfaitement harmonieux par la ligne et par le sentiment.
Dans une définition qu'il a depuis amendée, M. Cousin faisait consister le beau dans l'exprès-
sioD. Il serait curieux de rechercher si en peinture, comme en sculpture, les œuvres que nous avons admirées ne sont pas précisément celles où Texpression a été poussée le plus avant. Le Christ de M. Delacroix, la femme amoureuse de M. Clesinger, les petits moines de M. Pascal expriment beaucoup; mais ces artistes ont-ils réalisé la beauté? On voit sur quelle pente je m'arrête. Il resterait à montrer que le beau ne réside pas tout entier dans Texpression; mais pourquoi ces phrases superflues? Allez regarder au Louvre TÀthlète armé du ceste; allez revoir la Vénus de Hilo... Vous me comprendrez.
Si, dans cet examen du Salon, nous n'avions omis aucune œuvre importante et justement attribué à chacun la part de blâme ou d'éloge qu'il mérite; si nous avions pu , en étudiant les écoles dont les chefs sont cette année absents du Louvre , porter un jugement exact non pas seulement sur les disciples, mais aussi sur les maîtres, ce petit livre , tout modeste qu'il est en sa simple allure , donnerait presque une idée de l'état de l'art en France, à l'heure où nous écrivons. Sans doute, pour compléter l'inventaire de nos ricàesses, il y aurait bien des noms à ajouter à ceux dont nous avons rempli ces pages. Il faudrait s'arrêter sur tous ces artistes qui, volontairement ou par le bon plaisir du jury, n'ont pas figuré à l'exposition ,
M. Ary Scbeflér, par exemple , et MM. Paul Delàroche, Meissonnier, Cbassériau et les paysagistes, et surtout Decamps , qui tient dans Fart contemporain une si grande place; mais vraiment c'eût été doubler et mon travail et votre ennui. Ces noms et les idées qu'ils rappellent feraient bien vite déborder Fin-douze.
Ce cpie j'ai voulu marquer, c'est l'état de la question. Très-sobre de développements inutiles, j'ai dit quelles théories contraires divisent aujourd'hui les artistes. J'ai tâché de caractériser au passage, et d'une façon bien incomplète sans doute, la manière des diverses écoles, et j'ai parfois forcé la nuance pour être plus intelligible. J'ai voulu montrer les tendances inquiétantes que révèle le Salon, l'un des plus curieux que nous ayons été appelé à juger depuis longtemps; j'ai insisté sur la résurrection imprévue et malencontreuse de la mauvaise école du xvni* siècle, et, sans m'arrêter aux mille et un défauts de l'école îngriste, j'ai laissé voir combien elle me paraissait dangereuse. Si mcm rêve ne me trompait pas, si mon désif^n'influençait pas ma conjecture, j'aime* rais à pouvoir dire en toute certitude que ces tentatives de réaction sont à l'avance frappées d'impuissance et, pour ainsi dire, paralysées dans leur premier effort. 11 semble qu'il y a en France une
souveraineté contre laquelle rien ne saurait prévaloir, celle de la vérité, et que Tavenir appartient à récole qui croit encore à la couleur, à la lumière, à la passic»! , à la vie. Nous avons une tradition^ nous espérons que le fil n'en sera pas brisé, et qu'au milieu de Fanarchie et du tumulte le bon sens se défendra contre toutes les invasions. Du reste , ces questions sont neuves; quoique souvent traitées, elles demeurent entières. Ceci n'est pas, je l'espère, taon testament, et tôt ou tard j'oserai y revenir.
Hais nous, critiques, ne sommes-nous pour rien dans la publique inquiétude? N'avons-nous pas entretenu le désordre au lieu de le foire cesser? Que chacun mette ici la main sur sa conscience; avouons-le, puisque personne ne nous écoute : nous n'avons pas su apporter aux irrésolutions générales les certitudes qu'elles imploraient. Pour moi, qui viens de lire (Dieu sait avec quelle impatiente sollicitude I ] tous les comptes*nsndu8 du Salon, je demeure accablé, anéanti, sous le poids des contradictions, des hérésies, des hésitations contre lesquelles mon faible courage aurait à lutter. Hélas! j'ai trouvé pis que tout cela dans ces analyses: j'ai trouvé parfois l'indiffér^Kel Quoi donci ce n'est pas une chose très-grave que de prendre une plume un matin et d'écrire follement , à propos
de rœuvre d'artistes sincères, toutes les billevesées qui vous montent au cerveau? Mais , tous tant que nous sommes, il n'est que trop vrai que nous sommes, avant tout, hommes de lettres, grands sonneurs de phrases cadencées, frivoles écoliers qui faisons les maîtres, bavards démesurés qui ne voyons dans un tableau ou dans une statue qu'un prétexte pour défiler notre chapelet, gens de talent souvent, gens de cœur quelquefois, mais, après tout, aussi badauds que les bourgeois que nous malmenons si vertement.
Qu'on le sache bien pourtant, et que nos fautes nous soient remises! notre rôle est pénible, notre tâche est difficile, j'allais dire impossible, tant, pour ma part, j'en fus toujours effrayé ! Je ne parle pas seulement ici de cette première difficulté qui consiste à bien juger (et certes elle est immense), à mettre chacun à son rang, à parler des modernes sans oublier que les maîtres anciens nous écoutent et pourraient sourire ou s'irriter; je n'entends pas parler non plus des entraves dont les nécessités du journalisme viennent embarrasser notre plume, ni de la persistante mendicité de ceux qui se font recommander à notre bienveillance , ni enfin (car il faut tout compter) des entraînements de son propre cœur. Vous l'ignorez peut-être, tout critique que l'on soit, on a des amis; parfois on fait
cette chère et douce folie de les aimer, et, alors, commenf ne pas les approuver dans leurs œuvres? liais non ; auand bien même toutes ces difficultés seraient aplanies, il en resterait une encore, et bien terrible , celle du style , difficulté toute littéraire et qui est énorme. Tous ceux qui ont tenté d'écrire sur la peinture savent sans doute quelles épineuses broussailles, quels gouflres ténébreux il faut franchir pour formuler nettement sa pensée. Vraiment, je les trouve bien cruellement moqueurs ceux-là qui, s' étant servis des couleurs et du pinceau pour interpréter une idée que le pinceau et les couleurs pouvaient seuls traduire, viennent nous dire d'expliquer leur œuvre et s'amusent à nous regarder faire, empêchés que nous sommes avec notre plume sans finesse et nos mots sans éclat!
Pour rendre compte du Salon, l'écrivain doit choisir entre deux méthodes : la première consiste à user de précision; il faut alors, sobre de digressions parasites, parler simplement la langue de l'art, aborder les questions par leur côté pratique, prendre au sérieux sa tâche, adresser des éloges aux uns , aux autres des remontrances, à tous des conseils. Cette manière n'a d'intérêt que pour les gens du métier: elle est sèche, froide et décolorée, mais elle pourrait être utile.
L'autre méthode a au contraire un vif attrait pour le lecteur (Mrofane. Elle fait bon mardié de la netteté; le mot propre lui importe peu : elle reût être ainuaante, poétique, yariée, ^ elle l'est L'art n'est plus ici que l'accessoire; on décrit les ta^ Meaux, mais on ne les juge pas; on hasarde quel-^ ques critiques négatives, mais on n'affirme rien, on ne pose aucun principe fécond. Si l'on a un peu d'esprit, on s'efbrce d'en faire pandtre beaucoup; on déraisonne parfois, mais enfin on est cbannant et l'on est lu.
Pour nous, nous aimerions fort, ë«is doutSy à écrire des choses d'une lecture facile; mais, puisque oette espérance nous est interdite, bons fierons comme le renard de la fable, et nous y renonce*^ rons T<)lontiers. — Ni grâce donc, ni esprit, ni cou*leur! Mais pourquoi pas de la précision? PourqiixH pas, à défaut des façons aimables, l'autre manière, un peu lente, un peu froide, un peu terne, maïs qui, après tout, dit ce qu'elle veut dire? Puisque, leurs* qu'on prend la plume, il faut avoir une chimère en tête, nous avouerons qu'être précis a tot^ours été notre rêve^ Nous aimcuis la critique qui raisonne et qui s'inquiète. Que, dans tel eom de votre tableau, vous ayez mis du jaune au lieu de mettre du hkm, ce n'est pas le moins du monde indifEérent; qu'un bras soit mal emmanché , que la main soît incor-
reete, qiie le visage ne soit pas d'ensemble, tout Gela, Toyez-YOïts, est très grare et yaut parfaite^ meeA la peine de tous être dit. Or, toutes ces ctNme, on ne les peut écrire qu'en employant le mot propre, le terme commun et la phrase sans aceeiii Que Youlei-voi»? (m est ennuyeux, et cela certes est amer; mais, â par aventure on était vrai, né seraiWoe. donc rien?
Ne pent-oB pas d'aiHenrs se livrer à cette pa^ tiente étude du détail sam perdre de vue les grands problèmes de Fart? Ge sont même ces étemelles idées qui Rident le critique et qui, dans ses mo- QSienta d'ennui, le oexisolent. Il se passe alors dans son esprit ce qui se passe au Louvre. Après avoir examiné roeuvre bruyante des oontempopaîns , on WBaey en soidevant le ri^au qni les sépare des mattffeà anciens , à pénétrer, grave et recueilli, dans oce tianquiHes gâteries où le regard se re-* pose, où rame se rassérène. Cesi là ce que nous faisons au musée; c'est là ce que nous aurions fait sans doute plus souvent en ce petit livre, si Téloge involontaire qui, à la vue des chefs-d'œuvre passés, aurait coulé de notre plume, n'eût paru bien cruel à côté des critiques adressées aux vivants. Ces comparaisons malignes, ces parallèles attristants ou moqueurs, je n'ai pas voulu les faire, et l'on m'en saura gré. Parmi nos peintres , un seul peut-être
pourrait entendre sans ennui l'apologie des Vénitiens; mais y si j*avais parlé de Michel-Ange et de Raphaël , qui donc aurait pu se tenir immobile et satisfait? Si j'avais montré Fart antique aux sculpteurS; ils seraient tous tombés à genoux. Ahl c'est qu'on les peut aisément compter, les rares et glorieux moments où l'humanité a senti s'ouvrir en elle la fleur sainte du sublime! — Errants, irré* solus, sans flambeau, nous avons oublié les grands secrets; attentifs que nous sommes à la passion, nous avons perdu le sens de la beauté. Phénomène complexe, progrès et décadence à la fois, nous exprimons davantage, mais nous n'avons plus la grâce, l'ampleur, le style. Croyez-moi : peintres, sculpteurs ou critiques, il nous faut tous en terminant confesser notre impuissance, et nous écrier comme Socrate, après avoir discouru pendant de longues heures avec Hippias : mon ami, les belles choses sont difQciles I