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M. Friant a quelque peu abandonné sa manière d’autrefois. Cette liberté de facture, qui l’avait jadis mis en relief, semble lui avoir pesé. Il est devenu raisonneur et il a tenu à nous montrer dans le Bon Chien , — un chien à qui causent deux braves femmes de la campagne, — qu’il avait, quand il le voulait, un œil inexorable. Ladémonstration est faite; nous savons que M. Friant peut pousser très loin le rendu et ne faire grâce, si c’est exigé, d’aucun menu détail. Il serait puéril de la renouveler et à M. Friant, méticuleux, nous préférons de beaucoup M. Friant ancienne formule.
M. Rosset-Granger a trouvé, pour modifier la sienne et abandonner les orangés et les bleus intransigeants, un motif des plus simples et à la fois des mieux agencés. Nous sommes dans la salle à manger. La table est dressée. Madame, — une jeune et jolie personne — est à sa place, dans l’attente. Devant elle, le couvert du mari absent. On se boude. C'est la Lune rousse. La page est charmante : les détails y sont écrits avec esprit. Un peintre de genre, qui fera son chemin, est né. Ce Salon-ci nous en avertit.
M. Rusinol, — qui est d’origine espagnole, — • a mis lui aussi beaucoup d'esprit à nous conter comment, dans certains cabarets borgnes, des femmes interlopes attendent le client, dans une salle dont le demijour favorise leur petit commerce.
M. Steinheil nous a conduit dans un tout autre monde : celui du xvie siècle et des convenances familiales. On y fait la lecture, on y exhibe surtout de beaux costumes que l’artiste a rendus dans toute leur vérité.
A noter aussi la femme lisant de M. Laureano Barrau; une grande composition de M. Paul-Albert Baudouin, l'Écriture sur la pierre , qu’accompagnent un beau portrait de M. Élisée Reclus, le fameux géographe, et un Repas de glaneurs rendu dans la note aimable; diverses pages assez froides de M. Hagborg qui a décidément abandonné les plages où il promenait d’ordinaire des marins attardés ; une série d’études de femmes à la physionomie peu engageante, qui se répètent et portent la signature de M. Picard; des portraits de MM. Edelfeldt, Mathey, Edouard Sain, Van Beers, enfin trois figures élégantes de M. Tofano, l’auteur des mariés Enfin seuls! tableau exposé il y a tantôt quinze ans et que la gravure a rendu populaire. M. Tofano n'a fait jusqu’ici que de très rares apparitions au Salon. C’est à peine si, de loin en loin, on a aperçu de lui dans les cercles quelques-unes de ces physionomies parisiennes qu'il s’entend si bien à chiffonner. Né à Naples en 1842, M. Tofano n'a commencé à peindre qu'assez tard. Il a eu pour premier maître Morelli, le chef de l’école napolitaine. C’est dans le genre historique qu’il s’est d'abord essayé. Un peu plus tard
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LA PEINTURE
il s’est épris d’une belle passion pour l’aquarelle. L’art avec lequel il la maniait appela sur lui l’attention et l’amena tout droit à Paris où les amateurs se disputaient ses compositions toutes secondaires. Il y a fait un chemin rapide et sa notoriété se serait depuis longtemps affirmée si, doutant moins de lui-même, l’artiste avait mis plus souvent le public à même d’apprécier les séductions de sa couleur et la grâce qu’il prête à ses modèles.
Si nous passons maintenant au paysage, nous constatons qu’il compte ici de vaillants représentants. M. Cazin marche à la tête de ces derniers. M. Eugène Boudin voit les choses par la tache; il connaît ses valeurs et s'il a une tendance à voir gris, on l’oublie volontiers en constatant l’art avec lequel il baigne tout d’atmosphère.
M. Wahlberg est également de ceux qui ont affirmé leur maîtrise dans le paysage. On a encore présents à l’esprit ces sites que l’artiste suédois fixait avec une virtuosité incontestée. Les recherches des impressionnistes paraissent avoir ébranlé ses convictions d’autrefois. Il a sacrifié à la formule nouvelle et, ce faisant, M. Wahlberg s’est fourvoyé. M. Sisley, qui a su mettre du soleil sur ses meules, ne reconnaîtra point en lui un adepte bien habile et il faut souhaiter que, dégagé de cette aventure, M. Wahlberg, redevenu lui-même, regarde la nature avec ses yeux d’autrefois.
Robustes apparaissent les études de M. Lebourg; violentes, celles de M. Lepère, délicats dans leur tenue les divers motifs deM. Iwill; un peu graves, ceux de M. Jettel.
M. René Billotte s’est tenu comme d’habitude aux mélancolies des fortifications parisiennes. Il a noté avec tendresse leurs gazons poitrinaires, leur aspect poussiéreux et terne. Mais s’il n’a point poussé plus loin ses reconnaissances, ce n’est pas par amour exclusif du motif. Attaché à l’un de nos ministères, M. Billotte ne peut consacrer que fort peu de temps à son art. 11 est condamné à aller au plus près jusqu’à ce qu’une situation nouvelle lui rende plus de liberté. Cela ne l’a pas empêché d’être médaillé en 1881, d’avoir une seconde médaille à l’Exposition universelle et de figurer
chaque année avec un certain éclat à l’exposition des Pastellistes.
M. Baertsoen est à un pôle opposé. Il ne cherche ni les délicatesses ni les harmonies. Il est nerveux; il voit la nature solide, robuste et les études dont il a accompagné sa grande toile : En ville flamande, le soir, redisent assez son tempérament. Ce n’est point lui qui s’attarderait aux infiniment petits qui séduisent M. Pranishnikoff. Et cependant on ne saurait contester l’art avec lequel l’artiste russe a su les rendre sans tomber dans la mièvrerie et la sécheresse. M. Mesdag conserve dans ses tragédies de la mer une primauté depuis longtemps acquise. Il a, pour lui faire cortège, avec des préoccupations fort différentes, MM. Moore, Courant et Dauphin.
Fort modeste en nombre et en intérêt au Palais de l’Industrie, la nature morte ne compte au Champ-de-Mars que quelques spécimens. Ils sont tous, d’ailleurs, recommandables. Ils portent les signatures de MM. Georges Griveau, Kreyder, Zakarian, de M1111'8 Madeleine et Suzanne Lemaire.
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LA SCULPTURE
’hui, c’est une vérité devenue banale, que notre de sculpture a réussi à prendre le pas sur notre de peinture et à produire des œuvres d’une conception souvent heureuse, d’une exécution robuste et presque toujours supérieure. Il y a, dans cette branche des arts plastiques, plus de maîtrise, plus de sève et peut-être aussi plus de personnalité, encore bien qu’à de certains signes il semble que beaucoup
cherchent à s’inspirer des traditions de nos gloires du xvn9 siècle.
Parmi les courants que l’exposition de cette année accuse, il en est un que le public paraît avoir suivi, dans ses manifestations assez semblables, avec plus d’aisance et de spontanéité : nous voulons parler des tentatives polychromées dont MM. Gérome et Barrau sont ici les représentants les plus autorisés.
M. Gérome s’est étudié à employer les deux modes les plus opposés de polychromie : celle qui emprunte sa coloration à la matière même, qui lui demande, par le choix judicieux des matières colorées, une sorte d’immortalité, et celle qui demande au peintre d’ajouter à une matière unique l’attrait de la couleur et sa variété même.
La Bellone de M. Gérome appartient à la première. L’or, l’argent, le bronze, l’ivoire et l’émail entrent dans sa composition et si nous ne donnons point ici une description de cette œuvre impressionnante, c’est pour ne pas répéter ce que nous avons déjà dit dans le volume précédent.
Galatée et Pygmalion appartiennent à la seconde. Des colorations délicates teintent le marbre. Un ton rosé a été passé sur les chairs du sculpteur cypriote, dont la blouse porte la trace de l’émeraude. Les cheveux de Galatée sont dorés; un peu de carmin anime son visage et ses mains.
M. Gérome avait pris soin de nous dire dans un tableau ce que serait l’ordonnance de son groupe et s’il a eu des précurseurs, il faut dire qu’il n’en a suivi aucun. Boucher et Lagrenée nous ont montré Pygmalion amoureux de sa statue. Régnault l’a peint au moment où il priait Vénus de l’animer; Girodet a chanté à son tour sa légende. Ce fut même son dernier chant. A dire vrai, il constitua son œuvre la plus gracieuse et tout Paris lui fit fête. Louis XVII I, émerveillé, s’arrêta avec complaisance devant le tableau, qui est aujourd'hui au Louvre, et cita même, disent les anecdotiers du temps, les vers d’Ovide qui ont consacré l’allégorie : Dum stupet et timide gaudet... Pour ne pas être en reste avec cette royale réminiscence, un poète anonyme colla sur la bordure le quatrain suivant :
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LA SCULPTURE
Peintre charmant d’Endymion,
Viens jouir des transports de la foule enchantée; Tout Paris pour ta Galatée A les yeux de Pygmalion.
Quelque cinquante ans auparavant, Paris s’était déjà enthousiasmé pour une Galatée d un autre ordre. Celle-là avait été taillée dans le marbre et elle portait la signature de Falconet. Galatée venait d’entr ouvrir les yeux; les bras mollement allongés, elle regardait en souriant vers Pygmalion qui était à ses pieds. Dans une lettre adressée à Grimm, Diderot célébrait ce groupe en ces termes : « Il n’y a que celui-là au Salon. Et de longtemps il n’aura de second... La Nature et les Grâces ont disposé de l’attitude de la statue... Quelle innocence elle a ! elle est à sa première pensée; son cœur commence à s’émouvoir, mais il ne tardera pas à lui palpiter. Quelles mains, quelle mollesse de chair! non, ce n’est pas du marbre; appuyez-y votre doigt et la matière qui a perdu sa dureté cédera à votre impression. Combien de vérités sur ces côtes ! Quels pieds ! qu’ils sont doux et délicats ! O le beau visage que celui de Pygmalion ! O Falconet! Comment as-tu fait pour mettre dans un morceau de pierre blanche la surprise, la joie et l’amour fondus ensemble? Émule des dieux, s’ils ont animé la statue, tu en as renouvelé le miracle en animant le statuaire... Le faire du groupe entier est admirable. C’est une matière une, dont le statuaire a tiré trois sortes de chairs différentes. Celles de la statue ne sont point celles de l’enfant, ni celles-ci les chairs de Pygmalion. » Diderot en était enthousiaste. Il ajoutait toutefois que Falconet aurait obtenu un effet plus neuf, plus énergique si, au lieu de placer Pygmalion accroupi aux pieds de la statue, il l’eût montré debout, posant la main à la place du cœur pour s’assurer qu’il commençait à battre.
M. Gérome, en modernisant ce sujet antique, a tenu compte de l’observation de Diderot. Il n’a point taillé dans le marbre un Pygmalion hésitant, inquiet, ramassé sur lui-même. Il l’a dressé sur la pointe de ses pieds ; il l’a, dans un mouvement plein d’inexprimable passion, élevé jusqu’à la statue, pour l’étreindre et la presser fiévreusement sur
sa poitrine. Il a obtenu ainsi un « effet plus neuf, plus énergique » , et il a ajouté à cet effet le charme d’une exécution supérieure.
A l’inverse, M. Barrau a mis aux pieds de Salammbô le Libyen Mathô, une sorte de géant, de Goliath stupide et superbe, qui commande les mercenaires révoltés contre Carthage. Mais tel était le récit de Flaubert et l’artiste l’a suivi à la lettre.
Il a mis toute sa science à modeler le corps de la Carthaginoise, dont la souplesse et l’élégance contrastent avec la rudesse du barbare. Aussi tout le monde a-t-il applaudi à la décision du jury qui a accordé àM. Barrau une première médaille.
MM. Gérome et Barrau ne sont point les seuls qui aient demandé à la couleur de souligner la forme, pour l’animer. M. Louis-Robert Carrier-Belleuse a marié le marbre et le bronze dans sa Charmeuse de panthères ;M. Claudius Marioton, le bronze, le porphyre, l’or, l’argent et le fer dans son Satyre , inspiré du poème de Victor Hugo, aussi bien que dans sa Rosée; M. Moreau-Vauthier, l’ivoire et le bronze dans sa Tête florentine ; Mme Besnard a coloré, au Champ-de-Mars, une Proserpine , destinée, il est vrai, à être exécutée en céramique; enfin, parmi les plâtres teintés, nous avons relevé ceux qui portent les signatures de MM. Blanc, Chrétien, Debon, Début, Fargues, Masseau, Neulin, Richou, Savine, Schiffi, Signard et MUo Halse.
Cette tendance des sculpteurs à faire appel à la couleur pour varier les aspects de la matière n’est point nouvelle. Sans parler des Égyptiens qui avaient colorié la pierre, sans détails, sans préoccupation de la vérité, dans une intention purement symbolique, les Grecs avaient, même aux époques les plus florissantes, sacrifié à la polychromie. On pouvait citer comme des merveilles en ce genre la Diane Laphisa de Ménechme, l’Esculape de Calamis, le Jupiter d'Olympie, la Minerve du Parthénon, œuvre de Phidias, et la Junon d’Argos. En appelant la peinture à son aide pour décorer ses temples au dedans comme au dehors, l'architecte grec avait invité les sculpteurs à se mettre à l’unisson. La plupart d’entre eux ne le firent cependant qu’avec discrétion; comme Phidias, ils se bornèrent généralement à
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l’alliance de l’or et de l’ivoire et créèrent la statuaire chryséléphantine, Ils pratiquèrent peu la polychromie artificielle, que perpétua au contraire la décadence romaine.
Les artistes byzantins, ceux du moyen âge, ne se firent point faute de peindre leurs statues, surtout celles qui devaient orner les basiliques et les églises. A l’époque de la Renaissance, Donatello en Italie, Germain Pilon en France, y eurent recours et on peut encore voir au Louvre quelques curieux spécimens de leurs œuvres ainsi appropriées.
Malgré ces précédents, nous ne croyons guère au succès des tentatives que M. Gérome et ses émules, après Pradier et Clésinger, avec une discrétion qui prouve d’ailleurs leurs propres incertitudes, font
aujourd'hui, pour remettre en honneur la sculpture polychrome. La qualité des matières à assembler doit être le plus souvent, pour un artiste, un embarras plutôt qu’une ressource. Si, en ajoutant la couleur à la forme, il augmente l’illusion, cette illusion est de trop courte durée. Derrière elle, on sent bien vite l’immobilité et la lourdeur de la matière.
On ne voit pas bien quel charme la couleur ajouterait au Repos de M. Alfred Boucher : une jeunesse d’un galbe délicieux, étendue sur un de ces meubles romains que le génie de Boule avait amodiés pour les raffinés du siècle dernier. Il y a tout lieu de penser qu’elle y perdrait au contraire, parce qu’en se recommandant davantage de la nature, elle parlerait sans doute moins à l’esprit.
Peut-être la statue de femme si noblement drapée par M. Mercié pour le tombeau de Cabanel eût-elle gagné au contraire à être coulée en bronze. Transformée en note sombre, sur un monument clair, elle eut mieux marqué sa destination funèbre et, bien que l’arrangement en soit totalement différent, le tombeau deMazarin par Coysevox, qui est au Louvre, fournit sur ce point une indication, à nos yeux, assez concluante. M. Mercié ne s’est pas tenu, au surplus, à cet envoi. Il y a joint un intéressant Guillaume Tell qui lui a été commandé par la ville de Lausanne.
Pour M. le prince de Léon, M. Frémiet, qui a exposé une Isabeau de Bavière en bronze doré, a exécuté un beau bas-relief, Olivier de Clisson, modelé avec une vraie grandeur, sur son cheval de bataille.
De M. Marqueste, l’auteur d’une Cigale , il convient de retenir un marbre, Nessus, groupe d’un heureux arrangement; de M. Roulleau, une monumentale Jeanne d' Arc , qui n’est point sans originalité; de M. Peynot, les Quatre Parties du monde, destinées au château de Vauxle-Vicomte, et un fragment du monument commandé à l’artiste par la ville de Lyon, A la gloire de la République; de M. Gain, des tigres féroces; de M. Gardet, une lutte entre Bison et Jaguar , le Singe et la tortue; de M. Bartholdi, un groupe monumental, Washington et Lafayette.
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LA SCULPTURE
M. Adrien Gaudez a taillé dans le marbre un Molière enfant, lisant quelque comédie de Plaute ou de Térence, son martelet de tapissier à la main. M. Albert Lefeuvre s’est inspiré d'une agréable poésie de Gustave Vautrey pour modeler une Muse des bois. Pour la décoration delà cheminée de la Bibliothèque des Facultés de la ville de Grenoble, M. Urbain Bastet a coulé en bronze un bas-relief symbolisant les lettres, les sciences et le droit. Pour l’État, feu Ernest Christophe a exécuté en marbre le Baiser suprême; Croisy, Y Architecture, statue destinée à la décoration de la cour du Louvre ; Daillion, Y Archéologie, figure décorative ayant la même destination.
M. Dalou triomphe au Champ-de-Mars avec deux groupes : l’un en marbre et inachevé, les Épousailles; l’autre en plâtre, Bacchus consolant Ariane.
M. Injalbert, qui se recommande des sculpteurs de l’école de Versailles, a exposé divers bronzes à cire perdue : une Nymphe surprise par un Satyre, une Ève après le péché, la Danse et une Tête coupée qui ne manquent ni de souffle ni d’élégance.
La Femme couchée de M. de Saint-Marceaux a intéressé par son mouvement bien plus que par son modelé.
Le sculpteur belge M. Constantin Meunier, dont le succès fut si vif à l’Exposition universelle de 1889, et l'année dernière encore, au Champ-de-Mars, n'a point cherché le style dans son Faucheur. Il y a mis du mouvement; il en a fait un type, le type du monde de la pauvreté et du travail rustique. Au Faucheur il a joint un Enfant prodigue , la Glèbe et une étude, L’ Industrie, qui rappelle par certains côtés quelque morceau antique.
M. Bartholomé dont l’envoi avait, l’année dernière, éveillé bien des curiosités, a ajouté un groupe de deux figures au monument dont il a conçu l’ensemble. On se rappelle peut-être que les quelques figures isolées qu’il avait exposées au Salon de 1891 et qui sont destinées à être reliées et complétées, révélaient un sentiment douloureux. Il y avait, à côté d’un ange soulevant la pierre du tombeau, des figures d'hommes, de femmes, et trois corps étendus où l'on sentait percer
un peu de cette émotion qui caractérisait les œuvres des artistes du moyen âge. Les deux figures de cette année participent de ce sentiment. Un homme et une toute jeune femme, d’un modelé suave, s’aventurent à l’entrée d’un sanctuaire mystérieux, pour tomber ensemble dans l’éternité. Le morceau a une certaine fierté mystique. Maison ne saisit pas très bien encore la pensée de M. Bartholomé et il faudra attendre, pour apprécier sa conception, qu’elle ait été définitivement formulée dans son entier.
Quand nous aurons cité le monument de M. Aubé élevé à Meaux à la mémoire du général Raoult, le Jardinier arrosant de M. Baffier, la Prière et la Douleur de M. Lenoir, le Caïn colossal de M. Vallgren, les superbes bronzes de M. Carriès, qui a joint à ces morceaux de haute marque des grès émaillés rappelant les belles pièces des artistes japonais, le Coucher de l’enfant de M. Daillion, le Grisou de M. Gréber, le Chien danois de M. Lami, la Source en marbre de M. Mengue, le Baiser filial de M. Mombur, un Saint Jérôme taillé dans le bois par M. Savine, le Passant de M. Thivier, la Bataille de chiens de Mmo Thomas-Soyer, le Paysan du Danube de M. Vidal, le Saint Saturnin de M. Seysses, la Victime de Cléopâtre de, M. Loiseau-Rousseau, les Derniers jeux de M. Faivre, la Tendresse maternelle d’Hector Lemaire, il nous restera à signaler une série de bustes, remarquables pour la plupart, qui portent les signatures de MM. Rodin (M. Puvis de Chavannes), Dalou (MM. Francis Magnard et Jules Jouy), Puech (M. Méline), Godebski (Beethoven, Émile Perrier), Fagel(M. Cavelier), Crauk (Faidherbe, M. le sénateur Corbon), Carriès, Injalbert, Lenoir, Leroux, Ringel d'Illzach, Saint-Marceaux (M. Tirard), Barrias (Ricord), Antonin Cariés, Chrétien, et Marquet de Vasselot.
Et M. Falguière? Et M. Dubois?
Ni l’un ni l’autre n’ont exposé. Tous deux étaient absorbés par d'importants travaux. Mais s’ils ont déserté le Salon de 1892, ils prendront, nous assure-t-on, une glorieuse revanche au Salon de i8q3.
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LISTE DES RECOMPENSES
SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS