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peuplé de quelques figures agréables, plutôt arabes que judaïques et d'une couleur chatoyante. Au ciel sombre de la tradition l'artiste a substitué un ciel radieux, qu'une tempête va changer. A proprement parler, ce n'est point une scène bien ordonnée. Elle est décousue, fractionnée et, à tout prendre, on pourrait, de ce tableau, en faire trois. M. Dinet a racheté cette erreur en exposant, avec un bon portrait et une Fête de nuit, une Chaste Suzanne qui se recommande à l'attention. Le sujet n'est point neuf, il faut se hâter de le concéder. Les Italiens en ont même abusé. Véronèse lui a consacré cinqtableaux, dont un est au Louvre. Le Tintoret, le Guerchin, le Bronzino, le Guide, le Corrège, le Dominiquin, Luca Giordano ont chanté ses vertus sur les modes les plus divers. Murillo lui a payé son tribut. Rubens, van Dyck, Rembrandt, van Mieris, van der Werff ont été tentés par sa légende et, parmi les modernes qu'elle a inspirés, il fau-

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drait citer presque tous les artistes, depuis Santerre et Lebrun, jusqu'à M. Hcnner, en passant par Lagrenée, Coypel et Théodore Chassériau. La Suzanne de M. Dinet ne ressemble à aucune de ses aînées. C'est un morceau absolument moderne, d'une couleur fort juste et qui donne bien l'impression d'une de ces chaudes journées d'été où le soleil dévore tout.

M. Dubufe s'en est tenu aux madones; il a cherché avec elles tantôt les délicatesses du blanc, tantôt celles du rose. Dans un coin de Capri, il a entrevu la maison de la Vierge. Idéaliste il était, idéaliste il est revenu avec un projet de plafond, tout à la gloire du Printemps, et qui ne manque certainement pas d'éloquence dans son arrangement aisé.

Dans les plaines de la Provence, M. Montenard a entrevu aussi une scène biblique. Il a cherché les analogies et tenté de fixer son rêve à l'aide de quelques figures. C'est un effort méritoire qui ne visait à rien moins qu'à mettre un peu de variété et d'imprévu dans une note qui se répète par trop souvent.

M. Laurent Gsell a vu venir à lui les enfants de nos écoles. Il a jeté entre eux une tête de Christ et voilà VEdiication divine inventée.

M. La Touche, — qui a écrit un Rêve du -Dante fort peu brûlant, — a transformé en Sainte Cène quelque déjeuner dînatoire offert en un étroit couloir, et auquel M. Gounod paraît avoir été invité.

Enfin, entre une série de portraits, M. Blanche a brossé un Christ en robe japonaise, rompant le pain à la table frugale d'une famille dont plus d'un membre pose évidemment pour la galerie. Ce pauvre Christ, les cheveux en brosse, la barbe en pointe, regarde au plafond pour ne point pleurer sur son accoutrement. S'il n'est point à encadrer, c'est qu'il l'est déjà, car il a derrière lui, symétriquement ajusté, un buffet du meilleur faiseur de Londres, et garni de flambeaux alignés avec la plus parfaite des stratégies. On s'ennuie bien fort dans ce milieu étrange et, si telle est en réalité l'impression que l'artiste a voulu dégager, il faut confesser qu'il y a pleinement réussi.

De tous ces motifs religieux et symboliques, il faut, pour être

LA PEINTURE. -jn

complet, rapprocher VÉpave de M. Ary Renan, un crâne foulé parle pied blanc d'une jolie fille égarée sur une plage; un triptyque assez énigmaiique de M. Frédéric, qui a pour titre : Le peuple verra un jour le soleil se lever. Sauf en temps de pluie, le peuple le voit d'ordinaire tous les jours. Mais la pensée de M. Frédéric ne s'est pas arrêtée à cette constatation terre à terre. Il a voulu symboliser, paraîtil, les amertumes de la vie. Il a montré les humains, petits et grands, hommes et femmes, gravissant, sous un ciel d'orage, une côte escarpée. Plus loin, les ronces qui sèment la route ont déchiré, ensanglanté le corps d'enfants qui s'avancent tout nus, les larmes aux yeux. Enfin, couronnées de feuillages, vêtues de blanc, la main dans la main, après avoir franchi cette zone fatale, des vierges sages chantent au soleil, à la lumière, un hymne joyeux. C'est mystique et cela n'a ti aucun degré le charme des primitifs.

M. Axel-Waldemar Gallen, un artiste finlandais, a, dans une autre salle, exposé un autre triptyque qui se recommande par Texécution, par la couleur. Il représente des vieillards à la poursuite de blondes jeunesses qui toujours leur échappent. Le livret est muet sur la nature de ce sujet, que l'artiste a appelé la Légende de Aino. Cette légende est empruntée à une épopée finlandaise, composée à une époque encore mal précisée, et recueillie de nos jours par un érudit, M. le docteur Lœnnot. Cette épopée, qui est en c^uelque sorte VLliade de la Finlande, a pour titre Kalevala et comporte cinquante chants, traduits en français par M. Léouzon Le Duc. Kalevala est la demeure d'un héros gigantesque; elle est en lutte avec une autre ville, Pohja,et cette lutte est d'autant plus vive qu'il s'y rencontre une Hélène que le mari entend châtier. On se bat pour des femmes; à l'instar des premiers Romains, les Kalevaliens ont dû ravir leurs compagnes aux Pohjaliens. Il se mêle à cette action fort compliquée des demi-dieux qui sont de véritables magiciens, si bien que le poème abonde en aventures inextricables, fantastiques, qui rappellent par certains cotés les contes des Mille et une Nuits. Et puis les détails de mœurs abondent. On nous raconte tous les mille riens du ménage, la tyrannie des ma-

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ris, les ruses de la femme, la misère des uns, la paillardise des autres, tout cela avec une finesse d'analyse psychologique qui déconcerterait la patience d'un Chinois.

C'est dans ce milieu épique, quelque peu troublant, que M. Gallen est allé chercher le sujet de son tableau. Les visiteurs qui se sont arrêtés devant son oeuvre, — • et ils sont nombreux, — auraient désiré trouver dans le livret quelques lignes qui leur permissent de connaître la donnée de la légende ainsi racontée. Nous souhaitons qu'à défaut du livret ces sommaires explications leur tombent sous les yeux. Elles leur permettront peut-être de s'intéresser davantage à un artiste qui s'est affirmé ici très peintre et peintre très doué.

Le nu ne domine point au Champ-de-Mars. On peut même dire qu'il s'est fait rare. En revanche il est assez varié dans sa formule. MM. Carolus Duran, Aublet, Dinet, Gervex, Zorn, Rosset-Granger, M"' Lee-Robbins, lui ont donné des interprétations assez dissemblables. M. Callot seul paraît lui avoir demandé de trop parler.

Sa toile a pour titre le Printemps. Elle représente deux femmes abritées par des verdures d'un ton éteint. L'une, étalée à terre, la tête en avant, n'a plus rien à demander. Elle paraît être, comme la Messaline de Juvénal, quelque peu lassata. La seconde est assise, et, la bouche tendue comme pour oliVir un baiser, elle montre ses seins d'un geste provocant. Nondumsatiata. L'aventure, on en conviendra, est assez fin de siècle. Nous ne nous serions pas arrêté à la rappeler si M. Callot ne l'avait contée dans un langage d'une certaine maturité. Il y a, en effet, dans son Printemps, beaucoup d'art. Le modelé de certains morceaux est d'une assurance et d'une enveloppe qui ont droit à nos suft'rages. Double raison pour regretter que tant de vaillance ait été mise au service d'une composition d'un érotisme par trop indiscret.

M. Harrisson, de Philadelphie, a trouvé aussi, pour traiter le nu, une note qui ne manque point de délicatesse. Ses Baigneuses ont du charme, de la chaleur dans leur tonalité ambrée, et on peut noterl'un de SCS Gamins comme une excellente académie qui ne sent en rien ri<:colc.

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Citons encore une baignade de M. Armand Point, un nu délicat de M. Armand Berton, la Flûte de Pan de M. Trotter et une femme étendue Sous les branches de M. Albert Fourié.

L'exposition de M. Besnard est particulièrement intéressante. Elle comprend deux figures : le Réveil^ conçu dans une note vaporeuse et douce, le Sourire où Ton note ces reflets que l'artiste prend plaisir à souligner avec une attention qui eût fait autrefois le désespoir de M. Ingres ; puis quatre portraits d'allures différentes.

M. Whistler, l'artiste américain dont nous avons retracé la carrière dans le volume précédent, a envoyé cette année un portrait en gris et rose d'une heureuse harmonie. Ce portrait est accompagné de nocturnes et de marines d'une tonalité délicate où il ne faut point chercher l'accent de la nature. M. Whistler y apparaît comme un symphoniste expert, qui se joue de certaines difficultés.

Aux deux portraits de M. Boldini nous ferons les mêmes compliments elles mêmes critiques que précédemment. Ils sont d'un ton fin et distingué; en revanche, leur mise en place est bizarre; ils s'équilibrent mal dans des intérieurs dont la perspective est chancelante.

On ne s'explique pas bien que l'État ait fait ici Tacquisition de la Cannencita de M. Sargent. Certes cette danseuse espagnole est bien campée. Elle a de Tallure, mais l'exécution en est bien inférieure, et M. Sargent ne s'est point souvenu, en traitant les étoffes, des enseignements qu'il a pu recevoir à l'atelier de Carolus-Duran.

M. Gustave Courtois est resté précieux et maniéré dans ses nombreux portraits. M. Dagnan-Bouveret s'est laissé, lui, influencer par les tendances de M. Besnard. L'étude des reflets, la recherche des colorations étranges l'ont obsédé et on retrouve ces préoccupations très nettement accusées dans une Étude de Breton, qu'une lumière jaune éclaire à droite, sans trahir, par son milieu, le secret de sa naissance.

M. Alfred Stevens, qui a réuni au Champ-de-Mars un nombre d'œuvres important et dont beaucoup portent la patine du temps, apparaît tel qu'il a toujours été: un raffiné, qui ne demande point beaucoup à l'invention, mais qui trouve sans effort sur sa palette la distinction et la richesse. Des figures, un intérieur d'atelier d'un faire qui rappelle certains Munkacsy d'autrefois, des paysages, des marines, M. Alfred Stevens s'attaque à tout en coloriste émérite.

Moins distingué dans sa couleur, mais très précis et parfois hanté

par les préoccupations des primitifs, son fils, Léopold Stevens, se

recommande à l'attention.

' •• M. Jozef Israëls a droit au même intérêt pour ses Soins maternels.

' Expert dans l'art de promener la lumière, d'en graduer l'intensité, le

maître hollandais avait paru jusqu'ici se cantonner dans une note

■sombre et lourde. Sa palette, ici, s'est éclaircie. La tendresse du sujet

— une jeune mère toute à son enfant — l'a conduit à plus de fraîcheur,

à plus de poésie, en donnant pour horizon à cette scène, à travers les

carreaux d'une fenêtre mal ajustée, un paysage mélancolique en des

verdures cependant printanières.

Un autre étranger, M. Hugo Salmson, devant lequel les portes du Luxembourg se sont ouvertes, il y a plusieurs années déjà, a trouvé un arrangement presque analogue dans la /V/e des grands parents. Il a surtout mis du soleil — le soleil si particulier de la Scandinavie — dans ses Bergères de Lackalanga.

Est-il besoin de dire que M. Raffaelli est resté fidèle à ses types de la banlieue parisienne, qu'il charbonne comme aux premiers jours? Que M. Carrière continue à rnodeler ses personnages dans un brouillard qui ne laisse entrevoir que leurs figures et leurs mains? Que M. Firmin-Girard, toujours précieux, traite la nature en botaniste et non en peintre? Que M. Muenier se passionne comme d'habitude pour le détail ?

Cependant, M. Muenier ottre cette particularité qu'il a réussi à concilier le détail avec les exigences de l'enveloppe. Il est méticuleux; il ne veut rien laisser échapper de ce que la nature lui montre; il caresse amoureusement chacun des coins qu'elle lui présente. Et, malgré cela, il n'oublie pas son ensemble ; il lui subordonne ses découvertes successives et rien ne prouve mieux cette loi qu'il s'est imposée à lui-même que son Abreupoir où un cheval noir, monté par un paysan, prend, au milieu du paysage qui l'encadre, un étonnant relief.

M. Muenier est tout jeune. Le portrait qu'il a fait de lui-même, et qu'il expose ici, nous en avertit. On reprochera à cette figure d'être mince, d'un modelé insuffisant. Nous la prenons simplement comme un document et c'est à ce titre qu'elle nous touche. Né à Vesoul, M. Muenier est élève de MM. Gérome, Dagnan et Courtois. Il a obtenu une troisième médaille en 1S87, en même temps qu'une bourse de voyage. Il s'est déjà conquis une notoriété. Il reste à lui souhaiter d'être plus personnel, et d'oublier un peu les formules qu'il a empruntées visiblement aux maîtres qui ont guidé ses premiers pas.

Nous formerons le même souhait à l'égard de M. David-Nillet, un jeune peintre, né à Paris, qui est l'élève de M. Lhermitte. Sa Soupe rappelle par trop le faire de son maître et c'est le plus grave reproche

qu'on puisse lui adresser. Elle redit une scène rustique, comme M. Lhermitte aime à les saisir. Des paysans sont assis autour d'une table fruste, mal équarrie ; la maîtresse du logis, debout, sert ces travailleurs dont l'appétit est aiguisé. Tout cela est bien agencé et cherché. On aurait cependant désiré, dans l'exécution, plus de solidité.

M. Kuehl, lui, ne se recommande de personne. C'est un Bavarois qui a depuis plusieurs années vivement piqué la curiosité avec ses intérieurs où il promène avec art le rayon intense du dehors. Il recherche volontiers les jours frisants, les accrocs de lumière sur des meubles dont l'assiette n'est pas toujours sans laisser quelque inquiétude. Mais il est souvent rugueux; sa couleur n'a point la distinction des maîtres hollandais dans l'atmosphère desquels il paraît prendre plaisir à travailler. C'est un secret qu'il aurait tort de ne point leur demander. Ils parlent partout une belle langue, simple dans sa manière, riche dans ses accents. A les interroger plus intimement M. Kuehl trouvera certainement plaisir et profit.

M. Lobre aime aussi les intérieurs, mais il n'y introduit que des clartés plus sereines, plus douces. Il cherche davantage l'enveloppe et à ces qualités il ajoute, surtout dans sa Bibliothèque, de l'esprit et une certaine liberté de main.

]y[me Madeleine Lemaire s'est évidemment souvenue des enseignements de Chaplin en peignant son Char des Fées: même mouvement dans la cassure des satins, même recherche dans les colorations. La note noire seule, dont le maître savait jouer avec tant d'art, manque cependant à l'orchestration. Cette note, il est vrai, nous la retrouvons dans un paysage automnal, d'une tonalité dorée. Au pied d'un marronnier une grande dame, en toilette noire, attend. On jurerait qu'elle n'y est venue qu'après coup, pour compléter et faire chanter une étude d'ailleurs fort réussie. M"'" Madeleine Lemaire a ajouté à ces deux envois une grande toile où les violets des prunes chantent haut. C'est un morceau très personnel, bien arrangé, très à l'effet et devant lequel on s'incline sans réticence.

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M. Priant a quelque peu abandonné sa manière d'autrefois. Cette liberté de facture, qui l'avait jadis mis en relief, semble lui avoir pesé. Il est devenu raisonneur et il a tenu à nous montrer dans le Bon Chien, — un chien à qui causent deux braves femmes de la campagne,— qu'il avait, quand il le voulait, un œil inexorable. Ladémonstration est faite; nous savons que M. Priant peut pousser très loin le rendu et ne faire grâce, si c'est exigé, d'aucun menu détail. Il serait puéril de la renouveler et à M. Priant, méticuleux, nous préférons de beaucoup M. Priant ancienne formule.

M. Rosset-Granger a trouve, pour modifier la sienne et abandonner les orangés et les bleus intransigeants, un motif des plus simples et à la fois des mieux agencés. Nous sommes dans la salle à manger. La table est dressée. Madame, — une jeune et jolie personne — est à sa place, dans l'attente. Devant elle, le couvert du mari absent. On se boude. C'est la Lune rousse. La page est charmante : les détails y sont écrits avec esprit. Un peintre de genre, qui fera son chemin, est né. Ce Salon-ci nous en avertit.

M. Rusinol, — qui est d'origine espagnole, — a mis lui aussi beaucoup d'esprit à nous conter comment, dans certains cabarets borgnes, des femmes interlopes attendent le client, dans une salle dont le demijour favorise leur petit commerce.

M. Steinheil nous a conduit dans un tout autre monde : celui du xvi" siècle et des convenances familiales. On y fait la lecture, on y exhibe surtout de beaux costumes que l'artiste a rendus dans toute leur vérité.

A noter aussi la femme lisant de M. Laureano Barrau; une grande composition de M. Paul-Albert Baudouin, r Écriture sur la pierre, qu'accompagnent un beau portrait de M. Elisée Reclus, le fameux géographe, et un Repas de glaneurs rendu dans la note aimable; diverses pages assez froides de M. Hagborg qui a décidément abandonné les plages où il promenait d'ordinaire des marins attardés; une série d'études de femmes à la physionomie peu engageante, qui se répètent et portent la signature de M. Picard ; des portraits de MM . Edelfeldt, Mathey, Edouard Sain, Van Beers, enfin trois figures élégantes de M. Tofano, l'auteur des mariés Enfin seuls! tableau exposé il y a tantôt quinze ans et que la gravure a rendu populaire. M. Tofano n'a fait jusqu'ici que de très rares apparitions au Salon. C'est à peine si, de loin en loin, on a aperçu de lui dans les cercles quelques-unes de ces physionomies parisiennes qu'il s'entend si bien à chilfonner. Né àNaples en 1842, M. Tofano n'a commencé à peindre qu'assez tard. Il a eu pour premier maître Morelli, le chef de l'école napolitaine. C'est dans le genre historique qu'il s'est d'abord essayé. Un peu plus tard

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il s'est épris d'une belle passion pour Faquarcllc. L'art avec lequel il la maniait appela sur lui raltcntion et l'amena tout droit à Paris où les amateurs se disputaient ses compositions toutes secondaires. Il y a fait un chemin rapide et sa notoriété se serait depuis longtemps affirmée si, doutant moins de lui-même, l'artiste avait mis plus souvent le public à même d'apprécier les séductions de sa couleur et la grâce qu'il prête à ses modèles.

Si nous passons maintenant au paysage, nous constatons qu'il compte ici de vaillants représentants. M. Cazin marche à la tête de ces derniers. M. Eugène Boudin voit les choses par la tache; il connaît ses valeurs et s'il a une tendance à voir gris, on l'oublie volontiers en constatant l'art avec lequel il baigne tout d'atmosphère.

M. Wahlberg est également de ceux qui ont affirmé leur maîtrise dans le paysage. On a encore présents à l'esprit ces sites que l'artiste suédois fixait avec une virtuosité incontestée. Les recherches des impressionnistes paraissent avoir ébranlé ses convictions d'autrefois. Il a sacrifié à la formule nouvelle et, ce faisant, M. Wahlberg s'est fourvoyé. M. Sisley, qui a su mettre du soleil sur ses meules, ne reconnaîtra point en lui un adepte bien habile et il faut souhaiter que, dégagé de cette aventure, M. Wahlberg, redevenu lui-même, regarde la nature avec ses yeux d'autrefois.

Robustes apparaissent les études de M. Lebourg; violentes, celles de M. Lepère, délicats dans leur tenue les divers motifs de M. hvill; un peu graves, ceux de M. Jettel.

M. René Billotte s'est tenu comme d'habitude aux mélancolies des fortifications parisiennes. Il a noté avec tendresse leurs gazons poitrinaires, leur aspect poussiéreux et terne. Mais s'il n'a point poussé plus loin ses reconnaissances, ce n'est pas par amour exclusif du motif. Attaché à l'un de nos ministères, M. Billotte ne peut consacrer que fort peu de temps à son art. Il est condamné à aller au plus près jusqu'à ce qu'une situation nouvelle lui rende plus de liberté. Cela ne l'a pas empêché d'être médaillé en i8Si, d'avoir une seconde médaille à l'Exposition universelle et de figurer

LE SALON DE i8q2.

chaque année avec tin certain éclat à Texposition des Pastellistes. -M. Baertsoen est à un pôle opposé. Il ne cherche ni les délicatesses ni les harmonies. Il est nerveux; il voit la nature solide, robuste et les études dont il a accompagné sa grande toile : En ville flamande, le soir, redisent assez son tempérament. Ce n'est point lui qui s'attarderait aux infiniment petits qui séduisent M. Pranishnikoff. Et cependant on ne saurait contester Tart avec lequel l'artiste russe a su les rendre sans tomber dans la mièvrerie et la sécheresse. M. Mesdag conserve dans ses tragédies de la mer une primauté depuis longtemps acquise. Ila,pour lui faire cortège, avec des préoccupations fort différentes, MM. Moore, Courant et Dauphin. -'''^

Fort modeste en nombre et en intérêt au Palais de l'Industrie, la nature morte ne compte au Champ-de-Mars que quelques spécimens. Ils sont tous, d'ailleurs, recommandables. Ils portent les signatures de MM. Georges Griveau, Kreyder, Zakarian, de M""' Madeleine et Suzanne Lemaire.

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LA SCULPTURE

ujourd'hui, c'est une vérité devenue banale, que notre i-„ école de sculpture a réussi à prendre le pas sur notre K^^'U'^'' école de peinture et à produire des œuvres d'une con-

n" ception souvent heureuse, d'une exécution robuste et presque toujours supérieure. Il y a, dans cette branche des arts plastiques, plus de maîtrise, plus de sève et peut-être aussi plus de personnalité, encore bien qu'à de certains signes il semble que beaucoup

yo LE SALON DE 1892.

cherchent à s'inspirer des traditions de nos gloires du xvii° siècle.

Parmi les courants que l'exposition de cette année accuse, il en est un que le public paraît avoir suivi, dans ses manifestations assez semblables, avec plus d'aisance et de spontanéité : nous voulons parler des tentatives polychromées dont MM. Gérome et Barrau sont ici les représentants les plus autorisés.

M. Gérome s'est étudié à employer les deux modes les plus opposés de polychromie : celle qui emprunte sa coloration à la matière même, qui lui demande, par le choix judicieux des matières colorées, une sorte d'immortalité, et celle qui demande au peintre d'ajouter à une matière unique l'attrait de la couleur et sa variété même.

La Bclloue de M. Gérome appartient à la première. L'or, l'argent, le bronze, l'ivoire et l'émail entrent dans sa composition et si nous ne donnons point ici une description de cette œuvre impressionnante, c'est pour ne pas répéter ce que nous avons déjà dit dans le volume précédent.

Galatée et Pygmalion appartiennent à la seconde. Des colorations délicates teintent le marbre. Un ton rosé a été passé sur les chairs du sculpteur cypriote, dont la blouse porte la trace de l'émeraude. Les cheveux de Galatée sont dorés; un peu de carmin anime son visage et ses mains.

M. Gérome avait pris soin de nous dire dans un tableau ce que serait l'ordonnance de son groupe et s'il a eu des précurseurs, il faut dire qu'il n'en a suivi aucun. Boucher et Lagrenée nous ont montré Pygmalion amoureux de sa statue. Regnault l'a peint au moment où il priait Vénus de l'animer; Girodet a chanté à son tour sa légende. Ce fut même son dernier chant. A dire vrai, il constitua son œuvre la plus gracieuse et tout Paris lui fit fête. Louis XVllI, émerveillé, s'arrêta avec complaisance devant le tableau, qui est aujourd'hui au Louvre, et cita même, disent les anecdotiers du temps, les vers d'Ovide qui ont consacré l'allégorie : Dum stiipet et timide gaiidet... Pour ne pas être en reste avec cette royale réminiscence, un poète anonyme colla sur la bordure le quatrain suivant :

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LA SCULPTURE. 91

Peintre charmant d'Endymion, Viens jouir des transports de la foule enchantée; Tout Paris pour ta Galatee A les yeux de Pygmalion.

Quelque cinquante ans auparavant, Paris s'était déjà enthousiasmé pour une Galatée d'un autre ordre. Celle-là avait été taillée dans le marbre et elle portait la signature de Falconet. (jalatée venait d'entr'ouvrir les yeux; les bras mollement allongés, elle regardait en souriant vers Pygmalion qui était à ses pieds. Dans une lettre adressée à Grimm, Diderot célébrait ce groupe en ces termes : « Il n'y a que celui-là au Salon. Et de longtemps il n'aura de second... La Nature et les Grâces ont disposé de l'attitude de la statue... Quelle innocence elle a ! elle est à sa première pensée; son cœur commence à s'émouvoir, mais il ne tardera pas à lui palpiter. Quelles mains, quelle mollesse de chair! non, ce n'est pas du marbre; appuyez-y votre doigt et la matière qui a perdu sa dureté cédera à votre impression. Combien de vérités sur ces côtes ! Quels pieds ! qu'ils sont doux et délicats ! O le beau visage que celui de Pygmalion ! O Falconet ! Comment as-tu fait pour mettre dans un morceau de pierre blanche la surprise, la joie et l'amour fondus ensemble? Émule des dieux, s'ils ont animé la statue, tu en as renouvelé le miracle en animant le statuaire... Le faire du groupe entier est admirable. C'est une matière une, dont le statuaire a tiré trois sortes de chairs dilïérentes. Celles de la statue ne sont point celles de l'enfant, ni celles-ci les chairs de Pygmalion. » Diderot en était enthousiaste. Il ajoutait toutefois que Falconet aurait obtenu un etfet plus neuf, plus énergique si, au lieu de placer Pygmalion accroupi aux pieds de la statue, il l'eût montré debout, posant la main à la place du cœur pour s'assurer qu'il commençait à battre.

M. Gérome, en modernisant ce sujet antique, a tenu compte de l'observation de Diderot. 11 n'a point taillé dans le marbre un Pygmalion hésitant, inquiet, ramassé sur lui-même. 11 l'a dressé sur la pointe de ses pieds ; il l'a, dans un mouvement plein d'inexprimable passion, élevé jusqu'à la statue, pour l'étreindre et la presser fiévreusement sur

sa poitrine. Il a obtenu ainsi un « effet plus neuf, plus énergique », et il a ajouté à cet effet le charme d'une exécution supérieure.

A l'inverse, M. Barrau a mis aux pieds de Salammbô le Libyen Mathô, une sorte de géant, de Goliath stupide et superbe, qui commande les mercenaires révoltés contre Carthage. Mais tel était le récit de Flaubert et l'artiste l'a suivi à la lettre.

Il a mis toute sa science à modeler le corps de la Carthaginoise, dont la souplesse et l'élégance contrastent avec la rudesse du barbare. Aussi tout le monde a-t-il applaudi à la décision du jury qui a accordé à M. Barrau une première médaille.

MM. Gérome et Barrau ne sont point les seuls qui aient demandé à la couleur de souligner la forme, pour l'animer. M. Louis-Robert Carrier-Belleuse a marié le marbre et le bronze dans sa Charmeuse de panthères; M. Claudius Marioton, le bronze, le porphyre, l'or, l'argent et le fer dans son Satyre, inspiré du poème de Victor Hugo, aussi bien que dans sa Rosée; M. Moreau-Vauthier, l'ivoire et le bronze dans sa Tète florentine ;M^'' Besnard a coloré, au Champ-de-Mars, une Proserpine, destinée, il est vrai, à être exécutée en céramique; enfin, parmi les plâtres teintés, nous avons relevé ceux qui portent les signatures de MM. Blanc, Chrétien, Debon, Début, Fargues, Masseau, Neulin, Richou, Savine, Schiffî, Signard et M"° Halse.

Cette tendance des sculpteurs à faire appel à la couleur pour varier les aspects de la matière n'est point nouvelle. Sans parler des Egyptiens qui avaient colorié la pierre, sans détails, sans préoccupation de la vérité, dans une intention purement symbolique, les Grecs avaient, même aux époques les plus florissantes, sacrifié à la polychromie. On pouvait citer comme des merveilles en ce genre la Diane Laphisa de Ménechme, l'Esculape de Calamis, le Jupiter d'Olympie, la Minerve du Parthénon, œuvre de Phidias, et la Junon d'Argos. En appelant la peinture à son aide pour décorer ses temples au dedans comme au dehors, l'architecte grec avait invité les sculpteurs à se mettre à l'unisson. La plupart d'entre eux ne le firent cependant qu'avec discrétion; comme Phidias, ils se bornèrent généralement à

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l'alliance de l'or et de l'ivoire et créèrent la statuaire chryséléphantine, Ils pratiquèrent peu la polychromie artificielle, que perpétua au contraire la décadence romaine.

Les artistes byzantins, ceux du moyen âge, ne se firent point faute de peindre leurs statues, surtout celles qui devaient orner les basiliques et les églises. A l'époque de la Renaissance, Donatello en Italie, Germain Pilon en France, y eurent recours et on peut encore voir au Louvre quelques curieux spécimens de leurs œuvres ainsi appropriées.

Malgré ces précédents, nous ne croyons guère au succès des tentatives que M. Gérome et ses émules, après Pradier et Clésinger, avec

une discrétion qui prouve d'ailleurs leurs propres incertitudes, font

aujourd'hui, pour remettre en honneur la sculpture polychrome. I.a qualité des matières a assembler doit être le plus sou\ent, pour un artiste, un embarras plutôt qu'une ressource. Si, en ajoutant la couleur à la forme, il augmente rillusion, cette illusion est de trop courte durée. Derrière elle, on sent bien vite rimrnobilité et la lourdeur de la matière.

On ne voit pas bien quel charme la couleur ajouterait au Repos de M. Alfred Boucher : une jeunesse d\m galbe délicieux, étendue sur un de ces meubles romains que le génie de Boule avait amodiés pour les raffinés du siècle dernier. Il y a tout lieu de penser qu'elle y perdrait au contraire, parce qu'en se recommandant davantage de la nature, elle parlerait sans doute moins à l'esprit.

Peut-être la statue de femme si noblement drapée par M. Mercié pour le tombeau de Cabanel eût-elle gagné au contraire à être coulée en bronze. Transformée en note sombre, sur un monument clair, elle eut mieux marqué sa destination funèbre et, bien que l'arrangement en soit totalement différent, le tombeau deMazarin par Coysevox,qui est au Louvre, fournit sur ce point une indication, à nos yeux, assez concluante. M. Mercié ne s'est pas tenu, au surplus, à cet envoi. Il y a joint un intéressant Guillaume Tell qui lui a été commandé par la ville de Lausanne.

Pour M. le prince de Léon, M. Frémiet, qui a exposé une Isabeau de Bavière en bronze doré, a exécuté un beau bas-relief, Olii'ier de Clissoii, modelé avec une vraie grandeur, sur son cheval de bataille.

De M. Marqueste, l'auteur d'une Cigale, il convient de retenir un marbre, Nessiis, groupe d'un heureux arrangement; de M. Roulleau, une monumentale Jeanne d'Are, qui n'est point sans originalité; de M. Peynot, les Quatre Parties du nu)nde, destinées au château de Vauxle-Vicomte, et un fragment du monument commandé a l'artiste par la ville de Lyon, A la gloire de la République; de M. Cain, des tigres féroces; de M. Gardct, une lutte entre Bison et Jaguar, le Singe et la tortue; de M. Bartholdi, un groupe monumental, Washington et Lafayette.

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LA SCULPTURE. gS

M. Adrien Gaudez a taillé dans le marbre un Molière enfant, lisant quelque comédie de Plaute ou de Térence, son martelet de tapissier à la main. M. Albert Lefeuvre s'est inspiré d'une agréable poésie de Gustave 'Vautrey pour modeler une Muse des bois. Pour la décoration delà cheminée de la Bibliothèque des Facultés de la ville de Grenoble, M. Urbain Bastet a coulé en bronze un bas-relief symbolisant les lettres, les sciences et le droit. Pour l'Etat, feu Ernest Christophe a exécuté en marbre le Baiser suprême; Croisy, Y Architecture., statue destinée à la décoration de la cour du Louvre ; Daillion, l'Archéologie, figure décorative ayant la même destination.

M. Dalou triomphe au Champ-de-Mars avec deux groupes : l'un en marbre et inachevé, les Épousailles ; l'autre en plâtre, Bacchus consolant Ariane.

M. Injalbert, qui se recommande des sculpteurs de l'école de Versailles, a exposé divers bronzes à cire perdue : une Nymphe surprise par un Satyre, une Eve après le péché, la Danse et une Tête coupée qui ne manquent ni de souffle ni d'élégance.

La Femme couchée de M. de Saint-Marceaux a intéressé par son mouvement bien plus que par son modelé.

Le sculpteur belge M. Constantin Meunier, dont le succès fut si vif à l'Exposition universelle de 1889, et l'année dernière encore, au Champ-de-Mars, n'a point cherché le style dans son Faucheur. Il y a mis du mouvement; il en a fait un type, le type du monde de la pauvreté et du travail rustique. Au Faucheur il a joint un Enfant prodigue., la Glèbi' et une étude, L'Industrie, qui rappelle par certains côtés quelque morceau antique.

M. Bartholomé dont l'envoi avait. Tannée dernière, éveillé bien des curiosités, a ajouté un groupe de deux figures au monument dont il a conçu l'ensemble. On se rappelle peut-être que les quelques figures isolées qu'il avait exposées au Salon de 1891 et qui sont destinées à être reliées et complétées, révélaient un sentiment douloureux. 11 y avait, à côté d'un ange soulevant la pierre du tombeau, des figures d'hommes, de femmes, et trois corps étendus où l'on sentait percer

o6 • LE SALON DE 1892.

un peu de cette émotion qui caractérisait les œuvres des artistes du moyen âge. Les deux figures de cette année participent de ce sentiment. Un homme et une toute jeune femme, d'un modelé suave, s'aventurent à l'entrée d'un sanctuaire mystérieux, pour tomber ensemble dans l'éternité. Le morceau a une certaine fierté mystique. Maison ne saisit pas très bien encore la pensée de M. Bartholomé et il faudra attendre, pour apprécier sa conception, qu'elle ait été définitivement formulée dans son entier.

Quand nous aurons cité le monument de M. Aube élevé à Meaux à la mémoire du général Raoult, \e Jardinier arrosant de M. Baffier, la Prière et la Douleur de M. Lenoir, le Caïn colossal de M. Vallgren, les superbes bronzes de M. Carriès, qui a joint à ces morceaux de haute marque des grès émaillés rappelant les belles pièces des artistes japonais, le Coucher de l'enfant de M. Daillion, le Grisou de M. Gréber, le Chien danois de M. Lami, la Source en marbre de M. Mengue, le Baiser filial de M. Mombur, un Saint Jérôme taillé dans le bois par M. Savine, le Passant de M. Thivier, la Bataille de chiens de M""" Thomas-Soyer, le Paysan du Danube de M. Vidal, le Saint Saturnin de M. Seysses, la Victime de Cléopâtreàt M. Loiseau-Rousseau, {&?, Derniers jeux de M. Faivre, la Tendresse maternelle d'Hector Lemaire, il nous restera à signaler une série de bustes, remarquables pour la plupart, qui portent les signatures de MM. Rodin (M. Puvis de Chavannes), Dalou (MM. Francis Magnard et Jules Jouy), Puech (M. Méline), Godebski (Beethoven, Emile Perrier), Fagel (M. Cavelier), Crauk (Faidherbe, M. le sénateur Corbon), Carriès, Injalbert, Lenoir, Leroux, Ringel d'illzach, Saint-Marceaux (M. Tirard), Rarrias (Ricord), Antonin Cariés, Chrétien, et Marquet de Vasselot.

Et M. Falguière ? Et M. Dubois?

Ni l'un ni l'autre n'ont exposé. Tous deux étaient absorbés par d'importants travaux. Mais s'ils ont déserté le Salon de 1892, ils prendront, nous assuret-on, une glorieuse revanche au Salon de i8g3.

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LISTE DES RÉCOMPENSES

SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS

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