LÉON LHERMITTE
Si M. Lhermitte a évité les écueils du néo-mysticisme, d'autres y sont tombés et, à lire les chroniques du temps présent, à écouter au théâtre, à feuilleter les livres, à courir certaines expositions, on voit bien que le mal a fait des ravages. Le public semble prendre goût à des manifestations qui n'ont rien à voir avec les libertés des vieux maîtres et dont lui-même eût beaucoup ri, il y a quelque dix ans.
Une littérature nouvelle est née, en effet, tourmentée, fiévreuse, pleine de vagues aspirations vers une foi mal définie, dont elle ne balbutie même pas le Credo. Le goût du mystère, de l'étrange, mêlé d'une
pointe confuse d'ascétisme Tétreint. Elle se tourne volontiers vers les rites archaïques du catholicisme, vers ses légendes, ses drames. Elle applaudit à ]a Passion de M. Haraucourt, elle va voir le Christ au Théâtre-Moderne et ellecclèhre sur tous les tons le sâr Peladan, quand, dans son salon éphémère de la Rose-Croix, elle a cru démêler au fond de fantaisies incohérentes quelque velléité de rallumer dans les cœurs le feu des vieilles croyances. Elle s'attarde aux ébauches sibyllines de M. Hodler, aux visions de M. Martin, aux fantaisies de M. KnopflF et de M. Armand Point. Au Champ-de-Mars, elle ne tarit point sur la Descente de croi\ de M. Jean Béraud, qui l'année dernière avait fait apparaître Jésus au milieu d'une bande joyeuse de viveurs.
Cette descente de croix ne se place point au Golgotha. C'est sur la butte Montmartre qu'elle a lieu, et rien ne vient nous expliquer ce changement de lieu. Est-ce une invite à Paris? Est-ce un simple jeu de mots? A-t-on voulu nous dire que la butte, couronnée aujourd'hui par l'église du Sacré-Cœur, constitue, pour les habitants de la Capitale, le plus pittoresque des calvaires? On ne sait.
On ne sait pas davantage par quel étrange calcul un Révérend Père joue dans le tableau le principal rôle et tient suspendu le blanc suaire dans lequel le Christ amaigri sera tout à l'heure porté au tombeau. Les Saintes Femmes de l'Evangile sont des Parisiennes repenties assurément. Enfin montrant le poing à Paris, dont le panorama se déroule à ses pieds, un ouvrier des faubourgs porte la blouse et le pantalon. Cet ouvrier-là a tous les airs d'un anarchiste. D'aventure, serait-ce Ravachol ? M. Béraud n'a pas pris soin de nous le dire, et c'est vraiment dommage, car, à l'inverse de la peinture de M. Lhermitte, la peinture de M. Béraud est de celles qui ont quelquefois besoin de commentaires.
M. Dinet a sacrifié, lui aussi, mais avec des restrictions, à la peinture religieuse. Il nous a transportés sur quelque tertre, qui représente dans sa pensée le Golgotha, avec le Christ en croix entre les deux larrons. Les crucifiés sont au dernier plan. Le premier est