‹ Salon de mil huit cent vingt-deux: ou, Collection des articles insérés auChapitre 4 sur 4 · COUP D'CEIL HISTORIQUE · texte numérisé non relu

COUP D'CEIL HISTORIQUE

JLorsqu'au sortir des plus cruelles discordes, riialie , pleine encore de passions ^ de superstitions et de richesses , fut saisie du goût de peindre , et crut pouvoir expier ses vices en offrant sur les autels de superbes tableaux , le génie ardent se pre'cipita vers la peinture , et on vit en quelques années Giott#, Cimabue, Léonard de Vinci , faire avancer rapidement ce bel art ^ et Raphaël, Michel-Ange, le porter non pas à la perfection, mais au sublime. Si on demande pourquoi les arts du dessin se développèrent plutôt en Italie qu'ailleurs, il f^ut l'attribuer non aux anciens modèles, mais à l'agitation générale des esprits qui commença en Italie , parce qu'elle commence toujours sous le soleil, et surtout au goût particulier des Italiens pour l'imitation , car ils sont peintres jusque dans leurs expressions et leurs gestes même.

Admirateurs de quelques marbres antiques découverts sous les ruines du moyen âge, mais frappés surtout par la vue de la nature, ils n'imitèrent qu'elle seule, et leurs premiers es-

sais sonl tellement Teffet d'une impulsion spontanée , qu'on n'y voit ni proportions, ni dessin, ^ ni couleur, et au contraire toute la barbarie des peuples les plus sauvages.

Bientôt 1$ dessin se régularisa, le contour s'adoucit, une certaine harmonie de couleur se fit sentir sur la toile,u L'ojrdeur était générale ; le génie qui a besoin d'un but se portait de la guerre civile vers les arts. Enfin Michel-Ange et Raphaël naquirent. Ces grands hommes, par^ tant du poîrit où s'étaient arrêtés leurs devanciers, admirant le modèle antique sans l'imiter, reproduisirent la nature qui les entourait, Raphaël, plein d'amour pour lafemme^ rendît les traits de ses bel,le& maîtresses, et les reproduisit épurés, embellis par son. imaginaiioa tendre et sublime.Michel-Angé, dévoré des souvenirs de la gujerre civile, les transporta comme Milton dans les cieux, et plia de toutes les manières, présenta dans toutes les attitudes^ des corps rudes et vigoureux. Ses formes larges , fortes et souvent incorrectes, ses mouvemens. si variés, si brusques, ne sont pas. pris dans le modèle grec, mars dans l'expressive et inobile nature qui était sous ses yeux.

Ces grands hommes, dans leur fougueux enthousiasme, n^avaient qu^un sujet, la religion; iqu'une poétique simple , l'instinct. Leurs ouvrages ^ont pleins d'une vérité, oix charmante ou terrible, m^îs toujours^ naïve. Us ]>eignaient d'ajprès nature -, toon pas» avec le goût réfléchi

iqtti arraiige , mais avise le seittiment profond qui vivifie , et avec cette franchise da g^oie qui s'ignore. U faut des impulsions violentes à l'esprit humain,; l'^é^itat^n , les directions cornbattueS; ne lui convienniejat jamids ; il faut qu'il soit entraîné à son insu. A douze an»^ Michel* Ange fut rei^conti'ë par Lauréat de Mëdicis^ taillant une pierre ^ à, quatre-vingt il ébranlait un bloc de marbre; à la vue d'un rocher placé en avant da^s hk mer, il avait conça le jprojet de le tailler en colosse , et il finit par élever la coupole de S^i|it-Pierre,j qui, comme il Favaîl annoncé^ est le f ainthéoA transporté dan^ les airs,

L'iâKigination; devança, l'imitation chez ]es Italien^. Ce penp^ avait trop de. spontanéité dans son impulsion , il sentait trop vivement p6ttr s'eù rapporter aux traditions. Il fr^éveUla en chaj^jtant^ ^t il reproduisit sa vie^ avec sed propres accens et ses propres images^ Ainsi> quoique^ héritière directe des anciens^ l'Italie eut son âge primitif^ comme Les a^ncîens peu-''^ pfes eux-mêmes. Ses diverses écoles^ de peinture ne se cppièrent pas les unes les autres > et, sans égaler cependant le génie dans- le moment ou il £ut en plein rapport, laissèrent des ouvrages aussi iîïcorrectB et au^si originaux que éeux de> la première génération #

Un siècle s'écoula , et le moment dé la France arriva enfia« Les arts passèrent âe& régions chaudes aux régions tem^^ées, et en perdant

peut-être un peu de leur force, y accju/trent le goût, la pureté, la raison. Le Poussin transporte en Italie , demeura long-temps en adoration devant le siècle des Médicis ,^ comme Racine devant celui de Périclès. Sage et sensé, il composa avec j>lus d'ordre et de goût que les maîtres italiens, se montra aussi noble, plus sévère, mais moins sublime, et fut à ses modèles ce que Racine fut aux siens^; car tous deux , quoique imitateurs, n'en furent pas moins naturels et grands dans l'éxecution. Cependant le Poussin, qui avait introduit la réflexion en peinture, fut près d'en abuser, et parfois on pourrait remarquer en lui la recherche de la penséci Le Sueur, plus contemplatif, tout plein de la vie monastique, la repîrésenta avec calme, douceur et une expression céleste. Il fut moins sévère, mais plus naïf et plus original que le Poussin , et s'approcha plus que lui du divin Raphaël.

Lebrun, tyran des arts sous Louis XIV, voulut faire allusion aux victoires de ce prince, en retraçant celles d'Alexandre. Il le fît avec une

riche ordonnance, et Louis XIV, qui croyait remporter les victoires gagnées par Turenne , se crut un Alexandre, et récompensa magnifiquement son peintre. Les arts, quoique à leur second âge, se soutinrent encore aune trèsgrande élévation ; ils furent comme la littérature de ce temps , inêlés d'imitation , d'inspiration propre et de goût.

i*i rr jÉ 1

Bientôt las de produire aux ordres et pour les plaisirs du pouvoir , l'esprit humain s'élança œrs l'indépendante vérité; le dix-huitième siècle commença pour la France. Les muses ne furent point abandonnées , puisqu'à côté de Montesquieu et de Rousseau se montra Voltaire ; mais la grande verve poétique était épuisée : les sujets manquaient à la peinture, car les sujets religieux étaient déchus, et Louis XV entre le cardinal de Fleury et madame de Pompadour , fournissait peu d'images héroïques.

D'ailleurs il faut aux arts une forte attention , et dans ce moment les luttes de la philosophie occupaient tous les esprits. Abandonnés à eux-mêmes, les arts du dessin perdirent bientôt la riche ordonnance de Lebrun , la sévère pureté du Poussin , la céleste expression de Le Sueur, se firent un modèle trivial et maniéré, dû principalement à l'imagination de Boucher, et devinrent frivoles comme nos mœurs qu'ils imitaient en silence. Il n'y avait alors d'énergie que dans la pensée ; non que la nation manquât de vigueur; pleine de force au contraire, elle s'oflfrait de toutes parts au pouvoir qui ne savait que la contrarier sans la conduire. Aussi tout ce qui relevait du trône fut malheureux et faible; nos armées, mal commandées furent vaincues; les arts qui, ayant toujours été en tutelle , n'avaient pas encore appris à vivre seuls, descendirent d'une conception chétive à une exécution plus chétive

«ncore^ et la pensée qui ne reletaît que d'elle-, même » la pensée seule sortit triomphante de sa lutte avec rautorité.

Cependant il n'y a pad de route sur laquelle on ne puisse trouver quelque bien. Quoique les arts eussent abandonné le grand idéal religieux et héroïque, ils pouvaient, en se vouant à l'imitation ée» mœurs, avoir encore la grâce et le charme de la vérité. Greuze conçut alors l'histoire de la famille. Certes, dans tons les temps, le père, la mère, les enfaos groupés ensemÙe, ont composé une touchante société ! Toujours on a vu et on verra Fépoux ► et l'épouse s'unîssant sous la bénédiction paternelle; le père tantôt maudissant un fils coupable, et tantôt accablé d'infirmités, ^ soigné par des enlans pieux. Grreuze, plein de ses sujets , lefr reproduisit dans une suite de tableaux. Il i>e faut point y chercher le grand dessin , les nobles draperies, la couleur ferme, le pinceau large-; non, il ne peignait pas le nu, et il' avait l'exécution de son temps; mais on ne peut' «*efti pêcher d'y admirer une composition sans* ' égale dans aucune école, la plus sévère unité d'action, une poésie infinie dans lesdétails, l'expression la plus pathétique, souvent la sublimité des visages , et enfin cette fécondité du génie qui, voué à la nature, abonde en sujets autant qu'elle en images. Son pinceau , quoique terne et lâche, comme il devait l'être à cette époque, a toutefois des expressions charmantes; et on

rencontre chea^ lui des ébauches de tête oh , copiant la vie rapidement, sans manière et ayec verve , il est égal à tout ce que le pinceau a produit de plus beau* Ses têtes se rassemblent souvent, et la raispn en est simple, c'est parce qu'elles sont idéales. Celles de Vierge se ressemblent dans Rapljiaël , par le même motif .L'idéal est, une généralité et doit se ressembler. Les rhéteurs de la peinture se soulèveront à de tels rapprochemens. Mais je m'effraie peu, et lorsque prenant des hommes très-difïerens , san^ doute , je les rapproche dans ce qu'ils ont de commun, je ne fais toH à aucun, et je ne crains pas plus de dire la vérité aux pédans qu'aux fanatiques. Le discrédit des peintures de Greuze est facile à expliquer; il n'a pas peint le nu , le dessin est caché dans ses tableaux, et ce dessin est aujourd'hui en grande estime depuis David. Sans doute, je Tadmire sincèrement chez ce g;rand maître , tout en appréciant les prétentions de ceux qui croient dessiner parce qu'ils copient les statues grecques ; mais après le dessin il ne faut pas dédaigner Texpressîon et la composition , c'est-à-dire Greu2e, qui les a possédées au plus haut degré.

Un autre homme , Joseph Vernet , se préserva de la corruption universelle ; il eut son enthousiasme , celui qu'inspirent les belles montagnes^ les vastes mers , le soleil brillant, et il^ést devenu modèle , parce que jan^ais on ne fut plus grand et plus vrai d'jcffet , plus beau de style et d'exé-

cutlon. Ce n'est plus ni le pinceau , ni la couleur du siècle; c'est un ton naturel et ferme, c'est une touche prompte et vigoureuse , et une richesse de de'tails que la vue seule de la nature peut inspirer. Ainsi tandis qu'à cette époque les beaux esprits vantaient cette nature , et que quelques poètes la célébraient dans les salons , quelques hommes sincères réclamaient fortement pour elle comme Rousseau , la peignaient avec vérité comme Bernardin-de-Saint-Pierre , ou la transportaient sur la toile comme Joseph Vernet.

. Le moment d'une crise approchait : l'enthousiasme de la vérité vers laquelle sans doute on. avait fait des progrès immenses , mais à laquelle on avait le tort de se croire arrivé , cet enthousiasme était au comble. On recpmmençait à vanter les anciens , non par zèle classique , mais par un sentiment tout hostile , parce qu'ils n'avaient pas imité , et que l'imitation à cette époque d'indépendance semblait une servilité. Vien , dans les arts du dessin , avait recommencé à peindre d'après nature, et, sans y atteindre , rêvait une autre genre de beauté. Les statues grecques étaient toutes connues ; on voyageait en Italie ; et , dans les ajteliers , les mots.de grand style, (Je grand dessin, retentissaient sourdement , comme dans le inonde ceux de liberté ,.de justice et d'égalité.

Dayid , jeune encore , s'était de'voué à Bou- „cher, et l'admirait avec passion. Vien l'avertit,

mais ea vain , et lui prédit sa conversion dès qu'il aurait vu Rome. David s'y rendit bientôt , * fut saisi de surprise , écrivit à Paris qu'il allait se réformer, dépouilla en effet le Français de Louis Xy, et, plein de cette ardeur nouvelle, fit le Bélisaire , et se prépara aux grands ouvrages qui ont illustré son nom.

n faut nous arrêter un instant pour examiner les circonstances au milieu desquelles cet enthousiasme commençait à naître. Nos peintres , sortis récemment de l'école de Boucher, où ils avaient vécu en présence d'un modèle chétif et grimacier , arrivaient à Rome , et se trouvaient surpris à la vue d'un style bien autrement élevé et sévère que celui qu'ils venaient de quitter. Mais cette situation était difficile : ils remarquaient dans les peintures italiennes tout ce que le génie abandonné à lui-même a de force , de grâce et d'inconvenance ; d'autre part , les statues grecques pleines de pureté et de noblesse leur oiïraient les types parfaits des formes humaines. Il fallait comparer, choisir, et avoir l'œil fixé à la fois sur la nature pour être vrai , et sur les modèles, pour s'éclairer avec leur secours, et profiter de tout ce que l'art avait fait avant soi. On ne tient pas assez compte aux artistes de pareilles difficultés. Lorsqu'il n'existe encore aucune imitation, et que, tourmenté du besoin de reproduire ce qui le frappe , le premier artiste cpmmence à imiter, il peint ce qu'il voit, et comme il le voit. Ces essais, d^abord

5a informes,' plaisent cependant quelquefois pa^ des traits épars de vérité. Bientôt viennent le»^ grands maîtres 5 après les tentatives de Rotrou arrive G)nieille ; aptèû Giôtto , Cimabue et Léonard de Vinci , arrivent Raphaël et Michel- Ange. Ces derniers tiont encore devant eux aucun modèle vanté. Leurs prédécesseurs ne leur ont transmis ^^ Icis moyens matériels d'elécution , et n'ont serti qu'à les éclairer f^r leurs erreurs ; pleins de la naful:*e seule ^ encouragés par les àpplatidissèméns de leur siècle, enthousdasinés de leur art , sentant plus qu'ils ne réfléchissent , ils sont bizarres , incorrects ; mais ils répandent partout le sentiment et la vie. Ainsi Raphaël ne cherche pas à composer un idéal; mais en parcourant les traita de mille beautés , il a retenu ceux qui ont pénétré davantage son exquise sensibilité , et il les reproduit spontanément , non pas toujours avec un goût raisonné, mais avec inspiration. Dans des lignes sèches, avec une pantomime souvent fausse, tet qui parfois n'est pas exempte d'une certaine coquetterie , il enferme une naïveté céleste. A coté on voit un cardinal , un saint , un ange dans le costume et la position les plus singuliers , des nus lourds et mal dessina : mais qu'importe ? la Vierge et son fils qui s'abandonne avec tant de naturel dans les bras de sa vaère, sont vrais et divins.

On n'avait pas dit à Raphaël : Imitez tel modèfe.... Son siècle, son génie , tout l'engageait i

peindre , et il peigtiit les objets qui étaient sous ses yeux. Mais, lorsque plus tard Fadruiration du monde proclame sans cesse de* grands* noms , les pi*emiers regards des artistes ne sont pas poiïr la nature , mais pour les maîtres; S'ils ont de la réserve et du gôûl , ils reproduisent avec correction les nfodèles, et il en résulte une sage "médiocrité; s'ils soijt vifs , ils né peuvent rester sur place , et outrent ces mêmes modèles ; il» sont exagérés , faux , recherchés : c^est la décadence du goûl; c'est ce qu'on appelle chez les peuples le dernier âge des arts.

Nos peintres, après un siècle d'un-dessin pauvre et trivial , se réveillent tout à coup, comme 11 ari ive de se réveiller souvent à la vérité , à la liberté i au bten. Tran^ortés en Italie, Hs dévorent avec toute l'ardèiir du repéhtir^les modèles ifu'ils ont sous lès yeux ; mais les sujets chrétieîis nç coiïvîerihént plus au ^ècle, il en faut de conformes à l'époque; et îl^ choisissent les scènes des andennès^républïijtles. Les peintres italiens avaient sôùs'leurs yeilx les*itiôdèle$ de l'extase reliî»ieusfe ; lifaîs Bkvîtf dfài^-il sous lés yeux les Horaces et lés Bfutiife? iriui faut contempler la nature , la comparer* aiti^ 'Grecs et aux Italiens, chercher le beatt' pur* au tnîlieti des traditions ef de la réaïite , se tratfspôftet ensuite dans les ifépublîques ariciènnés^; s'y figurer le patriotisme fier, ardent d'iin Romain , et rendre cet idéal déè moeurs ai ecïîdéàldeè fôiv

ines physiques. Que dé thânceé;il^i*éùr, quede

É>K»CFORW<

l*ëflexions pénibles , que de lenteurs enfin pour le génie impatient et fougueux ! Mais une impulsion entraînante naissait de ce réveil subit ; David trayaillait avec toute Fardeur des anciens maîtres» Au milieu d'un cbanip couvert d'anciens monumens f ^ jonché d'antiques débris , architecte faar4i et graiid» il élève un édifice nour veau qui est à lui seul; il communique son {.propre mouvement au public qui^ saisi d'enthou- /siasme réagit :Sur lui avec force , et du Bélisaire il marche aux Horaces. aux Socrates. aux Sabines.

Ce quieaructérise ce maître , c'est la forte conception, des sujets y et surtout la vérité unie au grand dessin. Saisir le plus beau type des forr mes humaines, et au lieu de devenir académique denaeurer naturel ^ . c'est là un des plus hauts faits. du génie i et c'est ce qui doit immortaliser David, Tous les mouvemens sont vrais dans le groupe des trois frçres Horaces ^ les caractères profondément tracés > le dessin .admirable. Dans le même tableau • les^sœurs qui, se livrent à I9 douleur, ofirent la douleur de.toutesies femmes avec des forons d'une beauté ravissante. Dans le tableau de Brutus y ouvrage d'ailleurs inégal , la mère se levant à 1 aspect de %t& fils portés dans le fond; ses deux filles^ dont l'une se i^ache à:^s^ ,1e sein materjoel , et .1 autre i:epou$$e avec ses ^ains le spectacle déchirant de ses.frères déc^r piles j sont des modèles sublimes de La vérité rendue avec la perfection des formes. Pour la

idcmceptîoiiv le^Hôraces, le Soerate, sonlles ehefs- J'œuvre de la peinture.

Z^a manière de David n a pas été fîie ; il cherchait le beau avec ardeur , et a |>eat-étre le tort de ne pas s'être arrêté après lavoir atteint. On le voit changer de Paris à Rome , et depuis Rome on le voit se mùdtBer lui^-mimc d'époque en époque. Le Bélisairc/ les Horaces , se distinguent par une couleur sage, par un pin-^ ceau soigné et uni , par la i^oiigeur des ombres. dansleSocrate il commence à changer cette manière pradenteet modeste; dans le Brutus, dans les Sabines'y en conservant son dessin qa il n'a jamais perdu^ son pinceau n'est plus leuxênre, sa couleur cesste d'être aussi révère, son goût s'altère, sa pensée, dé forte qu'die était, devient ingénieuse; enfin dans les Thermopyles cette dégé^ nération est plus sen^ble que jamais/ car œ tableau, commencé depuis long^-temps, pr^ente à la foîs l'ancien et lé nouveau David.

Il faut le dire, il manquait peui-âtre d'un goût sAr ;. l'austérité des sujets républicains et phîlosophîqu.es lui en tint lieu. Mais quand à liàpreté jrévoltttîdnnaire succéda im; nouvel empire, uèe nouvelle poimpe , et je ne sais; quel goût oriental dans les lettres et les aris, il fut un républicain déplacé au- milieu des sotnp^ tuositéa dé la cour. Le» rigueurs' de l'exil et l'élévation de son géiiiè Vont déjà jeté pour nous dans le passé, et nous pouvons le ju- ^er comme la postérité elle-^mêmé. Il* y avait

dans rimaginatîoxi ée David de la force, de la chaleur, des types vrais et sublimes, mais il n'eut pas raboqdaace d'imagination des anciens màitres; souvent ili dispose plutôt cfu'il ne crée ,se» figures^,; mails elles deviennent siennes par le ^dessiii eé la disposition. S'il pense profonde'ment, il. n'a cependant pas cette raison égale et sûre qniprœerve.des inbônvéniens attachés aux plus grejndesquîdités; ainsi il devient ingénieux dans ses^ conceptions d'aboi^d fortes, et dans son dessin même il ne:laisse.pas d'êti-e académique en quèlquésrencontFés. Quoi qu'il ensoiï pourtant, il est grand maître, parce qu'il a parcouru dans toute son étendue une ligne de mérite^ le dessin- idéal et vrai; et telle est notre condition 3>ôiînéê,!uué belle action dans une vie, une -grande î qualité dans lié caractère ou le talent, placent rhomme dans les raretés sublimes.

' Ne I passons . pas «n. présence de David , sans jeter quelque' fleurs sur la tombe de son élève •chéri. Si le jeune XfiiocKais> joignant à Tîmpulsâon gén^ralesa propre arfenr^ si us laquelle il sucQ3mha tant ■ elle' r était * vi ve^ i si Je jeune ^Drouais ^dt vécu ,:peut+ètrc David ne serait que io' génie qui pi^ëcèdeiet^amièneile méviteaccom- ^lijDrotiais m6uput à la fleunxleisésans, laissât la Cananéenne qui sera toujours '.un objet Id'admibation "Ct ' de regret.- Cette femme qui a etéï faible est aux ^iedsduCbrtst,; et supplie le -sagemiséricordieuxvSes disciplps L'eutoàrent et is'irritcnitj lesphariiiensobservent; «tleimaître^

indulgent comme la haute Sagesse , excuse et pardonne. Ce Christ y ces disciples ^ cette femme agenouillée et inondée de larmes , présentent^ avec la philosophie chrétienne du Poussiu^ la composition savante des modernes, un dessin naïf comme celui des Italiens , pur eomm« celui' des Grecs, et surtout une naïveté d'expression qu'on ne revoit plus quand le génie , au lieu d'improviser à la vue de la nature, est obligé de réfléchir long-temps avant de produire. Cette qualité séduisante n'est pas de notre âge ; nous en sommes dédommage par une haute intelligence : on ne peut pas avoir les grâces de l'enfance avec la maturité virile. Drouais est haort dévoré de ses feux. Il s'est évanoui à son aurore comme Gilbert , André Chénier , H<]lche , Barnave , Vergniaud et Bichat.

A défaut de Drouais , David devait avoir d'autres successeurs. Dans ce moment, en effet, un grand homme trouvant la révolution fatiguée, la dompta , réunit ses forces immenses mais divisées , mit l'antique couronne des Francs sur son front plébéien , fit un appel aux talens , et leur désigna leur marche et leur but avec l'entraînante' voix du génie. David avait reçu l'impulsion de son époque ; les nouveaux maîtres la reçurent de David et d'un grand homme qui pensait comme tous lés souverains que les arts vont bien à un trône ^ et qui tenait surtout à prouver que la nature humaine n'avait pas cessé d'être féconde soUs ses ordres.

On vit alors un goût singulier se manifester dans les arts. Les douleurs produites^ par une cruelle : révolution avaient la permission de parler , et elles empruntèrent un style oriental et ossiauique. Le mysticisme germanique remplaça Tincrëdulitë rëvdiutionnaire ; et à Tesprit exlusif de l'ancienne France succéda le goût affecté des littératures étrangères , que les Français avaient connues en s« mêlant à toute TEurope. La nouvelle école > sous l'œil vigilant de David ^ conserva la pureté du dessin , mais sous tous }es autres rapports elle participa aux goûts de l'époque. Je parle ici à l'orgueil et au* génie vivant; je tairai les nôms^ je ne caractériserai aucun maître , je ne parlerai que de l'école en général; qu'il me suffise de dire qu'elle a pra-* duit aussi des chefs-d'œuvre/ quoiqu'elle soit loin d'avoir toujours réussi. Au lieu dé h'emprunter au modèle grec que ses formes parfaites f et de pi^ndre le mouvement dans la nature , elle n'a pas su se défendre de copier avec les formes les attitudes mêmes , et il en est résulté pour elle monotonie et roidenr. Souvent aussi elle a eu dans ses compositions la stérilité et le peu de profondeur du bas-relief^ elle a chercM, commela littérature, leseffetsnouveaux et piquanSy les sujets singtdiers; elle a eu dans ses conceptions trop de prétention dramatique , et a fait violence à son art. Si la raison du siècle . Jl'a préservée des inconvenances qu'on trouve dans Michel- Ange ^ elle est t(^mbée dans la pré-

téntiôn et le bel^esprlt. La Tue d anciens ta^

Meaux sombres et obscurcis par le temps , la ])Ossession d'unis rkhe palette a porte les nouveaux maîtres à l'éclat excessif des couleurs. Une am- Intion extrême dé clair-obscur et d'harmonie les a jetés vers un ton trop dominant » et il'est tel de leurs tableaux qu'on trouve ou tout rouge ou tout vert. Enfin dans ce siècle ou tant d# gens se tourmentent pour obtenir un instant l'attention trop occupée et trop distraite > on a abusé de la lumière comme de tous les m6yens pui&sans , et on a tâché d'émouvoir Toeil par les coh« trastes les plus piquans et les plus bizarres. Ce« pendant , lorsque la conquête suecédant à la ti« berté captiva toutes les imaginations ^ des sujets nouveaux et non plus fictifs , mais réels , s'otfri-rent à l'imagination des peintres :>ls voyaient en effet l'ardeur de nos vieux soldats , la magnifi-cence des mouvemens de nos armées , le courage bouillant et soumis de nos ofilciers ^ le génie calme et imposant du général. Ici retentis par la vérité , reproduisant des sujets qui étaient sous leurs yeux , ne prenant dans le modèle grec que l'idée des formes parfaites et le mouvement dan^ la nature^ mêlant avec une variété infiàie nos costumes militaires , donnant à leurs fonds une richesse extraordinaire ^ ils ont été naturels ^ pit'toresques > et grands sans exagération.

Mais ces scèties ont passé aussi fugitivement que tant d'autres. L'école avait reçu une première et une seconde impulsion^ aujourd'hui

elle n\^n a d'aïu^upe espèce. Pendant un temps op. ne vit au sa}on comme en Europe que des batailles ; un momept on ne vit que de la chevaleriie et 4^ religieux , mais on y voit aujourd'hui tous les sujets y des Grecs et des Romains ^ des divipite's. mythologiques et chrétiennes , des chevaliers et des grenadiers ^exQeptë ceux d'une certaine, époque. Sans doute la variété des sujets est une richesse, de plus , mais, elle prouve le^ de'faut d'upe . direction forte et prononcée. On rencontre en effet avec tous les sujets tous les styles , on voit la divergence qui est aujourd'hui . dans les arts, les sciences et les lettres. Les écoles de philosophie , les systèmes politiques j , les doctrines littéraires, s'entrerchoquent dans; l'Europe ejntière ; partout enfin l'esprit humain ^ ; arrêté dans l'impulsion qu'il avait reçue depuis ( trente années , vacille , hésite , et cherche pé- » niblement à s'avancer. • >

Telle a été la marche des arts du dessin en : Italie et en Fratice , depuis les Médiciâ jusqu'à, nos jours. Si on, embrasse d'un seul coup d'oeil ' cette vaste étendue de tçmps , on les voit se di- ' viser en deux époques bien distinctes : l'école italienne avec ses variétés nombreuses, et l'an- j cienne école frïinçaise qu'elle a formée , se . rangent dans la première épjoque; la nou-.

velïe école française occupe la seconde à elle seule. Ceux qui ne savent pas se résoudre à prendre chaque chose telle qu'elle est, veulent» absolument les comparer, comme jadis on conir

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parait CorneîUe et Racine , Racine et Voltaire , les anciens et les modernes. Je me garderai de rapprocher des objets dont les différences trop grandes ne se prêtent à aucun parallèle et dol- TCnt seulement être expliquées. Je repousse autant Tesprit excusif de ceux qui s'appellent les classiques , que le délire des nouveaux romantiques; cependant je ne puis me défendre d'une singulière réflexion sur les vicissitudes des choses humaines. On appelle classiques ^ en littérature, les grands génies du siècle de Louis XIV, qui ontimitéet régulariséles anciens. Les romantiques sont ceux qui , sans s'asservir aux Grecs ou aux Latins , dédaignant la réserve du goût moderne , ont , comme Milton et Shakspeare , écrit librement et d'après l'inspiration d'un génie inculte et indépendant. Si les mêmes classifications étaient suivies en peinture , notre nouvelle école imitatrice des Grecs et régu^^ère dans ses compositions, devrait passer pour l'école classique, et je ne parle ici que de ses chefsd'œuvre ; tandis que l'école italienne inspirée commç Milton , le Dante et Shakspeare , libre, grande, mais incorrecte comme eux, devrait être regardée comme l'école romantique. D'où vient donc que c'est elle qu'on appelle classique? sans doute elle étincelle de traits sublimes , mais il y en a tout autant dans les poètes que je viens de citer ; ce n'est donc pas autant à cause de son mérite que de son époque. Elle est venue la première , elle a la possession. Ainsi donc par-

tout la possession domine , partout il existe une partie de l'humanité qui occupe les premières places et les refuse h ceux qui Tiennent ensuite. Partout il y a lutte entre le passé et Tavenir , entre ce qui fut et ce qui veut être : placés sur les deux rives opposées , les uns et les autres se contestent la vertu > la beauté , le mérite I se disputent les honneurs et les biens de la terre; poussés à leur tour par le temps qui arrive , leurs querelles vont expirer avec leur existence dans un même passé ^ et il ne reste d'eux que le beau et le vrai sans mélange.

MM. DroiyBg — Couder. — Destoaches.

La première impression produite par le sa- Ion n'a pas été iarottihle, parce que long-temps promis il était désiré avec impatience, et que la longue attente est difficile à satisfaire. Les maîtres ont laissé le pas à leurs élèves, et ceuxci ont essuyé seuls la première riguetir du public, toujours si grande et si injuste. M. Gérard n'a pas pu donner sa Corinne dès Touyerture ; M. Hersent n'avait pas achevé BiUh et Booz; M. Paulin Guérin travaillait à son^ Anchise\ M. Gros ne s'est pas fait attendre; mais» distrait sans doute pur ses grandes fresques , il n'a pas été aussi heureux que dans ses précédens ouvrages ; M. Girodet se livre à un repos que lui reprockeront tous les amis de son grand talent ; M. Horace Vernet est hors dusalon; David est hors de France , et sa tête blanchit sous un ciel sans éclat et sans chaleur. C'est donc en Fabsence Aes maîtres que s'est ouvert le salon ; le public est arrivé plein d'indulgence, et, après avoir parcouru de vastes salles sans avoir éprouvé aucune grande sensation , s'est retiré mécontent et criant à la médiocrité. Un chef-d'œuvre à l'ouverture d'un salon établit une prévention favorable; on élève tout à lui , tandis qu'on rabaisse tout jus-

qu'au médiocre , lorsque c est le mëdlocre qui s'est offert d'abord. On n'a pas tenu compte à une génération laborieuse de son mérite d'exécution^ pas plus qu'on ne sait gré aujourd'hui à un jeune Français d^écrire convenablement une page ; et on s'est plaint amèrement de l'abondance du mérite et de la rareté du génie.

Cependant^ comme toutes les opinions exagérées ont leur retour ^ on est revenapeu à peu sur cette première sévérité, et on commence à rendre aux productions actuelles la justice qu'elles méritent. D'ailleurs les maîtres sont venus peu de temps après : Granet est arriîré à Paris ; Co-rinne s'est montrée au cap Misène , Ruth et Booz sous la tente des patriarches , Auchise et Vénus sur le mont Ida. De charmans tableaux de genre ont été remarqués ; M. Horace Vernet a ouvert sa galerie , les espérances se sont ranimées , et si elles ne se sont pas élevées au point où elles étaient lorsque les grands élèves de David donnaient leur chefs-d'œuvre , cependant elles se soutiennent encore , et pour moi , je ne pense pas qu'aucune exposition ait offert deux tableaux plus touchans et plus originaux que Corinne et Booz*

Avant de m'y arrêter, je donnerai un aperçu rapide des compositions de nos jeune? peintres , en regrettant de ne pouvoir pas accorder à tous l'attention qu'il^ méritent; mais, avec la meilleure intention , il est impossible d'être juste envers deux mille tableaux.

^k-^M^itoaM

La grande «aile est {)leine . d essais dans le genre historique , qui annoncent des études approfondies, des dispositions plus ou moins prononcées et des directions dififérentes/La génération actuelle est en travail > elle cherche le beau. comme ailleurs on cherdhe le vrai; il est à désirer, pour lefs plaisirs et la dignité de notre ' siècle , qu'elle parvienne à le trouver.

Les noms de MM. Couder, Chaix, Drolling', Frosté, Dubuffe, Cogniet, Gassies, Guillemot, Mercier, Thoinas , Barbier- Valbonne , Abel de Pujol, Destouches, se pressent sous ma plume , et je voudrais leur donner à tous l'attention dont ils sont dignes. Je ne pourrai cependant m'oorcuper que de quelques-*uhs d'entre eux. .

M. DroUing, dans le bon Samaritain, a dé^ ployé beaucoup de talent > et a fixé ks regards des connaisseurs. Le dessin de son: tableau est savant, les raccourcis en sont bien ménagés, la lumière y est parfaitement distribuée. Le relief des figures est fortement senti; le Samaritain en s'indinant s'avance bien au-dessus du jeunç blessé : il y a dans les flancs déprimés de celui-çpi une grande vérité anatomique ; mais Fénsemble manque de noblesse, lesexpressions ne sont pas assez beureusels; Ifi ton général est peu harmoH jiic^us^; on y voit, en un mot, plus de vérité que d'idéal. Cependant comme des, défauts de notre école le plus grand est de s'éloi^nor de la nature, M. DrolUng me^emble dansuhe routis in:finiment meilleure queiceUe de tous ses rivaux , et on* nJe

peut qu applaudir à sa direction. Consomme dans son art , il ne lui manque aujourd'hui que de répandre un peu plus de charme sur ses ouvrages; quHl avance donc avec confiance ^ et qu'il se prépare à soutenir cette nouvelle peinture dont il est une des plus belles espérances.

Aucun sujet ne prêtait plus à Timagination du poëte que le sommeil de nos premiers parens , tandis que lès bons et les mauvais anges se disputent leur innocence. Il fallait beaucoup attendre de M. Couder; cependant il n'a pas aussi bien réussi cettefois quelorsqu il apeint cette femme du lévite. Tune des plus belles iigures de notre ë- 4^<de> Je ne voudrais point ^ffiger un talent digne de là plus grande! estime; mais il faut lui dii'e que si ses personnages sont parfaitement dessinés, si on y reconnaît surtout des (détails soigneu- ^ semient étudiés, le sommeil de ces deux époux ms^nqne de grâce , que Tensemble de la composition est défectueux et mal entendu. Adam et Eve, les deux angles et Satan, forment trois groupes distincte que rien n'^unit entre eux , et qui pi'Qsentent trois masses de carnation tranchant sur un fottd âpre et vert.

Si. ces trois grxiupes sont moralement unis par Faction du tableau , ils ne le sont pas sous le jrapport Uoiéaire , et ils offrent l'efiet pittores^ que le plus désagréable. Il est une hijirmonie de lignes comsie ioeUe des consonnanoes e^ poésie > à laquelle il ne favt pas nîaiiquer sous peine d'être chQquant même avec beaucoup de justesse:

L altitude de Satan est plus çondamuable encore que tout le reste. Je ne dirai pas du ton général qu'il est cru ^ car malheureusement il n'y a p^s ici un ton ge'ne'ral, mais il y en a beaucoup de très-durs , et M. Couder doit s'attacher davantage à soigner son coloris.

Si maintenant on s'approche du tableau^ on y découvre dans les nus beaucoup de science et d'étude y des parties d'exécution très-louables ^ et cependant ce n'est point là cetÊden sorti plein de charmes de la terrible imagination de l'Homère anglais. C'est là que tout Milton pouvait être; Milton sublime et simple, et d'autant plus gracieux, qu'il était .plus gr^md , ciirla grâce n'est janiais plus enchajpteresse que lorsqu'elle se trouve unie à la force. U est vrai que les deux époux sont naturellement couchés, que levais bras sopt heureusement rapprochés; mais je ne vois pas sur leurs visages les songes légers de i'innocence heureuse et confiante; je ne vois pas dans ces anges placés au*dessus deux la bienveillance céleste, veillant sur leur sommeil; j'y trouve trop de force matérielle , pas assez de puissance divine ; et le Satan n'est pas ce terrible Satan sillonné de ]a foudre et enviant l'éclat du soleil. Enfin je n'y trouve pas ces magifiques effets de clair-obscur dont on abuse souvent y mais qui conviennent parfaitement dans le champ de l'imagination et des merveilles. «Il faut estimer autant que je le fais le mérite de M. Couder pour hasarder ces observations; je

n'eusse rien dit de tel autre plus reprochable que lui ; la critique ne s'adresse qu'à ceux qui en sont dignes, elle n'est qu'un soin donné au Trai talent.

Je me hâte d'arriver à un tableau modeste , oîi tout est calme , simple et reposé , et en présence duquel j'ai ressenti cette satisfaction proprouTe eu passant du salon dans :rie , asile du vieux et beau style, de M. lOestouches.

■e élevé , on aperçoit le Christ qui, cédant un instant à la force de ses douleurs , repousse le calice et demande à son père de l'en délivrer. Un ange vraiment angélique le soutient dans ses bras ,, une lumière surnaturelle éclaire sa douleur. Dans le fond , lé trâîtredisciple qui a vendu son maître conduit les satellites à la lueur des torches. Fendant' ce temps les autres disciples restés fidèles , placés en dessous du tertre oîi repose le Christ souffrant , se livrent à un sommeil grave et tranquille. Cette douleur du juste , trahi par le plus cher de ses amis , me touche profondément ; ' mais ces trois apôtres si simplement placés sur le devant de la scène , charment mon œil fatigué de tant de couleurs exagérées, de tant de lignes pénibles , de tant d'antithèses et de mensonges étalés dans le voisinage. Tout me prouve que M. Destouches ,' sûr dé son avenir , peu impatient d'attirer là foule , n'a pas voulu appeler les yeux par de grands ëOets, et que son intention a été plutôt

défaire xxneéitxàe qu'un tableau* Auâsi me dispen - '^BÊrai-jede lui dire que son €hrisi n'est pas assez noble I que son Judas pouvait fournir un ëpî- ' sodé un peu moins inaperçu , que la partie supérieure de son tableau est trop indépendante dé la partie inférieure , et surtout qu'elle est d'un ton froid et blafard ; qu'enfin sur le tertre élevé on ne voit pas le bel olivier qui pouvait fournir de si beaux fonds* Ge tal>leau est une études un gage d'avenir , et je vais le juger à ce titre.

Qu'on chercfae au milieu de tant de toiles , trois figures d'un' style pareil à ces trois apôtres : riin est naturellement rejeté enarri^'e,' l'autre accoudé est enveloppé dans la demi-teinte; le troisième repose sa tête sur sa main et ses genoux: Que de gravité et de naturel dans leur sommeil ! comme ils se partagent bien l'espace qu'ils occupent ! quelle harmonie dans les 'lignes j dans la couleur et la lumière ! quelle sévérité dans le dessin et le style des draperies ! quel caractère dans l'ensemble , combien il est noble 9 simple et austère l

Je ne veux point flatter un artiste qui m'est inconnu ^ je cherche des es])érances pour notre patrie et notre gloire ; je voudrais susciter des talens qui relevassent et la France et le siècle/; et , sans les connaître , je m'adresse à ceux qae je crois marqués d'un signe supérieur. Au milieu de la déviation universelle , M. Destouches me parait être sur la route du vrai. Qu'il y

5o marche aVec constance y mais sans trop de hàtè. Je sais bien qu^unë figure , qu'un tableau mèoye n'eist. pas un ^gô infaillible; nous avons tu 4iprès des essais du meilleur goùt^ des artistes qui semblaient àourris de vérité , se plerdre dans Jies exagérations dont nos plus grands maîtres eux-mêmes n'ont pas sii se défendre* Cependant tv(MS figures au^i satamnkent disposées , ne sont pas l'effet du hazahl ; elles annoncent une raison siixe ; une pâté aussi. belle > un pinceau aussi f^me f demeureront toujours à M. Oestouches.

Qu'il soit aussi sage et aussi mesuré , qu'il pèche par le défaut plutôt que par l'excès de la coupleur ; qu'il aille sut* la terre classique y étudier une nature plus naïve et plus expressive que la nôtre \ qu'il y forme sa raison par la comparaisoli de tdus les genres de beauté , et qu'il vienne ensuite rappoi*ter à sa patrie un talent mûri par ies chefs-d'œuvre et le ciel d'Italie.

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MM. Thomas. — IH Bty. — Belaroche» — Gaifies. — r FiXMtëf

— Guillemot — Rouget. — Barbier ^Walboiine. — Picot. — Cailé. — Cogniét, — Franque. — Oubufe, — PeTacroix.

L'ÈXPosiTioii aètuelle présente partout du bien , mais ce bien , mêlé de beaucoup de mal /ne peut éti'éque rapidement signalé^ Càt il faut le cher-* cher dans un nombre infini d'ouvrages.

On remarque beaucoup de biôuteknent dans le tableau de M. Thomas, rej)résentant tes Vendeurs chassés du Temple ^ et surtout nM figure qui, j^lacée sur le premier j)laii , est tepliée sur elle-même arec beauéoup d'habileté. Le Christ de M. de Bay, Isé tli&lingué par Teiç-^ pression y le dessin et la douceur de l'exécution; M. Chaix a donné un OEdipë dont le ton, quoique un peu obscur, est néanmoins vigourétij^/ dont le dessin est pur, et l'ensemble bien entendu. M. deLaroche a présenté une Jc^sabet tir^ rachant le jeune Joas aux bourrecfux , la-teinta^ est ardente, les expressions sont (brteâ, nmir exagérées; un seul groupe , celui de deux en-^ fans égorgés, est fort beaU ;ïnai8 il est f^hetfjp que le beau de ce tableau soit taché datka le fond.

Je ne sais combien de peintres ont 'montpé

fi

saint Lonis en Afrique ^ comme si c'était là sa plus belle action. Tous l'ont présente au milieu des pestiférés, et aucun ne me semble avoir complètement réussi. It y a des qualités estimables dnns celui de M. Vauthier. Le mou* rant, déjà tout verd et trop verd, que touche saint Louis, est d'une fort belle expression dans relui de M. Gassies. Le vieillard qui presse le bras de saint Louis , dans le tableau de M. Sheffer, est du plus grand caractère, l'ensemble est imposant et simple, mais un peu lourd. On voit une belle figure dans le Martyre de saint Etienne^ par M. Frosté; c'est la femme agenouillée sur le premier plan.

On trouve la correction et la noblesse du dessin dans les deux ouvrages de M. Guillemot, les Amours de Sapho et la Mort d^Hippoljte.

Mais dans le premier l'action est très-m|il indiquée, et le ton est cru; dans le second, l'ordonnance est confuse et le ton sombre et gri« sâtre ; le style est généralement beau dans les^ "deux.

M. Rouget a montra saint Louis dans une situation beaucoup mieux choisie qu'aucune autre : Le roi ji^te est assis sur son trône ; son visage a le calme de l'équité ; à ses côtés est le roi d'Angleterre, et devant lui le^i barons an-, {^is qui plaident leurs droits : saint Louis arnâte le monarque qui veut parler , et se tourne vers les barons pour les entendre-; rien de plus Boble queson^Qtio^,^tde plusbeau que l'e^pres-

sion de son ^saige» Ce tableau est sans caatrèdit Tun des meilleurs de l'exposition ron n'a rien à lui reprocher sous le rapport de tous les genres de correction ; tout y est niesurë et sage; mais le ton en est dur » Tensemble extrêinent lourd, et la disposition des groupe trop peu yariée.

M. Barbiet* Walbonne, ancien et fidèle disciple de David, a ofiert, sous le titre du Pêcheur napolitain, un tableau qui frappe par sa singularité et ses piquantes oppositions de couleurs ; le dessin énergique et pur. rappelle l'ëcole de David; la ^grâce du jeune enfant conduisant la barque, contraste: parfaitement arec le caractère du pécheur. Un art extrême est employé dans le jeu > des lumières ; cette composition porte enfin : les caractères d'une imagination forte et brillante. Cependant Fart n'a'-t-il paa abusé de t lui-même dans ce ^ngulier ouYxage, et ne : pourrait-on pas conseiller; h l'auteur de ménager davantage un talent aussi remarquable. Conservant encore tout le; feu de la pre-^ mière jeunesse, et possédant les meilleares tra-^ ditions, M. Barbier peut se promettre tes plus heureux succès , s'il s'adonne sérieusement à un art qu'il a trop long-temps délaissée

Il est un ouvrage sur lequel je crois devoir m'arrêter à 'Cause du sujet, car le choix des su-^ jets est un point important duns la poétique dés arts. Je ne sais s'il existe dans les tra^ques fa-* milles de la Grèce, un personnage plu& dramatique ^e c^lui d'Electre , de cette^ fille incoûâo<^

\âh\e quif ne pouTaot oublier le forfait de s« mâse , consume sa jeunesse -et sa beauté dans» les pleurs > et, rdeguëii dans le palais de ses aîeuE, attend son frère ^ le reCoHnait dès qu'il Vy mofilre , lé pkiusse a la vengeance , et lorsque Clyténxnestre a reçu le coup mortel , IcM^ue Oreste' est poursuivi d^ furies, le soigne > le consoléavéc latendresse d- une mère. Cest dans cette dernière situation que M. Picpt a repré^ sente Electre et Ore^te. Le phoix seul, d'uu tel sujet annonce l'imagittation )a f^ns poétique et le sens le plus délicat. Malfaîeureùsémeni l'exécution ne répond pas a^l sujet.

Jeune comme une sueur , tendre comme une inèré , combien cette Electre pouvait être tou*** chante! et qudle profonde et noble mélancolie pouvait se retracer dans les traits de cet Oreste , tout à la fiois vertueux et coupable , entraîné dans le crime par l'horreur ménie du crime !

Cette situation morale est unique, et les modernes romantiques, avides d'émotions fortes, Tont reproduite sous toutes les formes afin dé faire contraster le bien et le mal dans un même cœur. Qpxl profond abattement, quel douloureux repos le peintre avait à eâcpiûmer } ^e n'aime pas à pro-* poser rimpossible ^ et je ne suis pas de ceux qui veulent toui mettre sur un visage , comme cer* tains commentateur^ des anciens trouvent tout dans un mot , comme on trouve tout dans 1'^polbn , le Laoeoon , etc; cependant , un visago peut-être tel , qu'il ' fasse beaucoup sentir et.

péuser. L'0<ie$te e»t abattis, fiati^é ; maUquel ficûtiment des convîsQaoçear il ialUit pour qu'il reposl^t d(^ns les bras de sa sœur ^ saus trop peser sur elle ^ pour que les attitudes fussent chas* tes et lu^bles ! L'inquiétude d'Éleotre observant son frère, sqn anxiété mêlée de joie en le voyiant s'endormir^ donnaient lieu à tant d!expcessions délicatçs et touchantes ! on est attendri en son^ géant i ui) tel sujet , mais il ne faut pas toujours. i:«gardec lat^Ue oii il est tracé. Les jeunes Greo-^ ques sont jpal posées y une seule, qui tient sa lyra dans ses mains. croisées, est dans une. attitudeconvenable ;b 1q Pilade est insignifiant ; maisi l'ensemble de la scène. est bien entendu; Ufond ei^tfort b^au; l'efiet général est calme, la couleur harmonieuse et d^ouce , et asses de .charme> règne dans l'ensemble de 1% composition. C'est Caire prenye> de beaucoup de poésie que de choisir un pareil sujet;, mais il fallait être, pour le traiter , l'égal de nos. plus; grajids maîtres.

I40 5e/4E/i de M.. Callé , trop. négligé dans les têtts^ se distingue à ^n très-haut degré par l'or* 4Qn4)ançe et Ja distribution de la luopière t VJn-. fSfiU^ et Médor de M* Franque ,.par beaucoup de grâce dans l'expression et l'exécution , la Chamr^se de M« Gogniet selait xfimarqnev par une exécution f yoset di^ee admirable; on pa pçut

lui reprocher qu'un ton un peu sombre , maiâ^

ce ton est singulièreifient fei^m^e et harmonieux.

M. Dubufeift représenté P^^rcA^ouYrant, aprè»

de longues hésitations , la boit^ de Ja beauté.

£Ue ouvre eafin , ètvi l'instant oit la Ix^te cède SOUS: ses doigts déficats^, elle laregarde avec une. curiosité naïve ^ eaif)resséei. Quelle grâce ^quel nature dans- cetèe jeune fille obëbsanf au penchant de son ^ses&! M. Dubufe est doué an {das haut degré du talent de l'expression , e'esl-Jt-^ire' qu il est doué du prêmier talent du peintre. Sa couleur^ quoi(}ùe un peu grise ^ estdôoce^ traas^parente et légère f son dessin est pur > son pin^. ceau fecile et moelleux. Je le retro«w« toujours^ le même dans les Deux Sawxaiid^ -placée svLvy le seuil d'une porté. Sans partialité , ee^petit morceau est délicieux par le mérite pàttîculier^ à M. Dubufe , l'expression.

«Tai parlé de M. DrolKngcomnire d'un homme^ consommé dans son art , de M. Deslouches y o^mme d'un jeune arti^e qui anifio^nee te plu» beau style ; à ces espérances il m'eët do%^ àktt^ , ajouter une nouTclle , et d annoneei? «n grand' talent dans la génération qui s'élève J t

Aucun tableau ne révèle mieux à mon avis l'avenir d'un grand peintre, que celui deALDe-» lacroix , représentant /e Dante et P^irgUe auxeiîfers. Cest là surtout qu'on peut rcmarqueir, ce jet de talent , cet élan delà supériorité âkifi-^ santé qui ranime les espérances uti peu décou^ ragées par le mérite trop modéré* de tout le* reste. ■ •

Le Dahte et Virgile conduits par Caron ; trfr** versent le ^euve inferhal, et fendent^ vèc peine la foule qui se presse autour de la barque- pour^

^7 y pénétrer; Le^Dftntei'SHpfiôsë vivant; a; liiÀv rible teinte des lieux / Virgiife , <:oii roBiïé 'd'hall ^ sombre laurier > a les ccmièurs de la méH^^htÀ malheureux condamnés à dëstrer éternellènlefil ' la rive opposée^ s attachent a la barque^ l^'iiâla saisit en vain , et renversé , par son mouve* ment trop rapide , est replongé dans les eaux ; un autre Tembrasse et repousse avec les pieds ceux qui veulent aborder comme lui; deux autres serrent avec les dents ce bois qui leur échappe. U y a là legoïsme et le désespoir de Tenfer. Dans ce sujets si voisin de Fexagération^ on trouve cependant une sévérité dégoût^ une convenance locale en quelque sorte , qui relève le dessin^ auquel des juges sévères , mais peu avisés ici , pourraient reprocher de manquer de noblesse. Le pinceau est large est ferme , la couleur simple et vigoureuse quoique un peu crue.

L'auteur a , outre cette imagination poétique^ qui est commune au peintre comme à l'écrivain , cette imagination de lart , qu'on pourrait en quelque sorte appeler l'imagination du dessin , et qui est tout autre que la précédente. U jette ses figures , les groupe , les plie à volonté avec la hardiesse de Michel-Ange et la fécondité de Rubens. Je. ne sais quel souvenir des grands artistes me saisit à l'aspect de ce tableau; j'y retrouve cette puissance sauvage , ardente mais naturelle^ qui cède sans effort à son propre entraînement.

4ii:^î> que MM .. DiT^ng I DalH^e^Cogoret,* Ileat^iicbes , Delacroix > forment unQ générati(H^. npavçlle qui soutienne l'iionpeur 4e notre écple et marchent atee le siècle vei^ J« but^lne^ rpTéniç leur présente*

îtM. Fragonard et Paulin Gnërin.

La Toute des artë se trouve placée entre foiâi les excès; et^ comme Ta si bien exprimé Horace, la crainte d'un écueil nous rejette dans un fiutre^ Cest une route de sagesse qu'il faut faire au milieu des obstacles et des périls. Four acquérir le grand dessin on devient académique , p6u^ être- naturel on manque de style çt on devieni trivial. A chmjufi instant il faut s'avertir/ sa distraire de la préoccupation de ses propres oti^^ vra^s f regarder le dessin ,. la couiear et' le pinceau d'autrui , pour éclairer sa marcfa^- e( s'assurer qu'on ne s'est pas ^aré. -

Ces réflexions me sont dictées par un ai^isté plein de mérilQ et doué sui^tout d'une qualité particulière > jqu^ je trouve assez rare danâ racole actuelle/ c'est la véhémence et roriginali(é de l'exprefiision, M . Fragonard est sorti des traditions grecque ; il est par |^|)port aux doctt4-^ nés de l'école actuelle , ce que les tpmantiquei sonf^aux classiques ; avec cette différence pou^' tantque les classiques de la peinture me semblent avoir bien plus de raison que ceux de la littérature y Car recommander le grand dessin dé David , c'est reeommander à la fois le beau^ët le vrai. Mais voici ce qui arrivé à n0s jeunes

peintres avec ces recommaddations : Us par;^ viennent à atteindre une certaine correction de style 9 et même une certaine élévation acadé" miquCi mais leurs ouvtages sont insignifiana comme des discours dW^erture. Us nous donnent avec des fronts grecs ^ et des corps hauts fit^élifi^ , d'assez bell^ statues sans expression (^l.sans n^oùvement. Ils éanvent correctement^ m?is pour ne rien dire.

. M. Fragonard a donné vers l'excès tout contl*f^ire| il dit beaucoup et même U^op^ mais en çtyle ipaniéré et qui nous reconduirait vers cet b^reux temps où Yanloo passait aux yens de l;a cour pour un grand homme ; car les princes se i départaient en sa faveur de Fétiquêtte ac-^ COutuméeJ M. Fragoiiard ne nous ramènerait pas sans doute au mt)dèle du dix-^^huitième siè« cle^maisil nQU3 ^carierait du beau type^ et ^lors. tous les éeajcts sont possibles ; car s'il n'y a qu'une manière d'être vrai, il y enann^ infinité d'être faiix et absurde, et pevi importe fe -genre d'absurdité. Il vaut mieux 'de: froids, et; d'insigniQans ' copistes ^ qui repètent ce qi^, nous savons, que de brillans corrupteurs » qui nous égarent , pour nous dire dés nau-* vjeautés.' '••.'■■•,' ■■ . •• ^'

Il ne faut point: Appliquer directement ceci à: Mv JE'i:* agonard , qui eàt loin d'en être arrivé là ;- JV^i^ je parle des résultats possibles^ et il &ut' p^rm^ttreau goût d'«sprj mer ses tjraintés, si on veut qu'il çcm^^rviO sa séourité. M. Frago^

nard a donne deux tableaux dont Tun reprë** sente le Serment des Hongrois à Marie Thérèse , et dont Tautre^ beaucoup plus vaste, représente le& Bourgeois de Calais dans latente d Edouard. Les deax tableaux sont très -bien ordonnés :

dans le premier , Marie-Thérèse placée sur les marches d'un trône , et, tenant son fils dans ses bras 9 reçoit avec dignité le serment empressé , ou pour mieux .dire , passionné , des braves et généreux Hongrois. Quoique Fordonnance de ce tableau ressemble beaucoup à celle du second , Car Marie et Edouard se trouvent dans kt même position, M. Fragonard a trop de fécondité pour qu'on puisse lui reprocher de se répéter. Mais si Edouard me semble un peu violent » Marie* Thérèse est froide; l'action si vél^émente des Hongrois s'arrête à: elle et semble expiper sur la& marches du trône ; elle ne leur montre'pas même son fils ; et , d'après son caractère connu» il semble qu'elle aurait dû faire un peu plus que recevoir un serment, et paraître assister constitutionnellement à une cérémonie annuelle.

Four ces Hopgrois, ils sont pleins de mouvement et d'une vivacité d'expression tout asiatique. Xes uns ont la main sur le coci|r,:les autres sur la. tête , il y en a un qui, se montrant au-dessus de ses compagnons , élève apn sabre et sess deux mains; quelques-uns sont debout, les» autres à genoux, tous. offrent le plus grand entraine- ^fient,.etvJaiss^ent voir dans les espaces qui les séparent , d'autres brayes non moins entraînés

6a qu'eux. Il est impofisibla de mettre plus de và^ riëté et surtout plus de ▼ërité dans Pex]^*es(sian Tëhémeate, qui presque toujours est théâtrale* Il faut le dire malgré la pieuse colère >des clas^ siques^ il est impossible d'aller au delà et d'et-* primer en plus de manières et avec plus de Mturel un même sentiment.

Edouard , debout sous sa tente ^ placé conime Marie sur des marches élevées^ domine le reste des personnages , et s'emporte contre les bourgeois de Calais ^ rangés devant lui en Tictimea résignées. Edouard n'est pas froid comme Ma* rie , mais il est peut-être un peu colère. Quoique sa tête soit d'ailleurs belle* et énergique^ il^ semble un peu trop déclamer; et si ce n'est lui, c'est sa pose , son costume, et surtout les plumes de son casque , qui déclament pour lui. La reine^ tombe aux pieds du monarque, et croise ses> mains sur sa poitrine , tandis que lui sans la re^ garder gesticule au-dessus d'elle ^ en parlant wèlx bourgeois qui reçoivent avec calme ses violentés apostrophes. Cette reine qui supplie a peut-être les reins brisés^ mais son mouvement est plein de^ naturel ; son élan , son action , ses mains croisées sur le sein de son époux , tout est de la plus^ grande et de la plus originale beauté. Il n'y a paa moins de mouvement dans les autres suppliahs^ du tableau. Oâ voit encore des expressions heù«* reusesdans les divers personnages qui composent cette scène grande et dramatique,^ eton trouvet surtout une noble résignation dans les victimes.'

Qu on le remarque bien , le style du tableau dlËdouard e&t le même que celui de Marie- Thérèse; mais ce dernier est daus de petites dimensions , il ne présente aucun nu ; c'est en un mot un tableau de genre où Tidéal im^ por^e beaucoup moins que la vérité des mœui's, des costumes et des expressions. Dans les boui^ geois de Calais nous touchons au grand histo^ rique : le grand style est de rigueur ici , et nous en sentons beaucoup plus Fabsence à cause de la dimension et de la nature du su* jet. Il y a dans ces bourgeois revêtus de je ne sais quelle toile grtse , un dessin d'une prétentieuse noblesse qui n'a ni sévél^ité, ni véintable grandeur ; les têtes sont jetées dans je ne sais quel moule uniforme et peu élevé > quoique visant à l'être; on sent qu^elles n'iraient point mal sur les épaules de nos jeunes et brîllans petits maîtres. Enfin je vois là une tendance^ alarmante. Le peintre , eu me fournissant une singulière échelle de comparaison , m'a doûné lui-même les moyens de prouver la marche de son talent. Nous^Favons vu dans le genre , dans l'histoire moderne; le voici dans l'histoire ancienne. En représentant VHéraclius deCorneille, il ressemble étrangement aux ti*agiqués Anglais ou Allemands^ faisant parler les républicaine antiques.

Ici les costumes du moyen âgé y les armure^ chevaleresques ne déguisent plus la singulière affectatioi^ de son style ;le nu^ les grandes et

jias larges draperies en font ressortir toute Tin- CQnvenance. Cest rantiquité parodiée par le moderne romantisme.

Le mouvement extrêmement prononcé de lun des deux jeunes amis /qui se .présente, à Héraclius et lui dit , choisis si tu Voses , ce mou* ▼ement si prononcé ressemble à tous ceux que nouis ayons rencontrés , et qui se font sentir par beaucoup d'élan , par la poitrine avancée et la tête en arrière. Il semble que M. Fragonard a pour cette pantomime une prédilection par^ ticulière. L'attitude du père qui n'ose choisir €$t convenable y mais la position de ses mains» dont l'une est placée eu croix sur l'autre » est affectée en voulant être, naturelle ; et cela seul pie porterait à croire» si je ne le voyais déjà» que M. Fràgonard cherche souvent la nature à tra«* vers les singularités; tandis que» quand on la coiinait bien» oniva droit à elle cft sans détour. Il est certain qu'il la rencontre» et que personne n'a fourni plus de mouvemens nouveaiix à la pantomime que M. Fràgonard. Mais la manière » c'est-à-dire » l'affectation se fait aperce-* voir en lui; et quoi qu'on remarque dans ses ouvrages une certaine élégance » on n'y retrouve plus le grand type républicain et héroïque de David. Prosternons-nous déviant ce grand maître; il était mieux qu'académicien » et son dessin » à ce qu'il paraît» est au&i rare que le gf-and vers de Racine. i

. Je ne prétends point nier le beau ttklent de

M . ï^n^nai^'d; » mais je me crob en droite dt; t a-^ yertir , sinon lui ^ du n\oias ceux qui passent devant ses tableaux. Je lui ferai encore d'autre» reproches ; pourquoi cette vapeur répandus^ avec profusion sur sa toile? ce n'est point, 1^ du clair obscur , mais tput simplement de la fume'e. Sans ce défaut ^^ sians une ; excessive abondance de fourrures ^ sans rinactipn de Marie-Tkâ:èse , et son plfit et froid satin , 1q serment des Hongrois serait à mes yeux un .nuvrage irréprochable , et Tun des plus originaux que Tart puisse: produire.

On dirait à voir le singulier retour de certains défauts dans les œuvres de M. Fragbnard.^ que son talent a des manies« Ce satin éclatant de Marie-Thérèse , qui forme un foyer de luuiière au centre du tableau, se retrouve disposé de la même manière, en même lieu et pour un semblable effet , . dans^ les Bourgeois de Calais. La reine prosternée aux pieds du roi, est vêtue de satin blanc , elle seit de réverbère au jour , et présente un milieu fade de couleur et fatigant de clarté. Cependant je ne veux refuser aucune justice à M. Fragonard , pour le^ quel j'aurais, je Ta voue , plutôt du penchant que de réloignement , car il répand dans ses ouvrages un ceitain charme qui attire l'œil. Je conviendrai donc qu'il distribue se» masses de lumière et d'ombre à merveille , et que ses bourg^is de Calais spnt i très-bien, détachée sur le fond clair, du tableau ; mais son tulent qui me

àfi«iè > il tfàbài»9e le^déssib , et êe èt^titre d'un ^i&piëé àemok^t ; é&fib il ne j^i'iH^èidhi p^s înLu^ Ai^mëtit > C«tfttte'deti?à4t WttJ6tiW foire la vé- ]4taUe force. Quoiqu'il en sttit , ci? talent eét t'trn 4èd t>lus reik^quàblès âé ht ^énëratioi^ àctbèite ^ il est qftielqviés ex]f)k-éiisîdiià tt ^tfdi^tié^ ftt6ufv<ètiiéll^ âe dèft figtt^é^ ^ûë je h^bûblièi^^i jia^ tUais^^^ eâr' >èe sdnt lb$ j>las ori^hàlës et lés^ pkte Wailfs que j'aAe *ènôorë Ipëtteètott-ees ëii fait d^éi^m^otf^ 'iékéïA^hié^. Ilikûtcfôtte céh)iÉii*ei' M. Fragonard , dans sofi^iMé^êt et !e àètrt,'Be comgk* «(ô9i «tyle /de rènonëèi^'à «ortîfe feift^îtatibtt , dift ftifetlrê de côté lies petite moyens , l*tiàé ^^diuftîre diss petite tëlens.

Je kne hàt^ d'art^iver à un aHi.^te du pkrs ^ù^ lide ttfërite ^ qui ft pdrtë iiagôîèrë ^éH le genref bisterhfuë xm pinceau forttië |>ar tlnè Ibtigùe prâiiqtie et de p^dlbbdêâ ëttidès. M; Pà\à4ih 6uë^ rin^ l»>nn» déjà pdr 6<^n Gaïn elt pàt âé .^éi^beè portrakk ^ /a choisû iin âujét hdtnëVi^ùe de 1!bé plus ^ande difficulté y et il ftiïit lui t^ilir conipte plutôt des grands» riioyens qu'il y à dé]ilôfyés ^ qu)e du résultat qu'il a <^bleûii>.

Vénus éprise d'aihdur ^Uf* Anckisë> soÛ)^e à ses regaàrds dafas «fâe dé^éare %*ètii^ée dé ridâ; et sous leis» traits d'unie je^nèl tiéi<gis ; fille tùàr-^ telle d'un roi de^Pht^% s elle M ^ttcôhtë qdè Mepàire Faontei^ d^-iKilteiir dé^^ «^ôtnpàgiaës^ et VmdTtfùSfàMeÂhts&èXiéVL, ^n lui àïskiït, d'^ près un oràole^ qu'elle étliit de&tihée à^ei^tàfr

f époitôé ll^At^dli^. ixe mottel fkrm^iaé à» Au d^s^ «ât tran$ppbi1:é d'aoïoar là àa yiaé^ et la presse àt eéâer à ses; vmux. (Jh gênera à^h yM>sl) &atsh tùûth^ , il saiâfit )e bsim i)r«B 'de da fatale fïyifïf^ et TaClâre à ioi, taËndisque rAino«*4à {>6u^se pat- derrière m0c tm rie^àrd maliciieiix. Tel est le àajet choisi par M. Baulin ^aeri». Ce Sujet me semble 'maÙteunreut en èe que her yeux iftkt plvis de pudeur qtie F imagination y et quVù £ait <d« scènes érotiqHes^, la poéaîe peM àllef bebtiedfap plus iloinf que là jxiiw

ttd*e; eat h, poésie rappelle des images/ la peinture M. <;ont^ariré tes montre i-ééllemet»! auk yteui. Gètté diA^reiûce^ ^^ tFèa'<^ranQde ^ et M. Pauliiir Oùéritt , doue de l'intèliigenoe M plus prompte et hi pfeM étendue it senfeîpa garni doute. Si AtilfibiËe n^àvMt pais |yii^ iurei Rendit KUi* $a <ioucfce , oti n'eût pas oimpris le sujet y él té geno^ti pose e^ déjSirdp «Iguifioattf ; il blessa ^d pudeur. Ce n'est ptoiv en mcnr^iste ^uè fe fais une tëll^ ébservdftton , maie dans Tintàiét râ^étnè des scètfes Volupt^trasesi, qmi ëxigestune grande réëer^e, uft goût tdëlféatyet «fbi ^èn* lent enfin être t^ilëes pom* en êtte pifas pi«^ q^iantes. Oh lie p^ut sians dôme euipkiyer piàs ti'ai:^ que ne Ta fait M. Ouërin pour ex>plîqii«r è6A srujêft. On ^àk biëh Jdè qfàe tetti Aiïdii^^ dl^ Ife ^ait ttôp. V^U^, il fkdt Pallier, ro«i- ^'Mbte pefû à ttût liétiee ; 4itt ^t Relier a trbtttpe Yu^ltàtti séfà ëpotil ; qie 4^uis Miarsr/^ «lie' a passé da^^ le» bt^ àé ptt» l'd^àwfttttv et

qu'en un mol elle a nsë. de toute la' licence di^ vine. Four Anchise,. son visage exprime un dësir un peu ardent; ce désir est vrai , mais plutôt âpre que voluptueux. Le jeune Amour ^ de son côté , n'a que le corps d'un enfant , mais il a le visage d'un vieux méchant. Quant h sa présence ici, elle est plus ingénieuse que poé-^ tique ; elle est un commentaire h un sujet qu'il fallait rendre sensible par les circonstan«« ces les ' moins cyniques. Comment fallait-*il faire, dira M. Guérin? Choisir un autre sujet qui convint mieux et à la peinture et à son talent oii la force domine plus que la grâce..

Si Ton examine en effet le mérite de ce ta<r bleau.sous le rapport de l'art, on y découvre deux corps superbes; un torse d'homme du plus beau dessin, une fille grecque qui eût charmé tous les dieux de l'Olypipe ; deux bras ,. ceux de Vénus , qui sont ravissans de forme et de blancheur , et dont Tun surtout, enlacé avec celui d'Anchise , pi^ésente le plus heureux contrasté. Il est impossible de mettre plus de relief dans un tableau ^ car toutes les flgures sortent de la toile ; la couleur ayec b^aucoi|]i d'éclat conserve assez d'harmonie : tous les accèssoires sont ajusta avec beaucoup de simplicité et de goût. Que de talent perdu dans un sujet malheureux ! Il faut le dire à M. Guérin ; il a une rare intelligence, une extrême facilité à conce>- .voir, un talent d'exécution supérieur; il est dans toute la force de l'âge et de l'imaginàlion .

«9 il ne lui faut plus qu'appliquer heureusement

4es facultés puissantes. Mais tous ses ouvrages le prouvent, les sujets énergiques lui convienvent mieux que les sujets gracieux. Le superbe groupe de la femme et des enfans dans Caïn , témoigne assez qu'il est surtout capable des expressions fortes et terribles. Pourquoi vouloir dépouiller ses avantages naturels et poursuivre inutilement ce que la nature nous a refusés?

Qç 1^ i^^lvetë daii# l«s ^v^, t-^ Qe Jtf . Hcrsçnt.

I j. Qsjt oir4îiRaire à Tâg^ mûr dç regrçtt^r Fçnfance» No^s, pei44^ vieu^ et ciTilisés , noa$ aimons à nous reporter vers ces temps oii les liommes cultivaient leurs champs de leurs mains , se nourrissaient du lait de leurs troupeaux ^ oii les jeunes filles allaient en commun puiser Teau à une même fontaine ^ et y laver leurs voiles. Il y a pour nous un charme infini attache à tout ce que la nature nous porte immédiatement à faire. C'est elle sans doute qui nous conduite pfenser, et à mettre le calcul dans tous nos mouvemens; mais rien ne nous charme dans ce qui est réfléchi. C'est ou la prudence qui nous fait calculer nos actions ^ et la prudence est utile , mais ne plaît pas ; ou la vanité qui nous avertit qu'on nous regarde , et la vanité est ridicule. Voyez une belle femme : que de grâces dans ses mouvemens prompts et inspirés par une humeur vive! S'aperçoit-elle qu'on la regarde, alors elle étudie sa démarche , veut s'entendre avec elle-même , et c'en est fait, le calcula fait évanouir les grâces.

Chez les premiers peuples , les classés n'étant point distinguées, les habitudes sont les

^j^fmes; toys les soins de la vie son^ ^g(i)e,i9^t i^pl^eij l^ p(v?jç qfli pe^fc ce^ «^q^m?^ V^ p^pt

^pqore, p^Kyn^t iii f^s^s^ssié* S'îj. ^91^^ , ^iï airpç, ij le dit païvement, et U twt W<* ^ »

Yi^çur au se^a 4e 1^ vé|:it^. TciUe /est I9 poés^f dçs pfeiftieps t^wpfii %ffl5 cftlcul, sa^ a^rj, l^^

e^^; tWt y e^t fM4>lÇ 1 p?TCp W? W« «^'éft^ij ^ retrancher; tout y ^% \çfi^ç^t, papçfi quç^qs»^ y ç^% j^é^l ; rien ijç leuf ^ coûté , ç^r ils 11 put i:iea cqïfïiyiné m choisi^; ^&qnt dij^ ce 4j[ui ét^^f , ç% e^ ppésie ÇQi?in«e d^f $ \e^ ^i^f^cei? , l^fa,it n^tr temççt ^\ aiiçç g^ement 1*^4^ ^t plein de ▼ç'ri^' Çl; 4^ Ç^iarwe, 4\w$i l^ pfésip de toi^s |e* pr4î?r Pliera p^euples 1^ rçs^ei]ô^çi[ d^ns le ^çf4 o^ \^ midi^ daps 1^ ff^^çien^ pfr le^ ^^ouve^^x 4ge^, pourvu que les peuples commencent, ilç çp^ les mêm^. Hp.^pèrej, Q^si^^ les patriarches ont \f^ mêwiç pft^tiq^e , ç |B^t-i-4ire qiji' ii^ n'çft pi^t Wçuçc; ;ls cfe^Atçut cpmme Vo\sç^^ if^lç , çomv^e Veflfant jouç^ çpjPPime toute 1^ W^t^^ tray^illç ^ p^j: iwtm^t çt p^r htesîpin.

Nouj^ , peupl^^ çh^r^és 4e pens^^ pt dp M>wii divises ç^ çray^ds pt en pc^titS;, eq sav^psr $f iç^ ignoçanç, ^a]p3 cc^jSjB pfcswi^atfçijrs ^ q^spin^^ç, pgUS somi^çf çpptf aînts dç nouç cftchçr f^fi^ d/^ fprine? gpn^rçl^ çj; çpjpv^n ^es, Çt lorsq^^ pp^i;^ Yo^lppjç ^^\^îf et p«p4r^ cçtte p^tVirpj il f^nlt 1;^ chercher pi^iWçfljçjpt dans l^ ^^^^px^lps 4j^ ^ssé^ daqs UQ^ eçf^ns lorsqi^e toute vivç. eij^-»

corCi elle n'a pas ctë étouffée en eux ; dans les cksses ignorantes ^ qui n ont pas appris à se d^uiser ; ^nfin il faut Tépier sans cessé pour la saisir partout où elle s^éôliappe. C*est à nous qu'il faut du génie pour être naturels et simples , comme ceux qui ne songeaient pas à l'être. 'Le poëte est aujourd'hui un homme de peine»

tandis que dans les premiers âges , il n'était qu'un homme plus vif , plus prompt et plus discoureur que ses contemporains.

* Cependant dès qu'une direction se prononce chez un peupleet qu'on commence à y cultiver un art y îîy .^ > dans le début » de ces mouvemens de nature qu'on appelle naïfs ; ain^ quand les arts se réveillent en Italie » quand la littérature se développe en France , on voit reparaître la 8im][)licité y Tabandon et le naturel des premiers temps.

La naïveté des peintres italiens, a été mêlée d'inconvenances , car on ne peut pas avoir tout à la fois la réflexion et l'abandon. L'art a vieilli depuis y et il est devenu plus sage, mais moins naïf; on a vu chez les grands maîtres de la nouvelle iécole l'idéal et le vrai unis ensemble ; mais tout ce qu'ils ont pu a été de réunir le naturel à la raison de l'âge mûr. Il ne faut point regretter ce qui ne peut plus exister, nous ne pouvons point -être à la fois enfans et hommes. Cependant il est des génies heureux qui conservent quelques traits de ce premier âge : on a vu La Fontaine écrire comme au premier temps

^êM

feM^M^^HM

du monde; et on voit aujourd'hui qn peintre; M. Hersent, unir une simplicité naïve augoût le plus réfléchi. Il a choisi son dernier sujet dans la Bible, et nulle part il ne pouvait en trouver de plus convenable à son talent.

La bible offre les annales d'un peuple pas* teur et agricole , qui eut la plus simple et la plus noble des croyances, des mœurs caractérisées, et une imagination grande et mélancolique. Là se trouvent les plus charmantes pastorales que les peuples nous aient laissées. Aucune poésie , en effet, n'est comparable au récit si simple de Ruth et Booz. Ce morceau a eu le sort des belles choses ; d'inspirer tous les talens , de soutenir les faibles et d'élever les plus grands Bu-dessus d'eux-mêmes. Je ne crois pas en effet que M. Hersent ait rien produit de comparable à son dernier tableau représentant Ruth et Booz.

Dans le temps d'un seul juge, dit la Bible , il y eut une famine; un habitant de Bethléem se i-etira chez les Moabites , et s'y établit avec sa famille; il mourut laissant sa femme Noëmi , avec deux fils: Ceux-ci prirent deux épouses de la race moabite; l'une se nommait Orpha et l'autre Ruth. Au bout de dix ans, ils moururent, et leur mère demeura privée de soh époux et de ses deux fils. Elle se leva alors, et voulut retourner dans sa patrie , car elle avait ouï que le Seigneur venait enfin de tourner ses regards vers son peuple , et de lui rendre la

nourriture. Etlerevinl doaç avçç ses d^u^ hruâ*.

eV? arrêtant sur 1|^ route 4ç. Ju4d > ^Ue leujr ài% :

rçtour^çzy mesnllfs^ ch^z vqtre ni^re; (pie Iç

c\el vous fasse comme vous 9.ve^ £^it à mes fi)s

et â moi; qu'il you§ doi^i^e^ le. biçQr^trç d^QS^ 1*

maisom de nou^e^ni:, ^'pQu^; riçt^^rn^^ jç §uis

^çc^blëç d'annéfs , je aç puis plu$ epfAPtjer , jçf

^açd je pourrais CQnccîTQijr ççffç i^uiS mêç^ô ,

vous seriez arriyçççj à Is^ vieiJUieçsç ,. ayaut quç

mçs deri\iers-oës ejussjçat a,UdQt )a pub^r^é :

partez^ me^ fill^§, W main 4^ Die^ e$t leyee

sur ma tête, -m Jjçç deux brus pleurèrent alpirs

abondamment. Cçp^udaut Qrph^ çfli^afiçft s^

belle-mèrç ç% pairtit ^Mftis Rutji s'aJJt^Jiji pluf fof-

tf ment à ISpëmi, et. Nwmi lui d^t : T^ eonvpague

retourne à spp p^uplf) et Ji son Pieu , retourae

avec elle,, -r- Nç iu'q Wi^e* p^s à, vou|R quitter ,

répon^iÇ Ruth i QÙ vous ijrai ^ j uai ; où youç^

fixerai vos pas , je fixerai les miens ; yot^e

peuple pera mo^ peuple j^ et votre Piçu W^^

jpieu. -r-i Noëmî la yftyaut si résolue i?^ yQU-

lut jpiis la détouru.çr plus long-temps ; p\\^

partirwt enseml>le et rç^agnèreut PettiJéçï»-

^ pçine arrivées, le bruit & en répaudit dap^

jQute 1^ cité i «î eu U^ vpyant ^ Us> femm»

s'eçriaif^t ; w pst-^e 1?^ I^pëmi? — Maip ceUe-r^i Ipur ifëpoudait ; Nç mVppelez pas Nciëmi ^ cwr l^oëimi veut dire l?eUe ; ah J u appeler pi^s jipUe

pçlle que le ciel a. chargée de douleurs et 4'h»-

pûliatious, Ç'étgit le *emps^ 4e Ij? mpisso^i : lauP^en éj^pu^t

75 <Le Noèmi ayait un parent riche et puîisisaBt aoin*^ iDç Booz. Ruth dit à sa l^Uç-mèrç : Si tp^ \f voulez j'irai à travers les champs cueillir If^ éfÀ^ écV^p]^ë$ aux moiss9nnem*$9 j'«:ai p^tauJt 9^ j/e trouverai im père (}e faiwiUeiu^tdgent^ Allç;(^xw fille>. lui âii. Noëmi. Bjiths'evi aUadaçus lç.<:hainp de Bodz , et JàeUe glanait derrière les moisçopneurs. Boo^arri vaut alors de BesMiléem d^m^^ndl^ a &ÇS seirvUeurs queUe étaiîtx:e^ jeuu^fill^« qt Ils rë(^ndit*ent.- ç e^ cette Moaibite qui ^ suiiû No^midiss pays lointains ; elle^d^mandé^ cu^ lir les apis mq^s , et depuis Iç jour elLa^'^pa^ .quitte le ti^avail* Alors Boo?;. se r^tourm^Mt vet^ fiutb : Ma fille ^^ i^e vru p#^ df us un ^^txp 4:^auip que le mien ^ joinç-toi ^ ni^§ siQrviteurf^ «uis-les partpnt 0^ ils auront in,oi^oi;nië ; | i|i dit qu!ou ae te fît point d'outrages. $i t^ a^ «qif ^ hpis avoc^ux^ — Alors Ruth sagc^uoniUant eu «Il pr^pseuce : D'où nm vient tant 4e fiareurs;? comment une pauvre étranfgjère a-t-eUe pu trou- ^^r Sl^ce à tes yeux? Je sais , lui répondit Bop<9>f tout ce que tu as fait pour Noëmi; on m'^ 4U jque pour la suivrç tu avai& quitté tes p^o^eu^ ,, }^ terre qw t'avait vu naître^ et que tu es venue çhç^ «n peuple qui t'itiaitincOJftïm* Que le ciej tCT^^dp xequi t'jçst du j le Dii^u vers lequel tu t'es réf ugiép tj^ recevra SQus son aile^ Et i\ ajouta ; Qv^d l'heure du repos sera veuue^ assieds-toi à np^i tahl^ et mange mon paiu. — Elle s'assiit douc^ coté 4^ n^çis^etnixeurs , rassasia sa £aiuf , e|t retouri;ia >avi 4champ cueillir les épis. Booz ajouta à se^ sei*^

leurs : Si elle yent moissonner avec vous, laisse^' la moissonner ; ou bien laissez tomber de vos mains des épis , afin qu'elle n'ait aucune honte à les recueillir. Ruth se retira vers le soir chez Noëmi f et lui dit quel champ et quel possesseur elle avait trouvé. Que le Seigneur bénisse Booz, s'écria Noëmi, puisqu'il se souvient de ceux qui ne sont plus. Ruth retourna le lendemain chez Booz f et récolta le froment , jusqu'à ce que la moisson fut achevée. Enfin Noëmi lui dit : Ma fille j'ai songé à ton bonheur ; ce Booz est notre proche ; lave et soigne un peu plus tes vêtemens, et rends-toi ce soir sur son aire ; mais ne te montre pas à lui avant la fin de son repas. Quand il ira se livrer au sommeil, remarque bien le lieu , aie soin de t'y rendre, soulève le manteau qui le couvre , et couche-toi par-dessous. — Ce ' que vous dites sera fait, répondit Ruth. En effet lorsque Booz eut pris son repas et qu'il fut égayé par la boisson', il alla se livrer au sommeil non loin du lieuoii reposaient ses serviteurs. Ruth le suit, et, soulevant son manteau se place auprès de lui. Voilà que vers le milieu de la nuit Booz s'éveille, et surpris de trouver une femme à ses pieds, lui dit : Femme, qui es-tu? • — Et celle-ci lui répond : Je suis Ruth votre servante , jetez sur moi' votre manteau, car vous êtes mon plus proche parent. — Fille bénie de Dieu , lui répondit Booz, ne crains rien; je rie repousse pas la parenté , je serai ton époux ; mais tu as un plus proche parent que moi ; s'il

Ém

H^exige pas son droit ^ sans aucun doute , je

t'accepte.

Cest ce moment oà Booz s'eyeille , que M. Hersent a choisi. Cest le milieu de la nuit : Booz est étendu sur un monceau de gerbes ; une tente suspendue à un palmier couvre sa tête ; la lune répand dans les champs une lumière douce ^ veloutée , à la faveur de laquelle on distingue des moissonneurs endormis au milieu des sillons; un rayon brillant éclaire l'intérieur de la tente où repose le bon patriarche ; il se relève en s'appuyant sur un bras ^ soutient de l'autre le manteau sous lequel Ruth s'est placée , et contemple ayecunebonté paternelle cette jeune femme qui^ la main sur le cœur y lui dit avec une expression <;haste et naïve : Je suis Ruth , votre servante » jetez sur moi votre manteau , car vous êtes mon plus proche parent. — Le consentement deBpoz est dans son regard. Oui, lui dit-il -, fille qui n'as pas quitté le riche quand Dieu l'a fait pauvre , tu partageras ma couche.... Les arts n'ont rien produit de plus vrai et. de plus touchant que ce groupe délicieux. Pour tout rendre, en un niot, c'est la Bible elle-même , avec sa qaïvet^' , son antique simplicité, et je ne sais quoi de patriarcal qu'on ne reti^ouveque sous l'antique palniiei^ d'Israël.-

On n'analyse \y^s la grâce et la naïveté : eUea sont, ou ne sont pas , sans qu'on puisse dire pourr quoi. Je me 'bornerai donc à, /répéter que ja^ mfiis on.ne fut ni plus.vr£|i i^i plus . touchant

tfixe^V^t^. Hersent <}ans ce tablea^i. Je pdfi^ cepeadant analyser les caractères : Booz a t«s> tïisâfe girâ^t^ éC é&ax d'ti^ vieillard bi^ÉÊM^tii ; éî ïtï^^é !skmâ^ â écmserve eneorè eefile fo^(^ qfiii , dans èfefe lieiiretisies actions <te j^s^ , se téMi^éit re'ûnie à la sagesse ; car , pour atrjdurtfbtii , t^htnsïtixé sàAt loï^gqpi'il iï« petft phis , et qtiatidil peut il lïe sffit pas ëntiorc^. Ruth 6téètM son ^hktiaàh rtnt gt^àee chai^fnarnte > et Ifëute 1« efaft^ei?^ des moetW*^ priflritiVes. Seis trttto asia-^ tiiJuts'âftnfitphÂn^ dé setiftitiieût; ânM attitude e$f dé(;ttite;Sà prière arrîte bien àéi pfàfrîfarche <}ui ItriH-ihiêtiie th se i^éttt^ûÀAt vers la jévtiie M oa- VHéf S6 mttnW'e asàefc à ^le pdttr la ràssti^er , et à(ââ^ siu s^pèttafetd* pônr en êtrt àpei*çei. Les dcfùlftttiLtfides tté pdUYâient êt^e plîfes^ti^àabies tt offMi^ des ligoe^ phïs keureiïsés^.

^&ù^e Cette liàîvétë d^ exp^e^tlr» ^ il en est tMé MKre qui ratiV lés diei^nafeui's, at^ténfa^ qte)^ cdié défe ^xpi-essî'oiiis ra(f It les poètes ; c'est b hàîtcftèdù des^m. La feeWe pôittine defioo^^ lé ièirr'diutmatift de Kuâb: ^ son htM et surtout sWi jfftéd tjiA ôémfBle rti**î à Hàphaët, fcottt dé fe plus gi-^ndé pui-été > et dé ééfte pùrtlè' «Ott à«adë!lli(}tiè qtré Târl noattmé ttâiVe pâr(;é qu^it tf fi^ ^fe lôè tiidt pèttr k éàraétl^Hàer. SèU^ éé rapport je ne ferai qu'un reproche à ftît. Hw* ^t, é^e* d'iairèîr doniie trop 4é ttittig^éuicft dé i^béfHe^^e ^ti bfàs sM* leqiiel s'^ppffié fièozi.^La iîk^iii'atlotigé'cdtn^kie lé h^A^^H t^ffi^ i^k^ttéè^à^éihie. fféttrëux! M. HërseM^

de ne coiiiiïïëtU'fi ^ue lêS fautes que sa conài-

tiort faillible imposé à rhobiibèT

Là cduleûr de 6é tableau est d^ûiie Ënesse ,

d'une légèreté, d'une Iransparence extrême.

Les tohs él^e'nt sâïis afîectatiou , et se i'eportant

A'Hhè partie Sur une àûtrè , ctiarnriént l'oefl yiàt Une fôulfe d'h&Cmft'fti'es. Le fcoup de lumière

«et èupérieut-emehl dil'ig^ , et il n'éclaire que lé dfaihe, c'est-à-dire le haiit du corps dé booz

et la tête el le sein dé Ruth. Le reslè s'aperçdft doucement h traTerâ uhè ombre forte , raaîs' trahsparehté ; qii^lqùés tràîts d'iiné Iilniiere argeùtéé se fout Sentir sur kt vïgné qui s'unit au palmlet- ellqijé) est suspé'ndiiê ta "tente , eft maî-qtiént bien k tiàturë et là dirécéoh du' jour j il y à en ub mcft, poésie d< exécu-

tion. Mais jeferàiéh^^dré v :elui-ci

est grave. Jfe n'à'ccus'élfài ] l delà

couleur qui, aticontraîri i, mais

sa fiuance qui est noire et ■vérdâtrè, et produit uU eflfët si IfCpOusSdnt qu'au premier instant on est rejeté loin du tabifea». J'entends déjà la réponse dé M. Het-Sérit ; il éâtnuîf, dira-t-il , e't je ne puis pas faire (]ue la tauiVrésséniDlèàuioùr. — Sans doute l'art dé M. Herséiit iiepéùï cnàngér les ehosés; tnàis Aé p6uvf^t-il pas Faire qiiè cette datte édctUrné fût iin péii pIus douce? ie sais bien qti'eti fiiàrit quélqiie" temps des yeux ce ftëlitiéUt bUWa'gë , 'ota ^Wiiïûë ji cette nuït ,pii

, -finit par y Tdir 'clàit , et *n sérit tàUt'le'ciiarmte de cette vapeur répandue dans le fond , de ce

Teloutë du soleil des nuits; mais le premier irrstant est pénible ^ et si M. Hersent me ditqu*il faut être vrai avant tout, je ne lui ferai qu'une o]>jection.

Il faut être vrai , sans doute , et on ne doit pas jpeindre minuit comme midi. Cependant il est.des choses que lart ne fait qu'indiquer sans lés rendre avec une servile exactitude . Sî on ë tal t

vrai en imitant les effets de nuit, on ne remplirait un tableau que de masses noires, non pas seulement confuses , mais opaques , et sans dessin, qui se distingueraient tout au plus par leur silhouette sur les parties, éclairées. Pendant le jour là lumière abondamment répandue dans Vair , montre tous les objets et s'infuse dans les cavités mêmes où ses rayons directs ne pénètrent pas. La lumière lunaire au contraire rayonne directement, n'éclaire que les objets placés ^ur sa route , prononce fortement les ombres ^ parée qu'elle ne les adoucit, pas en y pénétra^nt comme celle du soleil par infusion , si j'ose dire. Aussi les ombres portées pendant la ni^it , sont fortes sèches et tranchées. Comaient donc , s'il avait voulu être vrai, M. Hersent aurait-il pu répandre sur la toile des reflets si doux et une si agréable transparence ? Si donc il s'est éloigné quelque peu de la vérité matérielle pour Tefifet de son tableau, pourquoi n'a-t-il pas songé à adoucir le ton dominant? On peut faire la nuit de plus d'une nuance, pourquoi la faire si froide et si dure ?

Je propose mes doutes à M. Hersent. Il faut bien que son œuvre ait quelques défauts > car elle ne serait pas humaine; peut-être ceux que je lui reproche ne sont pas les véritables , mais certainement elle doit en avoir > et pour moi ces défauts obligés^ je les vois dans le bras de Booz y et le ton général de la couleur.

Je n'insisterai pas davantage ^ car je suis triste en, songeant qu'il faut que l'homme ait failli même dans un chef-d'œuvre ; je dirai à M. Hersent, qu'il peut se livrer à la faiblesse de tous les pères pour le dernier-né; oui, le tableau de Ruth et de Booz est son* plus bel ouvrage , et on peut lui ^ssurer qu'il fait des progrès , que son talent se développé.

Ce.talent est l'un des plus caractérisés qui puisse paraître dans les arts; sage, mesuré , habile, il a toutes les qualités d'un siècle viril , avec tous les. charmes d'une heureuse enfance, la naïveté et la simplicité d'expression. Qu'il continue donc la même roi^te , qu'il nous reporte sous, la tente Israélite ; avant d'avoir vu ce tableau, je n^avais pas encore aussi ' bien res* pire l'air embaumé , de . ces régions ou ^ nait l'encens, où s'élève le palmier, où les patriarches vivaient plusieurs siècles, et voyaient blanchir la, barbe de leurs enfans, au milieu d'une postérité nombreuse.

Connue att cap Misène , par Bî. Gérard.

Le roman de Corinne passe peur la composi^ tion la plus entraînaute d'une femme célèbre > qui a surpris son siècle par la force et la vivacité de son organisation ^ et surtout par une hardiesse de pensée étrangère à son sexe. Mobile ^ ardente „ dirigée par le hasard de son éducation vers les objets élevés ^ madame de Slaôl porta dans les hautes régions intellectuelles^ toute la personnalité d'une femme ^ répandit beaucoup de chaleur et dapetçus brillans /ce qtit suffit à la multitude qui veut être émue et éblouie ; mais elle n'égala jamais la passion profonde de Rousseau^ la passion douce de Bernardin dé Saint'Pierre ^ ne fit sur tous les sujets que des tentatives qu'on prit pour des résultats , n'eut jamais cette grâce naturelle de l'être qui est resté à sa place , et fut punie de ne pas l'avoir gardée par l'absence de charmes , par le désordre d'esprit et par ujie célébrité dont l'homme le plus fort peut à peine supporter le poids.

Les observations de madame de Staël sur la société sont justes , piquantes «t saisies de trèshaut , mais sa poésie est fausse ; aussi Delphine me semble préférable à Corinne. Cependant si Ton est toujours bien quand on est soi ^ madame

de Staël detrait avoir atteint la perfectioh dans Corinne , où elle s'est mise en épopée. Mais elle a été trop elle-même , et s'est livrée ti^op franchement à tous les excès de son esprit. Sans doute la situation est heureusement choisie : une femme qui veut exercer l'empire de son sexe , et atteindre en même temps à la haute destinée des hommes^ qui sent vivement et rend de même 9 ne pouvait être itnieux représentée que par une improvisatrice italienne , mieux placée qu'à itome , et mieux opposée qu'aux Français et aux Anglais , qui les uns et les autres réduisent la femme à son véritable rôle , celui de charmer la famille. Madame de Staël satisfit là sa haine contre l'esprit français y adressa de tendres reproches aux Anglais sur leur sévérité envers son sexe , et put parler longuement des arts et de la nature avec plus d'imagination que de vérité.

Livrée à ce goût mystique des Allemands qu'on appelle aujourd'hui le genre impressij\ et qui consiste , non à produire des siensations , mais à raconter éternellement celles qu'on éprouve , madame de Staël n'a pas mieux réussi que tant d'autres à décrire l'Italie ; elle a exprimé ses impressions au lieu de faire voir la terre qui les produisait. Les anciens ont peint ; Bernardin de Saint-Pierre a peint aussi ^ et ils n'ont pas compté un à un les mouvemens de leurs coeurs; c'est ce qui a donné tant de réalité et de vivacité à leurs tableaux.

; Un grand artiste qui rëunit à une - puissante imagination une raison supérieure ^ et j'entends par raison , non la fécondité des aperçus , mais la juste et profonde science des choses ^ a conçu rheureuse idée de dégager le beau sujet de Corinne du mysticisme de la poésie nouvelle ^ en le transportant sur la toile. Il a . rendu en traits sensibles la beauté ^ la mélancolie ^ la passion et l'enthousiasme des arts ^ sous le ciel de Naples , sur les rives de Bayes., en . présence. du Vésuve, et il a donné à tout cela la réalité et la sublimité des formes.

Si telle était son idée sous le rapport poétique, il en avait encore une autre plus particulière à son art. Toujours on a revêtu la nature humaine; à l'antique, et quelque beaux et vrais que soient les Grecs et les Romains dans David , j'y vois des types étrangers , des absti^actions de dessin re*présentant des abstractions morales, et, quoique sqisi d'admiration , je ne suis pas touché. Quoi donc ! par le malheur de. nos costumes, et de nos habitudes, n'y aurait-il chez nous ni grandeur, ni noblesse extérieure ! Les sentimens généreux qui animent quelquefois nos coeurs, les pensées profondes qui nous, occupent , ne pourraient pas se rendre avec nos visages et nos vêtemens! N'y a-t-il plus aujourd'hui de nobles traits, de belles formes , et telle manière de jeter autour de. nous de gracieux voiles^ qui parent nos corps sans les défigurei;'. ,

Telle est la question élevée par un peintre

qui , après avoir donné tant de chefs-d'œuvre , occupé la renommée par un tableau qu'on a nommé une épopée , semblait ne pouvoir plus aller au-delà. Cependant il a voulu offrir l'idéal moderne 9 et^ sans franchir les siècles ^ , nous transporter dans le monde des arts. En effet > approchez-vous de ce ciel français qui brunit la peau et enflamme le regard ; avances encore , traversez les Alpes, cotfrez à Florence ouk Rome ; les lignes du visage se développent; à ua teint brun ^ à un œil vif se joignent de grands traits; écartez les incorrections , mais laissek les traces de la passion qiie Raphaël effaça dans ses vierges, et vous avez Tidéal moderne , vous avez la Corinne : cette Corinne est votre contemporaine ; en faisant quelques lîeues , en trar^sant quelques monts, vous pouvez la v<>tr*et entendre ses chants divins, . • i . ^

Le soleil vient de disparaître k l'horizôu ; de légers nuages portant encore quelques restes de lumière errent dans un ciel vaste ; le Véfeuve pousse une fumée lente; une > mer ' azurée se meut doucement sous un vent frais ; quelques voiles de pécheurs se montrent dans l'éloîgnement ; l'obscurité s'étend sur Ja nahxre r c'est le moment du jour que le Créateur a 'réservé pour la findes travajix; le cœur serecueiUe; les impressions sont moins troublées et plus pro-^ fondes • .1

Sur un tertre élevé, et sur les débris d'aune colonne qui jadis fut debout avec les Romains >^

,une fjemme non point timide ^t virginale comme la Psyché qui s'étçnncf du prenûer baiser de VAmour; ms^is jeune et. belle ^ et dans cet âge où l'on : cou naî t soa cœur, u^e femme est assise, jon plutôt négligemment jetée sur l'antique ^pierre. Je la vois p^r derrière , je n'aperçois pas son: sein , mais eUe retpurne ss^ tête vers le ciçl , et ipontre son .visage où régnent la douleur et l$t beauté, Soa bras niag^ifique parcourt son corps, et vient s/e reposer 3ur une lyre 4'or. placée à ses pieds, No;i loin d'ejile un jeune iiomme, doi^t les tiïaijts ont plus de noblease ique. de force , n'ose approcher ; faisant un pa^ en avants il contemple avec passion cette femme inspirée.. .A ses côtés, un bel Albanais ^ qui samjble véf u de; dép0uillas griecqoes y attend la parole harmonieuse ; de jeunes femm^e^ écouteut avec émotion ; et deri?ière eux tous , uu homme d'un visagiJ grave et attendri, immobile et sans vouloir. s'approcher , donne une attention profonde ; enfin des Napolitains accounent avec un i^iaïf eniLpresaement pçur écouter ces chants dont iU piit Jp^eaoijQt; . .

€gmmie eux tous ^ je fixe mes regards sur cette femme/ admirable ; il est passé l'âge des merveilles.; je ne lui dirai pas qu'elle est une divi* nité cachée sous les traits ^'u^i^ f^ortelle ; npn, ell^ (est fille comme nous, de la terre et du malheur. Son costume est à peu près celui de nos sœurs et de nos. épouses ; je la connais presque sans avoir rencontré cependant la même perT

fection . Malheureuse feiame ! que de douleurs dans son sein ! que de reproches elle doit adresser à cette nature qui la fit si belle et si passionnée ! Mais elle porte son regard Ters le ciel ^ et à cet aspect sa douleur s'élève , s'ennoblit et se détache d'elle-même. Elle est près du tombeau de Scipion ^ elle est près du lieu où périt AgrippinCy ou vécut Cicéron, oii reposa Virgile , et tant d'hommes qui ont passé , grands ^ malheureux et mortels ; elle déplore la condition humaine ; elle va ^ dans son langage sublime y élever vers le ciel la plainte de la terre. Son enthousiasme douloureux augmente , son œil est humide, sa bouche est entr'ouverte ; quelques boucles de cheveux n'inondent pas , mais accompagnent son front , et y flottent en désordre \ le vent souffle et agite son schall de pourpre ; je suis à Naples , au cap Misène , en présence du Vésuve , aux pieds de Coripne ; elle va chanter y elle chante y car je sens y je devine

tout ce qu'elle va dire

Plus je contemple ce chef-d'œuvre, plus je vois que c'est parce que le peintre a su ménager son art qu'il est parvenu à le rendre tout-pubsant. C'est en se trompant sur la portée de leurs moyens que les artistes ont toujours manqué leur effet. Tout ce qui est violent devient convulsif et n'a jamais été bien rendu par les formes sensibles. Je le demande , quelles sont les têtes les plus vantées dans les arts du dessin ?... Celles de la Niobé et du Laocoon sont adaliirées

pour leur expression contenue ; la sainte Sophie ne chante pas , elle écoute le ciel et elle est ravie; le Christ transfiguré révèle une puissance divine et calme ; le Léonidas est dans une profonde rêverie ; je {«rends enfin tout Lesueur à témoin , il n'y a de possible à la peinture que les expressions reposées ; elle a bien rendu Tex^^ tase , la componction religieuse , la réflexion profonde , l'abattement de la douleur ^ le sommeil , la mort même , témoin TAttala , mais jamais les expressions violentes ; c'est au peintre à faire deviner ce qu'il ne peut rendre avec les ikioyens bornés de son art.

. Corinne^ s'attendrissant à la vue du ciel et de la nature^ Corinne se préparant à chanter ^ me fait tout apercevoir ; elle n'est point en scène ^ je l'y surprends, elle ne sait pas que je la regarde. Il faut en convenir , c'est souvent le ridicule de la composition qui nous fait trouver tant de naïveté dans l'ancienne école ; cette composition est quelquefois si bizarre , que nous voyons bien que le peintre n'y a pas songé , et c'est pour nous la naïveté , car son caractère est de ne pas songer à elle-même. Mais ici , sans se montrer , l'art bienfaiteur inconnu a ménagé toutes les. convenances , et a produit une figure naturelle 9 tandis que l'imagination du peintre la faisait belle et inspirée. Corinne n'est pas transportée , mais attendrie; elle ne chante pas, elle va chanter ; elle pouvait montrer son beau corps , elle le cache; elle tourne le dos au spec-.

tateur ; mais à ses belles épaules ^ à sa taille

gracieuse et pourtant forte , on devine un corps magnifique^ on en suit les lignes dans son mouvement si voluptueux et si abandonné. Je ne verrais pas même son visage^ mais elle revient sur elle-même^ se retourne vers le ciel , et, par le même mouvement, présente sa tête au spectateur et à ]a lumière. Et cette main rejetée en arrière , qui , dans son action indécise , cherche comme son esprit la pensée et ]a parole ; et cette lyre , cette draperie si convenablement ajustée , tous ces accessoires enfin , combien ils sont heureux et dignes de Corinne !

Parlerai-je des autres personnages? ils ne sont rieni ^^^ c'est Corinne qui est tout. Dans le tableau comme dans le poëme , c'est Corinne qui aime , qui souffre, qui a la beauté, le génie, et point le bonheur. Mais cet Oswald , prêt à monter sur le tertre , et ne l'osant pas; cet Oswald , chez lequel on voit des sentimens profonds et un caractère faible, est bien cet ama t qui tourmente Corinne de ses irrésolutions; qui voudrait lui donner le bonheur et n'ose le lui j)r omettre. Je sais bien qu' Oswald n'est pas là tout entier^avec ses scrupules , ses combats si bien tracés par madame de Staël; mais le peintre n'a qu'un instant, qu'une pose et qu'un visage. Oswald , dans le tableau , contemple et craint de s'avancer, il est tout Oswald , du moins tout ce qu'il pouvait être en peinture. Et cet -homme , déjà vieilli par l'âge, qui se montre à

9^ peine entre Oswald et le jeune Albanais , est

bien ce prince de Castel-Forte , cet ami discret

qui se résigne à sop âge ^ se place à Técart,

aime Corinne en silence ^ et ^ quand elle a été

malheureuse par les autres ^ yient la consoler et

lui offrir ses soins généreux.

Ce second plan , séparé du premier et presque annulé dans la demi-teinte ^ paraîtra une hardiesse aux peintres ; mais cette hardiesse était celle du sujet; et si d'ailleurs il est en proportion de dessin et de couleur avec la première figure , s'il s'y rattache par l'attention que tous les personnages donnent à Corinne , que restet-il à lui reprocher ?

Parlons des beautés techniques* Corinne est un des corps les plus pfirfaits que le dessin ait enfermé dans ses lignes; le costume est la traduction littérale du costume de nos femmes en draperies pittoresques. Toutes les difficultés du sujet sont vaincues ; le pinceau e3t celui de M. Gérard^ et je suis honteux de dire à l'auteur d'un chef-d'œuvre qu'il a écrit correctement. Parlons de la lumière et de la couleur.

Beaucoup de peintres n'auraient pas manqué ici d'éclairer l'extrémité des lignes de manière à faire circuler un filet brillant autour d'une masse d'ombre. M. Gérard s'ei\ est bien gardé; il a fait pénétrer la lumière abondamment y et assez pour éclairer la moitié des figures. Quant à la couleur , elle est forte et douce , la carnation est vigoureuse ; ce teint bruni par le soleil

9' d'Italie relève la noblesse et la puretë des traits ;

car la beauté des lignes dans un yisage est plus sensible avec un teint brun. M. Gérard n a pas abuse du reflet^ et tout le tableau et sous une couleur unique et sous un demi-jour enchanteur.

Maintenant oserai-je adresser quelques reproches? Le schall flottant de Corinne accompagne bien son corps ; mais quand je songe à la force du vent qui le soulève ^ il me semble que le calme de cette scène en est troublé ; cette draperie y quoique distribuée autour de Corinne avec un goût exquis ^ est froissée dans quelquesunes de ses parties. Enfin l'ombre de ce bras superbe est peut-être un peu grise et terreuse.

Si maintenant on me demande quel est le rang de cet admirable ouvrage parmi ceux de M. Gérard et de ses coucurrens, je dirai que c'est celui qui m'a le plus touché. Sans sortir de fidéal , l'art a fait ici un pas vers la réalité. J'oserai donc avancer que la sublime austérité deDavid^ mêlée parfois de rudesse y que le grand dessin de M. Girodet y $i ju$temeut admiré y n'étaient pas ce qui çouvenait peut-être pour traiter le sujet dç Corinne. Il fallait un artiste doué d'une imagination forte , mais recueillie , d'une raison supérieure , qui réunît les deux qualités indispensables à notre époque , un sentiment profond et un jugement sûr. 11 fallait celui qui a composé le Bélisaire y V Homère ^ \sl famille en repos ♦ la Psyché recevant le premier baiser de

VAmour^ qui , tout à la fois dessinateur , coloriste, poëté, et surtout esprit élevé , est libre dans son talent > et n'est point oblige^ par une faculté exclusive , de se livrer à certains' sujets , mais se plie aux convenances de tous ^ et dans tous répand suffisamment de chaque chose ; celui enfin qui ne s'est point épuisé dans une route détournée ; mais les occupe toutes , et s'avance vers des progrès toujours croissans, qui n'auront sans doute d'autres termes que ses forces et sa vie. : '■:.:'■ •^■'' : ' ■ • ■.•....

Si je comparé ici le peintre au romancier , en rendant grâce à madame de Staël d avoir fourni ce beau sujet et les grandes situations dont il est plein , je trouve pourtant l'avantage du côté du peintre. Sur la toile je ne vois que raison , vérité et pureté parfaite; je n'y rencontre ni désordre ni mysticisme; Corinne y est noble, touchante^ passionnée/et malgré son génie elle est tendre encore ; j'y retrouve surtout cette ihélancolie profonde quim^ charme dans le roman^ et me le fait relire souvent malgré ses mensohges de sentiment; enfin je n'y déplore pas une aberration du goût > j'y vois é\i contraire avec une joie nationale^ un jprogrès de l'art qui honore à la fois et l'artiste et la patrie et le sièclejL

Vi:

Thétis, par M. Gérard.

M. Gérard nous fournit lui-même une transition pour passer des grands aux petits sujets^ou pour mieux dire aux petits cadres , car sa Thétis, dont je vais parler maintenant^ est un grand sujet grandement rendu dans un cadre étroit.

Il semble que ce pinceau si puissant se joue des difficultés y et veut prouver que les dimensions ne l'arrêtent pas plus que les sujets , pas plus que les divers styles , car il a quitté ici le style, la couleur et le purisme du temps, pour imiter l'ancienne école y sans renoncer par cette imitation à aucune de ses qualités naturelles. Selon moi, Thétis.' portant à son fils Achille les armes qu'elle vient d'obtenir pour lui, est l'une des plus heureuses et des plus riches compositions de ce profond artiste. .

Un cortège marin s'avance ; une conque est rapidement traînée par de magnifiques coursiers dont le corps terminé en poisson s'allonge et se replie en mobiles anneaux. De leurs pieds ils font jaillir l'onde azurée ; de leur queue puissante ils l'agitent; et la tourmentent profondément. Une nymphe au front grec , aux formes pures et belles, bien qu'un peu négligées, est

naturellement assise sur le dos d'un coursier dont elle tient les rênes , et semble indiquer de l'œil et de la main le rivage où s'avance le corte'ge. Sur les côtés, de jeunes ne'réides nagent légèrement ; leurs blonds cheveux flottent derrière elles ^ et li&urs belles épaules sont battues par les eaux. Dieux des fleuves ou des rivages/ des tritons au large visage ^ à la vaste poitrine^ à la barbe limoneuse^ font retentir l'air des sons bruyans de la trompette mariné. Sur cette conque traînée avec tant d'appareil , sans doute une divinité s'aVance. Ësf-te Amphilrite ou Neptune^ ou bien là déesse de la beauté dont le peuple des eaux salue la naissance et accompagne la marche? Non^ Thétis vient d'obtenir des armes et les porté k son fils qui a préféré la ihort à beaucoup (Vans sans gloire. Cette mère si tendre est encore belle et jeune comme ces immortelles qui, douées d'une éternelle jeunesse, voyaient vieillir leurs fils sans perdre l'éclat de leurs charmes. Debout et immobile sur le char qui s'avance, elle ne songe plus à de mortelles amours. Non, les ennuis de la maternité ont succédé aux délices de l'hymen. Elle porte dans ses mains ce casqué terrible si formidable sous les murs de Pria m, et qui n'en roulera pas moins sur la poussière comme celui du plus faible des Troyens. Morne et silencieuse au milieu du cortège bruyant, elle fixe tristement ses yeux sur ce casque où elle semble lire l'avenir. Que lui font aujour-

',im^

d'hui et ce printemps éternel^ et ces inépuisables

jours dont elle ne peut faire part à sbn fils?

D'autres serviteurs de la déesse portent le reste de l'armure ; deux tritons suffisent à peine à soutenir ce vaste bouclier qui ne pèsera point au bras d'Achille. Mais tandis que les armes arrivent^ les amours s'envolent^ ils se précipitent dans les profondeurs du ciel. En même temps ^ la victoire au vol immense, au visage cruel y suit le char de son aile rapide, et secoue dans les airs une palme et une couronne.

Ainsi passe ce cortège avec une pompe et une richesse vraiment homérique* C'est un sujet antique rendu arec la fécondité et la gracieuse négligence de Fécole italienne. Outre le goût et la raison que notre siècle n'a pas toujours , mais que lui seul pouvait avoir , on y voit cette facilité et cette variété infinie d'attitudes des anciens maîtres. Ces coursiers, ces nymphes, ces tritons posés dans tous les sens, vus de tous les points, et surtout si variés de formes et de mouvemens rappellent la richesse et même la prodigalité du grandit inépuisable Michel- Ange.

Les lignes à peine jetées déterminent négligemment le contour, et assez cependant pour le faire sentir. Cette naïveté de dessin, naïve encore quoique imitée, rappelle cet heureux temps où le génie des maîtres italiens s'épanchait abondamment , sans s'inquiéter de ce que nous nommons correction. M. Gérard, qui a voulu rappeler cette école peut-être jusque dans ses

défauts même ^ a commis une erreur de dessin qui f si elle est une imitation volontaire , est une fidélité déplacée; je veux parler delà jambe nue de la. nymphe qui conduit les coursiers ; la longueur des hanches au genou est démesurée, et contraste d'une manière fâcheuse avec le raccourci qui montre le pied à côté du genou. Je sais *que M . Oérard connaît les proportions d'une jambe; je sais encore que les anciens maîtres se plaisaient quelquefois à ces incor- ;rections par un caprice de goût, comme il arrive aux écrivains de se plaire à certaines négligences, mais je crois qu'on doit sacrifier ces caprices à l'exactitude et à la vérité.

Dans tout le reste, d'ailleurs , M. Gérard a traduit l'anciea style comme on traduit certains poètes sublimes , mais d'un goût barbare , en né conservant que ce qu'il y a de mieux dans leur grâce sauvage. Leur couleur crue ou altérée , leurs tons heurtés se retrouvent ici; on y rencontre jusqu'à des teintes rouges perdues , on ne sait pourquoi, au milieu de la draperie bleue qui revêt la victoire; mais ces tons sont adoucis , leur crudité est harmonieusement reproduite ; et on lit une couleur dure dans une couleur douce. . Ce pinceau large abrège tout , et , quoique pénétrant suffi3amment dans les détails , ne les rend que sommairement et avec une expression d'une facilité surprenante. Il me semble le voir parcourir ces draperies sans hâte, mais avec assurance , tantôt y laisser dans sa marche des plis

larges et moelleux, tantôt s'appuyant surTextrémite' d'une ligne , y poser avec un contour net un trait lumineux , et répandre ainsi tout à la fois, la forme, la couleur et la lumière.

Je ne veux point flatter M. Gérard, et sansdoute il ne le veut pas lui-même. Jelui ferai donc un reproche : ce petit tableau est peint avec répaisseur d'une vaste toile , la pâte y est prodiguée, on voit bien que le pinceau venait de répandre des flots de couleur sur d'immenses surfaces ; et il perd ainsi beaucoup de cette légèreté que lui assurait une si grande finesse de ton et une. exécution si facile. Quel dommage que ce tableau , 'suivant le langage des artistes,' ne sbit pas fait avec rien! il serait accompli sans ce défaut. Aussi , reproduit par un digne burin , sera-t-il admirable en gravure , et on aura l'une des pl^s rares créations du dessin . ' où l'art a été fécond sans caprice, négligent sans Incorrection , et naïf sans inconvenance.

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Vïl.

J'a^ivk ^ 1^. Horace Vprnet, ç); jef;r9Îs ne pas sortir 4e J'I^î^oire quoiqu en arrivant ^u genre, il n'y ^ au s^lonqu un seiU tf^b^i^^in 4^ M. Horace?. L?^4Jet q\f\\ pf'és^ptft pt?i|; une propriété dç faipille ; i) appartenait de 4^9it ft^ pcitit fil^ de représenter V^^ei^l dans» un de ces ^loioens où repthQiigi^n^e du génie étouffait tonte prainte 4n pçril.. Le ç^èbrp Verpet, peintre 4e m^rinÇy et ù f}}9Jf\ a\^ V^i) des ^mit^te^irs les pli^s vraîs des plus gr^ndeS( spèp^fii 4e tfi n^ti^re, se fit attacher ^iji ^n^t d'une W'^H^î pour Ront§>Ppler une t^mpêtç, Ç'eçt le gnjqt qu'on a dé^gnp, dit^-r on , au petit-fijç, e^ qu'il a rendu avfic sp« jpaçft talent.

Rien ne caractérise mieux Joseph Vernet que cette action, et ne prouve plus fortement son génie passionné. Les historiens de sa vie rapportent encore que ^ quittant Avignon , sa patrie, pour se rendre en Italie, avec le modeste appareil d'un jeune peintre qui allait chercher des inspirations sur la terre classique , il fut saisi de surprise en apercevant tout à coup ce golfe magnifique qu'on découvre des hauteurs de Marseille; h l'aspect de ces superbes coteaux, decettemerétincelante, il

îiji pw;>,^t d^s^fla j]i^g,iL'aij spir, pfiblia^t ej Ift iTpyïaa^ , çt sa. yqit^re ,î et ^sps f onjpg^pQp^ gw qtaiçpt f|ajiis les plifs ylve/s^larme^^r . . ;

j^es spectacles ma^ jtimesji : avec : quellp variété , qj^^elle inppo^^pte . ivag^ifieence H le? a jcepro- 4]*ils 4?^^ sps tableaux ! .gi^'il jçs^t jgrand , calme , reposé , jiçi^quîil peifj; la/i;uir jtraaquille et poussant moilejpent ^^s ,w^ sur le rivgge I Qu'il .est dr^mptigue et terri We quaud il 1^ montra ^p tçourrpuf ; amwcelapt sefiflpj^^t les I>rîsai>t sxip )^es écuçils ! popo^ne le ciel jejt la mer js'unis-,

sent pour produire une commune t^rreip* !

comme ^out l'effet est porté sur ^u point ou la Iqmiç^e, Tinterêt se pouçei^trew^ !;QijeUef^doiir j;ia^ce , quelle write' frappante ! Danç se^. poirt;? mè^^i où il est obligé à uneimitatiotn .e^iiU^te * il porte j Je ;ipéme géw^ dç poxDpo;sitioi)^ et ijl dispose tout pour le ^\}^ gjra^id effet; ftlors il pousse ses uuages , il îe^ groupe suivaut Jie cite , amènel^lffuxièreà pf*opo$^ ftdayieut pittoresque leajr.estant fidèle et ressemblant.

iCe^ îPOjrts , que ijiQu^ ^ypns à Pariç , pe sppt

jpas se? ppteîUieiFs pwLvpages ; les plus beai^ sppt dw^h contrée qui fa vu naître : qm e^ trouve là qui sejublept peints dp la veille, et OÙ Iç 3oleil a *toute sa chaleur nçiéridionale*

Ç'f^t dan^ la toifclie qf^'on ?:eeoiMi^ît surtout le piBipti;e in3piré; ,^ seutiwient le plu? proppt possède, son âw^ diii?s,^Qfl pi^ceai^, qwi^^Ç

ioo tombant :sur la toile , y laisse des ti*aits nets p vrais , représentant parfaitement toutes t les formes dés objètsiEt^est làce dont M. Horace Vernet me semblé avoir surtout hérité de son aTieuI.'Sbri pincéaii^cÔûrti va, revient à volcan ti?'/ Suivant la lïiôbilé scène qiii se passe dans son iibàgirilati'on / et rend en ti^its vïvans tout ce qu'il a cmiçu. ' Cèst là ce qui caractérise éminemment Fheuféui enfant des artsi ce qui est indispensable ail peintre de genre , et ce que le ciel à dispensé' abondamment à M. Horace Vernet. 11 est habitué à de grands éloges, il eii en a reçu et mérité beaucoup, il nous permettra des critiques. ' ;

Sôri tableau , si vigoureusement peint, ne Vest-ri pâfs d'une manière trop rapide? La couleur ii'est-elle pas trop dédaigneusement Jetée? 'Cest à tel point que souvent la toile semblé à peine i-ecouvertej et si M. Horace Vei'néi continuait à user ainsi de sa facilité , il ne donaerait bientôt plus que des ébauches semblables à des décorations de théâtre.

Parlons de la composition. Au milieu d'uqe nier orageuse, une barque soulevée par une vague, sélève et montre son pont à découvert : la vague est à demi-brisée ; sur le pont on apperçoit des matelots qui s'efforcent de lier une voile, une femme désespérée qui presse un crucifix. Le vent souffleavec une affreuse rapidité; ïafoudre éclate f et, dans un fond noir, des 1 vagues plus sombres s'amoncèlent sur un vaisseau exposé au

lai même danger. Vers le sommet de la barque ^ Verqet, lié à un mât, contemple l'orage et admire , tandis que ses compagnons luttent avec elFroi ou prient avec ferveur.

Cette composition est heureuse ; une foule de difficultés sont vaincues^ la plus grande surtout, celle de mettre Vernet en scène j la barque est parfaitement disposée pour faire spectacle; mais pourquoi faut- il chercher Vernet au sommet , et courir une longue ligne pour le trouver à une extrémité du tableau? Pourquoi un groupent placé au centre , éppelle-t-il une trop grande part d attention ? Pourquoi Vernet , si magnifiquement vêtu , parait-il déclamer ?

Il me semble que deux objets importaient surtout dans cette composition : Vernet et Torage. L'orage est peu de chose contre cette barque , et Vernet lui-même est trop peu aussi sur cette barque très-vaste , qu'on pouiTait rendre bien moindre , et présenter dans un plus grand pé-* rtl. Il me semble qu'il fallait que toute l'attention fût partagée entre le peintre et la tempête , que tous deux fussent presque seuls en présence , et que feffroi des compagnons de Vernet ne parût que pour faire contraste.

Voilà quelques objections à un bel ouvrage ; mais je crois que ce sont là les motifs qui privent cette composition de tout l'effet dramatique dont elle était susceptible. Elle a un mérite sans pareil à mes yeux , c'est au milieu de toutes les exagérations voisines, d'être d'une

couleur simple et vraie, d'une manière large et vive; enniïmot, M. Horaeé eét pëiiilîrc : é'est le sang d'un artiste qui coule dans ses^^ veines , et qui anime sa main- de tant de promptitude et de force.

Beaucoup d'autres ouvrages devaient faire brîllèr son talent; Icfs sujets ont éle' proscrits : peut-être la mesure est mal calculée, car il faut juger et non Aouffer le passé ; les faits ne i*evierinent jamais plus obstinément à l'esprit que quand on téni les repousser.

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Exposition particulière dé M. Horace Vernét.

M. HoRâCE Ve^îïet a ouvert san atelier àui amateurs avides d'admirer ses progrès rapides. Ce h'èst point y comihe on l'a dît, un mouvement d'humeur qui l'a porté à s'éloigner du salon ; on lui refusait l'admission de ses deux ouvrages les plus impôrtans, de ceux qui tnar^ quent le mieux la direction très-élevée de son talent ; il n'a pas voulu se dépouiller de ses plus beaux titres; il à mieux aimé faire fête chez lui , et il a eu raison ; on saisit mieux ainsi les caractères si variés de ce génie, qui a mieux que la verve et la fécondité.

M. tiorace Vernet à même gardé une mesuré qui prouve qu'il sait s'arrêter malgré sa pétulance. Par exemple, il s'est privé d'eipôser un ouvrage qui n'est pas son plus beau tableau, mais qui est sa plus belle composition : cette touchante production n'est point dans la galerie de M. Horace. Des spéculateurs lui offraient une sotnine considérable, s'il voulait leur laisser le soin de soû exposition, avec permission dé lever un léger tribut; il s'y est refusé, quoique cet usage soit très-commun en Angleterre. On ne peut donc pas mettre plus de noblesse dans

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les procèdes; et si on taxe d'esprit de parti les éloges qui lui sont donnes ici^ je répondrai qu'il est {>erinis de s'applaudir en Yoyant parmi les amis de notre liberté et de notre gloire un talent si heureux et si' franc , un si noble caractère; et on verra, aux critiques sincères que je vais lui adresser, que je ne veux pas le flatter,, mais, s'il est possible, le rendre toujours meilleur dans son intérêt et le nôtre. Vous faites^ donc parti, me dira-t-on, vous vous comptez ? non ; mais nous n'aimons pas tous les mêmes choses , et on est heureux de se rencontrer dans ses goûts avec le grand talent.

On est frappé , en entrant dans i'atdier de M. Horace, du grand nombre d'ouvrages sortis de son pinceau en si peu d'années, et on admire sa fécondité. Il n'y a plus, en effet, que ce mot pour caractériser son talent , et c'est fâcheux, car les sots ne voient plus autre chose, et les ennemis affectent de ne pas voir davantage. On est étonné, en effet, de tant de sujets plus heureusement saisis et composés les uns que les autres : ici des brigands espagnols, retirés dans une gorge, attendent, au détour d'un coteau, un détachement de Français, et un moine, pressant un crucifix, demande au ciel que le feu porte la mort ; là , au milieu d'une mer agitée, des marins intrépides y disputent une jeune femme évanouie à des corsaires algériens; plus loin, une batterie est attaquée par des vaisseaux, et on transporte les blessés à

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terre; ailleurs^ un brave ^ plongé dans une profonde mélancolie ^ est assis sur la terre où il vient d'ensevelir son frère d'armes , et , la tête appuyée sur sa main ^ déplore la mort de son ami et les malheurs de la patrie vaincue et envahie.

Mais on quitte bientôt ces sujets pour admi«* rer une composition plus vaste : on découvre une campagne immense; les plaines de Jemmappes se montrent; les Français remportent leur première victoire, et répondent aux insultes de Brunswick par des prodiges d'Héroïsme. Sur le devant de la scène, un officier, privé de ses membres, est porté mourant par des soldats, c'est Drouet. A sa vue, Dumouriez, notre premier vainqueui* , s'arrête : w Je vivrai assez , lui dit le héros expirant , pour voir décider la bataille. » Sur le même plan et à côté de ce groupe, se montrent d'autres scènes non nioins heureuses. Une ferme est en flammes, et un obus , tombé devant un chariot de blessés , est près d'éclater; les chevaux se cabrent ou s'abattent ; un officier, à la tête de sa colonne , est immobile en attendant l'explosion ; dans le fond on aperçoit un bois tout en feu, dans la plaine la cavalerie charge avec impétuosité; l'artillerie fulmine du sommet des coteaux; enfin, tout est en mouvement dans cette immense campagne, la victoire est en travail, et notre fortune commence.

Mais à côté de ce premier triomphe est notre dernier revers; auprès de ce tableau on en voit

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ûû autre, on franchit trente ans d'une gtotre i ni mortelle, e£ on voit Paris, la me'tropoïe, se àéiehdtLtït à ses portes. Quel héroïsme dans tous les âgéà, dans ces jeunes conscrits, dont Tuii montre sOn kràs cassé , et dans ces vieux invalides qui retrouvent âes forces pour mouvoir ua cahon ! Quelle est touchante, cette femme revêtue de burè et pressant son enfant sur son toèxxt, au milieu des débris de son modeste ameublement ! et ce vieux général, et son fils , et tous ces braves ! Mais détournons les yeux ^ et passons, aVec la rapide iihagihation de M. Ver- Uet, h une autre composition ; c'est le tableau fidèle de sont atelier : de jeunes artistes, qui prfesijue tous ont quitté là guerre pour lés arts , sont groupés daUs le même lieu. L'un est placé dévâiit un piàhô , Fautre sôniié de la trompette , Un troisième bat de la caisse; M. Horace, tenant une palette avec des pinceaux d'une màih et un fleuret de TàUti^e, se défend contre uU de ise^ élèves, armé, comme lui, d'un fleuret cit d'une palette. Dans le même atelier se trouvent un cerf privé, un cheval et un singe. Il est im [possible de mettre plus de variété, d'es- {)rit et de franche gaieté dans Une composition; et celle-ci révèle , non pas tout lé talent de l'auteur, car ce talent s'élève aux plus nobles conceptions, mais toute la vivacité de son humeur.

A la prodigieuse variété des sujets , à la vérité surtout avec laquelle ils sont rendus, on ne peut

I07 mëconnaitre dans M. Horace ^ une âme vive et' proinjjtc , qnî rend avec une égale facilité le^ sujets ieh plus gais comme les plus touclians. tl est impossible en effet de voir ce jeune peintre, sans se faire l'idée d'un être vivement et universellenient sensible , qui a besoin de reproduire tout ce qui la frappé. Mobile dans l'exécution comme dans la conception , il prend les tons de couleurs les plus divers , et il est impossible de dire, à la vue d'un tableau , qu'il â là couleur de M. Horace Vernet , parce cju'il les prend toutes alternativement, et demeure dstiis toutes constamment harmoiyeux.

Il en est d e même pdUr sa touche ; des gt'aùdes aux petites dimensions, il emjJloie celle qu'il* veut , et il en cfhànge souvent dans le niêuïe tableau ; rien ne le fixe , parce que rien ne peut limiter son talent , excepté le grand idéal historique, auquel il aurait pu atteiildre s'il l'eût tenté ; mais if était impossible qu'il s'y dirigeât avec une organisation coiîime là sienne ; il était trop frappé de ce qui l'entourait, pour abandonner le temps , les mœurs étales sujets actuels, et se porter vers l'idéal des grands sujets antiques. Cependant , conimé il y at dans la ûature d'aujourd'hui, aussi bien que dans celle d'autrefois , des traits nobles et touchans , M. Horace sait aussi les rendre , et j'en prends à ténïoin cette femme qui serre son enfant sur soii coeur dans le siège de Paris , ce héros qu'on porte devant Dumouricz , ce guerrier qui vient d'enser

velir soa compagnon ; et c est là surtoi%ile grand trait du talent de M.* Vernet : il sait rendre touchante la réalité la plus familière en la faisant tout à la fois noble et vraie. C'est aussi de ce côté qu il doit se diriger , c'est là sa route et son but. Qu'il peigne donc nos mœurs et notreépoque avec des figures de six |X)uces^ dimension dans laquelle il excelle ; qu'il reproduise la natuue dans tous ses traits , depuis la grâce jusqu'à la. forcC;^ depuis le comique jusqu'au touchant; qu'il la reproduise avec cette vérité et ce goût d'imitation qui est l'idéal du genre^ et il sera un peintre unique chez nous, il sera notre peintre nationaL

Mais sait-il ce quil doit éviter ? les inconvém€ns attachés à sa belle organisation. Sa con-^ ception est souvent si prompte et si heureuse que tout est bien à la fois.^ soit dans l'arrangement linéaire , soit dans la distribution de la lumière , soit enfin dans l'exécution. Je citerai ces Grecs qui mettent le feu à un vaisseau, et qui, les pieds dans la mer , tirent du milieu des grèves ^ tandis quQ d'autres poussent un canon. Il est impossible de mieux accorder le ciel , la mer, le vaisseau , la terre, et les acteurs de cette scène si vive; de mieux frapper le tout d'un coup de lumière net et sûr , et ,, malgré des négligences , de rendre les détails avec plus de finesse et de légèreté.

Sans doute M. Horace a conçu ce petit sujet d'un trait et l'a exécuté de même ; c'est bien pour une fois et pour un cadre aussi étioit; mais

on ne peut suffire en un instant à là création d'un vaste sujet , et je croirais Volontiei's que M. Horace ne revient pas sur ses compositions. Ainsi f s'il avait mieux médite la bataille de Jemmapes, les scènes du premier plan^ cpioiqu'individuellement très-heureuses , seraient plus serrées et moins décousues. On imagine d'un jet un groupe admirable comme celui de l'of&cier mourant devant Dumouriez, mais jamais toute une composition : il faut revenir bien des fois sur une grande ordonnance. .

On a reproché à M. Horace de manquer de noblesse , et on a eu tort. Il rend le noble comme le bas quand il veut ; mais il ne les sépare pas assez suivant les sujets. Or , si rien n'est plus heureux que ce chariot de blessés dans la Ba-taille de Jemmapes , ]e ne sais si l'effroi de ces lourds conducteurs est digne de tout le reste. La vaste imagination de M. Vernet contient tout ce qu'il faut aux grands et aux petits sujets. Qu'il se donne donc la peine de choisir, et né se contente pas d'une éruption qui amène pêlemêle une foule d'images toujours naturelles et originales , mais point assez accordées suivant le lieu et la scène.

Un autre inconvénient à éviter pour M. Vernet, c'est la trop grande facilité de peindre. Quoiqu'il ait une touche supérieure , elle n'est cependant point reconnaissable tant elle est variée. Tantôt grêle ou large , incertaine ou fermé, elle n'est point arrêtée , ni même égale dans un

même tabUau. Cependant , \oycz les ouvrages de M. Horace, ces -de'fauts disparaissent dans l'ensçmble , parce qu'avec un œil silr il court à l'effet génçral , fesiinat ad cventum; il n'en est pas ipofos vrai que les détails sont pleins d'incorrections, et il est certain qu'il ppuiTait mieuï faire , car il s'est plu à finir un tableau représentant une femme cpucliçs, et jamais pp n'a mieux fini en Hollande , et sans que la recherche y parût qjoios.

M. Horace n'a pas mênie négligé le portrait , et il est impossible de mettre plu? de vigueur dans le ton , de transparence danç les ombres et de vérité dans l'expression. Mais c'est encore une brusqu.erie ; le pinceau est négligé de grand cœur, et il semble qu'il ne veuillç faire preuve que de sa tpute-puîssapçe. Néanmoins^ a-t-o»

jamai svu plus de charme que dans cette femm^ %\ naturellemei^t accoudée , et si adroitement enveloppée d'un chapeau de paille -, qui couf vre un teint brun d'upe omljre propice? Encore une fois , M. Horace peut » Oisis pe vp»! pas tout , et il doit se corriger d,eç eaprices du talent.

Telles sont les réflexions qu) m.e ^oot dÙ^Mc^ par un ardent intérêt et une sincère -adiftiration. Aucun ne me semble nii.eu:)L fait que M. Horace pou: % septir et tout rendre av.ftc une étonnante- é,et, quand il voudra choisir, avec une ;é. pleine de n,oi?lç5se .et. d« charme. Mais î t qu'il spïgne 5.es cotçpj»^-

tions, qu'il arrête sa touclie , songe à ses ensembles , et rende dans les dimensions convenables à son talent , les sujets de notre époque; qu'il néglige moins , par exemple , le ciel de ses tableaux , et ne les laisse pas tels qu'ils sont venus du premier jet. Celui de Jemmapes va mal avec l'ensemble ; qu'il se demande le ciel qi^'eût mi^ là son a4niirable aïeul avec quelle fierté ; mais aussi a Joseph Vei-net rend toutes choses; dans ses ports l'immense élude leur exactitude sans recherche; c y trouve des leçons pour la condi et apprenne que le travail est compatible avec le génie le plus ardent.

J'ose lui dire tout cela , parce que son avenir est immense, parce qu'il doit passer pardessus tous ses ouvrages et aller toujours en avant. Il est jeune, favorisé delà fortune et de la gloire, entouré d'amis qui l'admirent, d^a.n public qui l'applaudit avec une complaisance toute particulière ; mais la vie ne saurait être si facile ; il faut un tourment à M. Horace Vernet ; que ce soit l'idée de la, perfection ; que cette idée le poursuive et ne l'abandonne jamais. Il est digne d'y aspirer : tout l'y appelle , et son génie , et son âge, et sa nation, idolâtre du talent iVanc, élevé et généreux.

Tableaux de genre.

En les rangeant sous ce titre, je fais peutêtre injure à une fouie de tableaux qui ont la prétention et quelquefois tout le mérite historique. Mais ce titre de genre, objet de discussions très-vives, n'a pas eacore été' bien déterminé. Les classifications n'ont pas encore été fixées dans les sciences, comment le seraient - elles dans les arts? La palette n'est pas, de sa nature, très-exercée à raisonner ; comment s'élèveraitelle, à faire des nomenclatures? Peu importe, au surplus, la classe à laquelle appartienne un tableau; l'essentiel est qu'il soit bon. J'aime mieux une fable de La Fontaine que beaucoup de poèmes épiques.

Ces préliminaires convenus , j'examinerai quelques tableaux qui , dans des dimensions resserrées, s'élèvent jusqu'à l'histoire. M. Gillot Saint-Evre, jeune artiste de la plus belle espérance, a donné à une scène intéressante tout le charme des expressions; elle est empruntée i Shakspeare ; <:'est Miranda jouant aux échecs avec Ferdinand, et lui reprochant de tricher, Miranda est pleine de naturel , et le jeune Ferdinand se défend avec une grâce infinie. Cette

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scène respire la plus aimable innocence. Dans le même instant^ le roi de Naples, introduit par Prospero, est surpris à la vue de son fils qu'il croyait mort. La tête du vieillard Prospero est remarquable par son caractère et sa beauté ; le dessin est pur , le style des figures est parfaitement historique. Malheureusement M. Gillot a cédé à ce mauvais penchant qui porte nos peintres à mettre deux lumières dans leurs tableaux. La lueur rouge qui éclaire ces aimables joueurs d'échecs est ardente; celle qui éclaire les personnages du fond est froide^et bleuâtre; aucune des deux n'est vraie. On ne peut juger si M. St-, Evre est coloriste, car aucune coulemvne perce à travers ces deux teintes dominantes; mais on peut, en attendant qu'il montre ses couleurs , lui accorder une gi'ande finesse de ton. Qu'il se corrige de ce goût pernicieux; qu'il joigne à la vérité des expressions, qu'il possède déjà, celle des couleurs, et M. Saint-Èvre obtiendra le succès dont il est digne, et que je souhaite à un taletit oîi se trouvent réunies, par un bonheur assez rare, la grâce et l'énergie.

Les fresques portent malheur à nos peintres.

On dit que celles auxquelles travaille M. Gros ont absorbe toutes les beautés qui ne sont pas dans le Saûl et l'Ariane. Sans doute il en est de même du César de M. Abel Pujol; tout ce qui n'est pas sur cette toile, se retrouvera probablement sur les murs de Saint-Sulpice. César se

rend au sénat malgré les augures, les avis de

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jdusieurs de ses amis, jet surtout les alarmes de sa femme Calpurnie. Cette scène est assez romaine^ maïs les visages, qui sotft certainement du même pays, car ils se ressemblent tous , ne sont assurément pas de Tancienne Rome , car ils sont sans noblesse; le César surtout n'est pas le plus grand et le plus séduisant des hommes: ta pantomime des divers personnages est ou fausse où ridicule; Calpurnie seule tombant dans les bras d'Antoine est une superbe figure; sa tète, ses bras ,. son corps sont supérieurement jetés. Pour le dessin et la vérité, c'est du David; s'il savait ce que signifie dans ma bouche un éloge pareil y M. Abel me pardonnerait mes critiques €ft celles que je vais lui adresser encore : la draperie jaune-foncé qui entoure Calpurnie forme un ovale exact de l'effet le plus désagréable ; tous ces personnages, marchant à la file et au pas accéléré, présentent un vrai bas-relief; encore est-il des bas-reliefs qui , Voulant devenir la bosse ronde, ont plus de profondeur que le tableau de M. AbelJ Enfin encore un éloge après tant de critiques; il y a de l'effet dans cet ouvrage; je ne sais oh il gît, à quoi il tient, peutêtre aux costumes, à l'architecture, je ne sais, mais enfin, cet effet a je ne sais quelle grandeur. M. Langlois, vieux militaire et jeune peintre , a donné la bataille de Sedinam : certaiuement on ne croirait pas que le pinceau qui l'a produite n'est âgé que de quatre ans. 11 est élève de M. Horace Vernet, et il paraît que ce jeune

ïi5 mfitHpe fait avancerses élèves et ses ouvrage^ ayec la même rapidité. Cette bataille 'présente dés beautés du premier ordre. Des mameliickft (chargent des batteries à coups de sabre, , et tombent sous la mitraille à mesure qu'ils arriyent; les détails répandus sur le premier plan sont du plus fier caractère .^et de la plus grande variété; mais ils ne sont pas assez massés , il y a trop d'épisodes et pas asses d'aqtion principale. P'ailieurs ces figures fortement colorées se découpent sur un ciel etsUr un sol éclatant^ ce qui détruit tout l'effet de l'ensemble ; mais les fonds sont admirables par le mouvement, la confusion et la transparence de cette fumée à travers la-* quelle on aperçoit une horrible activité. Les caractères de tête sont beaux et énergiques; l'œil arabe brille bien sur une peau basanée; le jeune mameluck expirant qu'on voit au milieu du tableau tombant de son cheval , est une belle et touchante figure. Il faut à cet égard donner un avis à M. Langlois et à tous les peintres qui représentent des actions rapides. La peinture n'offre qu'un aspect des choses, et cet aspect est permanent. Elle représentera donc bien les effets qui ont quelqije durée. Le galop du cheval a une certaine continuité , car ,il se reproduit à chaque élan de lanimal ; aus^i le dessin le rend à merveille ; quoique in;imobile sur latoUe, le cheval semble s'éleyçr et s'abaisser sans cesse. Mais une chute au contraire, qui e^ subite et sans durée , a toujours été mal imitée,

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|>aree que Fœil en attend la fin prochaine. Sapho serrant sa lyre sur son cœur et se précipitant du rocher , devrait tomber toujours et ne tombe jamais; ce cpii est pour la vue un contre-sens pénible. Remarquezlessingulièreselsecrètes convenances des arts : dans un vaste tableau ces mouvemens subits son tbeaucoup moins choquans. Ainsi dans une bataille^ le sabre menace toujours sans frapper; la hache est levée et ne tombe jamais. On passe cependant sans être blessé : pourquoi? Parce que des objets multipliés occupent Fœil , l'appellent de tous côtés, l'obligent à se mouvoir lui-même, tandis que les objets sont immobiles. D'un fait il passe à un autre ,' et il suppose que toute action qu'il ne regarde plus s'accomplit en effet. Si au contraire une action unique lui est offerte , et si elle doit être momentanée , en ne fixant qu'elle seule , il est blessé de ne pas la voir se réaliser. Toutes les fois que je rencontre le Poniatowski de M. Vernet, si beau d'ailleurs , je nie deiiiànde pourquoi il n'est pas déjà dans lés nots.' Je-ne me le demanderais pas si au lieu de se précijpitér , le cheval ne faisait que galoper.

Pourquoi donc , me dîra-t-on , d'après vos propres observations, reprochez-vous à M. Langlois d'avoir mis au milieu d'une action compliquée un mameluck qui est renversé mourant de son cheval ? D'abord ce reproche est léger. M. Langlois n'a fait Ih que ce qu'on fait tous les jours; mais je crois qu'on a tort. Ici d'ailleurs

H7 cette* figure est au cenf;re , elle appelle l'œil par sa remarquable beauté , j'y reviens sans cesse ; le jeune mourant n'est déjà plus en selle^ et je me demande ])ourquoi il n'est pas déjà renversé. ,

Ainsi les principes absolus ne sont rien dans les arts; on ne peut y reconnaître que des convenances tellement variées et accidentelles , qu'il est in^possible d'y établir des maximes fixes et d'une application générale.

Je revieçs à M. Langlois pour payer un juste tribut d'éloges à son pinceau, qui sera bientôt digne des maîtres; large et facile^ il laisse sur la toile des traits sûrs et sans épaisseur matérielle; il exprime les détails sommairement et sans négligence. Cette bataille enfin laisserait peu à désirer si les objets n'étaient pas découpés sur un fond éclatant, et si les beautés du premier plan étaient aussi biqn massées que les fonds. Néanmoins cet ouvrage donne les plus hautes espérances ; puisse-t-il amener la perfection !

L'auteur d'une grande bataille, M. Bellangé, a été moins heureux : dans un champ gris^ comme dit le blason, on aperçoit de la fumée, des ioégalHés de terrain , ^es armes , des cadavres. A tout ce désordre on devine un combat , mais on n'y distingue rien : cependant l'équité m'a : ramené vers cette, toile, et j'y al reconnu de beaux détails; j'ai surtout appris avec plaisir. que c'était le prenaer ouvrage d'un

jeune homme ; si Fon ne veut y voir qù*uit dëbut^ l'ouvrage est fort remarquable.

Un jeune artiste a choisi dans la vie de Henri IV^ un moment heureux poùt* )à peinture. Henri HI expirant présente Henri IV à ses courtisans, et le leur désigne comme son successeur légitime. Ils ise prosternent en présence àvl Nouveau roi et s'empressent de lui'cxprimer leur dévouement. Rien n'est mieux composé que ce petit tableau. Ces courtisans , disposés avéè beaucoup d*àrt , s'expriment avec la plus grande vérité et la plus gi'ande variété de mouvement. Un niinistre des autels croise ses maîd^sur sa poitrine et s'incline avec gravité ; un jeune homme, un genouen terre, montre ses épaules et le derrière de sa tête , avec une grâce infinie. Ces deux figures sont remarquables, l'une paf rélévfftion dti caractère > l'autre par la tournure et le naturel. Toutes ces têtes sont fort belles ; la peintur'é est d'une finesse et d'une facilité remaixjuable , la couleur d'un ton sage et vrai, et enfin la composition unit à la vérité des moeurs l'élévatteh historique. Je reprocherai seulement à Fauteur d'avoir présenté l'undes courtisans s'agénoiiiUant' ûxm pis' devant* le nouveau roi dont il est * bien loirt^, imik derrière tous les autres et prodiguant ainsi d*în utiles rcs* pects ; de ne pasaVpii^ doDné> ii^e2r de jeunesse à Henri IV, et trop dé volume aux têtes et aur extrémités. Quoi qu'il en soit, M; Baùme> pour avoir failli en quelques points, n'en est pas

»'9 Blpios ua .dies talens les lo^ieux faits ,pai:i:pî toiis ceux q.u^ se voûtent au même genre.

Un autee jeune ihomine;^ M. Vanden Be>:ghîe a pi;és|enté;JI)^oë maudissant son fils. Une composition heureuse^ dès cx^pire/^sions touchantes et vraies,, Ai surtout .ui|ie Jeune sœur qui tombe ^ur unsiégC; effrayée de ce courrouix paterneli, font de ce tab leau une belle espérance. Arrivé enfin à une dernière salie, je trouve sous le tire d'esquisse, une toîle représentant en demiteintes effacées le dévouement des femmes Spartiates.

Combien le talent est bizarre dans ses travers ! Se figure-t-on qu'avec des corps d'une taille démesurée et qui n'est pas de ce monde , car les lois de notre planète n'en peuvent composer une pareille, se figure-t-on, dis-je, qu'on puisse trouver le plus beau caractère de dessin et le style le plus élevé? croirait-on que le peintre qui a pu oublier les proportions , comme on ne le fait pas sur les murs du collège , ait pourtant fourni de superbes groupes, une ordonnance des plus riches, quelques têtes qu'on trouverait admirables dans les grands maîtres , et surtout un groupe de femmes autour d'une fontaine , si noble , si gracieux , si naturel, qu'il égalerait, s'il n'était gigantesque, tout ce qu'on peut concevoir de plus beau? Le génie a donc ses aliénations !.. Est-ce un talent naissant , ou bien un talent vieilli dans l'ombre qui par une fausse habitude s'est fait un mo-

dcle singulier et qui expire dans sou erreur? Oh! s'il est jeune encore , si c'est là l'ignorance du premier âge , qu'il sç réveille , qu'il aille apprendre ce qu'il n'est pas permis d'ignorer , et ce que la médiocrité même sait parfaitement, les proportions ; mais s'il n'est plus temps , je le plains et je déplore la perte d'un génie qui a vieilli et mourra dans la démence.

Suite du genre.

On se plaint beaucoup aujourd'hui de cette désertion générale des artistes qui abandonnent l'histoire pour peindre le g^re. J'avoue que je m'en alai^merais peu, s'ils devaient en être plus vrais et plus originaux ; si ce n'était pas par impuissance, mais par libre choix du talent; car après les grandes scènes historiques, j'aime aussi ces jolies peintures de moctirs rendues avec vérité et avec esprit. Je ne demande aux peintres que ce qu'ils peuvent , mais je leur demande de pouvoir quelque chose , n'importe quoi ; j'accepte le bien en tout genre. .

M. SchefFer a donné un joli tableau représentant la veuve du soldat. Cette" jeune femme, négligemment vêtue , porte un de ses enfans sur les épaules et en conduit un autre par la maini Celui-ci, plus gràiid , ^st revêtu du sabre et du baudrier de son père. Rien n'est mieux conçu et mieux indiqué que ce petit sujet. L'expression de la femme et de l'enfant est touchante , et ïes têtes ont un caractère de noI>lesse qui est audessus du genre. Le pinceau est facile, et la co'ur leur, quoique un peu terne, a pourtant assez de légèreté et de finesse. J'ai déjà cité les petits Sk-

voyards de M. Dabuffe. On remarque d'autres ouvrages peints à peu près dans le même goût , avec la même sagesse oe couleur, avec une égale vérité' d'eipression , et de plus avec une finesse de pinceau qui tient des Pays-Bas. Ces ouvrages appartenant à M. Guet„ sont un corps-de-garde de cuirassiers , un petit joueur d'orgue , et une marchande* de poisson dont la. tête est charmante. . ,

Je me hâte d'arriver à un tableau qui a tou-r ché le public et dont le succès a été populaire. Cèst uuefamille désolée, peinte par M. Pr ud'hoa . Un père encore dan^ la force de Fâge , est étendu mourant sur une chaise. Sa fille aînée le soutient par derrière, ses deux jeunes fils assis k ses pieds pleurent à chaudes larmes. L'un de ces pauvrçs enfans applique son visage sur les mains glacées de son père, l'autre îej:egard<e avec douleur, et unie jeune fille debout et plus âgée qu'euji; , cache sa tête dans ses deux iriàîji^. Quant au père, il je;$t Nex.pirant ,, et son visagq décoloré annonce sa mort prochain^. Il est iiiipéjBSÏble de rençjre ^impression prpduîtè par lèç y^e de ce tableau si simpl^ , et ou , lé ^einfr-l^ s* est si peu tourmenté»our prodtiïrç dé leiiet^ 11 prouve ceqi^ on a.rppetesi souvent, et ce qu il est cependant' si. 4îfi^c}l^ dci -faire cômptiehdrç aux artistes, que sans tmasmer des sujets smgulier^ et tQrril?l.es , sans cherf ner à émouvoir la sensib}tite par des circoûslances mzarres, la, na|uçe. simplement exposée touçnç^ profoïyiO-

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Aient. Y a-t-il rien de plus simple que ce galetas , que ce père sur un siège de paille , que cette fille qui le soutient y et ces enfans en larmes ? Y a-t41 là aucune de ces circonstances que nos peintres appellent des idées fortes^ et qui suivant eux doivent contribuer à l'effet ? La mort toute nue, la mort au sein de la misère, la mort accompagnée d'une douleur sincère , tel est le sujet; une exe'cution facile et naturelle, des expressions vraies, tels sont les moyens, et ils sont bien suffisans pour l'objet que se proposait le pei ntre. C'est là un exemple qui devi'ait servir de leçon à nos peintres de genre, et leur apprendre à ne pas se tourmenter pour émouvoir par d'autres moyens que ceux de leur art. C'est ainsi-que pour être touchant , on devient ingénieux; que la peinture est négligée pour courir après les pensées ; qu'au lieu de donner des corps bien dessinés, des visages expressifs et disant ce qu'ils doivent dire, on nous offre desi énigmes à deviner; la peinture perd ses mérites' sensibles pour acquérir je ne sais quel; mérite intellectuel qui n'est et ne doit pas être le sien. M'. Vigneron , à qui je n'adresse pas ces observations , car il est un de ceux qui se tbxirmett*tent le moins pour subtiliser , M. Vigneron doit; cependant s^ défier du pencbant que je blâme ici. Son imagination, inspirée par une âtéen^le^' abondeensùjjets heureux; maïs ilfautqu il donne beaucoup moins^ à la pensée et beaucoup plus à. l'exécution. Le Convoi du. pauvre , admirable

rencontre qui n'est pas la seule de ce genre chez. M. Vigneron , a du le séduire ; mais il doit se défier de son SMCcès, et songer à ses lignes, à sa couleur, h sa touche. H nous a donné<ette année le Soldat labiDureui^, sujet bien trouvé , qu'il ne. doit point à M. Horace Vernet, et qu'il avait esquissé depuis long-ten^ps (i). On remarquera la situation du soldat, l'eKpres^ion de sa.téte, et le l^ori goût de l'ensemble. L'exécution est facile , et la;^ couleur assez conye,nable à la situation. M. Vigneron s'est appliqué surtout à un sujet doi>t Tiotention l'honore. C'est un jeune homme expit*aoi; sous le fer d'un spadas$in. Tandis que ses aniis l'entourent avecempressenaentet voient s'éebappèrsa vie ^vec douleur, le. cruçl assassin ç^ïXie froidement son fer homicide. Le caractwe des deux groupes est parfaitement saisi ; on voit bien des spadassins féroces d'unépart, de l!autre des jeunes gens honnêtes qui ont cédé à rimpérîeux préjugé^ Qn doit applaudir aux ef-, forts d'un jeune artiste qui cherche à donner à son art un but aussi moral.

Madame Haudjebôurt semble; se miiltiplier dans toutes les salles de nôtre 'mu$ée; et. on la reconnaît partout. aux costumes italiens de ses personnages ,.àresprit des sujets , à la vérité de ses expressions et à la facilité de son pinceau. Cependant je me permettrai de lui dire qu6 ses visages ont quelque ressemblance , que de petits

(i) On trouvera ici Un. trait qui en doime Pidée.

traits noirs et rouges, un singulier papillotage de lumière, nuisent à l'effet de ses charnians tableaux , et que leur vérité plait sans doute , mais ne saisit pas assez fortement.

J'arrive au plus facile et au plus naturel de nos peintres de genre. Avez-vous vu ces petits espiègles qui s'évertuent pour tromper leurs tyrans en soutane? Avez-vous vu ces élèves des écoles chrétiennes, se promenant gravement dans une église , sous la conduite d'un frère en longue robe noire? Voyez ces jolis visages contraints; qu'ils sont fins, vifs et variés! ces petits bras croisés, ces pieds en avant posés en mesure, regrettent bien leur liberté! A-t-on jamais mieux dépeint ces petits hypocrites, qu'on rend faux dans l'âge de la franchise , et méchans avant l'âge de la haine? M. Duval est un excellent peintre de mœurs ; il ne tourmente pas ses sujets; il saisit un moment, quel qu'il soit, et le rend avec naturel. Voyez son dernier ouvrage exposé au salon (i) : dans une grande sacristie , une famille nombreuse est réunie au- ' tour d'une table; un prêtre, incliné sur un registre, montre à une jeune mariée la place oîi elle doit signer son engagement éternel; le nouvel époux, placé derrière , attend avec impatience; la jeune mariée, avant designer, rcr garde une personne , qui sans doute est sa mère ;

(i) Le trait de ce tableau se trouve joint ici , de la main de M. Duyal.

ia6 la famille disposée tout autour est distribuée suivant le caractère et l'âge des personnages t; une vieille femme, qui fut autrefois devant une semblable table, mais qui ne peut plus être debout aujourd'hui, est assise , et son chien, un ruban au cou, parcourt la sacristie; de jeunes filles ont l'air d'attendre leur tour; plusieurs femmes , enfin , sont rangées sans confusion, et avec un extrême à propos. L'ordonnance de ce petit tableau est admirable, l'action très-bien indiquée est très-bien rendue; la vérité règne sur tous les visages; le demijour qui éclaire ce charmant intérieur répand une teinte harmonieuse et douce sur tout l'ensemble. Cet intérieur à lui seul serait plein de mérite , et là il n'est que le théâtre d'une scène charmante. Outre l'inimitable vérité, il faut reconnaître chez M. Duval une exécution facile et soignée, qui, sans être léchée ni sèche, ne laisse pas sentir la touche ; enfin une couleur vraie et sage, et une extrême richesse de détails. Puisque M. Horace Ver net n'est point peintre de genre, je crois que la palme n'est pas d^^uteuse , et qu'on ne peut la refuser à M. Duval. Je cherche une transition pour arriver du pinceau facile et moelleux de M. Duval, à l'école de. Lyon, mais je n'en trouve pas: il me faut des contours les plus doux arriver aux contours les plus durs , et d'un demi-jour agréable passer à des saillies de lumière et d'ombre. J'aperçois un maréchd-ferrant qui isoulève le sa-

bot d'un dieval , tandis qu^un autre y enfonce les clous. Bieu y quelle dure vérité ! Conibien il est fâcheux que cette nature si bien saisie soiï si péniblement rendue ! Oui , c'est bien ainsi que se courbe un vieux maréchal-ferrant ; c'est avec cette attention qu'il fait son œuvre; c'eit encore ainsi qu'il lève son marteau, et que le cheval prête son pied; mais les couleurs viveutelles si mal ensemble ? les objets sont-ils séparas par des contours aussi décidés? Il tne semble que Tindulgente nature se montre plus douce à notre vue. Il est bien injuste l'œil qui la présente ainsi.... Ç!e jeone chevalier porté par des religieux, combien il est intéressant; combien ces religieux sont empressés et charitables! Ce tiftbleau me charme , lorsque ne le regardant plus des yeux, je me souviens seulement et du sujet et de l'expression. ... Cette jeune fille qui , à genoux et lès mains jointes, reçoit la bénédiction paternelle , combien elle est recueillie ! que son excellent père est tendre! et si Tépoux est niais, combien le fîlâ qui soutient lé père infirme est noble et pieux! Mais , de grâce, qu'on me raconte ce tableau , et qu on ne mé le fasse pas voir !

Est-ce donc ainsi qu'on voit la nature dans ce pays oii elle est si belle, si riche, où les sinuosités du sol sont si douces, où la Saône forme de si heureux détours? Comment le pinceau de ces jeunes peintres est-il si peu flexible ?... Qu'ils regardent les ouvrages de MM. Duval,

Langloisy Dejuines...... Oui, me disait un

artiste , M. Duvàl étudia auprès de David ^ M. Langlois auprès dHorace Vernet , M* Dejuines auprès de Girodet; mais voulez-vous connaître les modèles des jeunes Lyonnois? regardez cette femme de tôle donnant des raisins de cuivre à un Turc de cuir ; voilà Tun des modèles proposés à MM. Genod^ Richard, Bonnefond , etc. Voyez encore cette promenade dans les fossés d'un château : Que ce sujet est gracieux! Est-il de M. Richard? Non ^ M. Richard n'a pas autant de dureté ; c'est ici la dureté primitive et non dégénérée , c'est la dureté du chef de l'école , c'est la dureté de M. Révoil , enfin , auteur de Charles-Quint, de Bayard , de Jeanne d'Arc, de Marie Stuart , du sire de Godefroi , etc. Heureusement ces jeunes Lyonnais n'ont emprunté là que le contour; mais quel malheur s'ils regardaient long-temps ce chevalier carré dormant sur un lion qui lui sert d'oreiller ; ce geôlier qui donne un coup de poing à Marie Stuart ; ce serviteur qui , pour lui baiser un bout de la robe, va se meurtrir le visage contre terre ; et cet autre qui, pour lui dire adieu, lui lance ses deux mains au visage. Il y a là , je l'avoue, une ordonnance qu'ils ne feront pas mal de remarquer pour en faire leur profit ; le moment en effet , est bien choisi pour montrer Marie Stuart entre la mort et ses serviteurs; mais, de grâce, qu'ils s'en tiennent là. Leur chef, s-.ns ^oute, n'a plus besoin deconseils ; il est maître ^

et on ne conseille plus les maîtres ; mais le talent de ces élèves n'a pas encore la perfection du chef, il n'est pas arrêté , les modèles pourront leur être utiles ; qu'ils étudient donc la vigueur de M. Horace Vernet , le moelleux de M. Prud'hon, la facilité de M. Duval : ils ont la grâce de Texpression , pourquoi ne se donneraient-ils pas celle de l'exécution ?

iyô

Bit ^énte af^êlé irtérrèur. -^ î>è MM. Grataëft et de Forbin»

Le genre qu'^n «H3j)dfe ifit^'Hie^r a lé privilège 'd'être mieux senti de la foule qu aucun autre. La raison en est simple : il n'y a ici ni la pureté des formes , ni Tideal des passions , ni l'ordonnance d'une composition h juger ; il n'y ^ qu'un effet de lumière à saisir, et rien n'est plus simple ni plus intelligible pour l'œil. De même que le cœur du peuple, livre' à luirmême, juge parfaitement de l'intérêt du drame, son œil juge aussi de la vérité et de la vivacité d'un coup de lumière. Dans un temps où, ne sachant plus imiter la nature, on court à Tetfet, on s'est porté sur le genre appelé intérieur; et, comme l'a dit un esprit vaste et piquant tout à la fois , on a tiré beaucoup de coups de pistolet dans la cave. Après avoir fait partir le jour de tous les points, l'avoir fait reposer de la manière la plus singulière , avoir opéré les contrastes les plus violens et trompé l'œil avec assez de bonheur, on a gâté le genre. C'est ce 'tjui arrive toujours; les genres ont, comme les partis, leurs enfans perdus, et le beau a comme la vérité les gens qui le corrompent. Cependant, si la médiocrité est si facile

dans ia pemt^lte de# intérieurs > 1^ pfl^tîoi» > là tout fCQrnine ^illaurs^ «i^ige .ie ^kis grand talent.

MM. Gi^anet ist 4e F(»tbin, nés tonè éiSiuc $ou$ h ciel 4c rhaure*6« ProveMa, ^. i>efïcontrèrçet daas {'âge te {dits tendre^ ji Tiscole de M. C9nsta9ltîa» larti^ obscur, xûBh f^eln de génie , et auquel l'oce^i^o sa préseatera bien-r tôt 4^ r€i|df^ justice» Qm>it}iï€( difTérens de naissance ^l die £oriweie, ils sfunirent d^iii$a amitié iûdissojlfiiUe; Sis coiàriirenl à Ilame , revinrent à Parts 9 let s'at^emiftèrent ^ malgré leurs parens , à Véooh dû DaTÎd^ coalini^ant de Vivre «t de tray^Uler eil ^motun» Êtevés tous d<$iuc dans le pays du bmu soleil, ils en saisirent die bonne heure les effets, et ils s* attachèrent à Ij^s rendre > }â#: moy^n des ititérieyîr^ , qui ne sont en queji^e sidrte qu'un ^héâtns, .peur y faire y^mv (çett^ htmière si atlrayaute à l'oeil, qu ellis peut seule fournir un sujet. M. Granet, pourvu d'un e^it &n, obs^vateur let sadJ*, let d'aiUeurs e^lusivepl^lit voué à son art, dut prendre ui^ direction toUit nutr^ qti« celle de âoe an|i, 4oué d'urne imagination bridlantî^, de goujte taries, «qui Cultivai* à la fois les lettr<9s Rt la peiptur^.

M Grranet, unîqucii^nt Uti^ k so« iart,,sfans être moins spiritui^l et arigio^l dsu^s ses e^treitiens > qui sont pleîos de oh^nne > u j^eçu^ilii )^ avances 4'u«e applkation e^cçlMsi^ve f U ^ devenu aua^^î étonnant, dans F^^éjsuMon que 4anslWetin^!^4^ im tehM&uii^> M. de FwW»;

^troj) distrait, ne & est distingué ni par le dessin, ini par lé pinceau , mais il a excelle' par les qualités qui ne dépendaient pas d'un grand exer^ /cicé la Tiracité ét'ia magie du coloris, et surtout par une vigueur de ton au delà de laquelle l'art ne pourra certainement pas aller.

M. <îranet n'a exposé qu'un tableau, mais il suffit pour soutenir sa grande réputation. Cest Y Église de Sai^t-Pierre d'Assise. Le motaënt du jour est celui de i'après-midi, lorsque le soleiLa toute sa chaleur dévorante. ^ Il pénètre parle fond dans cette égliise obscure, et d'abord éclaire le sanctuaire où plusieurs prêtres officient, se répand ensuite de proche eh proche sur des groupes placés à différente^ distances ; il erre de cintres ent cintres, toujours plus doux et plus ménagé, et arrive enfin jusqu'au devant du tableau, où il éclaire à peine les massés fortes et écrasées d'une architecture souterraine. ' j

Tel est ce tableau, moins piquant sans doute que celui des capucins, et moins fait pour appeler la foule avide des effets fràppans , mais plus digne d'attirer les regards des juges éclairée. S'il ti'est pas difficile d'éblouir l'œil par un contraste , il Test beaucoup de le conduire et de l'occuper long-temps dans une vaste surface, de garder un ton dominant, d'être aussi vigoureux et aussi sage de couleur que M. Granit, de distribuer toutes choses avec autant d'iirt et de suite. Voyez ces bonnes femmes âge-

npuillëes dans celte église; avec quelle ferveur elles prient ! comme elles sont prosternées toutes d'une manière différente et pourtant vraie !^ et ces mendians^ ce peuple si maigre, ces. moiucs si gras; et puis cette austérité dans 1-ensemble ! N'est-ce pas bien la poétique et majestueuse Italie? Voilà pour la vérité. Mais approchez, et vous jugerez du pinceau. Qu'il est large, spirituel , et rapidement expressif ! Sem blable à celui des grands maîtres, il n'affecte ni l'aisance ni la légèreté,, mais il a une al- *

lure franche et assurée. - ' ^

. Des yeux exercés , faisant dans ce chef-d'œuvre la part de l'humanité, reprochaient à l'auteur de ne pas détailler également partout , et trouvaient certains accessoir'es plus finis que les , '^ visages ^ ce qui est uatort ; car il en est d'un tableau comme d'un ouvrage écrit ; suivant l'çspace on détaille plus ou moins chaque partie , mais il faut qu'elles le soient toutes également. On lui reprochait encore quelques touches semblables et toutes en pointe dans la coiffure des femmes ; on pensait que le tableau gagnerait à perdre un pied en hauteur et en largeur ^ parce que l'œil n'errerait pas si long-temps avant de pénétrer sous cette voûte , qui est son véritable objet, et où il devrait s'enfoncer dès l'entrée. Telles étaient les observations adressées à cet admirable ouvrage, et iLs'y mêlait un autre reproche personnel à M. Granet : pourquoi encore c^s vieilles dévotes? pourquoi M. Granet, qui sait accor-

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dor 91 bien uiieseèM draœfttiqueahreic le sombra effist (ftt» liteau i ii'â'441 ^^ udé die ùmt son' ùAeut? pourquoi. hiis66*t-il câsWe cette ][>attïe dé kii'-tiiénde?...

M. de Forbin ne me reproehâi'ff pas ces îôngâf détails, sur son ftmi ; arrivons cependant à lui. Qae d^ouvrages divers , que de tons difierêns ettons également TÎgenrèUx ! Ici , la H^ès-sainté. inquisition prêche *n miilhetireui avatit de le plonger dane un caveau ; là > dans iine grottequi s'ouvre sur la mer ^ et du séin'de laquelle oA aperçoit un soleil chaud et brilkht , tide reine découvre le corps ^an^ànt d'un theiraliet. Âil^ Imirs , 'un speêtal;e miéi^eîMeùi se moMre : ébvL» un portique élégant et délié , ëti aper çdt Gônialve dé Cordoue qui fait abàtsëel^ Fétendatnl* de Mahonaet devant odlai^ dû Christ^ éfobfigele sùhan lui-même à â'àgëiiouillei:*^ Ces pertiques et ceâ figures se des«dii>eàf en masses obàtùî^es sur un fond brillant de mille clsirtés ; là lune perçantlëé flàiliîs d'Un nuage doux et moelleux, éclaire une sUpérbe fontaine qui jette dans tous les séhë. de^ iBâtil étincelanfies ; un palmier se dessille à peine à tl'ateiî'S cette vapeur argentée ; et, Ver»sl'h0^l2eri ^ lepalais.de Grenade > d^^vOré par \éû (ktmmes , jefte àii' milieu de Ces élâttés noct^urifes des teintes ardentes qui àe marient ent^e elte^ de la inànièt*è là plus douCe et la plus l^armMiéUêé^ Jamais iâ iéerië n'imagina ^iu# de mei^veillês , et celte lumière dès ihté-«tïBikn , jaittiiis on ne la 6t ert*er ^ur des abjets

/.lae ilte.M.Jit

plus magnifiques; jamais on ne la fit mieux contraster avec elle-même , et par de plus fortes couleurs.

Les tableaux de M. de Forbin ne doivent pas être vus de près ; il feut Ae placer à un point ou l'on ne jouisse que de sa belle.imagination. Pour la force et Téclat du coloris il est sans égal ^ de même que G|:'aoet pour la ^Ar^té 4e$ tQn^ et de la touche , et le (développement 4ç3 lignes.

Si on me donQe^ choisir entre };ou$ le§ tableaux de M. à^ Forl;>i^ , CÉfs portiques $i élégans, ces fonds s^ riches , ce ciel , ces eau^; cet incendie^ saisiront davantage mon imagifiatipo; mais j'ai quelquefois des scrupules clas^iquiçs , et, en conscience, je préférerais pçut-êjtra ces autres petits intérieurs si sagement éclairés , et oïl Ton trouve, avec dq meilleures silhouettes dans les figures , autant de vigueur que dç fines$e dans le ton» Quoi qu'il en çoit , je prends du plaisir partout où j'en trouve : j'aime tout le talent de M. de Forbin , comme j'awe le $iea à côté de celui de Granet , qui , sans frapper par l'éminence d'une qualité exclusive , Içs réunit toutes avec une égale supériorité-

Après les ouvrages de ces messieurs ^ Q^ verra avec plaisir ceux de MM. Leblanc et Reaoux, qui ne sont pas indignes de figurer à côté des

premiers.

On trouvera ici une lithographie, repjrésenj^ant l'un des intérieurs de M. de Forbin.

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Paysage.

De toutes les imitations de la nature le pajr^-^ sage est celle qui me touche davantage^ parce qu'elle me procure le plus d'illusions. Dans This' toire ou le genre ^ il faut l'ide'al des mœurs, des expressions, du dessin; et il est difficile que dans Tune au moins ^e ces choses le conventionnel ne prenne la place de l'idéal. Aussi , rarement touché par la peinture historique, je suis toujours charmé en présence d'un paysage , si la perspective est bien observée, les plans bien distincts, la lumière heureusement répandue. Mon œil s^enferme alors dans le cadre ,, oublie les dimensions, et croit errer en uae belle campagne; le charme est là dans Tillusion qui ne peut être nulle part aussi grande. Et qu'on n^en juge pas sur les paysages de Claude Lorrain ou ceux du Poussin, d'ailleurs si beaux, mais obscurcis par les années, et pleins d'une nature conventionnelle; il faudrait voir ces superbes sites des Apennins rendus avec une surprenante vérité par Joseph Vernet; on plonge à travers une immense étendue, on erre au pied des plus magnifiques sommets, on réspire un air abondant, on contemple une lumière

donce et chaude > bien auh*ement briltante que celle de Claude Lorrain.; car , encore une fois, il ne faut pas juger tout Ver net par ses ports.

De même que les pages de Paul et Virginie rne semblent plus vraies que les plus belles tragédies, je trouve dans tel paysage plus de ve'rite' que dans les plus beaux tableaux d'histoire.

Aussi Vernet et Bernardin de S^int-Pierre se rangent-ils souvent ensemble dans ma pensée ; j'aime à me souvenir que Vernet devina Bernardin de Saint-Pierre, et sut reconnaître en lui cette nature qui lui était si familière et si chère. Ce fut Vernet en effet qui sauva des tlanimes le chef-d'œuvre de Paul et Virginie, en consolant Bernardin de Saint-Pierre un jour oùja lecture de son délicieux poëme avait endormi Thomas, Buffon et les époux Necker.

De tous les genres il n'en est aucun où l'artiste ait moins à composer que dans le paysage. Partout les lignes de l'horizon , les effets de nuages, les moindres touffes de bois fournissent, à chaque instant du jour, des accidens de perspective et de lumière suffisamment pittoresques. Que lorsqu'il s'agit de représenter les actions humaines, on choisisse ces actions, on groupe les personnages, c'est indispensable; mais dans le paysage , ajouter à ia nature , c'est créer des accidens, car le paysage n'est qu'accident de terrain ; et il est prouvé que la nature est plus difficile à égaler dans ses compositions régulières

i5« que dans celles qui 9Dnt irrëgulières. En effet ^ qui a jamais su imiter des ruines?QQ'on préfère sans doute un siDe de la Suisse riche et pittoresque à des landes plates et stériles, bien ! mais qu'on imite et qu'on ne compose pas cette Suisse.

Le Poussin , tout plein encore des belles lignes de rhorieon romain , composa ce qu'on appelle le paysage historique, avec cette grande et se'vère imaginatton qu'on lui connait. Mais les plus beaux agencemeris de l'eirt sont encore inférieurs aux moindres scènes des Alpes; et les paysages du Poussin , fort beaux comme théâtres d'une action historique, comme fond d'un tableau , n'ont rien de la grande nature, et n'en rendent pas le fier et sauvage caractère. Ce genre du paysage historique s'est perpétué parmi nous, et nous avons plusieurs maîtres qui le cultivent spécialement. M. Bertin , dans un beau paysage ( n^. 95 ), qui semble composé s'il ne l'est pas, jious a donné un morceau de ce genre. On retrouve là de belles croupes dans les montagnes, des nuages légèrement jetés, des fabriques antiques, d^ touffes de feuillage bien arrondies, un ton doux et harmonieux, un pinceau facile et expressif. Sur le devant, quelques Romains dessinés avec le meilleur goût , portent des couronnes au tombeau d'Âtticus. Tout cela est fort beau , fort classique si Ton veut; mais ce ton est un peu froid , tt ces masses si régulières m'ont bien l'air d'avoir été sciemment arrangées. Que

i59 dani^tos étrès organisés on soit fidèle à rharm* nie des li^^s, bien! puisqu'un corps organisé est un enseltible harmonique de parties tendant à un but) mais dans les gisemens du terrain^ la beattté dé la nature est dans la bizarrerie et la confusion. Alors elle n'élève pas des coteaux doucemont inclinés ; elle brise des rochers , pousse des pointes inattendues, rompt toute symétrie, jette une branche nue et dépouillée au milieii des feuillages les plus abondans et les pluà riches > mêle les formes pyramidales aux formes spKérique» , confond toutes les lignes et toutes les couleurs , étend au-dessus de cette abondance sauvage un ciel vaste et lumineux, et donne aibsi à sè^ désordres le charme et la magnificence.

M. Walelet, lâans contredit Timitateur le plus vrai de là nature , éloigne bien ses hori- ^ons , sait embrasser une vaste perspective , en développe les détails avec une touche légère et facile ; mais sa couleur est froidement harmonieuse; cependant, me dira-t-on y ce paysage au soleil couchant sous le n^. i34t , est-il froid? non cfir le pourpre et l'orangé n'y manquent pas ; je vois bien que le peintre avait le projet d'être chaud , ns^is il est lourd.

Il est u»e chose qu'il faut dire à ceux qui peignent le del du midi sous Je ciel du nord : ils ont visité l'Italie , car ils ne se permettraient fm de peindre san^ avoir parcouru cette terre £aimense, pps plus qu'on ne se permet d'écrire

saas avoir lu les classiques; mais quest-ee queci avoir vu un ciel chaud et harmonieux? c'est être aile au Havre ou à Calais pour connaîti'e^ la mer. Il faut que l'œil contracte une habitude , il faut être né sous un ciel , y avoir vécu pour en conserver la couleur* Aussi tous. les. peintres du nord qui n'ont vu cette nature du midi que passagèrement , sont ou froids ou chauds jusqu'à l'exagération.

Le dirais-je à M. Watelet ? et il a fait un chefd'œuvre , mais ce chef-d'œuvre a quelques pouces^ et il aimerait mieux que ce fût I'uq de ses tableaux de trois pieds. C'est un petit paysa-^ ge représentant le cours de l'Isère, qui est froid, de ton , mais parfait sous le raport de la pers-) pective, de l'effet, du goût et du pinceau. Ce& belles montagnes couvertes de nuages qui s'y pressent et refluent vers les sommets en masses abondantes, ces légères ondulations de terrain,, ces sinuosités du fleuve , ces sommets de Grenoble, ces masses de feuillage si variées , et cet ensemble si vrai quoique froid de ton, com|MH sent à mes yeux un admirable ouvrage. En un instant les dimensioi^ disparoissent , ce tableau de quelques pouces devient grand comme nature , et je songe à, peine que l'art est plus facile dans ces petites proportions, car dans cet instant le mérite de la difficulté vaincue n'est plus rien à mes yeux.

Je pourrais citer beaucoup d'autres ouvrages encore, et je le dois par justice, quoique;j'aie

ieaucoxipuaoins de plaisir à me les rappeler. -J'ai rencontré d'heureuses imitations du Poussin , mais dont le pinceau est trop mou et trop «flFacéj elles appartiennent à M. Valin, et font le plus grand honneur à son talent. L'un de ces paysages repre'sentant les moissons est d'un effet yirgilien , et quoique Fidëal en paysage me semble tout simplement du faux, celui-ci, en lui pardonnant quelque chose de fictif, est délicieux par la douceur et la finesse du pinceau^ par le, goût des figures et une lumière digne de FÉlysée.

Je ne dois pas oublier M. Turpin dont les paysage^ freins de détails bien rendus sont cependant si lâches de touche et de ton , qu'ils semblent lavés ; dans le nombre on remarquera le chasseur de l'Apennin : on ne peut mieux exprimer les détails et surtout le feuille des arbres , mais malheureusement la' couleur ne soutient pas ici le caractère du site. Franchement, que M. Turpin laisse là les Alpes, qu'il finisse avec soin de jolies figures d'idylles, qu'il les place dans des paysages rians et brillans, qu'il en adoucisse les contours tant qu'il lui plaira , et si on lui reproche un peu de fadeur, il en accusera le genre ; mais en vérité , dans l'ouvrage dont il s'agit ici, on ne peut partager les torts entre le peintre et le sujet, car cette cascade roulant à grands flots devait être magnifique dans la nature.

Parlerai-je d'une foule d'autres ouvrages ,

marine» , rochet^s , Cascades , où 16$ objets pla-^ cas au fond par le dessin reviennaiit sur le devant par la couleur ; où 1^ melan^ des tons le^ plus heurtés , des coiUeurs 1^ plus (^rli^s el les plus vives > f^ritte ¥Be cohu^e dWets intolëra^ blés; de ces glaciers pbts^ secs» et pourtant assez vrais; de ce$ cotiç^b^rs du dolçit ntyés daw rincarnat , et où le peîotre a prouyé q« ii sa^ vait seulem^ent qv^ le eiel était rou^ h la fin du jour ? Je ne^ fiuiri^is pas | j^ nid veux affli^ ger personae, et surtout inutUeii^eDt ^oiir l'art. Ârrétons^nous sur ces charmans voyageurs de M. Swebach ; on n'est ni plus sft^tuel ni plus sec de touche ^ ni plù$ 1^^ ni plus, gris dans les £bnds» Que le pinceau de INC Swe-r bach devienne plus moelWx^ ses fonds moios grisy et personne ne sera Au-^essu^ de lui dans le. genre ^u'il a choisi; car personne n'anima de tant de vivacité de^ Sgures ia^sii variées. Jie uoiublierai pas les nâarin^ ^ M. RebeH; les yeux sur ses tableaux I ja trouve son pi^fieau dur comme les traits àti buriu; à deux pas, tout disparaît dabs na clair-obbcurr 4ou^ et lutmineux, ft je suis frappe d'un eflbt imposant» Malheureusement 6<es marinas softt des grisailles.

Dans une salle reculée, sous un ji9ur peu £av^ rable , dans un cadre écrasa ^ et sbus ie P""* ii 2S » est un paysage que i^ catalo^^ attribijke à M. Ronmy. Ce petit ouvrage peu ri^nàarqué ne laisse rieu à dé&irepf, M n'ai ^ien vu ân^mème

genre au Satan ^ ce qui me faii croire qAt Tau-^ teur, qui a cepeudant exposé plusieurs ouvrages, n'a pas eu deux reaoontres pareilles. C'est uue y fie prise à TîtoU. Va pont entre deux {iK>ntagne5 est 4X>uY6rt de qtielques paysans ; Ces moutagoes vont en s'abaissant vers un fonds lumineux et preland. Vapeur, lumière, nuages légers, couleur douce et ckaade, toudie nette^ facile et vraie , tout se retrouve dans ce charmant ouvrage. Je l'aTab vu peu remarqué }usqu ici, lorsque j'ai renoctitré deux jeunes gens dont Toeil était animé , et dont le geste prompt et ^guifîûatif parcourait tùms les coniour^ !du petit tsMean. Ils paraissaient trauspartes d'alise. iUnsi., nte suis-jedit, le b4eii ne passe )aiuiEiis inconnu , et à travers la fouie stu}>ide il vot>tie(ntt|U€h}ues regairds dos élus.

Ce bien , en eâfet, n'obtient souvent qu'une justice fort lente ; j'en lai bous mes yeux le plus triste exemple» Il est un vieillard inconnu tottt bouillant encore de génie, mais accablé par les ans et les soucis fie la vie ; l'heure erst avancée 9 et ilfauitâe hâter de lui xendre quelques bommageSk Sous le u.^âSy, se tvouve un paysage asses^ Joien éclairé, d'un ton «cba^, d'un pinceau tlourd et appesanti par l'âge , et représentant uu $ite imaignifitpie., le chàteim de laBarben. Ce paysage test de M. Constanlin ^ d'Aixen Provence. Ce vieillard, dont je nifiltraite ainsi l'ouvrage, est pourtant l'un des plus beaux génies que la fin du dernier siècle ait enfanté.

Un jaloux qui l'écarta de la peinture et le rejeta dans le dessin , a été cause que son œil n'a jamais discerne que les dégradations de la lumière et de l'ombre^ que la couleur lui échappe^ que sa main n'a jamais su qu'appuyer la plume sur un Vaste papier , et y répandre des teintes plates. Mais avec ces traits de plume et ces teintes pUtteSy il a composé d'amirables effets; et cette nature incorrecte et abondante dont j'ai parlé plus haut y aucun ne l'a rendue avec ses inépuisables accidens > ni saisie dans plus de poses différentes , si on peut dire : il n'a pas groupé le corps humain avec moins dé variété ; et avec des traits à peine sensibles , il a jeté rapidement mille Sujets dont la pensée n'est qu'indiquée dans ses nombreuses études. Un jour en les retrouvant , le connaisseur y reverra avec émotion la trace d'un génie qui a tissu sa soie dans l'ombre ; et ceux qui l'ont vu simple, modeste, naïf, abandonné par la gloire et la fortune , soutenu par le seul amour du beau et l'affection de ses deux élèves MM. de Forbin et Granèt, ceux-là sont convaincus , en le quittant , qu'il eût été Tun des plus grands artistes connus. Respect au génie malheureux, qu'il ait ou non porté ses fruits; et puisse cette justice sans doute inutile que je rends à un vieillard ignoré , lui procurer quelque soulagement , si mes lignes arrivent jusqu'à lui !

Sculpture.

Notre infériorité par rapport aux anciens est si avouée en sculpture, qu'on sait gré à nos sculpteurs de tout ce qu'ils font , comme s'ils surpassaient toujours les espérances qu'on a conçues; mais aussi produiraient-ils l^s plus beaux ouvrages , on ne leur accorderait jamais le rang qu'ils méritent d'occuper. On est si habitué en effet à les supposer au-dessous des anciens, qu'on ne peut pas croire qu'ils s'élèvent jamais à des- chefs-d'œuvre. Je n'examinerai pas jusqu'à quel point une telle infériorité est constatée, j'affirmerai seulement que lexposition actuelle a satisfait tous les vœux, et a offert des morceaux du plus grand mérite. La sculpture en effet semble en ce moment prendre une route nouvelle , et vouloir s'élever de la beauté du style et des formes, à celle de l'expression qu'elle a peut-être trop long-temps négligée. Le choix des sujets, la manière dont ils sont traités prouve un progrès véritable à cet égard; mais si un mouvement est désirable , rien n'est plus redoutable aussi qu'un mouvement mal dirigé : je présenterai donc quelques considérations sur le$. sujets propres à la sculpture; heureux si

je puis amener nos jeunes artistes à quelques, réflexions utiles.

Les moyens que l'homme a reçus de percevoir les objets sont bornes; il ne peut saisir à la fois qu'une partie des choses; et ce n'est que peu à peu, par trait de temps, et quand il a reçu un courage persévérant , qu'il finit par acquérir des connaissances asse2 étendues par rapport à lui, mais très-bornées par rapport à l'ensemble de l'univers. C'est parce qu'il saisit peu à la fois , que l'homme divise et sous** divise toutes choses, détache des chaînes de vé-^ rites qu'il appelle sciences, et sépare même ses sensations pour composer des arts difierens.

Ainsi , quoique la nature se manifeste à la fois par l'ouïe et par les yeux , il isole Ces diverses sensations , et compose de chacune des art$ distincts. Alors, tout entier à une seule expression, il la saisit, et en jouit mieux, et l'apprécie plus justement.

Ainsi , dans les arts du dessin , il à divisé la sculpture de la peinture , et il en a composé ^n art qui a pour objet de rendre en corps solides , les formes pures privées de la couleur. C'est une espèce d'abstraction qui borne notre vue à la seule contemrplation des formes , et nous les fait mieux sentir en nous bornant à elles.

Cest pourquoi la statue ou le groupe statuaire sont isolés. Un sujet entier rendu en sculpture serait d'une solidité et d'un volume fatigant pour FoeiLOn ne pourrait pas le parcourir comme on

i47 parcourt une seule figure; et comme ce ne sont pas les grands^nsembles que la sculpture a pour objet de rendre , mais les formes , une seide figure les faisant toujours mieux valoir , Tisolement est une convenance de la sculpture passée en loi. L'aspect des formes changeant selon le point d'où on lès regarde , une statue est d'autant meilleure qu'elle ofire plus de points de vue. Ainsi, une. figure debout ou assise est tour jours d'un meilleur efiet qu'une figure couchée, j]ui cnange peu d'aspect de quelque point qu'on Jia considère.

L'expres>sion étant sensible surtout par les .çailliçs musculaires du visage, doit être l'un des gj^^nds mérites de la sculpture. Pour motiver cette expression il faut une ^action , la sculpture ji'est essayée à en trouver, et comme l'action est difficile dans l'isolement , elle a tenté quelquefois de.groi^per deux personnages ; mais elle a, rarement réussi, parce que le choc des formes est tQpjours désagréable , çt qu'il ne faut pas plus accumuler les solides en sculpture que les couleurs en peinture.

Les formes étant le principal objet de la sculpture ,. le choix des corps est déterminé ; ainsi un athlète ai;x muscles prpfondément expressifs lui convient; unç femme aux contours enchanteurs lui convient encore. Un faible enfantaux membres potelés lui ofire même de gracieux solides à reproduire ; mais un jeune garçon qui n'a plus l'agréable embonpoint de l'enfance ni la force

caractérisée de la jeunesse , une jeune fille dont les charmes ne sont point dëveloppes sont des sujets peu favorables à la sculpture ; parce qu'ils manquent de ce qu'elle sait rendre , les formes.

Enfin comme la sculpture n'a presque toujours qu'une figure à montrer , ou tout au plus deux^ il faut qu'elle la montre bien et en entier. Présenter une statue qui ait la tête tellement relevée qu'on ne puisse la voir, c'est manquer aux convenances de l'art. La peintui'e le pourrait plutôt, parce qu'elle se rachète par mille autres avantages, et que lorsqu'elle ne fait pas une chose , elle en fait une autre ; mais quand on n'a qu'un visage à offrir, le cacher c'est refuser aux yeux le nécessaire.

Pour ceux qui ont vu les ouvrages actuellement exposés et les ont observés avec attention, ces réflexions quoique générales doivent avoir déjà un sens direct et applicable. Ainsi plusieurs de nos sculpteurs , dans le choix de sujets assez nouveaux, ont manqué à plusieurs des conve^ pances que je viens d'indiquer.

Ainsi au lieu de présenter Vénus debout comme on le fait toujours, un de nos sculpteurs l'a montrée mettant un genou en terre pour embrasser l'amour. Sans doute il y a des mérites de plus d'un genre dans ce marbre, mais ces solides face à face sont d'un efiet lourd et choquant; il y a gêne et embarras, l'œil ne circule pas facilement. < ■

D'autres ont tellement dirige' Içs têtes dje leurs statues vers le ciel , qu'on n'aperçoit pas les yisages. M. AUier^^jeune sculpteur du plus grand mérite, auquel, npus devons l'un des plâtres les plus originaux de cette ei;po$ition ^ le marin expirant^ M. Allier a commis cette faute; nous reviendrons bientôt sur le bel ouvrage de ce jeune homme. L'auteur d'Ajax foudroyé a péché plus gravement qu'aucun autre. Son. Ajax furieuij: s'adresse i Jupiter^ mais il faut être Jupiter pour le voir, car pour nous, pauvres mortels qui n'habitona pas le ciel , il est impos3ible de discerner les traits du blasphémateur..

Enfin quant au choix des âges, deux ou trois de nos sculpteurs se sont tronipés encore ei^ nous offrant de jeunes fiUe& oa de jeunes garçons qui ne^ont ni dansTenfance, ni dans l'âge où les formes sont développées, mais dans, cet état oii tout est indécis, parce que la nature en travail n'a encore rien développé» On a beau prodiguer la grâce et laiineasç des contours dans des^ sujets pareils,, ils sont toujours insiguifians, car il n'y a de significatif en sculpture que les formes*

Je passe de ces réflexions générales à l'exameH détaillé de quelques ouvrages. Le premier qui s'offre naturellement est le Cadmus de M. Dupaty. Cadmus rencontrele serpent de la fontaine de Dircé; un javelot à la main, il s'avance audacieusement, appuie un pied sur l'un des mille anneaux du reptile, et tandis que l'animal fu-

rieux ière une fête menaçante , il' lui oppose son hras revêtu d*uÂe peau de lion , et de l'autre brandit le javelot dont il va le percer.

Ce beau groupe est plein de mouvement et d'effet; Cadmus surtout a beaucoup d'élan.

Entre ses deux bras dont l'un est l'ejeté en arrière pour lancçr le javelot , et Fautre placé en avant pour s'opposer à la fureur du monstre , entre ces deux bras , un beau torse se dévelopîpe et se meut parfaitement sur la partie inférieure du corps; et tandis qu'il se reporte en arrière pour prendre du champ^ les deux jambes s'élancent avec force ; l'une donne Timpulsion^ l'autre appuie un pied vigoureux sur les nœuds du serpent : ce pied se replie avec une expression énergique et s'enfonce dans les flancs de l'animal , qui cèdent à cette pression violente ; Cadmus jette un f égard fixe sur le serpent, celui-ci se relève avec fureur et s'élance à la bauteur du héroà. Les d^x têtes ennemies sont en présence ; d'une part on voit le noble front de Phomme; de l'autre , une tête plate et féroce qui , s'entrouvrant à demi , laisse apercevoir deux rangées de dents aiguës; mais ce beau front va être vengé par le javelot terrible qui arrive dans le moment dirigé par une main forte et assurée. Sùns doute ce trait frappera le 'hideux reptile

J'ai besoin de le croire. 'Cependant, je Fa voue, je n'y crois pas assez. Après les jus tes éloges donnés à cet important ouvrage , que son mérite et là

rëputation d^Tattéur feëcmi toàtidentégbl^ment; je liié {>érm'ettrai <qddlques eiitti^es; Je^^iens d*érioticer la . jwefàière z il- me ' semisle difficile d'opposer un hbmnre à un derpent.de manière à sàti$fàii^e roéil; Cet ammal d6nt le Tolftme est en longueut^ cet animal si mobile isemUe ne pouvoir être atteint nulle part y et on ne sait pas où son adversaire pourra le frapper. Il faut pour la satisfaction de l'œil qu'on voie en quelc{ue sorte arriver le coup. Lorsque Thésée frappe d'une courte massue la tête du minotàure , ^oq voit déjà la massue sur son large front^ mais, je Favoué, lecoupdeCadmus me semble incertain.

Je ne sais s'il saisira son ftigitif ennemi y la vue n'eàt pas rassurée ; et si i'oii songe déplus que le javilôt n'est pas encore ram^eiié dans la direc-^ tiondu serpent, ce qui, je l'avoue, n^était pèut<' être pas possible , on séntba mieux l'încertî^ tude que je reproche ici. £n un mot rbomme et le serpent me semblent deux volumes^ difficiles ^à opposer Fùn à TaUtre ;^jd âfeSrois pas un c6t*ps énergique s' élançant cdtttye pn corps large et vaste ; je ne vois pas la force luttant edntrèla tnasse ; je vois une impulsion; qui sera peutétre inutile i^ontre un enuôuii v dangeréuxisans doute, mais trop kobile et larop difficile à saisir . Qu^o» songe qu'il s'agit icî de l'œil , et que r<ieil a m croyance. 'La différence même des jBormes , di-* ï*a-t-On, est un motif pour les opposer , parc^ qu'elle amène des Yâriétés.*'Cesl pourtant tout • lé contraîre'qui est arrivé- ioi^^ et j^dirti€ mieux

le reprocher au sujet qu'à l'artiste. Les réplis du serpent^ la jambe de Càdmus, les flots de la draperie qui suivent eu s'agitaut ^ les. mouvemens du corps , tout cela produit une ^pèçe de papillotage pénible. Ce sont autant de petits volumes de'coupës , entrelacés d'une manière qui est peu agréable à la vue , qui aime la va-* riété/ les contrastes y mais point la confiiision. Enfin le dernier reproché que j'adresserai à cet ouvrajge ne sera pas dirigé contre M, Dupaty ^ mais contre le bloc qu'il a employé. Il a été obligé d'enfermer sa figure le plus convenablement possible dans, un marbre qui n'avait pas assez de profondeur^ et il en est résulté un basrelief plutôt qur'un groupe statuaire. Il n'y a là en efiet que deux . points de vue > c'est-à-dire les deux faces du plan unique s.ur Tequei se trouve dessinélè Gadmus. Quoi qu'il ensoit^ malgré l'in-; certitude de l'événement , malgré le papillots^e des formes et la disposition du groupe sur un seul plan, ce marbre est plein d'action etd'éner-* gie y et il ne peut qu'ajouter à la juste réputation de l'auteur.

Un jeune homme , M. Ramey , a mis Thésée en lutte avec le Minotaure ; il y a là de vastes développemens déformes, mais les solides^ y sont un peu trop prodigués. La tête dé Thésée manque de noblesse ; son genou enfonce bien la poitrine du Minotaure, il en replie la tête avec vigueur et la massue prête à le frapper est déjà sur &on front. Ce morceau remarquable par l'audace

d'un jeune talent donne les plus grandes espérances.

M. Gortot n'a encore exposé qu'une sainte Catherine pleine de noblesse et d'ëlëyation ; M. Mansion a donne un saint Jean éyangëliste, dont la tête est bien inspirée , mais dont les draperies sont lourdes ; M. Gartellier une Aïinerye d'un beau caractère ïnais un peuroideet chargée de draperies perpendiculaires.

M. Allier , jeune sculpteur plein de zèle et de talent , a donné un marin expirant qui est le morceau le plus original de l'exposition. Le jeune marin ^ quoiqu'il ne soit pas encore à l'âge où les formes sont développées ^ convenait assez à la sculpture qui , à défaut de la force musculaire avait à rendre ici la contraction de la douleur. Le jeune homme appuyé sur une hache et se retenant à un mât se laisse tomber en arrière ; sa défaillance est sincère, il tombe, et sa tête supérieurement jetée n'a- qu'un tort, celui de nous dérober son visage: Mais ce morceau est plein d^expression et d'originalité ; les convulsions de la douleur sont supérieurement rendues , les chairs palpitent , et les formes ne sont pas sans noblesse, quoiqu'elles ne soient pas sen« siblement imitées des Grecs.

M. Pradier a donné un fils de Niobé , morceau très-remarquable. Mais ce malheureux enfant s'eflR>r ça nt d'.arracher le trait qui vient de s'enfoncer dans son dos, est présenté dans une situation pénible et trop douloureuse qui

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ûe serait pas snppwUble. si ^^elle; était vraie» M. Legendre-Hëral a présenté une Eurydk^ ^leisaée par up «erpent.ËUe semble moulée sur la nature^ mais elle est à maA avis dans une positien peu agréiihley ;et offre une ei^rcssian maniérée*

U' m'est doux de terminer Cet jaisimen et^c^t ^O'itipw la méntiouoi d'un chef<d œuvre qui, s'il avait été trouvé à i|aetq,ues pieds, sous terre» aèriait idéjà reproduit en hronze dans tous les diuséums et les cabidij^ ded'Europ^^ M. ,Guil«loisyià)f|ui jesQuIiiiterais vingt aps parce qu'il «lous promettrait : jym bel aveoir, a i*epré^enté un ^i^Éant donnant <à manger à un serpent familier. J'avoue que j'aime pouces sujets de l'innocence pleurant un serpeint > d'une jeune fiUe réchàulTant un léxard ; . sujets qu'otu; non^n>e d^ jolis (motifs. Je u!eâtime que l'exécution » car la sculpture est' la^^culpture ^ et ne 4oit pas être imi recueil de traita, d'^lsprit, Mais cet enf^int a bien iun autre mérite . que . celui, ilu. Ipotif : accoudé sur la tert*e, retournant /aa/jolie tête»- et repliant son bi'as «pour donner. ^ manger au serpent^ il^a une grâce inEuie et iun'e tournure enchanteresse. La figure est chatmante ; un doux sourire exprime son innocente joie; rien n'^est grimacé ^ tout e^t naturel dans ce 'marbre délicieux. Quoique coucké, ce petit corps ofire de tous côtés l'aspect le plus agréable; et de quelque point qu'on le considière^ on 4evine l'action ; on, contemple les formes les plus déli-

cates et les plus gracieuses. Je ne fais qu'un re- * proche à ce charmant ouvrage , c'est la grosseur de la tête , qui, vue par derrière, semble écraser les faibles épaules qui la portent. Je sais tout ce qu'on peut dire sur la grosseur de la tête des enfans ; mais encore une fois il faut ménager l'œil, et ne pas le blesser avec une prétendue vérité qu'on ne défend si bien que lorsqu'elle est inutile à rendre. M. Guillois a lutté très-lpng-temps contre des obstacles de tout genre. Condamné à des travaux indigne^ de son talent, il n'a que très-tard façonné un marbre , et c'est en cheveux blancs qu'il lui a été permis de commencer sa carrière. Qu'il se console! cet ouvrage ne sera pas le dernier; et le fût-il , c'est quelque chose qu'un bel ouvrage quoique seul. On tient compte au talent de tout ce qu'il aurait pu faire. La possibilité dans les arts est comme Fintention en morale. Combien n'admirons-nous pas Drouais pour tout ce qu'il n'a pas fait! combien de chefs-d'œuvre nous fait supposer le chef-d'œuvre de la Cananéenne! Mais que 'HL Guillois continue; sous sa tête blanchie se cache encore une imagination pleine de vie, de grâce et de fraîcheur.

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