TYPOGRAPHIE PANCKOUCKE
Rue dès Poitevins, 8
D'honorables suffrages et les demandes réitérées d'un grand nombre d'artistes m'ont déterminé à réunir les articles que je viens de publier^ dans le Moniteur universel, sur le Salon de 1852. J'ai essayé , dans ces rapides appréciations, de concilier la franchise avec les égards, de me tenir à égale distance de Tengouement et du dénigrement, d'éviter à la fois le paradoxe et la routine , de rester indépendant même de mes amitiés. Quoi qu'on pense de ma tentative, on me rendra^ j'espère, la justice de reconnaître que j'ai écrit avec sincérité et simplicité : je ne revendique pas d'autre mérite.
A. Grun.
Paris, juillet 1852.
La plume qui trace, dans les colonnes du Bitmiteur, le compte rendu des expositions. Ta changer de main : ce sera, pour les lecteurs, la cause d'un regret légitime; pour moi, ToccasioD d*une explication nécessaire. Afin de me déterminer à desserrer, sans les rompre bien entendu, les liens qui m'unissaient k un collaborateur tel que M. Fabien Pillet, il n*a pas fallu moins qu'un désir spontanément exprimé, une demande fondée sur des motifs respectables et péremptoires. Ni les artistes ni les amateurs n'oublieront le goût éclairé, les connaissances étendues, la justice bieuTeillante, les obsenrations judicieuses qui distinguent la critique de M. PiUet. Ces qualités ont de quoi effrayer un suceetseur ; et je dois, arant tout, me faire excuser d'entreprendre une tâche bien difficile. Je n'ai pas eu la témérité de la rechercher, mais je me sens le courage de l'accepter. Un amour inné des arts, quelques études, quelques voyages, des essais piîrtiels, des rapports habituels avec les artistes sont-ils des titres suffisants ? Personne n'en doutera plus que moi-m^e ;
ce qui me manque, je le demanderai à l'indulgence du public et à la constance de mes efforts.
De quiconque se présente pour juger, on est en droit d'exiger une profe3sion de foi, une déclaration de principes. Je ne décline pas le devoir de manU^ter, dès Fabord, mes sentiments. Je viens, sans parti pris pour aucune école, avec la ferme volonté de ne subir aucune influence d*atelier, de mode, ou d'affection. Il y a place dans mes admirations pour Bubens et pour Raphaël, pour Rembrandt et pour Lesueur. A regard des contemporains, je n'aurai ni engouement ni hostilité ; je tâcherai de dégager le beau de toutes les œuvres où il m'apparattra : je signalerai, quel que soit le nom de Tartiste, les lacunes et les erreurs, heureux d'avoir à confirmer les renommées établies, à encourager les talents nouveaux. Je fermerai I*oreiIle aux bruits, même aux échos de ces querelles où on lutte d'injustice et d'acrimonie, et où la doctrine tient trop souvent, quoi qu^on dise, moins de place que l'aiidour-propre. Je sais que l'impartialité qui a la prétention de n'écouter que la raison et le sentiment intime, de discuter au' lieu de déifier ou de proscrire, de s^élever même au-dessus des amitiés, suscite des mécontentements ; mais je sais aussi qu'elle rend des services, même à ceux qu'elle chagrine.
L'artiste ne comprend pas toujours cette impartialité; î! la repousse alors même qu'eHe ne îe blesse pas personnellement : c'est à nous de nous rendre compte dé ses dispositions, et à les expliquer pour nous justifier de n'y pas eéder. n faut qu'un artiste soit exclusif; son intolérance vient de son origihatité; s'il n'est pas lui-même, il n^est rien; eh face de la nature, if doit, après l'avoir profondément étud?ée, la reproduire comme il la voit, ta rendre comme il iiai
sent ; de son mfttirey il ne doit apprendre qu'à bien regarder et à raisonner ce qu'il a vu. S'il fait, non d'a^ès son sentiment, mais sdon les livres ou les tablea«x, selon ks pratiques ou les théories d'autnir, il est perdu i il grossira la liste éternelle des copistes et des médiocrités. Je connais un (Cintre, homme de heanoovp de mérite, qui a voulu étudier telles les doctrines^ se feçonner à toutes les manières, débattre toutes les controverses, méditer sur tous les problènes de sion art ; en s*efforçant de concilier les contraires, en essayant de construtte un ensemble avec les pensées disparates qui Se croisaient dans son esprit, it était arrivé à une confusion inextricable, à une complète impuissance de rien débrouiller, de rfon produire. Il a dû longtemps travailler à oublier, et il tt*a pu reprendre son pinceau que lor^'il est parvenu à suivre son propre sentiment.
Celui qui écrit sur les arts n'a pas les mêmes devoirs que celui qui les pratique ; il n*a pas le droit d'être exclusif : familier avec les idée^ et avec les procédés de tout le monde, il faut qu'il sache fitire à chaque école, comme à chaque artiste, sa part, et qu'il M assigne sa place ; c'est son (Mi" galion et son honneur de comprendre un coloriste a«ssi bien qu'un dessinateur, et sUl veut louer ou blàttwr une œuvre d'art, ce n'est qu'à charge d'entrer d'abord dans la pensée de celui qui l'a conçue. L'artiste, peur produire, doit s'enfernaeren lui-miéme : le crittq«ra, pour juger, doit »'idetttiftet avec l'artiste^
J'arrive 4 Texpasition actuel. PlttSieufs innovations la dâstinguent. Uadministration a introduit dans le H^ement des modifications miportaftles. En qualifiant rex^oaition d'annvelle, elle semble trancber une question eeotfsoversée, et sa déeiaion me pattttî* bonne; mais elle y Apporte tin
correctif qui prérient les abas et diminue les incoBféDÎents. Les salons annuels pouvant provoquer à la précipitation» elle a voulu qu'aucun artiste ne pût envoyer plus de trois ouvrages : on n*aura plus d*intérét à se hâter; quel que soU le nombre de ses œuvres produites dans Tannée, Târtiste derra choisir; ifsera porté, obligé même, à faire bien, plutôt qu'à faire beaucoup. On a demandé pourquoi trois, au lieu de quatre, de cinq? On élève la même ol]||ection chaque Ibis quUI s'agit de limites; le chiffre a toQJours quelque choie d'arbitraire; ce qui importe, c'est que la restriction ne soit pas eicessive : le nombre de trois répend à cette coDdilioai Plût au ciel que chaque exposant envoyât, je ne dis pas trois chefs-d'œuvre, mais trois bons ouvrages p^r année l
Le règlement nouveau modifie largement la composition du jury appelé à prononcer sur l'admission. Sous la ras** tauralion, le gouvernement choisissait à son gré les membres du jury; sous le règne de Louis -Philippe, ils étaient pris exclusivement dans l'Institut; en 1848, le gouvernement républicain supprima le jury, et fit l'essai de la liberté illimitée : ce fut asseï d'une fois; on passa, depuis, au système de l'élection par les artistes eux-mêmes; le suffnage universel, en matière d'art, a laissé plus de mécomptes qu'il. n'avait excité d'espérances. On en est venu maintenant à une combinaison mixte : le jury est composé, moitié de membres élus, moitié de membres nommés par l'administration. Il y a là dçs garanties pour les artistes, un remède contre, les cabales, une action pour le pouvoir qui ouvre les eipositions et donne les récompenses. On n'est plus électeur, comme cela s'est vu, par cela seul qu'on apporte une toile ou un plâtre d'une signature peut-être suspecte ; on n'est admis à élire qu'ajutant qu'on a^eu des ouvrages reçoê à des
expositioDS antériaires ; c*es( la porte fermée aux intrus dé' goisés sous le nom usurpé de peintres ou de sculpteurs. Les choix faits par M. te direcleiir général, parmi des amateurs éclairés, des membres de l'Institut et des personnes attachées aux musées, ont été de nature à satisfaire les exigences les plus difficiles.
Enfin, une dernière innoration, contestée dans son principe, douteuse dans ses résultats , c'est remploi du produit de la vente des livrets et de la recette des jours réservés où rentrée au salon ne sera pas gratuite, à Tacquisition d'un certain nombre d'ouyrages exposés. A cette pensée, d'ailleurs toute bienveillante, les uns applaudissent comme à une éventualité heureuse pour le travail ; les autres s'en offensent comme de la substitution d'un secours privé à la munificence natioDale* L'expérience prononcera.
Avant l'ouverture du salon , il n'était bruit que de l'excessive sévérité , de la rigueur exceptionnelle du jury ; on comptait ses victimes par centaines, presque par milliers- Ces plaintes sont le prélude de toutes les expositions ; cette foi», elle» ont été plus vives que de coutume ; sont- elles plus fondées? Il faudrait, une bonne fois, s'entendre sur la mission du jury : cek ne se peut qu'en fixant résolument, et en principe, le but et le caractère des expositions. C'est parce qu'on n'a pas osé ou pas voulu s'expliquer catégoriquement sur ce point, que les jurés se sont toujours trouvés exposés à àes accusations injustes et à des reproches en apparence mérités.
Une exposition a-t-elle pour objet de mettre le public en rapport avec les produits qui peuvent lui plaire, et déterminer des préférences d'acquisition ou de commande? Alors aucun jury ne doit s'interposer entre l'artiste et le public ;
celui-ci reste seul juge, et des juré* ne sauraient intervenir que comme aciers de police ik)or arrêter les productions inconvenantes; cMq barrière est la aeute légitime ; tant (hs pour ceux qui livrtnl de mauvaises luarehaiidises ; elles ne trouveront pas d'^etanrs. Une exposition est-elle destinée à montrer à la capitale, à TEurope, des ouvrages qui constatent d*une manière Inmorabie Tétat et les tendances de Tart français , à appeler Tatteniion sur des travaux dignes de la fixer, à encourager des efforts consciencieux ? Oh ! alors tout ne peut être inëialinctenent reçu : il n'y a plus une question de commerce, mais une question de talent; il ne s'agit pas de producteurs qui veulent laire parler d'eux et vendre, mais d'ouvrages sérieusement conçus dans des vues d^art et de progrès.
Ces deux espèces d'exposition sont utHes, sont nécessaire, mais dans des conditions différentes : la première est une affaire d'intérêt particulier, l'autre une solennité d'intérêt public. Vous apercevez aussitôt les conséquences de cette distinction ; c'^st aux artistes de faire leurs affaires euxmêmes, h l'Elat de faire celles de l'art. Le Gouvernement, dans l'accomplissement de sa haute mission, a le droit et le devoir d'être sévère ; mais , par une corrélation, par une compensation de justice et d'humanité, toute facilité doit être accordée pour l'établissement d'expositions permanentes ou souvent renouvelées , ailleurs que dans les palais nationaux. En feisant ainsi les parts, je voudrais que l'on fixât le nombre des ouvrages qui pourraient être reçus par l'administration, et que ce nombre ne (ti pas trop considérable. L'admission serait un honneur, une première récompense : elle ne devrait être attsaehée, de droit, ni à une médaille (ce qui n'existe plus depuis cette annéeX, ni à une
déooraUoD, mais à la TaLcor désoeuvrés envoyées; les membres àe rinstiUil serakiH sevls exceptés : la considèratioa due à ce corps le comporte et Texige.
On s*^ préoccupé looglemps de la question du local ; il a âdlu bksBL des atnéesiet uae révolutHm pour bannir les expositions ées galeries du Louvre où elles n*auraient jamais dû pelleter. Les Tuileries ne pouvaient convenir sous aucun rapport; le Palaia-RoyaS ne vaut pas mieux. Un décret récent a marqué la véritable place des ;Solemiités d'art, dans le Louvre achevé, prés des anciens cbefs-d'œuvre, approebés alors, Biais non plus menacés, ni compromis; en attendant, les Champs-Elysées offriront un asile aux expositions de toute nftture; quant à présent, rhtoptitalité pfX)visoire du Palais - Royal est aussi bonoie qu^eile poovait rèire , grâce aux dis^ posiitons habiles de M. le directeur général des musées et aux soins et M. Chennerière, particulièrement chargé de tout ce qui cooieerne le salon. De nouvelles galeries ont été construites, et elles fournissent un jour favorable à un grand nombre de tal^eaux et de dessins; d^autres peintures et dessins, de toui genre, oni été logés, le moins mal qu'il a été possible, dans des salles de toute dimension, très-inégalement éclairées; la construction provisoire élevée Tannée dernière présente les mêmes avantages qu'on a déjà signalés. Des banquettes ont été placées au milieu de la principale salle du rei-rde-chaussée, et permettent de se reposer devant les grandes toiles qui la garnissent. De nombreuses portières faites avec d^anctennes tapisseries forment des drrtperies d'un grand go4t et d'un très^bon effet pour la peinture; en un mot, on a tiré un parti convenable d'un local qu'il était in^ioflsible d'approprier cookplétemenià la xlestinalion transi* toii« qu'il reçoit accidentetWmenl et faute de mieux.
Une très-heureuse innaTaiion consiste dans le ripprocbement des œurres du même artbte ; on peut ainsi le coni|Mirer à loi-méme. Il est à regretter que les conYenances locales n*aient pas toujours permis dé suine celte règle : j*ai remarqué de nombreuses exceptions. Pour la première fois aussi on a réuni certaines catégories de si^^ets, telles que les fleurs et les fruits; il en résulte une monotonie fatigtnle pour Toeil et pour Tesprit. On fera bien de renoncer à cet arrangement, au lieu de l'étendre, comme quelques personnes Tont demandé, aux peintres de portraits : rien ne serait plus ennuyeux qu*un magasin de portraits rangés les uns auHdessus des autres.
L'administration ayant, depuis deux ans, l'attention délicate d'avertir à l'aTance les ardstes dont les œurres n'ont pas été admises; les portes du salon ne sont plus, le premier jour, Hyrées à l'assaut des impatiences violentes et des curiosités inquiètes. Jeudi t** avril , il y a eu foule toute la journée au Palais-Royal , mais foule calme et décente. On s'est assuré d'abord de l'absence de toute production de MM. Ingres, Delaroche, Decamps et quelques autres. S'abstenir volontairement , c'est toujours un tort, quant à ceux du moins qui travaillent encore; Il n'y a pas de cénacle admirateur, pas de cercle d'amis louangeurs, pas de salon ou de palais qui puisse valoir le grand jour du public : on ne le déserte pas impunément, et quand on a encore la vigueur du talent, on manque è l'art et à soi-même si on se condamne à n'être plus qu'un souvenir ou l'idole de quelque coterie. Des noms déjà connus nous consolent des noms absents, et plusieurs jeunes gens donnent plus que des es • pérances. Des causes involontaires ont éloigné, cette année, du salon, des peintres et des sculpteurs qu'on aime à y ren-
conlrer, MM. Delacroiv, Robert Pleury, Daozais, Dîai, Isabey , M"* Rosa Bonheur» DesboBuf, JoufTroy , qui a dû renoncer, faute de temps, à exposer une charmante Ariane, presque terminée.
Après un examen de Tensemble du salon, si on cherche à se rendre compte de son caractère général, des tendances qu*il aoeuse, de sa valeur morale, des progr^ qu*il annonce, on se troure, il fout TaTOuer, peu satisfoit. Il s*y rencontre, certes, de bons tableaux et de bonnes statues; mais je n*y ▼ois guère le rayonnement du besoin intérieur d'épancher un sentiment profond, je n'aperçois pas le mouf eînent des hautes aspirations; le pinceau ne foit pas effort pour exprimer de grandes idées : ni le patriotisme ne Texalie, ni la religion ne répure. L*art ne lutte plus contre d'anciennes routines : il en subit quelques-unes avec résignation , et même il s'en prépare de nouYcUes ; le métier cherche l'effet afant tout, et il le demande souvent aux procédés mécaniques, triste symptôme de^ matérialisme, déplorable subordi* .nation delà pensée à la main. Je revendrai plus. d'une fois sur ces considérations.
A des réflexions un peu moroses devrait peut-être succéder, pour les adoucir, l'indication des ouvrages les plus remarquables du salon ; mais une pareille liste, au début de Pexposition^ serait incomplète, et une omission courrait risque de passer pour une injustice. Je garderais- plulôt pour un résumé ce que je crains de mettre dans un préambule..
Après avoir parlé des devoirs de la crUique> qu'il me soit permis de dire un mot 4e ses espérances*. Elle se fait illusion si elle croit exercer une grande influence sur les artistes : elle corrige l'art comme la comédie les mœurs, c'està-dire qu'elle ne corrige presque rien. Il y a, trop souvent, des vanités incurables, qui se révoltent contre le conseil et
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<iui s^irriient même de U louange quind die n'eit pas une hyperbole; il y a des partit pria d'école, des docliinea sa^ perbes qui n'adteetieit aucune dbcuasion : cenaitifiS'fUûlil'tauces provienoeiit des dé&uts d'une organiiatMNi iacMnplèie ; c'est bien p» eneora ^oand Tartiste^ sans c<MMCîence et sans foi, adopte une manière parce qu'elle réussii, et à toutes les observations oppose la hH du sucoès. Bien étroit restç le cercle de ceux qui acceptent les aiis, les cherchent, y réfléehtssent et en profitent. La critique doit écrire pour ce petit nombre ; quant aux autres, elle ne les atteint <{u*à trarers le public. Les expositions fréquentes ont cet avantage d'accoutumer les yeux au spectacle des oBurres d^rt,; c'est à nous de faire comprendre à la foule le sens et la valeur de ce qu'elle regarde ; en motivant nqs jugements, nous arriverons à rectifier ceux du public, et si le go^t du public se forme, celui des artistes devra s^épurer ; quand le bon aura la vogue, pour réussir il fbudra bien faire : l'déal des triou^phes de la critique, ce serait de mettre le beam à la mode ; à défaut de conviction l'intérêt pousserait les artistes dans les bonnes votes. Eclairer le public en l'habituant à rai> sonner ce qu'il voit, telle me parait être notre première mission.
Elle est difficile à remplir dans un temps de production abondante et prom^pte. On ne s'atlend pas à trouver dans nos articles une opinion sur cbacune des l,700.eeuvres d'art envoyées au salon. Ce chiffre, inférieur à celui des années précédentes, et que l'avettir, il faut l'espérer, diminuera encore, n'impose pas d'aigre devoir que de signaler les ouvrages importants par le nom de leur auteur, par de grandes qualités, et ceux* qui attestent d'bonorahles efforts ou indiquent des tendances dangereuses.
Batailles. — MM. Horace Vernet, Debon, Langée, Sorieul^
Bellangéy Andrieuœ, Devilly.
La toile qui, par sa dimenâion, allire le plus vite les regards, c^esi la Prise de Rome, par M. Horace Vemet ; son immensité n'est pas son seul mérite, il s'en faut de beaucoup. ESUe ne rencontre, d'ailleurs, pas de dangereuse concurrence ; les tableaux de batailles sont peu nombreux : l'esprit publie n'est pas à la guerre ; on ne plairait pas aujourd'hui par des sujets belliqueux -, les faits dermes devien nent rares, et toutes nos gloires militaires ont été déjà ce lébréea par la peinture ; Versailles les rappelle toutes, depuis Ti^biac jusqu'aux combats de notre jeune armée d'Afrkfue. L'art a épuisé les lùodes de représentation comme les faits eux-mêmes. U ne serait ni aisé ni prudent d'assigner un rang ou de motiter une préférence parmi les différentes manières de peindre les batailles. Certains maîtres affectioniieol te mouvement et l'ardeur du combat ; c'est le sentiment de Léonard de Vinci : son traité de la peinture (chapitre (àl) contient de curieux détails qui se résument en ces mots : « Il ne hni Hen voir, dans tout le champ de bataille, qui ne soft rempli de sang et d*un horrible carnage. » D'autres caracténsent une bataille par quelque épisode, ou concentrent toute l'action d'une armée dans la figure dominante du chef) comme on a fiiit souvent pour Louis XIV ; d'autres, préférant le rdle d'historiens ou de topographes à celui d'aitistes, peignent les batailles ou les sièges à vol d'oiseau ; leurs tableaux ne sont pas toujours indigties d'un musée, mais ils appartiennent plutôt au dépôt de la guerre,
et serTent lurlont aax éindn det orOcien d'état-msjor : M. Jang Tient d'écrire une bonne pige de ce genre, représentant une vue générale de la vilie de Rome et des travaux de tiége exécutés pir l'année française la Teille de la reddition de la place.
M. Horace Vemet a peint les batailles de toutes les manières, depuis les mêlées les pins riolentes jasqn'ani grandes lignes de la stratégie moderne. Dans les dernières années, soit par nn choix spontané, soit pour se conformer à des convenances locales, il a donné à ses toiles des proportions énormes. Il s'est trouvé là plus à l'aise pour multiplier les incidents, pour bire mouvoir des milliers de figures avec la prodigieuse facilité de conception et d'exécution qui forment son apanage. Mais tout n'est pas bénéflce dans la liberté d'allnres que donnent ces immenses espaces ; la limite y devient difficile à tracer entre le tableau et le panorama : l'extrême variété fait rMDpre Vanité, et sans unité il n'y a point d'œuvre d'art. La Prwcde ta 5MaJaaTiitdéjà (ait naître ces réflexions; on en avait dit autant devant les dessins de je ne sais quelle victoire faite par M. Vemet pour l'empereur de Binsir L'impression est, je le crains, la même au Palais-Royal. M. Vemet, chaîné de représenter la prise d'un liaslion qui a déterminé la reddition de Rome, par l'armée française en 18i9, a dressé, d'après nn ordre du jonr et an rapport officiels du général en chef, un long invenUlre de tout ce qu'il avait à mettre dans son compte rendu ; il y a tout mis, tout i sa [riace, à son moment; mais il y a mis tant et tantdeeliascsqn'il faut renoncera saisir un ensemble. Prenei un i un tous les groupes, tous les objets, tous les incidents, vous serei rbarmé de la vérité du rendu, de l'extréme habileté de l'Imitation, du caractère des Tigores, de la
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Tariété infinie et de inexactitude des poâes» de ce chk militaire que personne ne possède à un plus haut degré que M. Yemet; tout est animé, tout se meut bien dans chacune des scènes qui se succèdent. L'action est à peine éclairée par les premières lueurs du jour, ce qui Jette sur tout le tableau une lumière générale asseï étrange ; les peintres critiquent cet effet : je ne discuterai pas aTce euxr Tandis qu'ils parlent ton et couleur, je cherche la tille assiégée : où donc e»t Rome? Voilà bien une camps^e qui peut rappeler la cam> pagne romaine; mais la YiHe étemelle que Tannée française Ya prendre? Mais le Capitole, le fort SaintrAnge, la coupole de Saint-Pierre? Quand Vandermeulen peint k prise d'une ville de Flandre ou de Franche-Comté, U la fait aussitôt reconnaître à ne pas s'y tromper. Rome, après tout. Tant bien qu'on la montre, au lieu de la faire deviner par l'indication lointaine de la petite pyramide de Gains Sektius. Et puis quand on rappelle un fait d'armes comme la prise d'un bastion, pourquoi choisir Tinstant où l'effort des grandes résistances a cessé? 43n m'assure que, dans l'origine, M. Vernet avait conçu autrement la disposition de son tableau, et que le spectateur ne tournait pas le dos à la ville; pourquoi avoir chitfigé?
r^n loin de la grande page où M^ Vernet a déployé les qualités ordinaires de son talent, M. Debon a représenté, dans de petites proportions, la bataille de Grenade, qui mit fin à la domination des Maures en Espagne. Beaucoup de figures réunies et serrées ne font pas une mêlée, et la pose de gens qui ont l'air de vouloir se battte ne donne pas l'idée d'un vrai combat; c'est le mouvement qui manque à m. Debon, et ce défaut est rendu plus sensible par la lourdeur du deMin de ses figures : la plupart de ies guerriers mu-
sulnoans on ehrétiens sont coarts et trapas. Si ces torts fKHiTateDt être rachetés, ils le seraient par de belles qnatUés de coQlear et d*ageiiGeinent,
M. Langée H*est pas froid; il pèebe plutôt par un excès de chaleur, par une espèce de fougue de jeeraesse que n'accompagne pas encore Texpérience. îl a fiaiit abus des attitudes violentes concentrées dans un petit espace ; ses raccourcis sont cherchés, mats pas toujours réussis; ses personnages se présentent superposés les uns aux autres d*uné manière pénible. Quelques parties d*un dessin ferme et un bon coloris fpénéral excusent à prîne la feiblesse de la composition. Il semble que M. Langée ait tobIu s'accuser lui-même par le rapprochement de sa notice et de son tableau ; il raconte le siège héroïque de Saint-Quentin, où une poignée de braves, commandés par CoHgny, ont arrêté une armée portée jusqu'à cent mille combattants , et il peint une sortie de quelques assiégés repoussant une attaque de quelques assaillants. . Quelle disproportion entre le bat et le résultat I
Nos tristes guerres civiles de 1793 ont fourni à M. Sorieul un sujet intéressant quMl a bien conçu et bien rendu. Les troupes républicaines viennent de s'emparer du Mans, après un combat acharné contre les Vendéens: on échange les derniers coups de feu ; mais Mareeau et ses soldats, aussi généreux que braves, se souviennent que c'est contre des citoyens qu'ils se battaient il y a quelques instants ; la fumée de la poudre n'est pas encore dissipée, el déjà ils ne songent plus qu'à protéger les vaincus contre la fureur des partis poliiiques : ici, c'est Marceau rassurant M^i« des Melliers qui se précipite à ses pieds; là, c'est le lieutenant-colonel Vidal qui sauve M. d'AutichaMep en lui dontuinl son uniforme ; ailleurs un soldat repousse une femme furieuse qui se précr-
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pite, un |ioigQiird à la tsmùf sur ides Vendéens blessés et Sàm défenae. Cda oonsoèe 4e Toir la magnasiimUémiiitaiffe jBter aa noble Intervenlîon dans les discordes etriles. M. Sorieul a éié bien inspiré en rappelant œ beMi souvenic* Pent^ éAve, dans son honorable préoccnpà&ioit, «^41 trop cèerelié à donner «ne signification senUo^entele à cbacnn de ses groupes; il amis de Tintérêt partout au lien de le fiier principalement sur on point* Du reste, par une disposition savant» qu'il foudrajit beaucoup louer^ si eUe n^tail un peu régttiiière dans une scène de désordre^ il a, tout en garnissant l^s premiers plans de figures nombreuses^ lait con^ vei^r le regard et porté la plus vi?e lumière mr le groupe principal, celui du jeune général et de la jeune iille qui l'implore à genoux. Les figures et leurs attîdudes sont étudiées -avec soin, ainsi que les accessoires. La toucbe laisse à désirer de la fermeté, Tair de la transparence; l'aspect gémni pècbe par un excès de tons gris; on ne Iroufe nulle part de foits contrastes d'omiMres et de lumières et les naaiaans de la (dace sont peintos un peu lourdement. Tel qu'il est, toutefois, le UUeau de M. Sortenl atteste un travaH consciencieux, un talent qui promet et une habileté d^ Jtcquise,
M. Bellangé est resté fidèle aux gloires impériales que son pinceau a si souvent célébrées. Le salon de celte année lui dqU un passage du Gnadarrama, dont le paysage a de la grandeur, et où la marche des , tripes e^ d'une parfaite vérité ; ces pelotons de chasseurs de la garde impériale,, conduisant leurs chevaux par la bride, et c^mservant leurs rangs malgré la tourmente; «eUe longue colonne descendant la mottlagne en bon ordre, et Napoléon se détachant au eentre, tout cela intéresse ; mais pourcpioi ne voit- on plus
k neigé tomber? pourquoi i*air est-il si pur sur les premiers plans? pourquoi ces uniformes sont-ils si propres? •Je ne dis rien de Tépisode de la retraite de Russie ; en présence de ces tristes images, l*art ne soulage le cœur que par des CBUTreséminentes. J'aime mieux louer TefTet saisissant du passage d« Danube, pendant cette nuit mémorable où Napoléon préludait, par des opérations merreilleuses de génie et de préfision, à la victoire de Wagram.
M. Andrieux a eiposé une bataille de Waterloo réduite à rimportance d'une escarmouche ; sur une scène sans intérêt, Tartiste a eu, de plus, le tort de poser un ciel d'une affreuse pesanteur. M. Charpentier (Eugène-Louis) a mieux réussi, bien qu'on ait à lui reprocher un faire trop lisse et trop fini, une scène de la défense de Paris par les élèf es de récole polytechnique, le 30 mars 1814.
L*arniée d'Afrique a sa part dans l'exposition. M. OevIHy a feint' la bataille de Bas-Satah, c'est-à-dire le moment où le général Randon part pour la liyrer sur la crête des rochers, après avoir &it arrêter les chefi arabes qui avaient essayé de le tromper dans sa marche. Les figures de ce petit tableau ont de la tournure, mais elles manquent d'espace, et l'ensemble aurait besoin de plus d'énergie, d'animation et de couleur.
AixéGORiBS. — MM. Débom, LépaulU^ AM de Pujol, Leh-
matm, HanwHf Orner CharleU
Si le salon de 1862 contient peu de tableaux de bataille, ce que je ne regrette guère, il offre plusieurs sujets allégoriques, et je le déplore. Je ne connais rien de plus &ux et de plus froid en peinture que l'allégorie. Vous voules parler, par les yen%