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LA PEINTURE
complet, rapprocher X Épave de M. Ary Renan, un crâne foulé par le pied blanc d’une jolie fille égarée sur une plage; un triptyque assez énigmatique de M. Frédéric, qui a pour titre : Le peuple verra un jour le soleil se lever. Sauf en temps de pluie, le peuple le voit d’ordinaire tous les jours. Mais la pensée de M. Frédéric ne s’est pas arrêtée à cette constatation terre à terre. Il a voulu symboliser, paraîtil, les amertumes de la vie. Il a montré les humains, petits et grands, hommes et femmes, gravissant, sous un ciel d’orage, une côte escarpée. Plus loin, les ronces qui sèment la route ont déchiré, ensanglanté le corps d’enfants qui s’avancent tout nus, les larmes aux yeux. Enfin, couronnées de feuillages, vêtues de blanc, la main dans la main, après avoir franchi cette zone fatale, des vierges sages chantent au soleil, à la lumière, un hymne joyeux. C’est mystique et cela n’a à aucun degré le charme des primitifs.
M. Axel-Waldemar Galien, un artiste finlandais, a, dans une autre salle, exposé un autre triptyque qui se recommande par l’exécution, par la couleur. Il représente des vieillards à la poursuite de blondes jeunesses qui toujours leur échappent. Le livret est muet sur la nature de ce sujet, que l’artiste a appelé la Légende de Aino. Cette légende est empruntée à une épopée finlandaise, composée à une époque encore mal précisée, et recueillie de nos jours par un érudit, M. le docteur Lœnnot. Cette épopée, qui est en quelque sorte YLliade de la Finlande, a pour titre Kalevala et comporte cinquante chants, traduits en français par M. Léouzon Le Duc. Kalevala est la demeure d’un héros gigantesque; elle est en lutte avec une autre ville, Pohja,et cette lutte est d’autant plus vive qu’il s’y rencontre une Hélène que le mari entend châtier. On se bat pour des femmes; à l’instar des premiers Romains, les Kalevaliens ont du ravir leurs compagnes aux Pohjaliens. Il se mêle à cette action fort compliquée des demi-dieux qui sont de véritables magiciens, si bien que le poème abonde en aventures inextricables, fantastiques, qui rappellent par certains côtés les contes des Mille et une Nuits . Et puis les détails de mœurs abondent. On nous raconte tous les mille riens du ménage, la tyrannie des ma-
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ris, les ruses de la femme, la misère des uns, la paillardise des autres, tout cela avec une finesse d'analyse psychologique qui déconcerterait la patience d’un Chinois.
C’est dans ce milieu épique, quelque peu troublant, que M. Galien est allé chercher le sujet de son tableau. Les visiteurs qui se sont arrêtés devant son oeuvre, — et ils sont nombreux, — • auraient désiré trouver dans le livret quelques lignes qui leur permissent de connaître la donnée de la légende ainsi racontée. Nous souhaitons qu’à défaut du livret ces sommaires explications leur tombent sous les yeux. Elles leur permettront peut-être de s’intéresser davantage à un artiste qui s’est affirmé ici très peintre et peintre très doué.
Le nu ne domine point au Champ-de-Mars. On peut même dire qu’il s’est fait rare. En revanche il est assez varié dans sa formule. MM. Carolus Du’ran, Aublet, Dinet, Gervex, Zorn, Rosset-Granger, MUo Lee-Robbins, lui ont donné des interprétations assez dissemblables. M. Callot seul paraît lui avoir demandé de trop parler.
Sa toile a pour titre le Printemps. Elle représente deux femmes abritées par des verdures d’un ton éteint. L’une, étalée à terre, la tête en avant, n’a plus rien à demander. Elle paraît être, comme la Messaline de Juvénal, quelque peu lassata. La seconde est assise, et, la bouche tendue comme pour offrir un baiser, elle montre ses seins d’un geste provocant. Nondumsatiata. L’aventure, on en conviendra, est assez fin de siècle. Nous ne nous serions pas arrêté à la rappeler si M. Callot ne l’avait contée dans un langage d’une certaine maturité. Il y a, en effet, dans son Printemps, beaucoup d’art. Le modelé de certains morceaux est d’une assurance et d’une enveloppe qui ont droit à nos suffrages. Double raison pour regretter que tant de vaillance ait été mise au service d’une composition d’un érotisme par trop indiscret.
M. Harrisson, de Philadelphie, a trouvé aussi, pour traiter le nu, une note qui ne manque point de délicatesse. Ses Baigneuses ont du charme, de la chaleur dans leur tonalité ambrée, et on peut noterl'un de ses Gamins comme une excellente académie qui ne sent en rien l’École.
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Citons encore une baignade de M. Armand Point, un nu délicat de M. Armand Berton, la Flûte de Pan de M. Trotter et une femme étendue Sous les branches de M. Albert Fourié.
L’exposition de M. Besnard est particulièrement intéressante. Elle comprend deux figures : le Réveil , conçu dans une note vaporeuse et douce, le Sourire où l’on note ces reflets que l’artiste prend plaisir à souligner avec une attention qui eût fait autrefois le désespoir de M. Ingres ; puis quatre portraits d’allures différentes.
M. Whistler, l’artiste américain dont nous avons retracé la carrière dans le volume précédent, a envoyé cette année un portrait en gris et rose d’une heureuse harmonie. Ce portrait est accompagné de nocturnes et de marines d’une tonalité délicate où il ne faut point chercher l’accent de la nature. M. Whistler y apparaît comme un symphoniste expert, qui se joue de certaines difficultés.
Aux deux portraits de M. Boldini nous ferons les mêmes compliments et les mêmes critiques que précédemment. Ils sont d'un ton fin et distingué; en revanche, leur mise en place est bizarre; ils s’équilibrent mal dans des intérieurs dont la perspective est chancelante.
On ne s’explique pas bien que l’Etat ait fait ici l’acquisition de la Cannencita de M. Sargent. Certes cette danseuse espagnole est bien campée. Elle a de l’allure, mais l’exécution en est bien inférieure, et M. Sargent ne s’est point souvenu, en traitant les étoffes, des enseignements qu’il a pu recevoir à l’atelier de Carolus-Duran.
M. Gustave Courtois est resté précieux et maniéré dans ses nombreux portraits. M. Dagnan-Bouveret s’est laissé, lui, influencer par les tendances de M. Besnard. L’étude des reflets, la recherche des colorations étranges l’ont obsédé et on retrouve ces préoccupations très nettement accusées dans une Etude de Breton , qu’une lumière jaune éclaire à droite, sans trahir, par son milieu, le secret de sa naissance.
M. Alfred Stevens, qui a réuni au Champ-de-Mars un nombre d’œuvres important et dont beaucoup portent la patine du temps, apparaît tel qu’il a toujours été: un raffiné, qui ne demande point beaucoup à l’invention, mais qui trouve sans effort sur sa palette la distinction et la richesse. Des figures, un intérieur d’atelier d'un faire qui rappelle certains Munkacsy d’autrefois, des paysages, des marines, M. Alfred Stevens s’attaque à tout en coloriste émérite.
Moins distingué dans sa couleur, mais très précis et parfois hanté par les préoccupations des primitifs, son fils, Léopold Stevens, se recommande à l’attention.
M. Jozef Israëls a droit au même intérêt pour ses Soins maternels. Expert dans l’art de promener la lumière, d’en graduer l’intensité, le maître hollandais avait paru jusqu’ici se cantonner dans une note sombre et lourde. Sa palette, ici, s’est éclaircie. La tendresse du sujet — une jeune mère toute à son enfant — l’a conduit à plus de fraîcheur, à plus de poésie, en donnant pour horizon à cette scène, à travers les carreaux d’une fenêtre mal ajustée, un paysage mélancolique en des verdures cependant printanières.
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LA PEINTURE
Un autre étranger, M. Hugo Salmson, devant lequel les portes du Luxembourg se sont ouvertes, il y a plusieurs années déjà, a trouvé un arrangement presque analogue dans la Fête des grands parents. Il a surtout mis du soleil — le soleil si particulier de la Scandinavie — dans ses Bergères de Lackalanga.
Est-il besoin de dire que M. Raffaelli est resté fidèle à ses types de la banlieue parisienne, qu’il charbonne comme aux premiers jours? Que M. Carrière continue à modeler ses personnages dans un brouillard qui ne laisse entrevoir que leurs figures et leurs mains? Que M. Firmin-Girard, toujours précieux, traite la nature en botaniste et non en peintre? Que M. Muenier se passionne comme d’habitude pour le détail ?
Cependant, M. Muenier offre cette particularité qu’il a réussi à concilier le détail avec les exigences de l’enveloppe. Il est méticuleux; il ne veut rien laisser échapper de ce que la nature lui montre; il caresse amoureusement chacun des coins qu’elle lui présente. Et, malgré cela, il n’oublie pas son ensemble; il lui subordonne ses découvertes successives et rien ne prouve mieux cette loi qu’il s’est imposée à lui-même que son Abreuvoir où un cheval noir, monté par un paysan, prend, au milieu du paysage qui l’encadre, un étonnant relief.
M. Muenier est tout jeune. Le portrait qu’il a fait de lui-même, et qu’il expose ici, nous en avertit. On reprochera à cette figure d’être mince, d’un modelé insuffisant. Nous la prenons simplement comme un document et c’est à ce titre quelle nous touche. Né à Vesoul, M. Muenier est élève de MM. Gérome, Dagnan et Courtois. Il a obtenu une troisième médaille en 1887, en même temps qu’une bourse de voyage. Il s’est déjà conquis une notoriété. Il reste à lui souhaiter d’être plus personnel, et d'oublier un peu les formules qu il a empruntées visiblement aux maîtres qui ont guidé ses premiers pas.
Nous formerons le même souhait à 1 égard de M. David-Nillet, un jeune peintre, né à Paris, qui est l’élève deM. Lhermitte. Sa Soupe rappelle par trop le faire de son maître et c’est le plus grave reproche
qu’on puisse lui adresser. Elle redit une scène rustique, comme M. Lhermitte aime à les saisir. Des paysans sont assis autour d’une table fruste, mal équarrie; la maîtresse du logis, debout, sert ces travailleurs dont l’appétit est aiguisé. Tout cela est bien agencé et cherché. On aurait cependant désiré, dans l’exécution, plus de solidité.
M. Kuehl, lui, ne se recommande de personne. C’est un Bavarois qui a depuis plusieurs années vivement piqué la curiosité avec ses intérieurs où il promène avec art le rayon intense du dehors. II recherche volontiers les jours frisants, les accrocs de lumière sur des meubles dont l’assiette n’est pas toujours sans laisser quelque inquiétude. Mais il est souvent rugueux; sa couleur n’a point la distinction des maîtres hollandais dans l’atmosphère desquels il paraît prendre plaisir à travailler. C’est un secret qu’il aurait tort de ne point leur demander. Us parlent partout une belle langue, simple dans sa manière, riche dans ses accents. A les interroger plus intimement M. Kuehl trouvera certainement plaisir et profit.
M. Lobre aime aussi les intérieurs, mais il n'y introduit que des clartés plus sereines, plus douces. Il cherche davantage l’enveloppe et à ces qualités il ajoute, surtout dans sa Bibliothèque, de l’esprit et une certaine liberté de main.
Mme Madeleine Lemaire s’est évidemment souvenue des enseignements de Chaplin en peignant son Char des Fées : même mouvement dans la cassure des satins, même recherche dans les colorations. La note noire seule, dont le maître savait jouer avec tant d’art, manque cependant à l’orchestration. Cette note, il est vrai, nous la retrouvons dans un paysage automnal, d’une tonalité dorée. Au pied d’un marronnier une grande dame, en toilette noire, attend. On jurerait qu’elle n’y est venue qu'après coup, pour compléter et faire chanter une étude d ailleurs fort réussie. Mme Madeleine Lemaire a ajouté à ces deux envois une grande toile où les violets des prunes chantent haut. C'est un morceau très personnel, bien arrangé, très à l’effet et devant lequel on s’incline sans réticence.
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