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Salon de

ou s ne nous attarderons pas plus que nous ne l'avons fait Tannée dernière à donner ici, en façon ^fe\W '^^ préambule, un aperçu général du Salon des Champs-Elysées. Nous ne rechercherons pas tout de suite l'enseignement qui s'en peut dégager. Nous ajournerons pour le lecteur cette digression prématurée, désireux que nous sommes de lui signaler d'abord les œuvres qui, dans tous les genres, par leur originalité, par leurs tendances esthétiques, par leur écriture, par les

souvenirs qu'elles peuvent évoquer et qu'il y a, à nos yeux, intérêt à tixer, doivent retenir tout particulièrement son attention.

C'est vers les grands cadres que nous le conduirons d'abord, vers les grandes compositions décoratives auxquelles a permis de se formuler la munificence des villes et des particuliers.

Entre tous, Paris s'est distingué par l'importance des sacrifices qu'il a consentis pour enrichir son Hôtel de Ville. Il y aurait injustice à n'en point tenir compte; il y aurait quelque mépris de la méthode à ne point grouper des agencements qui ne tarderont pas à se trouver réunis, mais que les hasards de l'alphabet ont momentanément disséminés dans diverses salles.

C'est par le plafond central de la salle des Fêtes que nous commencerons et nous n'avons pas besoin d'en développer autrement la raison. L'exécution en a été confiée à M. Benjamin Constant. Il représente — sujet imposé — Paris coni'iant le inonde à ses Jetés.

Dans une note qu'il a bien voulu nous adresser, en réponse à une lettre où nous lui demandions de préciser sa pensée pour le public, M. Benjamin-Constant a pris la peine de nous indiquer ce qu'il avait voulu et quelles formules il axait choisies pour mieux rendre son idée. Nous ne pouvons mieux faire que de lui céder la parole :

« Mon cher ami,

« Vous me demandez quelques-unes de mes idées au sujet de l'art décoratif. Vous me faites beaucoup d'honneur; mais je ne peux vous donner que celles correspondant à mes goiits et à mon tempérament, ce qui ne m'empêche pas de reconnaître que d'autres, dans des voies opposées, ne puissent de même avoir raison.

« Comme peinture murale, en principe, je suis pour un métier mat, sans l'huile qui fait jaunir ou l'essence de térébenthine qui fait noircir. Ce dernier véhicule ne devrait servir qu'à nettoyer nos brosses ou enlever les taches de nos habits. Un peu de cire, au besoin, peut aider pour mater le ton, et cependant, il serait, je crois, préférable

de ne pas trop en user. L'art de faire voisiner les complémentaires et les tons vierges en les mettant en valeur juste ne peut que produire des œuvres décoratives fraîches et vibrantes, et mettre sur les murs de la lumière et de Tair! Peu importe le sujet si la tache est belle, porte de loin, et donne de loin la sensation d'une belle tapisserie. Les rehauts d'or ne sont point à dédaigner. Pinturicchio, au Vatican, dans les plafonds des appartements de Borgia, nous a laissé un des plus curieux spécimens de peinture décorative rehaussée d'or. Le sujet nous représente des grands seigneurs se promenant à cheval ou à pieci et faisant parade de leurs riches habits et de leurs armes. C'est de la joaillerie rare en matière d'or et d'argent, et dont les reliefs accrochant la lumière mettent des scintillements dans la pénombre des voûtes. Travail de lapidaire ayant, tout d'abord, pour dessous, un dessin soutenu et une composition dune charmante originalité.

« Raphaël, dans la Dispute du Saint-Sacrement, n'a point dédaigné ces fantaisies. La chape de Léon X est dorée avec des repeints pardessus; les couronnes de la tiare sont également dorées et en relief;- les rayons qui entourent la tète du Christ sont de même en relief d'or et criblés de petits trous pour recueillir au passage les reflets du soleil. Donc, dans son œuvre la plus conçue, la plus élevée, la plus solennelle, Raphaël n'a point dédaigné d'être un peu lapidaire, ornemaniste érudit et d'un goût exquis. Mais tout ceci n'est, évidemment, que du bien petit détail, et la composition architecturale, la couleur harmonieuse et forte, le dessin plein de caractère, font des œ^uvres comme les Stances de Raphaël ou les Sibylles de Michel-Ange! En art, comme en autre chose, le Passé fait le Présent, et sans nuire à nos goûts modernes il est plus que permis de nous appuyer sur ces deux géants de la peinture murale. Essayons, même de loin, de marcher dans cette voie! N'attendons pas que notre rêve, à ce sujet, se réalise. Mais en marchant vers ce but on avance et le chemin parcouru console du chemin à parcourir. Entrevoir ce qu'on a rêvé est déjà plus que suffisant, en Art, et la Terre promise, même vue de loin, donne le courage de marcher vers elle malgré la fatigue et le pressentiment de

ne jamais y arriver! En attendant, comme nous pourrons, tâchons de colorer les murailles; Véronèse le magnifique le faisait royalement, et Titien et Tintoret lui tenaient dignement compagnie. Seulement, leur façon de peindre convenait aux tableaux et non à la peinture murale. Tiepolo, plus tard, fut un véritable décorateur, un mural!

« Cependant, il me souvient dune petite coupole à fresque de Véronèse, dans la salle de Tanti-collège au palais Ducal, à Venise, qui me donna la sensation d'un bouquet de fleurs. A ma honte j'avoue ne pas connaître les fresques de la Villa Masère où Véronèse s'est montré, paraît-il, aussi mural que n'importe qui; dans tous les cas, Michel-Ange et Raphaël restent les deux sublimes maîtres du grand art décoratif.

« Et maintenant après m'étre entraîné à vous dire tout ceci, comment voulez-vous que je puisse vous parler, ô misère! de ma tentative de cette année!... Moi aussi j'ai voulu faire une fresque colorée!... peindre mat et garder toutes les rutilances nécessaires! Et en cherchant ces rutilances n'ai-je pas dépassé les ressources matérielles de la palette? Ai-je fait de la force dans l'harmonie? D'autre part, pour être placé à i5 mètres de haut, et dans l'ombre d'une voûte, ne doit-on pas hurler pour se faire entendre? Un rouge de loin ne l'est presque plus! un bleu pas davantage. Enfin, j'ai mis dans l'œuvre que j'envoie au Salon toute mon âme, toute ma foi, tout ce que je crois avoir appris. Je vois, hélas ! tout ce qui manque... mais il arrive un moment où il faut exprès mettre dans l'œuvre à venir ce qu'on n'a point mis dans l'œuvre présente. On se dit : Je ferai mieux!

« Enfin voici le rêve que j'ai voulu exprimer avec ce titre imposé : Paris cniiriant le monde à sesjeies...

.-.« Dans un ciel de nuit sillonné par des clartés de bombes d'artifice, passe dans l'air, comme un météore, un nuage aux mille couleurs!... et ce nuage prenant forme humaine nous montre à droite Paris, se dressant coquettement, la tête haute, ayant dans ses cheveux la couronne murale et s'appuyant sur son éventail.

« Et cette ville de Paris, je l'ai voulue moderne, très moderne!

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sans pour cela trop définir son costume pour éviter qu'il se démode. Et cette ville de Paris, j'ai essayé de la personnifier reine d'élégance avec son charme indéfinissable, son spirituel regard, son malin sourire et son joli cou bien planté sur des épaules d'une ligne pure; à ses pieds partent joyeusement et inondés de lumière les génies de la France, messagers des fêtes parisiennes; et, à ses côtés, les nymphes de la Seine se sont endormies dans des lueurs d'aurore et au bord d'une trouée de nuages s'ouvrant sur le bleu de la nuit et le scintil-

lement des étoiles.

« Benjamin-Constant. »

Ces explications, si élégamment présentées, permettront au public de se rendre un compte plus exact des préoccupations qui ont guidé

M. Benjamin-Constant dans Tclaboration d'une œuvre qui tranche d'une façon si sensible avec toutes celles par lui exposées jusqu'ici. Les notes sombres en ont été résolument bannies. Les bleus les ont remplacées, et il est à prévoir qu'ime fois en place, éclairé par une chaude lumière, ce plafond donnera bien au spectateur, placé à i5 mètres au-dessous, l'illusion d'une échappée sur un ciel étoile qu'illimiinent les irradiations d'im feu d'artifice.

On ne doit point oublier, en l'examinant au Salon, cette loi des colorations optiques dont les grands décorateurs d'autrefois avaient rintuition et dont, près de nous, Delacroix, à la Bibliothèque du Luxembourg comme à celle du Palais-Bourbon, a tiré de si merveilleux etïets. Ici vous trouverez, dans la Muse d'Hésiode, l'emploi d'un vermillon pur neutralisé par les émeraudes qui l'environnent, donner la sensation des ombres intenses. Là, dans une figure de femme à demi nue, assise sous les grands arbres de l'Elysée des poètes, un torse sillonné de hachures d'un vert clair neutralisé par le rose qui l'avoisine.

C'est à l'aide de ces combinaisons savantes que Delacroix avait triomphé de l'obscurité des coupoles et des voussures, tout en conservant ses fermetés dans la pénombre, d'exquises fraîcheurs cians les clairs. Le plafond de M. Benjamin-Constant, dans le choix de ses colorations, trahit les mêmes recherches et nous persistons à croire qu'il donnera à l'Hôtel de Ville ce qu'on ne peut raisonnablement lui demander dans une lumière crue pour laquelle il n'a point été fait.

L'élévation de la pensée, le mouvement et le caractère qu'elle revêt, ajouteront au charme de l'orchestration. Et à ceux qui prétendraient qu'il s'y rencontre, dans certaines figures, des parties traitées en esquisse, nous prendrons la liberté de rappeler qu'il est parfois des détails qu'un maître néglige de parti pris pour assurer à l'impression générale toute sa grandeur, toute son intensité.

Pour ce même grand salon des fêtes, dont l'œuvre de M. Benjamin-Constant décorera le plafond central, M. Gabriel Ferrier doit

exécuter deux plafonds latéraux célébrant les Fleurs^ les Bijoux et les Parfitius.

Le premier seul est exposé au Salon de cette année. L'artiste y a symbolisé les Fleurs à l'aide de figures en raccourci d'une coloration claire et joyeuse.

Avec MM. Aimé Morot et Blanchon nous ne sortirons point de l'allégorie. Le premier nous a conté avec sa verve accoutumée les diverses phases de l'histoire de la Danse; le second la variété des Travaux Parisiens.

Au contraire, avec M. Francis Tattegrain, nous toucherons à l'histoire. L'EnIrée de Louis XI à Paris, tel est en effet le sujet que l'artiste a traité.

Il lui permettait, mieux que tout autre, de raconter ce que fut, au moyen âge, une fête parisienne. On lui avait d'abord proposé de redire quelques épisodes du siège. Puis, la commande ayant été restreinte à un panneau, M. Tattegrain avait présenté deux compositions, l'une moderne : un coin de la Fête nationale du 14 juillet, dans le petit square du Pont-Xeuf; l'autre, rétrospective : celle de l'entrée du Roi terrible. La Commission opta pour celle-ci et l'artiste, qui avait dévoré les chroniques du temps, interrogea les monnaies, les médailles, tous les documents du passé recueillis dans nos musées, nos bibliothèques, nos archives. Il constitua tout un matériel de costumes, d'armures; il multiplia enfin les études et essaya de rendre vivants les récits que nous ont faits de la cérémonie et Du Clercq et Jehan de Troyes.

Reproduisons-les d'abord. Ils sont singulièrement pittoresques :

« ... Portoit le heaulme du Ro}^ avec une couronne d'or, le fils Floquet, capitaine d'Evreux... Et puis après alloit le Roy sur ung blanc cheval, en signe de seigneur, vestu d'une robbe blanche de soye sans martres et un pourpoinct cramoisy vermeil et un petit chaperon loqueté. Et portoient quatre bourgeois de Paris sur lanches bien hautes un drap d'or dessus lui, ainsi qu'on fait au Saint-Sacrement.

« Et y avoit deux hommes d'armes à pied, chacun une hache au

poing qui alloicnt pas à pas derrière le Roy. Après, le duc de Bourgogne tant noblement habillé lui et son cheval,, et après lui estoient neuf pages, chacun portant une rolade moult riche... Avoit le Duc, à sa sénestre, le duc de Bourbon, son nepveu, moult richement monté et habillé. Et au coté sénestre du duc de Bourbon estoit le comte de Charollois tant bien en poinct et tant richement habillé que c'estoit merveille à regarder... Et après... grand nombre autres seigneurs; au moins 1200 chevaux... Et estoient les fenestres des maisons et gouttières toutes pleines de gens et louoit-on les fenestres bien cher. Estoient venus gens de tous cotés, de Picardie, de Normandie et de Bourgogne. » {Mémoires de Du Clercq.)

Arrivé rue Saint-Denis, au coin de la rue du Ponceau, raconte à son tour Jehan de Troyes, le roi « moult regarda en la fontaine du Ponceau trois belles filles faisant personnaiges de Sirennes, toutes nues, et leur veoit-on le beau tetin droit, séparé rond et dur (qui estoit chose bien plaisante) et disoient de petits mottets et bergerettes. Dessus estoit ung petit bois où y avoit hommes et femmes sauvaiges qui faisoient esbattements en plusieurs manières.

« Près d'eux jouoient plusieurs bas instruments qui rendoient de grandes mélodies. Et pour bien rafraîchir les entrains, y avoit divers conduicts en ladicte fontaine, gettant vin et hypocras dont beuvoit qui vouloit ou qui pouvoit.

« Ung peu en dessous dudict Ponceau, y avoit une Passion de personnaiges, et sans parler, Dieu estendu en la croix et les deux larrons à dextre et à sénestre. »

M. Tattegrain a suivi ce récit à la lettre. 11 s"est borné à y ajouter un oiselier « lâchant moineaulx », bien que les grands lâchers aient eu lieu sur le Pont-au-Change. Enfin il a déplacé la Passion qui avait lieu à i5o mètres en arrière, dans le but fort plausible dégrouper les « numéros » typiques de la fête.

La plupart des études préparatoires de cette mise en scène ont été faites à Senlis, dans une rue très calme où pousse l'herbe et où M. Tattegrain pouvait, sans ameuter les badauds, faire poser ses modèles dans

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les costumes les plus xv° siècle. Les « Sirennes «, elles, ont été exécutées aux BatignoUes, dans un petit jardinet. Les demoiselles qui les posaient eurent pas mal de séances entrecoupées de bons rhumes. Elles étaient protégées contre les regards indiscrets par de grandes bandes de toile tendues de distance en distance. Un jour, cependant, une équipe d'audacieux fumistes découvrit le trio du haut du toit voisin. Stupeur, admiration, interjections, appels, répliques de plus en plus vertes, colères du peintre qui ne cherchait guère la petite bétel Rien ne manqua à cette ironie déconcertante du hasard.

Ajoutons, pour finir, que la tète de Louis XI a été exécutée d'après le médaillon de Lauraux, conservé au Cabinet des médailles et la miniature de Jehan Fouquet (statuts de l'ordre de Saint-Michel), qui en donne la face. Le jour de son entrée, le roi était anormalement beau dans sa robe de néophyte. Il ne ressemblait en rien au Louis XT qui,

un an plus tard, en entrant à Hesdin, aux côtés de Philippe le Bon, provoquera par sa tenue négligée les questions des braves gens accourus pour le voir : « Qui est le Roy ? Où est-il ? Lequel est-ce ? » et leur fera dire qu'il ressemble bien plutôt à un « varlet qu'à un chevalier >i. Et cependant, malgré le décorum qu'il s'était cru obligé de garder au lendemain de son sacre, il s'était permis une énormité, une grave infraction aux lois de l'étiquette de la cour : il avait monté une jument, une haquenée, au lieu de monter un cheval entier !

Dans un grand cadre aussi, dont le livret ne nous révèle point la destination future, M. Fr. Salle a raconté l'un des incidents c|ui marquèrent au iv° siècle l'histoire de l'Eglise primitive : la lutte de l'arianisme et de l'orthodoxie trinitaire. La sentence du concile de Nicée, qui condamne les doctrines du fameux hérésiarque d'Alexandrie, vient d'être rendue. L'empereur Constantin est présent. Il déclare qu'il la fera respecter et il menace de l'exil tous ceux qui refuseraient de s'y soumettre. Arius est de ceux-là ; il va être déporté en Galatie. M. Salle a trouvé, pour nous dire cet épisode, une mise en scène qui n'est point sans grandeur; mais sa couleur est banale, d'une orchestration rudimentaire, desservie par une facture bizarre qui n'est point le pointillé, qui se rapproche notablement de la formule adoptée l'année dernière par M. Henri Martin pour nous expliquer, après Baudelaire, comment, en ce monde, chacun a sa chimère.

M. Luminais, le maître de M. Salle, ne paraît pas avoir été plus heureusement inspiré dans son Passage de la Meuse par les Francs au IV" siècle. Les personnages qu'il a groupés sur un vaste radeau, formé d'arbres rectilignes, n'ont pas l'air bien robustes. Leur modelé est d'une insuffisance notoire et il faut souhaiter qu'après la fermeture du Salon, M. Luminais reprenne et complète une œuvre qui ne manque cependant point d'ordonnance.

On pourrait former le même vœu à l'adresse de M. François Flameng dont le Repos en Egypte n'est qu'une ébauche sans éclat et le plafond, Dans l'Olympe^ une composition assez vide dont la couleur n'est point venue racheter la pauvreté.

LA PEINTURE. n

M. Fritel, que nous rencontrons un peu plus loin, n'aime point les conquérants. Il estime avec M. de Ségur que ce sont des joueurs déterminés qui prennent les hommes pour jetons et le monde entier pour tapis. Il en a formé une sorte de bataillon carré, s'avançant sous un jour éteint, dans quelque cycle dantesque, sur une route bordée de cadavres soigneusement alignés. César précède Napoléon. Il a pour compagnons l'Égyptien Sésostris, Alexandre, Attila et jusqu'à Charlemagnc. Tous montent des chevaux d'une complexion singulière et rien n'est bizarre comme ce cortège tiré au cordeau, perdu dans l'immensité d'une toile dont les lignes horizontales accentuent encore la monotonie.

Monotone est aussi, par le ton cette fois, VEchouage par un gros temps de M. Eugène Chigot. La mer est houleuse; le bateau est en péril, les marins qui le montaient réunissent leurs ctforts pour le tirer à la côte. La scène est simple, elle pouvait comporter la couleur et surtout le mouvement. M. Chigot n'a point cherché à dramatiser son récit. Il s'est tenu dans une gamme grise sans délicatesse et il y a lieu de le regretter d'autant plus qu'il s'agit ici d'une commande de l'Etat.

M. Maurice Le Liepvre a groupé dans un même cadre une série de panneaux destinés à la décoration de l'escalier de l'Hôtel de M. Paul Cosson. L'ensemble réuni forme un vaste paysage lumineux, heureux de lignes et d'aspect.

M. Albert Maignan a laissé là, cette année, le monde sous-marin pour écrire une sorte d'apothéose de Carpeaux. Le maître valenciennois mourant est dans son atelier, étendu sur une chaise. Les êtres nés de son génie, la Flore des Tuileries, le groupe de la Danse de l'Opéra, la fontaine de l'Observatoire, viennent lui donner le baiser d'adieu. La page est pathétique, harmonieuse, et l'on y retrouve la main de l'auteur des Cloches.

M. Brunin est un Anversois; c'est, de plus, un transfuge du Salon du Champ-de-Mars où il avait exposé l'année dernière deux morceaux puissants. Sa Lame recommandée est un prétexte à bibelots, à étotîes, supérieurement traités, dans une gamme riche, dorée, avec une lumière discrète, habilement ménagée.

12 LR SAl.ON DE 1892.

M. Van Aken, qui lui fait pendant dans le grand Salon carré, est aussi un peintre anversois. Il a conte très simplement une Misère humaine. Dans une humble chambrette, une femme malade, assise sur son séant, cherche à intéresser à ses infortunes une brave vieille qui prête à son récit une oreille attentive. Le faire en est solide; mais le ton est lourd et le voisinage des splendeurs de M. Brunin en souligne davantage la vulgarité. ■, ■ . .

Tout autre est Tart de M. Pierre Billet, élève de M. Jules Breton. La distinction du ton, la vigueur dans l'harmonie, tels sont les deux traits qui caractérisent sa Femme de pêcheur et son Gardeur d'oies, d'un dessin un peu mince.

La Retraite d'artillerie dans Bapaume, appuyée par un bataillon de chasseurs, de M. Beauquesne, reste dans son cadre modeste une page intéressante, enlevée avec un certain brio.

Voici, dans la salle suivante, un petit portrait délicat de M. Axilette et une idylle de M. Bréauté, qui a pour titre : l'Apprentie. C'est le soir; la lampe est sur la table, encombrée d'accessoires de fleuriste. Rejetée dans une ombre douce et tranquille, une femme, dans une tenue de travail qui laisse voir sa poitrine, explique à une fillette qui lui fait face l'art difficile de gagner sa vie en montant ces fîeurs qui demain ajouteront à la parure de nos élégantes. La chose est contée avec sentiment, avec un esprit de patiente recherche, dans une note harmonisée. ■ •

M. Darien pouvait, sur la Récolte des champignons dans la forêt de Fontainebleau, écrire quelque morceau sans prétention. Il n'a point voulu se borner. Il s'est trouvé à l'étroit dans une toile ordinaire, il a rêvé une grande mise en scène. Il n'a pas su la rendre pittoresque, enrichir son décor et il ne reste de ce vaste agencement que la preuve d'un grand ellbrt mis au service d'un très petit sujet.

M. Alexandre Defaux a été moins ambitieux. Il nous a redit les fraîcheurs de Montigny-sur-Loing, la vétusté d'un puits de Ver-su r- Mer, simplement, sans excès, en animant la prairie d'un régiment de volailles qui rompent la monotonie de son émeraude.

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S'inspirant des procédés du peintre lyonnais Saint-Jean devant lequel se sont ouvertes les portes du Louvre, M. Eugène Bidau a marié les matités de poussins espiègles aux rubis des raisins murs; M. Eugène Claude nous a réservé pour la soif les meilleurs fruits de l'automne, pendant que M. Biaise Desgoffe, toujours méticuleux, étalait sur quelque riche tenture un casque d'acier repoussé d'une facture singulièrement raisonneuse et lisse.

M. Détaille s'était donné à tâche de redire un épisode glorieux de notre histoire milhaire : la Sortie de la garnison de Huniugue en i8i5. Le général Barbanègre avait, avec 200 hommes à peine, défendu héroïquement la ville contre 3oooo Autrichiens commandés par l'archiduc Jean. Il n"avait, en dernière analyse, consenti à sortir de la place qu'avec les honneurs de la guerre. Lorsqu'il parut à la tête d'une cinquantaine d'hommes, l'archiduc étonné lui demanda où était lagar-

14 I.K SALON DE iSq-i.

nison : (c La voilà! » répondit fièrement Barbanègre en désignant ses compagnons d'armes. Chacun fut surpris; un sentiment d'admiration s'empara des officiers autrichiens qui saluèrent spontanément ce petit groupe de héros. Profondément ému, l'archiduc témoigna hautement à leur chef l'estime qu'il avait pour leur vaillance. Le trait était joli à conter. M. Détaille l'a fait avec verve, en inscrivant sur la physionomie de tous ces braves une mâle énergie et il faut convenir que cette œuvre, aux grandes dimensions, est la plus complète qui soit sortie de son atelier.

Les caprices de l'alphabet ont donné comme voisins à l'élève préféré de Meissonier deux maîtres sculpteurs, MM. Paul Dubois et F'alguière. M. Dubois est représenté par deux portraits de femmes d'une facture solide; M. Falguière par Une serrante assise sur un banc dans un jardin, derrière du linge qui sèche sur une corde, occupée à astiquer quelques ustensiles de cuisine qui comptent de nombreux états de service. On n'y retrouve guère la main assurée et la vision vigoureuse du peintre des Lutteurs. Le modelé y est sommaire et s'il y a, dans l'ensemble, des colorations délicates, il y a, à côté, des vulgarités auxquelles M. Falguière ne nous avait pas habitués.

Vulgaire aussi, dans sa structure épaisse et dans ses carnations plébéiennes, la femme que M. Doucet nous montre de dos, à sa toilette, dans un intérieur d'allures opulentes. Il faut, pour retrouver quelque distinction, revenir au portrait d'enfant de M. Gabriel Ferrier qu'encadrent deux puissantes natures mortes de M. Fouace.

On a quelque peine à reconnaître, en entrant dans la salle suivante, les énergies passées de M. Checa. La petite toile qu'il a intitulée 5acchanale nous reporte aux temps de la décadence romaine. Les joyeux viveurs qu'il a mis en scène n'ont rien des Huns dont il avait l'année dernière escorté Attila, ni de ces fiers habitués du Cirque qui, il y a deux ans, avaient appelé sur lui l'attention. La distance qui sépare ces productions diverses est considérable et on ne peut mettre sans doute que sur le compte d'une défaillance passagère un morceau qui ne se recommande d'aucune qualité sérieuse.

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LA PEINTURE. i5

Pendant que M. Dawant peignait des Alsaciennes à l'église, M. Fantin-LatoLir, fidèle aux allégories, reportait sa pensée vers Hélène et écrivait, avec le procédé qui lui est personnel, quelque fantaisie sur le. Prélude de Loheugrin ; M. Français fixait sur la toile une Vue de Clisson et redisait dans les Vosges, à Bellefontaine, les ensoleillements de la saison des Regains.

Elève de Boudin, M. Louis Braquaval a cherché, dans les pays du Nord, les grises harmonies. A côté de lui, d'intéressants portraits signés de MM. Foubert, Fischer et de M"" Jenny Fontaine.

M. Georges Desvallières a mis dans Un coin de salon, avec un piano, deux fillettes qui suivent avec une attention espiègle les leçons d'un papa complaisant. L'artiste a pris soin de nous dire qu'il y avait là ime étude d'éclairage. La précaution était superflue. L'etl'et en est accusé dans d'heureuses conditions.

M. Denneulin s'est fait une spécialité de petits sujets où l'anecdote tient presque toute la place. On n'a pas oublié l'amusante façon dont il nous a, à diverses reprises, narré certaines infortunes de chasseurs. Il nous mène aujourd'hui sur une plage dont Eugène Feyen se complaît d'ordinaire à mettre en scène les habitants. Assis devant son chevalet, le peintre fait le Portrait du mousse, sans se laisser distraire par les réflexions des curieux accourus en critiques improvisés. Tout cela est observé, d'une couleur agréable quoiqu'un peu uniforme. Mais le dessin n'a ni précision ni aisance.

Il faut revenir à quelques paysagistes réunis dans cette salle pour trouver plus d'élévation et de sérénité. M. Paul Lecomte cherche l'air, les profondeurs d'horizon. Il a cependant le défaut de ne pas être encore personnel. Il est élève d'Harpignies; le livret nous le confesse. Ses deux motifs de Coutaininlle suffiraient à nous en avertir.

Élève de Maxime Lalanne, de Baudit et de M. Auguin, M. Didier- Pouget s'est au contraire affirmé une personnalité dans son Lever de lune sur la lande comme dans ses Bruyères sous la rosée. Ce dernier motif est même une trouvaille d'agencement et d'ettet. Sous un ciel radieux, dans lequel s'enfoncent de lointaines collines, un bouquet

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d'arbres bien massés. En avant, des terrains accidentés couverts de bruyères en fleurs que le soleil caresse de ses rayons naissants. Tout vibre dans cette atmosphère lumineuse; Tetlet y est juste et il semble que par là a passé la Muse.

M. Denduyts, de Gand, est aussi un poète. Nous le voyons depuis quelques années fidèle au Salon parisien, contant volontiers et avec art les élégies des pays du Nord, éclairés par un soleil d'hiver descendu derrière les grands arbres dont les branches dénudées profilent sur le ciel leurs délicates arabesques. Les routes défoncées, boueuses, sont coupées de flaques d'eau qui redisent les tons cuivrés du couchant. C'est bien là l'écho attendri d'une nature qui tristement s'endort.

M. Guillemet nous ramène vers Paris, à Conflans, à Moret; M. Gérome au genre. « Ils conspirent », tel est le sujet de son tableau. La scène se passe en quelque hôtellerie, dans une vaste salle déserte. Blottis dans l'un des coins, trois hommes se concertent en chuchotant. Une chandelle, qu'on ne voit point, éclaire discrètement l'un des conspirateurs, accuse la silhouette des autres et projette dans la salle une faible lueur. C'est bien l'heure du mystère. On sent que toutes les précautions ont été prises pour que rien n'en transpire. Personne dans la pièce; pas d'autre meuble qu'une grande table dont la disposition horizontale accentue le calme delà scène et une chaise qui en éloigne les acteurs par un artifice de perspective. Le tableau est complet. Il restera à coup sûr l'une des œuvres marquantes de M. Gérome.

Il est peu d'allégories qui aient tenté autant les artistes que celle de l'homme placé entre le vice et la vertu. L'antiquité païenne s'est complu souvent à cette antithèse. Plus près de nous, Annibal Carrache, reprenant l'apologue de Prodicus de Céos, embelli par Xénophon, a peint Hercule irrésolu entre la Vertu chastement vêtue et la 'Volupté qui lui montre des arguments qu'elle croit irrésistibles. Rubens, dans son tableau du Musée des Offices, a placé Hercule entre Vénus qui lui presse doucement le bras et Minerve qui lui prend la main en lui

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montrant des armes enterrées près de là. Poussin a trouvé, pour symboliser la vertu, une femme modestement vêtue d'une robe à la t^recque, indiquant du doigt au héros un rocher désert, symbole du travail et de l'aridité de la route qui mène à la gloire. Battoni, au musée de Turin, Gérard de Lairesse au Louvre, Crayer, dans une grande composition gravée pour le Musée français , ont cherché des arrangements analogues. On pourrait, parmi les modernes, citer des adaptations similaires. Ces précédents n'ont pas déconcerté M. Henri Martin. Il a peint, lui aussi, VHomme entre le Vice et la Vertu et, prenant la conclusion de Musset, il nous a dit qu'il suivit la Vertu, parce qu'elle lui avait semblé plus belle.

A vrai dire, M. Henri Martin a voulu rajeunir ce thème tant de fois rebattu. Il a voulu le rajeunir par la disposition, par le faire. Il a laissé Hercule aux anciens pour lui substituer quelque académie ano-

i8 LE SALON DE iSya.

nyme, perdue dans un milieu désolé. Les vices e]ui la sollicitent ne sont guère séduisants. Ils portent en eux leurs stigmates et pour un peu ils toucheraient à la caricature. L'homme n'a point grand mérite à ne les point écouter. Et comme la Vertu entrevue par M. Henri Martin n'a rien de bien angélique, on peut croire que c'est au fond de sa seule conscience, en ne prenant conseil que de sa raison, qu'il s'est déterminé. L'apologue est subtil et la moralité à en tirer confusément exprimée. Mais ce n'est point sur ce chapitre qu'il convient peut-être d'insister. Ce qui nous arrête devant cette vaste toile, c'est d'abord que M. Henri Martin s'est répété à douze mois d'intervalle. Il avait, l'année dernière, redit d'une façon absolument neuve la boutade de Baudelaire : « A chacun sa chimère. » UHoiniiic entre le Vice et la Vertu n'est en réalité qu'une édition nouvelle de cette allégorie d'hier. Même groupement, mêmes recherches dans l'ordonnance, mêmes colorations, mêmes préoccupations d'éclairage, même faire moucheté, ressemblant à s'y méprendre au crépi des murailles. M. Henri Martin attend de cette facture, pour laquelle les vieux maîtres n'auraient point assez de mépris, des vibrations, des accrocs de lumière qui en exaltent encore le scintillement. Le temps, qui est aussi un grand maître, ne ratifiera certainement point cette écriture. Il incrustera la poussière dans les sillons de la pâte. La fraîcheur d'aujourd'hui fera place à une cuisine innomée et il ne restera pas grand'chose d'une œuvre où le talent a été mal servi par la formule avec laquelle il a voulu s'affirmer.

A ce faire cornpliqué et pténible d'un mosaïste de la couleur, il convient d'opposer la simplicité de M. Henner. Deux tons promenés avec art suffisent à traduire les rêveries du maître alsacien, à fixer sur la toile ce qu'il a entrevu aux heures de méditation, à donner au spectateur l'impression de la beauté et de la grâce, dans ce qu'elle a de plus chaste et de plus savoureux. Sur une fourrure sombre, une femme nue sommeille, étendue dans un mouvement plein de souplesse et d'abandon. Son corps d'ivoire se modèle et palpite sans avoir demandé à la brosse des excès de caresses. Nulle fatigue, nulle trace

d'efforts dans renfantement. La déesse est sortie du néant sans labeur et il se dégage de ce petit cadre. qu'Henncr appelle modestement une Étiiiic, un charme inexprimable.

Le charme ! c'est avant tout ce qu'Henner demande à la peinture. D'autres exigent d'elle la reconstitution des grandes scènes qui ont marqué les fastes du monde, la traduction des sentiments si divers qui agitent les hommes, l'interprétation des drames de la nature, les réalités contingentes du bibelot. Henner aime la peinture pour elle seule, pour elle-même, pour le charme qu'elle peut donner et non pour ce qu'elle pourrait raconter. Il l'aime quand elle traduit le beau, quand elle traduit l'idéal, quand elle parle au cœur et non point quand elle parle seulement à l'esprit. C'est un poète qui trouve dans la couleur un moyen familier d'expression : Picliira poesis. C'est, de plus, un poète qui sait à l'occasion trouver les énergies, souligner le caractère : témoin ce portrait de général qu'il expose avec son Etude et qui traduit éloquemment les mâles aspirations du soldat.

M. Charles Jacque appartient aussi à cette école d'artistes qui demandent à la peinture leurs émotions. Son œuvre si considérable est la revendication hautaine, soutenue, constante des enchantements que les Hollandais lui ont demandés en promenant avec art le rayon prisonnier. Il a vu la nature robuste; il en a cherché les contrastes, mêlant à elle l'homme, les animaux pour concourir à des ensembles qui pouvaient parler à l'àme. Toutes ces belles préoccupations de sa jeunesse, M. Charles Jacque en a mis la marque dans son Abreuvoir aux Pûc/ies, dans son Vilain temps et il faut saluer au passage la brosse octogénaire que l'âge n'a point encore refroidie.

M. Jean-Paul Laurens s'est reposé cette année de son grand labeur du Salon précédent, où il exposait la Voûte d'acier. Il a limité ses envois à un portrait d'une tière énergie, celui de M. le colonel Brunet, et à une Liseuse, d'une allure toute vénitienne : une grande dame revêtue d'un costume florentin, lisant devant une table renaissance.

Sous ce titre : Juin, M. Jules Breton a représenté une prairie simple de lignes, coupée de monts de foin et d'arbres grêles derrière les-

quels descend le soleil qu'ils voilent en le laissant irradier à Tentour. Le ciel est clair, légèrement doré. Sur la principale meule, un faneur est assis, buvant avidement à même une cruche pansue. A ses côtés, nonchalamment couchées, deux femmes mangeant des cerises, pendant qu'une jeune fille debout, appuyée sur son râteau, interroge l'avenir.

Le second envoi de M. Jules Breton a pour titre : Souvenir de Loitanicne^. Ciel rose et or. Mer bleu turquoise adouci, calme complet. A droite s'étagent et ondulent les monts sur les falaises. Des sables où miroitent les cours d'eau venant des sources et les lames étalées. Autour d'une de ces sources, enfermée entre des rochers, trois femmes, l'une vue de dos, la tète un peu inclinée, tricote et lie conversation avec deux laveuses dont l'une joue du battoir pendant que l'autre rince son linge. On retrouve là les qualités picturales de M. Jules Breton, en même temps que le sentiment d'un poète qui manie aussi aisément l'alexandrin que la brosse.

M"" Demont-Breton a écrit deux chants d'un poème de l'enfance. Ici c'est une mère qui, pour faire de son lils un robuste marin, l'accoutume à la rude caresse des vagues. Là ce sont deux bébés jouant sur le rivage avec un chien d'une exemplaire composition.

Le premier de ces chants répond par la fierté de son exécution au caractère même du sujet. La femme de pêcheur qui, dès le jeune âge, habitue son enfant à la lutte contre les flots qui doit remplir sa vie, est une solide gaillarde, familiarisée de longue date avec l'Océan. Son mâle profil, sa fruste chevelure s'accusent avec fermeté sur une mer d'un ton délicat, sous un ciel finement indiqué. Elle se cambre dans un mouvement énergique. Son épaisse casaque, d'un rouge passé, attendri par le temps, fait valoir les verts sourds et rompus d'une jupe écourtée et cent fois rapiécée. C'est superbe d'allure, d'arrangement, de couleur, de facture et cette Trempée est incontestablement l'œuvre la mieux conçue, la plus heureusement venue que M"' Demont ait encore exposée.

Au }\iys bleu procède d'une idée plus tendre. La mer • — la douce

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Méditerranée — est riante, azurée. C'est à peine si ses ondulations d'émeraude se soulèvent pour baiser sur la rive, semée de coquillages nacrés, les pieds roses de deux enfants nus, tille et garçonnet, espiègles et sans pitié, poussant à l'eau un chien résigné, compagnon ordinaire de leurs jeux. L'œuvre est née à Nice. Elle veut exprimer — ■ et elle y a réussi — le bonheur inconscient, absolu, à l'âge heureux où l'on voit tout en beau.

Jeunesse et Abel^ tels sont les titres des deux paysages de M. Adrien Demont. Le premier est gai comme son titre. Il représente une grande allée, bordée de pivoines en fleurs, que le soleil caresse par endroits. A gauche, une fontaine; au centre, des pigeons voltigeant, faisant la roue. Sur un banc de pierre, une jeune lille rêveuse. Le second représente Abel étendu mort au bord du ruisseau où il est tombé en voulant fuir. Le paysage est grand, triste. L'herbe rase

laisse voir la structure des terrains primitifs dont les lointains se perdent dans la nuit qui descend. La lune commence à briller. Auprès d'Abel monte lentement vers le ciel un léger filet de fumée bleuâtre qui annonce la fin du bûcher consumé. Une impression profonde, servie par une science affinée, se dégage de cet ensemble et nous applaudissons à Tinitiative de la Commission qui, à l'unanimité, a décidé de faire, pour l'Etat, l'acquisition de cette toile.

La Toilette de M. Edouard Dantan est, comme la Trempée de M"'" Demont, une hymne à l'enfance. Assise dans un fauteuil de soie jaune rayée de rose, la jeune mère vêtue d'un peignoir rose achève de débarbouiller un bébé de quelques mois, qu'une jeune bonne essaie d'intéresser en lui montrant un caniche. M. Dantan a mis toute sa tendresse de père à peindre cette scène intime; il a, dans ses Pauvres gens, réussi à nous apitoyer sur une infortune dont Victor Hugo, dans la Légende des siècles, a tracé ce poignant tableau :

Elle entra. Sa lanterne éclaira le dedans

Du noir logis muet au bord des flots grondants.

L'eau tombait du plafond comme des trous d'un crible;

Au fond était couchée une forme terrible...

Un cadavre...

Près du lit où gisait la mère de famille,

Deux tout petits enfants, le garçon et la fille.

Dans le même berceau souriaient endormis.

Ce tableau, M. Dantan y a longtemps pensé. En villégiature à Villervillc, il a fait sur place, en vue de son exécution, des études de figures et d'intérieur. Il ne faut pas chercher d'autre explication au costume de la fernme qui entre dans ce logis désolé : c'est celui d'une moulière de cette petite plage normande.

M. Georges Boudoux s'est inspiré de M. Henri Godin pour écrire son Retour d'exilé (181 5) :

Sur les tombeaux épars le temps a fait son œuvre; Gazon, soleil, orage, effriteurs jamais las, Et la mousse, et la ronce aux replis de couleuvre... Le vieux champ de repos s'endort sous le ciel bas. Et tandis que le jour, assombri d'inclémence,

Se traîne morne et lourd comme son souvenir, L'homme, debout, savoure en lui la jouissance De savoir, prés des siens, une place où dormir,

M. Gaston Bussière a exposé, avec un portrait, la Mort des preux ainsi racontée dans la Chanson de Roland :

Roland s'en retourna fouiller le champ de bataille.

Il y a trouvé le corps de son compagnon Olivier,

Le tient étroitement serré contre son cœur.

Et, comme il peut, revient vers l'archevêque;

Sur un écu auprès des autres pairs il couche son ami.

Et l'archevêque les a tous bénis et absous,

Dans un grand cadre, avec une préoccupation visible des fonds clairs, M. Chicotot a redit comment était mort Pierre Corneille, dont les deux fils avaient été tués au siège de Grave. Pour payer la pension de sa fille Marguerite, religieuse au couvent des dominicains, l'auteur du Ctd avait dû vendre sa maison de Rouen. Abreuvé de chagrins, abandonné de tous, il avait sollicité plus d\me fois près du roi la modique pension dont les arrérages avaient été fort souvent oubliés. Réduit à la dernière misère, le grand poète mourut le i" octobre 1684 dans les bras de sa fille Marguerite. « Sa gloire, comme dit M. Gustave Merlet, n'avait enrichi que notre littérature. »

M. Gaston Mélingue a peint le maréchal de Catinat, se réveillant le lendemain de la bataille de la Marsaille, entouré des drapeaux pris à l'ennemi. Le lit du maréchal avait été placé sous des couvertures de mulets étendues sur une traverse soutenue par deux fourchettes. Tout autour, on avait planté plus de deux cents drapeaux et amené toutes les pièces de canon ainsi que le butin. Le souvenir de ce trait ne peut que flatter notre amour-propre national. Dans les conditions modestes où il a été interprété, il ne constitue en réalité qu'une anecdote.

M. Moreau de Tours, qui a exposé le portrait de sa fille, a touché également la corde patriotique avec l'exécution, à Ingolstadt, du sergent Gombald, de Dinan, du 2' tirailleurs. Gombald avait été condamné à mort à la suite d'une altercation avec un caporal allemand. Il fut

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amené garrotté, sans bandeau sur les yeux. II n'en avait pas voulu. Six mille Français, à qui on imposait ce spectacle, l'entouraient : « Vous autres, dit-il aux fusiliers bavarois, ne tirez que lorsque j'aurai donné le signal. — Et vous, chers camarades, je vais mourir; mais avant, criez tous avec moi : « Vive la France! » Et une immense clameur s'éleva dans tous les rangs des Français. Les rives du Danube redirent avec eux : « Vive la France ! »

Roybet a fait, avec deux portraits, une rentrée triomphale au Salon, qu'il avait déserté depuis près de quinze ans. Le premier de ces portraits est celui de M. Prétet, commissaire général des Expositions, chargé spécialement par la Société des artistes français de diriger le placement des œuvres et dont la mine réjouie de Franc-Comtois bon enfant a tenté plus d'un peintre. Roybet s'était promis depuis longtemps de fixer à son tour cette physionomie si connue des habitués du Salon. Un dimanche du dernier hiver, Prétet vint à son atelier de la rue du Mont-Thabor. Il posa coiffé d'un feutre. Puis, en manière d'amusement, il passa un hausse-col, sur lequel fut jeté un manteau de velours d'un ton superbe. Le soir, la tète était peinte. Le lendemain l'œuvre était terminée.

Le second portrait est celui de M'" Juana Romani, dans une toilette sombre qui fait admirablement valoir les matitcs d'une physionomie éveillée.

Pour écrire ces deux pages magistrales, Roybet a trouvé de fiers accents. 11 a mis au service de leur exécution ses plus belles qualités de peintre, en même temps qu'il affirmait toute la science d'un dessinateur vigoureux formé aux meilleures écoles et qu'il apportait, dans leur construction, les préoccupations d'un graveur de talent.

C'est en effet comme graveur que Roybet a débuté dans les arts. Né le 12 avril 1840 à Uzès (Gard) où ses parents tenaient un café, boulevard du Petit-Cours, il était entré à dix-sept ans à llicole des Beaux- Arts de Lyon. Il y reçut les leçons de gravure de M. Vibert, mariant le burin, l'eau-forte et la lithographie, étudiant les maîtres, surtout Véronèse, lintorct, le Titien et Rubens. Après la mort de son père,

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survenue en 1862, Royhet, devenu chef de famille, dut travailler pour subvenir aux besoins communs. La province offrant trop peu de ressources, il vint à Paris en 1864 et obtint d'un peintre verrier la commande d'une série de dessins pour vitraux d'église. Il se lia avec Ribot, avec VoUon, qui l'engagèrent à faire de la peinture. Emerveillé de son début, Ribot, qui n'était pas riche, lui acheta sa première toile.

Les commandes arrivèrent. Roybet, encouragé, soutenu par ce succès naissant, parut au Salon de 1866 avec un Fou sous Henri III, acheté immédiatement par la princesse Mathilde et qui valut une médaille à l'artiste. Cette œuvre fit sensation. Elle ne rallia pas seulement les suffrages du jury. La critique lui avait fait également fête avec le public. Edmond About écrivait qu'il ne pouvait voir avec indifférence un début aussi éclatant.

« Il y a quinze jours, disait-il, je ne connaissais pas le nom de ce

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jeune homme. Je rencontre un tableau orii:;inal, puissant, d'une couleur éclatante et savante. Je me sens attiré, je nVapproche. Je vois que le dessin n'est nullement indigne de la couleur; que la tète du fou est très fine et très spirituelle, que les dogues tenus en laisse sont parfaitement modelés; bref, il est évident, à mes yeux, qu'il vient de naître un artiste complet, armé de toutes pièces, comme Minerve sortit du crâne de Jupiter. Je vous réponds, ami lecteur, que lorsqu'on fait une trouvaille comme celle-là on n'a pas perdu sa journée.

i( D'où vient-il? quels ont été ses maîtres? De qui tient-il ces C[ualités qui le placent lui-même au rang des maîtres dès son premier pas? Le livret n'en dit rien; il dit en son langage sec :

<i Roybet (Ferdinand), né à Uzès (Gard), rue Priant, 28. Petit Montrouge. — 1702. — Un fou sniis Henri III.

« Et ces trois lignes annoncent l'éclosion la plus imprévue, la plus rapide, la plus miraculeuse à laquelle nous ayons assisté depuis longtemps.

« J'ai l'air de me monter la tète. Eh bien, oui! ce tableau m'a rendu fanatique pour le talent d'un homme que je n'ai jamais vu. Mais si l'on croit que j'exagère en le mettant d'emblée parmi les maîtres, il y a une expérience facile à faire.

« M. Haro... vient d'ouvrir, au Palais de l'Industrie, une exposition rétrospective. Dans une grande salle qui fait suite aux galeries de dessins, il a réuni un beau choix de chefs-d'œuvre empruntés aux galeries particulières... Je voudrais voir le Fou de M. Roybet installé pour une heure dans cette exposition, et je parie dix contre un qu'il y tiendrait son rang. »

Théophile Gautier n'était pas moins affirmatif : « Un fou sous Henri III, de M. Roybet, est à coup sûr un des meilleurs morceaux du Salon. La tète coiffée du bonnet à grelots, le masque encadré d'une mince ligne de barbe, vêtu d'un costume et la main appuyée sur la cuisse, le fou tient en laisse un couple de mâtins superbes, à physionomie férocement bénigne et d'un pelage fauve, zébré de noir.

Il semble appeler un chien qu'on ne voit pas et qui se serait séparé de la meute. Son expression est bien celle de ces boutions de cour, plus méchants encore que fous, et qui prenaient pour mordre le prétexte de rire. Au besoin, Triboulet changerait sa marotte en poignard et deviendrait Saltabadil. Le rouge du costume est d'un ton magnifique, solide et fort, avec des reflets de pourpre et des transparences de rubis auquel un fond de forêt d'un vert sourd donne toute sa valeur. On ne trouve plus de ces rouges, que notre école paraît craindre, que dans les peintures de Bonifazzio, du Moro et de Giorgione. Au milieu de la tonalité grise qui règne, cette splendide note rouge éclate comme une fanfare.

« M. Roybet peint les chiens comme Jadin, c'est-à-dire avec une brosse large et vaillante. Les mâtins valent le fou. Au reste, nous ne concevons guère qu'un artiste de talent fasse bien les animaux et mal les hommes, ou réciproquement. Quant à M. Roybet, qu'on nous dit être tout jeune, il marche dans une excellente voie. Il n'a qu'à poursuivre. ))

Et il a poursuivi, produisant avec facilité, avec bonheur, trouvant à peine le temps d'écrire quelque chose pour le Salon. Elle serait trop longue à dresser la liste des toiles qui sortirent alors de son atelier. Bornons-nous à citer celles qui, à l'époque, firent le plus de bruit : un Duo, les Joueurs d'échecs, le Rendei-vous de chasse acheté par le musée de Cologne, une Cuisine au moyen âge, un Page aux chiens acheté par le gouvernement russe, etc.

La Commune venue, Roybet se réfugia à Bruxelles. De là, il passa en Algérie et en rapporta des œuvres d'une tonalité claire et vibrante. Parmi elles, il faut notamment signaler un Intérieur de harem, qui appartient à M. Dupuis, de Cognac; la Favorite jouant avec un perroquet, pendant qu'auprès d'elle une négresse agite un énorme éventail. Cette dernière toile, très remarquée, appartient au grand-duc de Russie.

Rentré à Paris, Roybet se remit à l'œuvre. Il peignit pour M"" Angelo une Chanson à boire dans un intérieur flamand ; — les Amateurs

28 LE SAI.ON DE iS,)2.

d'estampes et les Joueurs de cartes pour M. Crémieux; — les Joueurs d'échecs pour M. Tabourier; — le Concert sous Louis XIII, pour M. Vanderhilt, le richissime Américain; — la Consigne de l'anticliambre, la Santé du premier-né ; — des Joueurs de trie trac, pour M. Emile Pingat, et une série de portraits d'une exécution solide et vigoureuse. -'--'■.

Dès 1880, Roybet avait caressé l'idée de retracer, dans un grand cadre, une scène tirée de l'histoire des ducs de Bourgogne. De nombreuses études furent faites par lui en vue de l'exécution de ce tableau, exposé en 1890 seulement chez Georges Petit. Ce fut une sorte de résurrection. Roybet, comme nous l'avons dit plus haut, avait renoncé aux Salons et aux expositions particulières. On ne voyait plus de lui aucune œuvre, les amateurs et les marchands se disputant la moindre de ses productions. Installé place Pigalle, dans l'ancien hôtel de Diaz et de Fromentin, il racontait, avec une fécondité intarissable, les amusements des grands seigneurs du temps de Louis XIII. Son atelier était devenu une sorte de musée où l'on n'apercevait qu'étoffes, armures, bibelots les mieux faits pour inspirer un peintre ami de la couleur.

Un jour, on le perdit de vue. Il s'était en quelque sorte exilé au fond d'une thébaïde, mettant à profit le temps pour tenir des engagements antérieurement contractés. Le voilà aujourd'hui libéré. Il nous revient plein de jeunesse, de verve, d'entrain, tel qu'il l'avait promis à ses débuts : un maître dont la plupart des œuvres feront bonne contenance au Louvre.

Le caractère des deux figures exposées par M"" Juana Romani nous amène naturellement à les rapprocher des deux portraits de M. Roybet. Élève de Roybet et d'Henner, M'"" Romani apporte, dans l'interprétation, des qualités qui tiennent de ces deux maîtres, tout en y mêlant un sentiment personnel. Bianca Capello et Manuela, — tel est le titre de ses deux envois, — affirment une virtuosité qui a déjà appelé sur la jeune artiste l'attention du public, et nul doute que plus d'un 'Vénitien n'ait consenti à les contrcsii^ner.

Kiiiili- r.Ol'TIGN-l'

M. Désiré-François Laugée est un vétéran. Il est né en 182?, en Normandie. Il a, sous la direction de Lemasle, appris le dessin à Saint-Quentin, à l'école fondée par le pastelliste de La Tour. Plus tard, élève de Picot, il débuta au Salon de 1840, et depuis il n"a guère laissé passer une exposition sans y participer, alternant le portrait, l'histoire, le genre, la décoration et les scènes rustiques que Millet avait mises à la mode. Ses deux envois de cette année se rattachent à cet ordre de production. Le premier a pour titre le Dimanche des Rameaux. Il représente une brave paysanne accrochant à un bénitier suspendu au mur le buis que le prêtre vient de bénir. Les Approches de raiitomne mettent en scène d'humbles paysans occupés aux travaux agrestes de la saison, dans un champ bordant une route qui conduit au village perdu dans le lointain.

M. Georges Laugée, fils de M. Désiré Laugée, n'a pas mis au service

3o I-E SALON DE iSq.'.

de ses conceptions les qualités solides qui distinguent le Diinaiiclw des Rameaux. Son pinceau paraît s'être fatigué à caresser une figure de bergère ramenant le soir ses moutons à la ferme qui s'endort, là-bas, dans le fond de la vallée. Sa seconde figure, — une robuste paysanne, venue dans les champs à l'heure de traire, — découpe sur le ciel une silhouette qui ne manque point d'énergie, mais dont le modelé accuse malheureusement une réelle insuffisance.

Gendre et élève de M. Désiré Laugée, M. Julien Dupré s'est cantonné cette année en des sujets modestes : des bœufs rentrant à la ferme, une vache qu'une paysanne va traire, paissant à l'ombre des pommiers. Le soleil chante des deux côtés sa fanfare sur l'émeraude des prés. C'est dire que M. Julien Dupré est resté fidèle à des recherches pour lesquelles il montre depuis plusieurs années une prédilection très accusée.

Dans une note plus jeune et plus sonore, M. Jean Geoffroy a modelé une série de têtes d'enfants dont le groupement s'appelle ici la Leçon de lecture, là Un jour de conipnsilion.

Dessinateur d'ornement et sur étoffes à ses débuts, M. Victor Gilbert s'est, depuis 1872, date de son apparition au Salon, intéressé tout particulièrement au mouvement des halles et marchés parisiens. Le marché Maubeuge, le carreau des Halles centrales ont, avec les marchés aux fleurs, tenté plus d'une fois son pinceau. Sa Bonne pèche nous conduit bien cette année dans quelque port, au moment de la vente du poisson à la criée. Mais si le cadre est changé, le sujet reste le même. Son Pont de la Concorde diffère un peu. Il s'agit ici d'un effet, assez heureux d'ailleurs, et rendu avec esprit.

M. Edouard Gelhay, son voisin de cimaise, nous a intéressé à la conversation, dans un salon très clair et d'un aimable arrangement, de trois jeunes mondaines qui ont beaucoup de choses à se raconter. Son récit ne manque point d'esprit non plus, et, à tous égards, nous préférons son Entre amies, acheté par la Société des Amis des Arts, à sa Promenade matinale qui rappelle im peu trop, par la coloration, les préoccupations de M. Gagliardini.

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